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	<title>Le Hangar - Espace artistique &#187; roman</title>
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		<title>Dumas &#8211; La Reine Margot</title>
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		<pubDate>Mon, 14 Nov 2011 20:42:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mélusine</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Il est des personnages historiques que l’on croit connaître, alors que l’on ne connaît que leur double littéraire élevé au rang d’icône par un auteur populaire et classique à la fois. Alexandre Dumas est un de ces auteurs, puisqu’on lui doit un certain groupe de mousquetaire, ou encore le collier d’une reine tragique. Parmi ces [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft" style="margin-left: 10px; margin-right: 10px;" src="http://www.decitre.fr/gi/71/9782070359271FS.gif" alt="reine margot" width="226" height="380" />Il est des personnages historiques que l’on croit connaître, alors que l’on ne connaît que leur double littéraire élevé au rang d’icône par un auteur populaire et classique à la fois. Alexandre Dumas est un de ces auteurs, puisqu’on lui doit un certain groupe de mousquetaire, ou encore le collier d’une reine tragique. Parmi ces personnages devenus plus littéraires qu’historiques, la Reine Margot.</p>
<p style="text-align: justify;">Le roman commence avec son mariage avec Henri de Navarre. Marguerite de France, fille de la grande Catherine de Médicis et sœur du roi Charles IX qui la surnomme affectueusement Margot, épouse le chef de la communauté protestante pour essayer de calmer les tensions qui déchirent la France. Nous sommes en 1572, et même si ce mariage ne trompe personne, tous les Huguenots sont donc montés à Paris pour assister aux noces de leur roi, ce qui a le don d’exaspérer les catholiques. Entre les manigances de la reine Catherine et les intrigues de cour, tout va basculer, une nuit de Saint-Barthélémy…</p>
<p style="text-align: justify;">Et voilà Marguerite qui patauge dans le sang à peine ses noces prononcées. Consciente que son mariage a été vendu à d’obscures raisons politiques, elle passe une alliance avec Henri, son mari qui s’engage à ne jamais être son amant, si elle s’engage à ne pas le trahir. Et lorsque le massacre éclate, Margot voit son palais envahi de meurtriers et de victimes, jusqu’à ce qu’un homme enfonce sa porte : M. de la Mole, protestant, gravement blessé. Margot le cache, le sauve, le soigne. Et en tombe amoureuse. Amoureuse comme une adolescente, qui badine, qui sort en cachette pour voir son amoureux, qui lui fait passer des messages secrets dans une intrigue toute romanesque.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour Henri, en revanche, les choses sont moins simples, car sa vie est menacée en permanence. Car il faut être honnête : en déclenchant le massacre qui répand les cadavres dans tout Paris, Catherine vise avant tout ce répugnant huguenot qu’elle a été contrainte de marier à sa fille. Mais par une succession de coup du sort, Henri ne sera jamais là où le couperet de Catherine tombe. Il ne sera pas parmi les morts de la Saint-Barthélémy. Qu’à cela ne tienne, elle empoisonne jusqu’au rouge à lèvre de sa maîtresse pour l’atteindre. Mais Henri se dérobe toujours, sur le fil. Dans le nid de vipère qu’est la cour de France, le poison et les arquebuses parlent plus franchement que les bouches. Il ne peut faire confiance à personne, à part peut-être Margot, qui a déjà tout perdu sauf son bien-aimé Huguenot réchappé par miracle, en sursis dirons-nous…</p>
<p style="text-align: justify;">Immortalisée dans sa robe ensanglantée par Isabelle Adjani qui souffle le glaciale et le passionné avec brio, reine sanglante et femme sacrifiée sur l’autel de la raison d’état, Margot est ici l’héroïne d’une parenthèse de bonheur personnel au cœur d’une des périodes les plus sombres où la France a réussi à se mutiler elle-même. Un roman historique qui donne au genre toutes ses lettres de noblesse tant il sublime à la fois l’histoire de France et l’histoire d’une femme.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://images.allocine.fr/medias/nmedia/18/35/57/10/18861216.jpg" alt="reine margot adjani" width="360" height="240" /></p>
<p> Autres livres d&#8217;Alexandre Dumas sur le Hangar : <a href="http://www.le-hangar.com/chroniques/livres/dumas-joseph-balsamo" target="_blank">Joseph Balsamo</a>, <a href="http://www.le-hangar.com/?p=2774" target="_blank">Les mille et un fantômes</a>, <a href="http://www.le-hangar.com/chroniques/livres/les-trois-mousquetaires-alexandre-dumas/" target="_blank">Les trois mousquetaires</a></p>
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		<title>Oates &#8211; Les chutes</title>
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		<pubDate>Wed, 28 Sep 2011 11:00:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gouttesdo</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Presque intimidant, le renom de cette romancière… Joyce Carol Oates a conquis l’aura d’un mythe des Lettres Américaines depuis lurette et sa production est foisonnante. C’est dire qu’avant même d’en lire la première ligne, j’attendais beaucoup de ce roman, Les Chutes, paru en 2004 aux USA, et reconnu d’emblée comme son meilleur ouvrage. En France, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/09/leschutes.jpg"><img class="size-full wp-image-3399 alignleft" style="margin: 5px;" title="leschutes" src="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/09/leschutes.jpg" alt="" width="230" height="381" /></a>Presque intimidant, le renom de cette romancière… <strong>Joyce Carol Oates</strong> a conquis l’aura d’un mythe des Lettres Américaines depuis lurette et sa production est foisonnante. C’est dire qu’avant même d’en lire la première ligne, j’attendais beaucoup de ce roman, <span style="text-decoration: underline;">Les Chutes</span>, paru en 2004 aux USA, et reconnu d’emblée comme son meilleur ouvrage. En France, le prix Femina 2005 a salué sa parution , traduction assurée par Claude Seban.</p>
<p style="text-align: justify;">Le roman est dense cependant, et le ton donné dès le début sonne comme morbide. Ami lecteur ne détourne pas les yeux pour autant de l’ouvrage, car l’art de l’écrivaine transforme ce sinistre présage en une matière vivante et tourbillonnante, qui happe l’attention et les sensations jusqu’au bout de ce vertigineux récit.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec un savoir faire étourdissant,   Joyce Carol Oates nous convie à suivre le destin sinueux d’une femme qui se sait « damnée ».<br />
