Vendredi 16 octobre 2009 Par Raspoutine dans Vos oeuvres

Le Hangar, par Raspoutine

D’après une idée originale et pas vraiment consciente de Sonia…

Il est dans Montpellier, un lieu d’échange, de partage, un lieu d’audace, de réflexion. C’est un vieux hangar délabré qui fût progressivement aménagé par des étudiants et dont la renommée n’a cessé de croître. On y croise des peintres qui échangent des commentaires sur leurs propres toiles, des philosophes entraînés dans des débats houleux, des amoureux du verbes qui s’invectivent par de belles et tranchantes tirades. On peut y rencontrer des poètes qui déclament leurs vers de la nuit précédente avec fougue et passion et qui protestent mollement contre l’insensibilité artistique de notre époque, il y a des écrivains qui raturent et annotent leurs pages de la veille, on trouve également des passionnés du théâtre qui travaillent une mise en scène « audacieuse et novatrice » de la dernière pièce de Valère Novarina, mise en scène destinée, comme les autres, à ne jamais voir le jour. Parfois ce sont aussi des groupes de danseurs, des jongleurs, des acrobates qui répètent sereinement des chorégraphies qui ne seront jamais connues que d’eux, ce qui est l’essentiel à leurs yeux.

Ce sont tous des étudiants, de tous les domaines, qui n’ont qu’un seul point commun, leur amour de l’art, leur sensibilité artistique sans prétention, qui trouve sa réalisation la plus parfaite dans une entente simple et sincère avec de parfaits inconnus. Certains préfèrent travailler seul, créer en compagnie d’eux-mêmes mais ils viennent quand même au Hangar pour savourer cette atmosphère d’ébullition artistique. Une orgie épurée des âmes qui s’enlacent nues, sans réserve, sans méfiance, dans le seul but de découvrir, de créer de la beauté dans un lieu où elle n’aurait pas lieu d’être en temps normal.

On emmène à manger et à boire, des tartes que l’on partage, de la viande que l’on fait griller dans un vieux bidon coupé en deux, des gâteaux, des bouteilles poussiéreuses de vin et de bière qui passent entre des mains pleines de peinture, d’encre, de sueur…

Pas de chef, pas d’organisation hiérarchisée car il n’y a pas de décisions à prendre, c’est un lieu de liberté où rien n’est saugrenu, où rien ne prête à la raillerie, où les idées qui pourraient nuire au Hangar ne sont même pas envisageables, elles ne parviennent pas à se frayer un chemin jusqu’au cerveau à travers cette jungle de merveilles artistiques.

Des gens se croisent, d’autres se suivent, certains ne font que passer, les plus inspirés y passent la nuit sur de vieux matelas, à côté de braseros de fortune, au son d’une antique guitare folk qui passe de main en main.

En journée le lieu est presque toujours désert, seul on se sent oppressé entre les immenses murs de tôles grises, sous le toit dévoré par la rouille qui semble aussi mince que du papier et qui menace de d’effondrer à la moindre brise.

Un peu partout traînent des projets inachevés qui reprendront vie et couleurs au coucher du soleil, des feuilles qui gisent, se retournent, se contorsionnent dans la poussière à chaque courant d’air, des décors de théâtre, des costumes qui reposent sur des étagères en attendant avec impatience leur prochaine utilisation, des conclusions de débats avortés faute de temps griffonnées sur des murs à l’aide d’un charbon, tout ce qui semble désuet et abandonné la journée et qui le soir renaît pour faire vibrer les murs du Hangar par la course effrénée d’idées nouvelles et d’ambitions merveilleuses qui jaillissent sans fin de cette communauté.

Avis et critiques sont les bienvenus.

1 commentaire 

Un avis sur “Le Hangar, par Raspoutine”

  1. Novembre Novembre dit :

    C’est exactement comme cela, que le rêve doit se réaliser. Seulement, ce serait chouette que ce soit à Paris ! :smile:

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