Posts Tagged “poésie”

Jeudi 12 novembre 2009 Par Hazel dans Vos oeuvres

L’arret du coeur, par Isabelle Pin

Une poésie, proposée par Isabelle, rythmée sur nos battements de cœur, qui se lit en un souffle.

L’arrêt du cœur

Trouble pour troubles
Autant se jeter
A
Avancer
Près du bord

Le cœur
battait
Le cœur
- Ainsi donc vous n’étiez pas morte
Très chère ?
Ainsi donc
C’est curieux
- Fort curieux
Le cœur pourtant reposait
En son habitacle
De verre
Comme d’ordinaire

Le légiste
Avait signalé
L’arrêt
hier

Mais il
Battait encore
Un coup
Sur deux
Un coup
Sur trois
Un coup
Sur deux

Oui
Le cœur battait
En son habitacle de verre
Comme d’ordinaire.

Par Isabelle Pin.

Avis et critiques sont les bienvenus.

2 commentaires
Dimanche 13 septembre 2009 Par Chadagova dans Art pictural, Concepts artistiques

Le Terrorisme Poétique

Chers lecteurs, vous avez surement été victimes d’attentats, plusieurs fois. Des attentats pas comme les autres, certes, des attentats poétiques. Vous avez probablement, habitant ou visitant simplement une métropole, croisé des vers de Baudelaire tagués sur un mur, ou un portrait de Rimbaud fait au pochoir. Tel est le terrorisme poétique, s’imposer dans la vie des citoyens, leur imposer la poésie, la littérature, les sensibiliser aux mots, en direct. Je me permets de poster ici un texte de Hakim Bey, personnage assez mystérieux en outre, mais grand théoricien du terrorisme poétique


Hakim Bey :

C’est une danse étrange et nocturne dans les guichets automatiques des banques. Des feux d’artifice tirés illégalement. L’art-paysager, des travaux de terrassement, ou des objets bizarres dans les Parcs Publics. Rentrez par effractions dans des maisons, mais au lieu de les cambrioler, laissez y des objets de terrorisme poétique. Kidnappez quelqu’un et rendez-le heureux. Prenez une personne au hasard et persuadez la qu’elle vient d’hériter d’une fortune colossale, inutile et surprenante – 1000 hectares en Antarctique, un éléphant de cirque trop vieux, un orphelinat à Bombay, ou une collection de vieux manuscrits alchimiques. Cette personne réalisera plus tard que durant un moment, elle a cru en quelque chose d’extraordinaire, et elle sera peut-être amenée à rechercher un autre mode de vie, plus intense.

Erigez des plaques commémoratives en cuivre dans les endroits (publics ou privés) où vous avez connu une révélation ou une expérience sexuelle particulièrement satisfaisante…

Go naked for a sign.

Organisez une grève dans votre école ou sur votre lieu de travail sous prétexte que vos besoins en indolence et en beauté spirituelle n’y sont pas satisfaits.

Les graffitis apportent une certaine grâce aux métros si laids et aux monuments publics si rigides – le Terrorisme Poétique peut également servir dans les endroits publiques : des poèmes gribouillés dans les toilettes des palais de justice, de petits fétiches abandonnés dans les parcs et les restaurants, des photocopies artistiques placées sous les essuie-glaces des pare-brise des voitures en stationnement, des Slogans écrits en Caractères Enormes collés sur les murs des cours de récréations ou des aires de jeux, des lettres anonymes postées au hasard ou à des destinataires sélectionnés (fraude postale), des émissions radio pirates, du ciment humide….

La réaction du public ou le choc esthétique produit par le Terrorisme Poétique devra être au moins aussi intense que le sentiment de terreur – de dégoût puissant, de stimulation sexuelle, de crainte superstitieuse, d’une découverte intuitive subite, d’une peur dadaesque – il n’est pas important que le Terrorisme Poétique soit destiné à une ou plusieurs personnes, qu’il soit « signé » ou anonyme, car s’il ne change pas la vie de quelqu’un (hormis celle de l’artiste), il échoue.

Le Terrorisme Poétique n’est qu’un acte dans un Théâtre de la Cruauté qui n’a ni scène, ni rangées, ni sièges, ni tickets, ni murs. Pour fonctionner, le Terrorisme Poétique doit absolument se séparer de toutes les structures conventionnelles de consommation d’art (galeries, publications, médias). Même les tactiques de guérillas Situationnistes comme le théâtre de rue sont peut-être actuellement trop connues et trop attendues.