Nous sommes dans les années cinquante d’une Amérique conventionnelle et bien pensante. Sur le point  de devenir  vieille fille, la timide Ariah  Littrell  est mariée par ses parents pasteurs au jeune révérend Erskine, l’un des leurs, jugé prometteur.  Musicienne sensible mais introvertie, Ariah se serait volontiers coulée dans ce moule convenu, si son jeune époux n’avait choisi les Chutes du Niagara pour porte de sortie d’une relation qu’il ne pouvait pas assumer. Frappée de stupeur, Ariah devient la veuve blanche, à la recherche éperdue du corps de son époux.  Tandis qu’un jeune avocat noceur et sans scrupules se joint aux recherches et tente d’assister la pauvre veuve sitôt épousée. Irrationnellement attiré par son contraire, Dirk Burnaby tombe amoureux de ce spectre blanc.</p>
<p style="text-align: justify;">De ce mariage improbable, Ariah se travaille pour en accepter un temps le bonheur et sa réalisation par la naissance des enfants. Le couple s’établit malgré les appréhensions d’Ariah, qui  ne se départit pas de sa prémonition de damnation. Elle attend tellement les semonces du destin qu’elle éduque ses enfants dans la défiance et le repli. Jusqu’au jour où elle se persuade que Dirk la trompe avec la femme en noir…  Drapée dans son orgueil et son fatalisme, elle ne pourra jamais admettre que « cette femme en noir » que défend son mari est à son image, une victime de la société. Tandis que Dirk se lance dans la défense  de la première victime des lobbies industriels à relever la tête et tenter un combat judiciaire contre la pollution et la corruption. Au lieu d’aider son mari dans ce combat qui pourrait être le sien également, Ariah le rejette et interdit à ses enfants de connaître et de reconnaître leur père, même après sa tragique disparition. Ariah pourtant, ne pourra pas empêcher ses garçons adultes de s’émanciper de sa vision restrictive…</p>
<p style="text-align: justify;">Les thèmes forts qu’aborde Joyce Carol Oates  dans ce roman confèrent à l’ouvrage un intérêt qui dépasse le destin de cette femme entêtée et rigide. À priori, Ariah n’a rien de l’héroïne qu’on reconnaît comme une sœur, une amie. Elle peut même apparaître antipathique dans sa rigidité psychologique. Mais l’auteur a pris soin de dépeindre d’abord  son personnage dans sa rébellion contre le sort, contre le rigorisme du milieu étriqué et conventionnel dans lequel elle a été élevée, et dès lors, son évolution nous touche. Nous sommes amusés et enthousiasmés de la découvrir en  amoureuse sensuelle quand elle rencontre  Dirk, par exemple. Puis attristés et peinés quand la suspicion referme son indulgence. L’auteur parvient à  nous attacher à ce caractère revêche mais pugnace. De son affrontement à sa redoutable belle-mère Claudine et ses hypocrites belles-soeurs, autres représentantes d’une société stratifiée par les usages et les codes élitistes, nous ressentons une véritable jubilation sardonique :</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #993300;"><em>«  Ariah souriait dans une nappe de brouillard qui s’était introduite dans la pièce on ne sait comment. Elle flottait sur les objets, dont elle masquait les formes. Elle avait le goût de la brume humide et froide au pied des Chutes.</em></span><br />
<span style="color: #993300;"><em>- Oh bonté divine ! Dirk n’arrête pas de voir des femmes, Clarisse. Il aurait du mal à faire autrement non ? Avec ses yeux ? Ariah rit, le son que pourrait émettre un poulet dont on tord le cou. «  Qu’est-ce que cela a d’in…in…habituel ? » (extrait p 255)</em></span></p>
<p style="text-align: justify;">Mais le roman ne saurait se limiter à un combat individuel d’une femme contre l’Amérique et ses faux-semblants. Dès que Dirk Burnaby accepte de rencontrer la femme en noir, un second souffle vient renforcer et ouvrir l’intrigue. L’auteur ne fait plus seulement le procès de l’une ou l’autre facette du conformisme, Joyce Carol Oates monte à l’assaut des démons de l’Amérique : politique,   force des lobbies, corruption des institutions autant que des personnes. On en vient à oublier le combat d’Ariah et à rejeter ses arguties sclérosantes.</p>
<p style="text-align: justify;">La bonne surprise vient alors de la génération suivante et l’on découvre avec un intérêt renouvelé que J C Oates n’est pas si pessimiste qu’on l’avait cru… Évidemment, les fils et la fille d’Ariah et de Dirk ne peuvent pas mener une existence sereine, malmenés dès la tendre enfance par la misanthropie de leur mère et la mystérieuse disparition d’un père dont on ne peut même pas prononcer le nom. La dernière partie du roman cependant est consacrée aux forces vives qu’ils vont parvenir à mettre en œuvre pour lutter contre la noirceur du destin, au point qu’on se demande s’il n’y a pas là quelque mystification de bon aloi.</p>
<p style="text-align: justify;">Les intrigues solidement établies et les personnages suffisamment intrigants, voilà déjà posés les ressorts essentiels d’un Bon Roman.  Mais il me semble que l’Art de Joyce Carol Oates se sublime par la manière exceptionnelle dont elle convoque la Nature pour traduire la confusion des sentiments. Les Chutes deviennent indispensables à traduire le bouillonnement dangereux des frustrations, l’attrait irrésistible de l’abîme  qui happe les désespoirs et la noirceur des crimes, telle cette  présentation lyrique et étourdissante dressée dans les premières pages du récit (p 19 de l’édition points) :</p>
<p style="text-align: justify;"><em><span style="color: #993300;">« À bout de souffle, au bord de l’étourdissement, le gardien courut, boitant, criant après l’inconnu qui se dirigeait sans hésitation vers la pointe sud de la petite île, Terrapin Point, à la verticale des Horseshoe Falls. L’endroit le plus dangereux de Goat Island, en même temps que le plus beau et le plus envoûtant. Là, les rapides sont pris de frénésie. Une eau bouillonnante, écumeuse, fuse à cinq mètres dans les airs.  Aucune visibilité, ou presque. Un chaos de cauchemar. Les Horseshoe Falls sont une gigantesque cataracte de huit cents mètres de long, trois mille tonnes d’eau se précipitent chaque seconde dans les gorges. L’air gronde, vibre. Le sol tremble sous vos pieds. Comme si la terre même commençait à se fendre, à se désintégrer, jusqu’à son centre de fusion. Comme si le temps avait cessé d’être. Qu’il ait explosé. Comme si vous vous étiez approché de trop près du cœur furieux, battant, rayonnant, de toute existence. Là, vos veines, vos artères, la précision et la perfection minutieuses de vos nerfs se désintégreront en un instant. Votre cerveau, dans lequel vous résidez, ce réceptacle unique de votre moi, sera martelé jusqu’à être réduit à ses composants chimiques : cellules grises, molécules, atomes. Toute ombre et tout écho de souvenir abolis. »</span></em></p>
<p style="text-align: justify;">Remarquable chef d’œuvre qui donne le vertige et  dont le lecteur s’arrache à grand peine…</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Les Chutes , Joyce Carol Oates</em><br />
