Céline – Voyage au bout de la nuit
Louis-Ferdinand Destouches, dit Céline, publie Voyage au bout de la nuit en 1932. Ce livre raconte l’histoire de Ferdinand Bardamu, fortement inspiré par l’auteur lui-même, un jeune homme étudiant en médecine, qui participe à « l’abattoir international » qu’est la guerre 1914-18. Céline lui-même ayant vécu cette guerre exprime à travers son livre tout son dégoût pour le conflit, pour le genre humain conquérant. Du point de vue de l’engagement, Voyage au bout de la nuit est une merveille. Bardamu est un lâche, pour lui, la guerre n’a pas lieu d’être, elle est le fruit de l’absurdité de l’homme, du monde, et pour lui, et c’est d’ailleurs une idée que Céline affirme résolument : pour résister à cette folie, il faut être un lâche. Alors nous voilà face à un personnage débordant de lâcheté, affirmée, revendiquée, puisqu’il va même jusqu’à se faire interner, et qui pourtant nous devient extrêmement vite attachant. On se met dans la peau de Bardamu, qui extirpe toutes nos idées patriotiques stéréotypées sur le courage. Une œuvre antipatriotique donc mais pas seulement, car le périple de Bardamu est long et sinueux, ainsi son passage en Afrique dénonce le colonialisme, son voyage aux Etats-Unis dresse une critique affolante de la société capitaliste et de son fordisme. En plus de ces idées fortement engagées s’ajoute la dimension politique du personnage de Bardamu, qui refuse fermement toute autorité. Un tantinet anar’ le Bardamu.
De par son contenu, Voyage au bout de la nuit est une œuvre extraordinaire, résolument engagée, et extrêmement bien ficelée, mais le style de Céline contribue à l’explosion monumentale que vous procurera la lecture d’un tel ouvrage. Un style qui fit scandale à l’époque, bourré d’argot et d’impolitesses, de sentiments dégoutants exposés crus comme des tripes sur une table de boucherie. Le récit est violent, plein de force, de cris, de langage parlé, et populaire. Mais il peut aussi extrêmement drôle et Céline se sert bien de son humour, de son ironie pour renforcer encore une fois la dimension critique de cet ouvrage écrit à la première personne.
C’est très difficile de s’attaquer à Voyage au bout de la nuit, beaucoup de gens ne l’ont pas terminé, l’ont laissé inachevé, tout simplement par mésentente avec le style de Céline, plus rarement par dégoût du personnage, mais laissez vous plonger, franchissez le cap des cinquante premières pages qui brusqueront vos mœurs littéraires et l’auteur vous entraînera dans les profondeurs abyssales de la nuit.
Voyage au bout de la nuit a obtenu le prix Renaudot de 1932.
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