Une séduction raffinée, menée non seulement dans l’optique d’une satisfaction mutuelle, mais également comme un acte conscient dans une existence délibérément belle – pourrait être l’acte ultime de Terrorisme Poétique.

Le Poète Terroriste se comporte comme un farceur de l’ombre dont le but n’est pas l’argent mais le changement.

Ne pratiquez pas le Terrorisme Poétique pour d’autres artistes, faites le pour des gens qui ne réaliseront pas (du moins durant quelques temps) que ce que vous avez fait est de l’art. Evitez les catégories artistiques identifiables, évitez la politique, ne traînez pas pour éviter de raisonner, ne soyez pas sentimentaux ; soyez sans pitié, prenez des risques, pratiquez le vandalisme uniquement sur ce qui doit être défiguré, faites quelque chose dont les enfants se souviendront toute leur vie – mais ne soyez pas spontanés à moins que la Muse du Terrorisme Poétique ne vous possède.

Déguisez-vous. Laissez un faux nom. Soyez mythique. Le meilleur Terrorisme Poétique va contre la loi, mais ne vous faites pas prendre. L’art est un crime ; le crime est un art.

3 commentaires
Vendredi 28 août 2009 Par Hazel dans Littérature

Baudelaire – Spleen de Paris

Le Spleen de Paris est un recueil auquel Baudelaire consacre les dernières années de sa vie et qui sera publié intégralement deux ans après sa mort , en 1869 (NDLR).

Il faut d’abord éclaircir une chose : ces poèmes ne sont pas écrits en mode poésie comme les textes de St-John-Perse, Macé, et plusieurs autres le sont. Ce sont des sujets qui, à travers les cinquante textes, ont interpelés l’auteur par leur singularité — beauté, laideur, cynisme, étrangeté, etc. — et ont justifiés leurs places dans ce recueil, qui traite donc poétiquement ou comme les sujets d’un poème classique les thèmes retenus, mais avec une écriture prosaïque. Donc, ces textes sont un format rétréci de la nouvelle et même du roman, et on peut leur conférer le titre de poèmes pour leur densité et l’impression qu’ils laissent. Sinon, il faudrait se poser la question : comment appelle-t-on ces courts textes, qui deviendront si personnels et poétiques avec les Illuminations (recueil de 54 poèmes composés par Arthur Rimbaud entre 1872 et 1875, NDLR), si ce n’est qu’ils sont des poèmes en étant l’ancêtre des poésies en prose, voire le germe et la première racine? Baudelaire n’a-t-il pas été le premier à donner le titre de Petits Poèmes en Prose à cette même œuvre qui fut la première à oser cette forme de textes et de poésie ?

C’est toute la définition de la prose poétique qui s’éclaire à la lecture de ces textes. Oui, il y a une certaine densité, mais nous sommes loin des successeurs. Il y a, avec ces textes, une base à laquelle nous pouvons revenir : une prose plus détendue et moins poétique, mais qui rappelle que l’important est de bien choisir son sujet, puisque l’on lui confère l’étiquette de poésie d’emblée.

La préface et l’introduction, qui font ensemble 100 pages, tentent de retracer les origines premières des poèmes en prose ou de la prose poétique et, en éludant Nerval, par exemple, passe droit à côté du but. Déjà, jadis, certains romans affectionnaient un style affecté, comme À rebours (roman de Joris-Karl Huysmans paru en 1884, NDLR), mais Baudelaire fut un des premiers à casser ou former le moule pour les générations suivantes. Voilà un des intérêts indéniables de ce livre. Baudelaire était un créateur hors-pair. Et la suprême pertinence des valeurs romantiques gardent ce livre d’une actualité cuisante. En sont témoins les poèmes sur Paris, sur la société, sur l’art, sur la vie pauvre ou riche, etc, etc.

Les amateurs de prose narrative seront servis, comme avec le tome de la Pléiade contenant tous les courts textes de Kafka, mais pour la poésie, il faut aimer le Romantisme ou aller vers des formules plus métaphoriques des Fleurs du mal (recueil de poèmes de Baudelaire, publié en 1857, NDLR). C’est en quelque sorte la poésie mise à nue, sans carcan ou corset, et la prose qui danse entre prosaïsme et poésie. Baudelaire a le mérite d’avoir le premier découvert cette forme dont on ne peut maintenant se passer.

par Frédéric Marcotte.

L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?
Exprimez-vous !