<em>Éditions Points.</em><br />
<em>Prix Femina étranger 2005</em><br />
<em>ISBN : 978.2.7578.0089.8</em><br />
<em>Note : 9/10</em></p>
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		<title>Sagan &#8211; Un certain sourire</title>
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		<pubDate>Tue, 20 Sep 2011 11:00:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hazel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Un certain sourire est le deuxième roman de F. Sagan, et, à vrai dire, il ressemble beaucoup à son premier, Bonjour Tristesse. L&#8217;écrivaine nous confronte à une légère histoire amoureuse vécue par Dominique, une jeune étudiante à la Sorbonne qui ne sait pas trop ce qu&#8217;elle veut et qui profite de la vie en passant [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/09/un-certain-sourires-couv-jpg.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-3350" style="margin: 5px;" title="un-certain-sourires-couv-jpg" src="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/09/un-certain-sourires-couv-jpg.jpg" alt="" width="205" height="320" /></a>Un certain sourire est le deuxième roman de F. Sagan, et, à vrai dire, il ressemble beaucoup à son premier, Bonjour Tristesse. L&#8217;écrivaine nous confronte à une légère histoire amoureuse vécue par Dominique, une jeune étudiante à la Sorbonne qui ne sait pas trop ce qu&#8217;elle veut et qui profite de la vie en passant de belles vacances en plongeant dans ses bouqins. Un apparent dilemme cornélien s&#8217;installe dès les premiers chapitres : Bertrand, son petit ami, lui présente son oncle Luc. S&#8217;en suit une histoirette amoureuse, écrite avec beaucoup de légéreté.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est un roman simple sur lequel il y aurait peu de choses à dire. C&#8217;est le genre de livres qu&#8217;on doit lire l&#8217;été sur un hamac ; nous nous sommes éloignés de la poignante énérgie desespérée qui pouvait se lire entre les lignes de Bonjour tristesse, ne reste dans Un certain sourire, que la frivolité de la jeunesse.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #993300;"><em>&laquo;&nbsp;Nous en arrivames tout naturellement à parler de l&#8217;amour. Il me dit que c&#8217;était une bonne chose, moins importante qu&#8217;on ne le prétendait, mais qu&#8217;il fallait être aimé et aimer soi-même assez chaudement pour être heureux. J&#8217;opinai de la tête. Il me dit qu&#8217;il était très heureux parce qu&#8217;il aimait beaucoup Françoise qui l&#8217;aimait beaucoup lui-même. je le félicitai, assurant que ça ne m&#8217;étonne pas, que Françoise et lui étaient des gens treès, très bien. Je sombrais dans l&#8217;attendrissement.</em></span><br />
<span style="color: #993300;"><em> &#8211; Sur ce, dit Luc, si je pouvais avoir une aventure avec vous, ça me plairait beaucoup.&nbsp;&raquo;</em></span><br />
<em><span style="color: #993300;">Je me mis à rire sottement. je me sentais dépourvue de réactions.</span></em></p>
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		<title>Lawrence &#8211; L&#8217;amant de Lady Chatterley</title>
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		<pubDate>Sun, 18 Sep 2011 11:00:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hazel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[C&#8217;est un livre qui m&#8217;intriguait depuis longtemps, il trônait sur mon étagère parmi tant d&#8217;autres, je l&#8217;avais trouvé à moitié prix dans un magasin de destockage alors qu&#8217;il était neuf et je me demandais bien comment ce roman assez connu a bien pu atterir là, oublié de tous. Et en même temps, c&#8217;était un roman [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/09/AmantDeLadyChatterley.gif"><img class="alignright size-full wp-image-3345" style="border-style: initial; border-color: initial; margin: 5px;" title="AmantDeLadyChatterley" src="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/09/AmantDeLadyChatterley.gif" alt="" width="260" height="433" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est un livre qui m&#8217;intriguait depuis longtemps, il trônait sur mon étagère parmi tant d&#8217;autres, je l&#8217;avais trouvé à moitié prix dans un magasin de destockage alors qu&#8217;il était neuf et je me demandais bien comment ce roman assez connu a bien pu atterir là, oublié de tous. Et en même temps, c&#8217;était un roman beaucoup apprécié par S. (une amie), à tel point qu&#8217;elle a nommé son chat Lady Chatterley, et ça, ça m&#8217;intriguait encore plus. Que pouvait-il y avoir dans ce livre d&#8217;un demi-milliers de pages &#8211; connu de nom par tous mais si peu lu de nos jours ?</p>
<p style="text-align: justify;">En parcourant des yeux la quatrième de couverture, je fus surprise de découvrir qu&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;un roman érotique&#8230; Parce que, à vrai dire, de l&#8217;érotisme, il y en a peu. Non pas que je sois une assoiffée sexuelle qui attendait des détails croustillants sur les coucheries des deux héros à chaque page, mais ce que j&#8217;ai lu me semble plus s&#8217;apparenter à de l&#8217;amour, l&#8217;expression sensuelle, physique, brutale et douce à la fois de l&#8217;amour simple et pur. Les scènes de sexe peuvent se compter sur les doigts d&#8217;une main et ce fut presque un choc pour moi de savoir que le Lawrence a enduré un procès qui interdit la publication de ce roman en Angleterre jusqu&#8217;en 1960.</p>
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<p style="text-align: justify;">Hormis ce petit malentendu entre les moeurs de l&#8217;époque et ma vision des choses &laquo;&nbsp;érotiques&nbsp;&raquo;, ce roman m&#8217;a&#8230; plu, et je ne saurais expliquer pouquoi en détails. On se retrouve dans un autre monde, les mille références aux déesses grecques et aux Evangiles font de ce livre une sorte d&#8217;absolu, l&#8217;écriture un peu défraichie accentue la singularité de cet univers morne et sauvage de l&#8217;Angleterre profonde. On s&#8217;imagine en détail les tristes et ennuyeuses mines de charbon, si repoussantes, telles que les a connu Lady Catterley. On comprend tout de son ennui, de son envie d&#8217;amour, de sexe, au lieu des innombrables thés auprès de son mari estropié et impuissant sexuellement. Ce livre montre un peu la nécessité du sexe dans l&#8217;amour, mais au-delà, il montre l&#8217;amour lui-même.</p>
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<p style="text-align: justify;">Elle et son garde-chasse qui parle en patois sont l&#8217;Adam et l&#8217;Eve du siècle passé, peut être les derniers Adam et Eve qui ont existé. Ils sont la nature et ne veulent rien d&#8217;autre que se fondre à la nature. Qu&#8217;a-t-elle a faire, Constance, de son titre de Lady qui sonne si faux pour elle, alors qu&#8217;elle a près d&#8217;elle son amant qui lui rèpete qu&#8217;elle a le cul le plus beau du monde ? Que faut-il de plus à une femme que de se sentir aimée, vivante et aimée toute une nuit, dans une cabane perdue dans la fôret alors que la pluie bat son plein et noie ses cris d&#8217;extase ? Cela me choque que ce romain ait été interdit, parce que c&#8217;est choquant de savoir que tant de gens se cachent les yeux avec les deux mains lorsqu&#8217;on les met en face du sexe. Qu&#8217;y a-t-il de honteux à la procréation et à la prise de plaisir dans cette procréation ? C&#8217;est la Bible qui en serait choquée.</p>
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		<title>Buten &#8211; Le coeur sous le rouleau compresseur</title>
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		<pubDate>Fri, 16 Sep 2011 11:00:52 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Le coeur sur le rouleau compresseur est un livre difficile à lire si l&#8217;on a vécu une malheureuse histoire d&#8217;amour. Parce que ses pages regorgent de sincérité, l&#8217;écriture franche et brute &#8211; parfois brtuale &#8211; nous va droit au coeur. L&#8217;histoire est une histoire d&#8217;amour, qui existe depuis toujours et dont les plaies sont enfouies [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em><a href="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/09/9782020826396FS.png"><img class="size-full wp-image-3338 alignleft" style="margin: 5px;" title="lecoeursouslerouleau" src="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/09/9782020826396FS.png" alt="" width="283" height="475" /></a>Le coeur sur le rouleau compresseur</em> est un livre difficile à lire si l&#8217;on a vécu une malheureuse histoire d&#8217;amour. Parce que ses pages regorgent de sincérité, l&#8217;écriture franche et brute &#8211; parfois brtuale &#8211; nous va droit au coeur. L&#8217;histoire est une histoire d&#8217;amour, qui existe depuis toujours et dont les plaies sont enfouies et irrefermables. Même lors des quelques dizaines de pages de bonheur on sent la mélancolie, le &laquo;&nbsp;truc&nbsp;&raquo; qui cloche, on apréhende la fin. Non, je ne vous dévoilerai rien mais dès les premières pages vous pourez vous faire votre propre idée sur ce que peut être la dernière page.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est triste et beau à lire. Le narrateur nous livre son journal, tenu par bribes : quelques pages à neuf ans, puis la suivante quand il en a dix sept. Seulement, on n&#8217;a pas l&#8217;impression de lire un journal, mais d&#8217;entendre un aveu qui nous est raconté, comme on raconte tout à un meilleur ami. A tel point qu&#8217;on se lie rapidement d&#8217;affinités avec le personnage, et l&#8217;on endure son histoire avec lui. Parfois c&#8217;est pénible, car il ne se passe rien ; parfois c&#8217;est pénible car les aveux poignants auxquels on a droit nous destabilisent. Au début, c&#8217;est un enfant qui nous parle d&#8217;amour, et on rit un peu car on trouve ça mignon, mais très vite cet enfant devient adulte et il est toujours le même, à aimer la même personne, du coup, on rigole moins, on ne rit même plus du tout, on imagine que cela pourrait nous arriver et alors, on a peur.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #993300;"><em>&laquo;&nbsp;Il m&#8217;arrive de penser que mon cerveau est comme un œuf cru. Tant qu&#8217;il est dans mon crâne bien au sommet, tout va bien. Et puis il se met à couler, à rouler lentement de côté. Je peux bouger la tête juste à temps pour le remettre en place et bientôt il se met à couler vers l&#8217;autre côté. Il faut que je le remette en place à chaque seconde, que je l&#8217;aie perpétuellement à l&#8217;oeil. SI je relâche mon attention et que je laisse couler je serait fou. Je ne suis tranquille que quand je dors. Et le matin, ça recommence.&nbsp;&raquo;</em></span></p>
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		<title>Bram Stoker &#8211; Dracula</title>
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		<pubDate>Tue, 07 Jun 2011 19:37:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mélusine</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Avec tous ces vampires aseptisés qui inondent l’actualité culturelle, on a tendance à se contenter de cette image romantique et de l’appliquer à tous les autres modèles du genre, en particulier au devenu mythique Dracula. Oui, sauf qu’à la base, Dracula est un roman de Bram Stoker, un Irlandais mort en 1912, contemporain de R. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft" style="margin: 5px;" src="http://img.over-blog.com/150x240/1/14/42/38/Livres/Livres-2008/Stoker-Dracula.jpg" alt="couv" width="149" height="240" />Avec tous ces vampires aseptisés qui inondent l’actualité culturelle, on a tendance à se contenter de cette image romantique et de l’appliquer à tous les autres modèles du genre, en particulier au devenu mythique Dracula. Oui, sauf qu’à la base, <em>Dracula</em> est un roman de Bram Stoker, un Irlandais mort en 1912, contemporain de R. L. Stevenson et d’Oscar Wilde. Et on est bien loin du bellâtre mystérieux que l’on a en tête maintenant.</p>
<p style="text-align: justify;">Le roman s’ouvre sur le journal de Jonathan Harker, un jeune clerc de notaire britannique qui se rend chez un certain comte Dracula, noble de Transylvanie, une région de la Roumanie pour affaire. La région qu’il traverse est sombre, les gens semblent terrifiés d’apprendre sa destination, mais cette âme peu superstitieuse ne se laisse pas déstabiliser. Lorsqu’il arrive au château, il ne tarde pas à s’apercevoir que les craintes des villageois sont fondées. Des loups tournent sous les fenêtres, semblant obéir au maître des lieux. Il ne se reflète pas dans les miroirs. Jonathan Harker (et nous aussi bien sûr) commence à se demander s’il ne perd pas un peu la tête et s’il n’est pas en train de se laisser contaminer par l’ambiance des lieux. Notamment lorsqu’il affirme avoir vu le comte sortir par une fenêtre et descendre le mur en y rampant tel une araignée.</p>
<p style="text-align: justify;">De réponses évasives en nouvelles exigences du comte, Jonathan Harker comprend que son hôte cherche à le retenir, et se sent de plus en plus prisonnier. Une nuit, dans un demi-sommeil, il voit entrer dans sa chambre trois femmes qui grimpent sur le lit et le couvrent de caresses et de baisers de plus en plus pressants… Lui-même est prêt à céder à ces lèvres avides et ce n’est que l’intervention du comte qui les empêche d’aller au bout de leurs desseins.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/64/49/73/18887516.jpg" alt="dracula coppola" width="260" height="173" /></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: xx-small;">Keanu Reeves (John Harker) et Gary Oldman (Dracula) dans l&#8217;adaptation de Francis Ford Coppola</span></p>