3 commentaires
Dimanche 23 août 2009 Par Novembre dans Vos oeuvres

Faites de la musique, par Mémé Nénette

Et voilà, le grand retour du Hangar est sonné avec ce texte de Mémé Nénette qui a convaincu le jury ! Nous vous rappelons que vous pouvez nous envoyer vos textes, comme Mémé Nénette, afin de les voir publier sur le Hangar; pour avoir plus d’informations rendez vous sur Comment publier dans le Hangar ?. N’oubliez pas que vous pouvez aussi nous envoyer vos critiques de livres ainsi que vos chroniques s’étendant sur tous types d’arts. Si vous souhaitez nous contacter afin de nous envoyer un texte ou pour nous poser une question, rendez-vous sur le formulaire de contact.

Faites de la musique

L’avantage des anniversaires, c’est que l’on peut picoler sans compter les verres. On a le droit. C’est le seul jour de l’année où je peux l’avouer. J’ai terminé la bouteille de Suze, mais je ne me sentais pas assez saoule, alors, j’ai entamé la bouteille de Calvados. Elle va en faire une tête, Marinette, mon aide-ménagère, quand elle verra ça! Je vais avoir droit à la grande morale. « A votre âge, c’est pas raisonnable, et puis avec vos problèmes de hanches… » A chaque fois, j’ai envie de lui répondre que je ne bois pas avec mes hanches, mais j’aurais droit à d’interminables remontrances. Elle est tellement tarte, qu’elle ne soupçonnerait même pas que je me fous de sa gueule. Elle m’expliquerai par A+B, le lien lointain de cause à effet de ma bouteille de Suze, aux hanches qui s’usent.

En tout cas, c’est vrai que j’étais bien éméchée! Je ne me souviens même pas m’être couchée. Et comme à chaque anniversaire, toute seule, j’ai parlé, je me suis raconté mon passé. J’ai mis un vieux disque de Joe Dassin, mais ça m’a fait pleurer, alors je l’ai rangé. La chanson: Les petits Pains au Chocolat, me fait pleurer. Cette chanson passait à la radio quand j’ai appris la mort d’Henri. Henri, c’est celui avec qui j’aurais dû passer ma vie….

Après la guerre, j’ai épousé Marcel. J’avais vingt-trois ans, il fallait se dépêcher. Henri était dans la Résistance, il ne revenait pas, tout le monde disait qu’il était mort. Il est revenu, j’étais engagée. Il a épousé Coralie, la voisine d’en face. Lui et moi, on se voyait par la fenêtre, on se souriait. Depuis tout jeunes, on s’aimait…

Enfin! C’est loin tout ça! J’ai donc arrêté d’écouter Les petits Pains au Chocolat et j’ai mis un disque de Barbara: Il pleut sur Nantes. J’ai le sens de la mise en scène, tout de même. On ne pleure pas sur Les petits Pains au Chocolat, mais sur du Barbara, on a le droit.

Par Mémé Nénette.

Avis et critiques sont bienvenus.

Pas de commentaires
Dimanche 5 juillet 2009 Par Novembre dans Littérature

Perse – Amers

Saint-John Perse publie Amers en 1957 après avoir passé trois ans à l’écrire. Ce recueil sous forme de poème est une ode à la mer et à l’amour. Saint-John Perse fut lauréat du prix Nobel de littérature en 1960.

Extraordinaire. N’étant pas comme les autres ressort la différence nobélisable. Je dois le mettre à côté de Rimbaud, sinon au-dessus. Il sait écrire, et il a des visions époustouflantes. On lui doit sa couronne – et le prix Nobel mérité. Comme Paul Morand et Léon-Paul Fargue, il use du dictionnaire, qui n’a plus de secret pour lui, comme d’un stylet très précis. Et son souffle circule dans l’orbe qui couronne la tête de Dieu : solaire, céleste et impayable.

Pour lui, tout est songe et texte. La mer est songe; l’oiseau est texte, ainsi de suite. Il est le génie, et nous témoins, qui interprètent ce mystère qui fait de l’homme une divinité participante à la mer intercesseur de la patrie de Dieu, partout autour et en nous.

Je cite quelques mots, qui trouveraient leur émules ailleurs dans le livre:

« L’incorporelle et très-réelle, imprescriptible; l’irrécusable et l’indéniable et l’inappropriable; inhabitable, fréquentable; immémoriale et mémorable – et quelle et quelle, et quelle encore, inqualifiable? L’insaisissable et l’incessible, l’irréprochable irréprouvable, et celle encore que voici: Mer innocence du Solstice, ô Mer comme le vin des Rois!…»

par Frédéric Marcotte.

L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?
Exprimez-vous !

1 commentaire