<p style="text-align: justify;">L’angoisse de Jonathan devient palpable dans les pages de son journal, et lorsqu’il s’interrompt brutalement, nul besoin d’être devin pour comprendre qu’il a dû lui arriver quelque chose.</p>
<p style="text-align: justify;">Pendant ce temps, en Angleterre, Mina Murray, la fiancée de Jonathan, trompe son ennui en tenant compagnie à son amie Lucy. Nous l’apprenons par le journal de Mina, et par les lettres qu’elle échange. Vous l’aurez compris : ce roman est une compilation de documents divers qui composent touche par touche l’histoire au fur et à mesure. Et si Mina semble une parfaite jeune fille victorienne, toute en retenue et en vertu, Lucy semble plus disposée à la galanterie. Il faut dire qu’elle est courtisée par pas moins de trois prétendants, qui attendent qu’elle décide à qui elle accordera sa main. L’un d’eux, Jack Seward, est psychiatre et suit dans son hôpital un déséquilibré mental qui affirme attendre l’arrivée de son maître et demande à ce qu’on lui fournisse de petits animaux pour le plaisir de les voir mourir… Les trois amoureux transits se rassemblent autour de Lucy lorsqu’elle commence à souffrir d’un mal étrange : insomnies, somnambulisme, grande faiblesse. Mina elle-même témoigne des terrifiantes crises nocturnes de sa compagne. Au désespoir, Jack Seward fait intervenir le docteur Van Helsing, spécialiste des maladies paranormales. Son verdict est sans appel : Lucy est victime d’un vampire, et il faut immédiatement l’entourer de fleurs d’ail et la transfuser, sous peine de la voir mourir, voire pire. C’est alors qu’on apprend que l’on a retrouvé la trace de Jonathan Harker, recueilli très affaibli dans un monastère. Et que le comte Dracula vient d’arriver à Londres.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://watuzee.com/wp-content/uploads/2011/04/Nosferatu1979.jpg" alt="nosferatu" width="226" height="150" /></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: xx-small;">Klaus Kinski (Dracula) et Isabelle Adjani (Lucy Harker, mélange des deux héroïnes) dans l&#8217;adaptation de Werner Herzog</span></p>
<p style="text-align: justify;">Alors évidemment, ce roman regorge de tous les clichés que les films d’horreurs ont abondamment repris depuis. Si en plus vous avez vu <em>Le Bal des Vampires </em>de Polanski, vous trouverez ce livre épouvantablement drôle : aucune surprise quant aux méchants ni aux gentils, une belle jeune fille pure et amoureuse, un spécialiste qui vient sauver tout le monde. L’intrigue respecte donc une structure très classique. La grande originalité réside dans sa forme qui oscille entre roman épistolaire, journal intime et témoignage sous diverses formes (rapport de police, rapports médicaux). Et puis surtout, il y a ces scènes, qui même si elles sont attendues et sans grande surprise, sont toujours efficaces. Les délires du malade mental littéralement possédé par Dracula, qui instillent un malaise certain. Les délires de Jonathan Harker, prisonnier dans le château puis hanté par le souvenir de ce qu’il y a enduré et que nous ne saurons jamais avec certitude puisqu’il est incapable d’en rendre compte. Les délires de Lucy, auxquels nous assistons par les yeux de Mina. En un mot, tous ces personnages qui ne se maîtrisent plus, ce fantastique primaire qui voudrait nous rassurer en nous disant que c’est ce trop connu Dracula avec son lot de cliché, mais qui nous maintient dans l’apparence de la folie et dans la perpétuelle absence de l’intéressé.</p>
<p style="text-align: justify;">Le roman <em>Dracula</em>, c’est le roman d’un fantôme, qui parvient à vous atteindre par-delà les océans, qui a des yeux et des mains sur vous-même alors qu’il brille par son absence, et dont les méfaits sont parfaitement pris en charge par les médecins qui les cataloguent dans une folie bien commune.</p>
<p>Classique, oui. Mais efficace.</p>
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		<title>Balzac &#8211; Le Lys dans la Vallée</title>
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		<pubDate>Wed, 11 May 2011 11:00:38 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Une chose que j’aime au XIXème siècle, c’est que les romanciers cherchent à être à la fois populaires en bons post-révolutionnaires qui revendiquent leur statuts de petites gens, et à la fois nobles en nouveaux représentants de la société française. Et comme je suis une littéraire et pas une historienne, c’est surtout la manière dont cela se voit dans le langage et les intrigues romanesques qui me font sourire.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft" style="margin: 5px;" src="http://www.decitre.fr/gi/48/9782253004448FS.gif" alt="valzac" width="230" height="380" />Prenez le <span style="text-decoration: underline;">Lys dans la Vallée</span>. Honoré de Balzac est dans une des périodes les plus productives de sa vie, puisqu’il est lancé dans sa colossale <span style="text-decoration: underline;">Comédie Humaine</span>, lorsqu’il l’écrit. Ce roman s’inscrit pourtant un peu en marge. Roman épistolaire, il s’ouvre sur une lettre d’un certain Félix de Vandenesse à une jeune femme, Natalie, qui, dit-il, le pressait de connaître son passé. Il lui adresse donc un long récit de son enfance : se sentant peu désiré, voir haï, à l’écart dans une famille qui le regarde à peine, il reste longtemps un enfant chétif en mal d’amour, même à l’adolescence. Soudain, à  une soirée, tout s’éclaire : il rencontre une femme qui éveille d’un seul coup ses sens. Il se jette donc sur elle pour l’embrasser dans le cou. Quelle audace, quelle impudeur pour l’époque, rendez-vous compte ! Non point de le faire, (on imagine bien une réalité moins galante que les romans veulent le faire croire), mais de le mettre en scène. Car dorénavant, ce qui poussera Félix auprès d’Henriette de Mortsauf, c’est bien le désir qu’il a d’elle : il languit, il se lamente, il la veut. En témoignent la célèbre composition de ses bouquets, véritable langage érotique qu’il crée pour sa belle :</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #993300;"><em>&laquo;&nbsp;Autour du col évasé de la porcelaine, supposez une forte marge uniquement composée des touffes blanches particulières au sédum des vignes en Touraine ; vague image des formes souhaitées, roulées comme celles d’une esclave soumise. De cette assise sortent les spirales des liserons à cloches blanches, les brindilles de la bugrane rose, mêlées de quelques fougères, de quelques jeunes pousses de chêne aux feuilles magnifiquement colorées et lustrées ; toutes s’avancent prosternées, humbles comme des saules pleureurs, timides et suppliantes comme des prières. Au-dessus, voyez les fibrilles déliées, fleuries, sans cesse agitées de l’amourette purpurine qui verse à flots ses anthères presque jaunes  […] Du sein de ce prolixe torrent d’amour qui déborde, s’élance un magnifique double pavot rouge accompagné de ses glands prêts à s’ouvrir, déployant les flammèches de son incendie au-dessus des jasmins étoilés et dominant la pluie incessante du pollen, beau nuage qui papillote dans l’air en reflétant le jour dans ses mille parcelles luisantes ! Quelle femme enivrée par la senteur d’Aphrodise cachée dans la flouve, ne comprendra ce luxe d’idées soumises, cette blanche tendresse troublée par des mouvements indomptés, et ce rouge désir de l’amour qui demande un bonheur refusé dans les luttes cent fois recommencées de la passion contenue, infatigable, éternelle ?&nbsp;&raquo;</em></span></p>
<p style="text-align: justify;">En vain cependant. Car sa belle est aussi une madonne. Sortie d’une enfance aussi malheureuse que celle de notre mal nommé Félix, elle est maintenant prisonnière d’un mariage avec un fantasque époux parfois colérique et violent, et auquel elle est retenue par son sacro-saint rôle d’épouse et de mère, dévouée corps et âme à deux enfants chétifs et maladifs, comme… Félix lui-même. Et oui, cette Henriette aimée a quelques paires d’années de plus que Félix, et cette mère débordante d’amour n’envisagera jamais d’aimer Félix autrement que comme une mère, une sœur, une tante, mais restera inaccessible comme amante, trop pure, telle le lys blanc qui lui donne son surnom. Voilà un bel Œdipe qui se dessine.</p>
<p style="text-align: justify;">A défaut d’être sa maîtresse, Henriette de Mortsauf sera son guide. Avec elle, il va terminer de grandir, mais surtout, elle va lui fournir tous ses conseils pour réussir dans le monde et devenir un homme habile, respecté, un vrai dandy comme il y en a tant chez Balzac, Maupassant et les autres. En un mot, elle va faire de lui un homme, de toutes les façons… sauf celle qu’il voudrait. Et lorsque le garçon, lassé des années de chasteté imposées, va enfin s’encanailler avec une Anglaise moins farouche, elle est la première à en mourir de chagrin façon héroïne tragique.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce roman, c’est donc la sublimation des frustrations sexuelles de ses deux protagonistes. Mais on est chez Balzac. Et on est au XIXème siècle, époque où la littérature rime encore avec poésie. Alors, en ciselant ses descriptions comme des petits bijoux, Balzac va dissimuler cette sensualité bien trop basse encore (Zola et sa <span style="text-decoration: underline;">Nana</span> vont bientôt arriver…) derrière des métaphores et des ornements, et faire de ses descriptions de véritables tableaux impressionnistes, qui correspondent mieux à sa réputation de romancier descriptif.</p>
<p style="text-align: justify;">Soyons bas et populaires, mais ne le disons pas trop fort : nous sommes de nobles poètes, que diable !</p>
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		<title>Beigbeder – Un roman français</title>
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		<pubDate>Tue, 25 Jan 2011 01:00:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Novembre</dc:creator>
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		<description><![CDATA[J&#8217;ai reçu Un roman français à Noël. Comme je n&#8217;ai pas voulu être désobligeant, je n&#8217;ai pas remercié mon frère pour ce cadeau empoisonné, me sentant dès lors obligé d&#8217;en parler lors de notre future rencontre. Pourtant ma &#171;&#160;Beigbeder impression&#160;&#187; ne m&#8217;a pas trompé, j&#8217;ai pris quelques heures pour lire une tuile. Beigbeder, peut-être inconsciemment, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/01/9782246734116FS.gif"><img class="size-full wp-image-2856 alignleft" style="margin: 5px;" title="9782246734116FS" src="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/01/9782246734116FS.gif" alt="" width="214" height="337" /></a>J&#8217;ai reçu <span style="text-decoration: underline;">Un roman français</span> à Noël. Comme je n&#8217;ai pas voulu être désobligeant, je n&#8217;ai pas remercié mon frère pour ce cadeau empoisonné, me sentant dès lors obligé d&#8217;en parler lors de notre future rencontre. Pourtant ma &laquo;&nbsp;Beigbeder impression&nbsp;&raquo; ne m&#8217;a pas trompé, j&#8217;ai pris quelques heures pour lire une tuile.</p>
<p style="text-align: justify;">Beigbeder, peut-être inconsciemment, ou en tout cas, indiciblement, se veut le Céline du troisième millénaire. Je crois que c&#8217;est raté. Malgré un vocabulaire cru, qui dans ce livre est parfois relevé de quelques jolies phrases travaillées, il n&#8217;en reste pas moins que le Céline que l&#8217;on connait, développait un cynisme dénonçant. Une honnêteté (pas toujours réelle d&#8217;ailleurs, quand un antisémitisme omis dans certaines de ses œuvres majeures, se révéla dans <span style="text-decoration: underline;">Bagatelles pour un massacre</span>) qui se voulait substantive d&#8217;une société où le &laquo;&nbsp;nihil&nbsp;&raquo;, le non-sens, l&#8217;absurdité pré-sartrienne prenait fonction de vérité. Le cynisme de Beigbeder est en revanche plaintif. Si l&#8217;on doit lire ce livre, dit Houellebecq dans la préface, c&#8217;est notamment pour son honnêteté. Houellebecq est un généreux ami. L&#8217;honnêteté de Beigbeder s&#8217;initie dans ses frasques cocaïnomanes et ne les quitte pas une seule seconde. Rien à voir avec l&#8217;honnêteté mise en avant par les pontes de la théorie autobiographique et appliquée dans des œuvres archi-vieilles et pourtant si peu vieillissantes telles que les <span style="text-decoration: underline;">Mémoires d&#8217;outre-tombe</span> de Chateaubriand, celles de Mauriac, de Lanzmann plus récemment, ou même parfois, celles de notre ami Rousseau tant Beigbeder semble risible. L&#8217;honnêteté intellectuelle. Et non pas, celle de la connerie; comme si le fait de se justifier comme parfait con en rédemption devait permettre d&#8217;appartenir au genre humain. Ou comment écrire l&#8217;inintéressante biographie de quelqu&#8217;un de peu intéressant, se revendiquant comme tel. Mais cela ne s&#8217;arrête pas là (sauf peut être le peu de cynisme), il faut ensuite appuyer l&#8217;auteur dans son idée générale. Laquelle est que la souffrance du bourgeois-aristocrate, le pistonné, le nanti en somme, est égale à celle du pauvre gamin des banlieues. Car si ce dernier souffre de la faim et du manque de confort, biens dont l&#8217;auteur assure n&#8217;avoir jamais manqué, Beigbeder quant à lui souffre de l&#8217;insuffisance de mémoire, et du pauvre manque de confiance inspiré pour lui par son frère Charles, et évoqué pathétiquement dès le début du livre par le mot &laquo;&nbsp;leucémie&nbsp;&raquo; enfantine. Selon lui, le gosse des banlieues qui sniffe est égal au bobo de Neuilly ? La souffrance est égale, les conditions mêmes, les raisons différentes.</p>
<p style="text-align: justify;">Après ce genre de discours, quoi de plus simple que de se rendre humain en décrivant des sentiments que tout le monde a connu ? Je préfère tellement Rousseau qui avoue, honteux et malicieux tout à la fois, le vol du Ruban dans les<span style="text-decoration: underline;"><em> Confessions</em></span>, au Beigbeder qui m&#8217;avoue avoir rougi, pivoine, devant chaque fille ou femme qu&#8217;il a aimé, même du temps de son appareil dentaire. Je préfère tellement Descartes qui avoue son béguin pour les femmes &laquo;&nbsp;louches&nbsp;&raquo;, au Beigbeder qui estime normal de s&#8217;envoyer en l&#8217;air avec une fille de seize ans consentante. Je préfère tellement le jeune des banlieues enfermé en garde à vue, frappant contre les barreaux de sa cellule, au Beigbeder la jouant insolent intellectuel devant le commissaire du huitième. Et encore une fois, et c&#8217;est peu difficile à dire, je préfère un écrivain qui la joue honnête, qu&#8217;un Beigbeder qui s&#8217;autocensure pour le compte de son éditeur (Grasset, lauréat de trois Goncourt et trois Renaudot depuis quinze ans), craignant des représailles avec un juge.</p>
<p style="text-align: justify;">La vie de Beigbeder ne m&#8217;a pas intéressé, elle n&#8217;a rien de romanesque et ne suffit en rien au titre de ce bouquin, même de façon dérisoire. Pourquoi ? Parce que la revendication d&#8217;une vie inintéressante dans une autobiographie ne suffit pas à justifier une telle œuvre. Et c&#8217;est justement là qu&#8217;on retrouve la raison première des écrits de Beigbeder, revendiquer le non-sens comme justification à lui-même. Éviter le courage en le remplaçant par un non-courage qui amène à une dite honnêteté. En terminant ce livre, je me demande qui a offert le Prix Renaudot à Beigbeder. C&#8217;est peut-être la seule question qu&#8217;il m&#8217;aura fait me poser.</p>
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		<title>Gallay – Les Déferlantes</title>
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		<pubDate>Sat, 04 Dec 2010 11:00:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gouttesdo</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les phrases claquent comme les vagues furieuses sur ce bout de terre qui n’ appartient à personne, si ce n’est à la nature sauvage. Les mots écument et portent jusqu’à nous la tempête des sentiments qui meuvent cette communauté d’hommes et de femmes écartelés par leurs pulsions, leur volonté, leur orgueil, leurs amours déchirées. Ne [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img style="margin: 10px; float: left;" src="http://storage.canalblog.com/42/51/198504/29124189.jpg" alt="" width="200" height="301" />Les phrases claquent comme les vagues furieuses sur ce bout de terre qui n’ appartient à personne, si ce n’est à la nature sauvage. Les mots écument et portent jusqu’à nous  la tempête des sentiments qui meuvent cette communauté d’hommes et de femmes écartelés par leurs pulsions, leur volonté, leur orgueil, leurs amours déchirées.</p>
<p style="text-align: justify;">Ne cherchez plus à échapper au roman de Claudie Gallay : dès lors que vous avez franchi la barre des premiers paragraphes, vous êtes devenu un marin des mots,   embarqué sur la masse mouvante de  la marée montante :  vous allez caboter avec la narratrice au fil des 600 pages de Déferlantes, des lames de larmes et de colère à peine contenue, un déferlement de passions crochetées sur une terre offerte aux quatre vents …</p>
<p style="text-align: justify;">J’avais lu beaucoup de bien de ce roman paru en 2008. Que ne l’ai-je lu plus tôt ! Il appartient à cette littérature bouleversante, sans concession, dure parfois mais collée au plus profond de l’âme humaine … Les phrases résonnent comme autant de coups de poing pour exprimer les détresses et les combats inévitables. Pourtant, n’attendez  pas une œuvre désespérée, des pages interminables engluées dans la mélancolie. Claudie Gallay insuffle à ses personnages la hargne et le courage de forcer le destin, la volonté de rebondir, jusqu’à la folie peut-être mais  sans qu’aucun d’entre eux n’envisage l’abandon. Le lecteur fasciné en sort plus déterminé et plus fort, comme s’il avait reçu au passage des gouttes de cette écume de rage et de pugnacité.<br />
Un roman qui fait du bien…</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #993300;"><em>«  La première fois que j’ai vu Lambert, c’était le jour de la grande tempête. Le ciel était noir, très bas, ça cognait déjà fort au large.<br />
il était arrivé un peu après moi et il s’était assis en terrasse, une table en plein vent. Avec le soleil en face, il grimaçait, on aurait dit qu’il pleurait.<br />
Je l’ai regardé, pas parce qu’il avait choisi la plus mauvaise table, ni pour cette grimace sur le visage. Je l’ai regardé parce qu’il fumait comme toi, les yeux dans le vague, en frottant son pouce sur ses lèvres. Des lèvres sèches, peut-être plus sèches que les tiennes. »</em></span></p>
<p style="text-align: justify;">Ces quelques phrases courtes, précises, sans détour suffisent à l’auteur pour poser les deux personnages majeurs de son roman. La narratrice, dont on a déjà compris sa lutte contre un drame personnel et intime, et ce mystérieux Lambert dont l’irruption dans ce paysage tourmenté doit bouleverser le fragile équilibre d’une société recluse sur elle-même, cachant dans son sein les tragédies vomies par la mer. Confiant le fil du récit à sa conteuse, Claudie Gallay construit le cercle des protagonistes, tous vacillant  en équilibre entre la complexité du passé et le pragmatisme du présent, où il leur  faut bien se côtoyer, puisqu’ils sont des survivants. Comme les oiseaux de mer que la narratrice observe  sur les falaises et dont elle enregistre soigneusement le décompte pour mesurer le péril des espèces. Comme La Griffue, cette maison quasi en ruine qu’elle habite avec Morgane et Raphaël, sculpteur mystique des désespérances humaines.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><span style="color: #993300;">« Ça a duré des heures, un déluge effroyable. À ne plus savoir où était la terre et où était l’eau. La Griffue tanguait. Je ne savais plus si c’était la pluie qui venait cingler les vitres ou si c’étaient les vagues qui montaient jusque-là. Ça me donnait la nausée. (…)<br />
Sous la violence, les vagues noires s’emmêlaient comme des corps. C’étaient des murs d’eau qui étaient charriés, poussés en avant, je les voyais arriver, la peur au ventre, des murs qui s’écrasaient contre les rochers et venaient s’effondrer sous mes fenêtres.<br />
Ces vagues, les déferlantes.<br />
Je les ai aimées.<br />
Elles m’ont fait peur. »</span></em></p>
<p style="text-align: justify;">Le retour de Lambert au pays va provoquer un cataclysme similaire. Peu à peu, le malaise que provoque  sa présence auprès des autochtones apparaît  de plus en plus étouffant et dangereux,  malgré le déni général. D’autant que la narratrice, arrivée là par accident,  ne possède pas les clés pour comprendre les tensions brutales. D’une photographie ancienne soudain arrachée du mur où elle était exposée,  aux confidences inachevées des anciens, elle navigue entre son chagrin personnel et une attirance insidieuse pour cet homme aux attaches incertaines. Que vient-il faire dans ce hameau perdu où il n’est pas vraiment le bienvenu ? Pourquoi cette quête de cadavres vieux de quarante ans, que la mer s’obstine à garder dans ses abîmes. Pourquoi la vieille Nan, à demi-folle le reconnaît-elle en un Michel disparu lui aussi.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce roman n’a rien pourtant d’un thriller  ni d’un policier. La progression  du récit s’appuie sur les comportements de ces êtres passionnés et la vérité émerge lentement du reflux des haines, parce que la vie est  toujours liée à la volonté des flots, à cette mer changeante qui donne et qui prend. Ce n’est pas l ‘élucidation des mystères qui nous tient en haleine et fait regretter de quitter ces personnages magnifiques créés par Claudie Gallay. Ils sont tous très forts, campés sur leurs ressentiments, jalousie ou revanche, haine ressassée ou amour tronqué. Attachez- vous au passage à Lili dans son bar, et surtout à l’inénarrable Max et la poésie de son langage,  et puis entrez dans la tourmente des êtres dépassés par la violence de leurs sentiments et la portée de leur silence… Comme eux, le lecteur se sent grandir  en affrontant le tumulte des vérités enfouies.</p>
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		<title>Tardieu – Puisque rien ne dure</title>
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		<pubDate>Wed, 24 Nov 2010 11:00:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hazel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Voici ma seconde rencontre avec Laurence Tardieu et son troisième roman Puisque rien ne dure et j&#8217;ai encore été transportée&#8230; C&#8217;est tellement magique de ressentir une osmose totale avec les émotions d&#8217;une semblable, avec son écriture, et de se dire, avec un peu de jalousie et beaucoup de vanité, qu&#8217;on aurait aimé &#8211; qu&#8217;on aurait [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2010/11/puisque-rien-ne-dure-laurence-tardieu-L-1.jpeg"><img class="alignleft size-full wp-image-2175" style="margin: 5px;" title="puisque-rien-ne-dure-laurence-tardieu-L-1" src="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2010/11/puisque-rien-ne-dure-laurence-tardieu-L-1.jpeg" alt="" width="223" height="362" /></a>Voici ma seconde rencontre avec Laurence Tardieu et son troisième roman <span style="text-decoration: underline;">Puisque rien ne dure</span> et j&#8217;ai encore été transportée&#8230; C&#8217;est tellement magique de ressentir une osmose totale avec les émotions d&#8217;une semblable, avec son écriture, et de se dire, avec un peu de jalousie et beaucoup de vanité, qu&#8217;on aurait aimé &#8211; qu&#8217;on aurait dû &#8211; écrire ce roman-là!</p>
<p style="text-align: justify;"><em><span style="color: #993300;">&laquo;&nbsp;Je meurs voilà ce qu&#8217;elle m&#8217;écrit Vincent je meurs viens me voir viens me revoir une dernière fois que je te voie que je te touche que je t&#8217;entende viens me revoir Vincent je meurs. Et au bas de la feuille, en tout petit , presque illisible, son prénom, Geneviève, tracé lui aussi au crayon à papier, comme le reste de la lettre, de la même écriture tremblante, défaillante, si ce n&#8217;avait pas été ces mots-là on aurait pu croire à l&#8217;écriture d&#8217;un enfant, on aurait pu sourire, froisser la feuille, la jeter à la poubelle et l&#8217;oublier: mais non ce n&#8217;est pas un enfant, c&#8217;est Geneviève qui meurt. Geneviève. J&#8217;essaie de prononcer ton nom. Geneviève. C&#8217;est difficile.&nbsp;&raquo;</span></em></p>
<p style="text-align: justify;">En lisant ces lignes simples mais douloureuses au dos du livre, j&#8217;ai eu un premier choc. Car je me suis souvent parlé de moi-même en ces termes, m&#8217;imaginant maintes et maintes fois au seuil de ma fin de vie, réunissant tous mes amis et mes amours passées, les remerciant affectueusement, leur rendant malicieusement un dernier hommage: un adieu ultime. Moi qui me suis habituée à faire des adieux depuis mon plus jeune âge, moi qui ai toujours dû quitter des lieux, des enfants, des gens, tourner des pages. Moi qui souffre toujours et encore de l&#8217;incertitude de l&#8217;avenir -puisque rien ne dure&#8230; Oui ces premières lignes m&#8217;ont happée et c&#8217;est le livre entier qui m&#8217;a bouleversée.</p>
<p style="text-align: justify;">Car il s&#8217;agit d&#8217;un retour nostalgique sur le passé, d&#8217;un éclair de lumière sur les années de bonheur de Geneviève et Vincent balayées par la disparition soudaine de leur petite fille Clara, enlevée au retour de l&#8217;école. Car il s&#8217;agit d&#8217;une intrusion dans un déchirement de couple, du constat d&#8217;une résilience inaccessible, et de l&#8217;ineffable solitude au seuil de la mort.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;écriture de Laurence Tardieu est simple, familière, limpide et douloureuse mais pourtant poétique et élégante, évitant habilement la dérive du mélodrame. Ses mots sont justes, bien choisis, pudiques. Ses silences en disent long. Le découpage du livre en trois parties est aussi incisif que la douleur qu&#8217;il décrit selon trois points de vue: celui du présent de &laquo;&nbsp;Vincent (Juin 2005)&nbsp;&raquo;, celui du passé de &laquo;&nbsp;Geneviève (1990)&nbsp;&raquo; et celui de leur impossible avenir &laquo;&nbsp;Ensemble (Juin 2005)&nbsp;&raquo;.  Et enfin ces mots qui devraient apaiser nos tourments: <span style="color: #993300;"><em>&laquo;&nbsp;L&#8217;éternité n&#8217;est pas dans le temps, elle est dans la profondeur.&nbsp;&raquo;</em></span></p>
<p style="text-align: right;"><strong>Par <a href="http://christinem.canalblog.com/" target="_blank">Christine Gouttefarde</a></strong><br />
Autres textes de cet auteur : <a href="http://www.le-hangar.com/vos-oeuvres/idylle-par-christine-gouttefarde/" target="_blank">Idylle</a>, <a href="http://www.le-hangar.com/chroniques/livres/foenkinos-la-delicatesse" target="_blank">Foenkinos &#8211; <span style="text-decoration: underline;">La Délicatesse</span></a></p>
<div style="text-align: center;"><strong>L&#8217;avez-vous lu ? Qu&#8217;en avez-vous pensé ?<br />
Exprimez-vous !</strong></div>
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