Posts Tagged “poème”

Samedi 6 février 2010 Par Hazel dans Vos oeuvres

Hallucinations matinales en gueule de bois majeure, par Envolée à court terme


Je crois que ces lignes vacillantes et poignantes écrites par une inconnue se passent de commentaires; je vous laisse donc plonger dans le texte, et vous invite à le relire plus d’un fois car cette « chute du corps » nous entraine avec tant de douceur qu’il est bien agréable d’y replonger encore et encore.

Hallucinations matinales en gueule de bois majeure

Des bouteilles vides et des cendriers pleins
Un corps pâle et tremblotant en travers du sol
Se relève, un pas, deux, trois, quatre
Une tentative de chute du corps
Deux autres pas et s’effondrant
Des couleurs passent devant les yeux clos
Elles s’assemblent et prennent la forme d’un visage
Qui m’allonge sur le dos.
Un corps comme liquide se répand sur le mien
Je tente de le saisir il se dérobe
J’abandonne il se presse plus fort contre moi
Un frisson
Comme un ressac qui m’emporte
Un va et vient incessant
De l’écume au bord des lèvres
Le ressac me retient
Il se dévoile, me dévoile et nous traversons
J’ouvre les yeux
Seul
Un goût de sel sous la langue.
Je me relève : deux pas.

par Envolée à court terme.

Avis et critiques sont bienvenus.

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Jeudi 28 janvier 2010 Par Novembre dans Vos oeuvres

Rejet Momentané par Anjimu

Rejet Momentané

Les sécrétions en vers fluides de mon aiguille âme
Consentent à ciseler comme avec une mince lame
Des dentelles en phrases élancées puis ajourées
De mots bijoux de brocards écarlates et dorées

Souvent elles parviennent à dévorer mes tourments
Qui habitent mes antres et pensées, très légèrement
Sans que je les sente, sans exiger le moindre sacrifice
Grâce à un petit remède intrinsèque en beau bénéfice
Cousu de fils d’or et de plates mailles d’argent pâles
Certainement décrochés d inspirations têtues rafales

Lorsque viennent mes poèmes ils sont en liberté
Ils sont intrépides ne respectent pas les carcans
Des codes carcéraux qui comptent le nombre de pieds
Ou des noms à donner selon les tailles, c’est aberrant

Le monde a si mal qu il n est pas besoin de vaines structures
A part celle de la Loi pour ne pas balancer en cruelle pâture
La quiétude des uns et des autres totalement ignorants
De ce qui se fabrique dans un esprit à la plume écrivant.

par Anjimu.

Avis et critiques sont les bienvenus.

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Vendredi 28 août 2009 Par Hazel dans Littérature

Spleen de Paris – Charles Baudelaire

Le Spleen de Paris est un recueil auquel Baudelaire consacre les dernières années de sa vie et qui sera publié intégralement deux ans après sa mort , en 1869 (NDLR).

Il faut d’abord éclaircir une chose : ces poèmes ne sont pas écrits en mode poésie comme les textes de St-John-Perse, Macé, et plusieurs autres le sont. Ce sont des sujets qui, à travers les cinquante textes, ont interpelés l’auteur par leur singularité — beauté, laideur, cynisme, étrangeté, etc. — et ont justifiés leurs places dans ce recueil, qui traite donc poétiquement ou comme les sujets d’un poème classique les thèmes retenus, mais avec une écriture prosaïque. Donc, ces textes sont un format rétréci de la nouvelle et même du roman, et on peut leur conférer le titre de poèmes pour leur densité et l’impression qu’ils laissent. Sinon, il faudrait se poser la question : comment appelle-t-on ces courts textes, qui deviendront si personnels et poétiques avec les Illuminations (recueil de 54 poèmes composés par Arthur Rimbaud entre 1872 et 1875, NDLR), si ce n’est qu’ils sont des poèmes en étant l’ancêtre des poésies en prose, voire le germe et la première racine? Baudelaire n’a-t-il pas été le premier à donner le titre de Petits Poèmes en Prose à cette même œuvre qui fut la première à oser cette forme de textes et de poésie ?

C’est toute la définition de la prose poétique qui s’éclaire à la lecture de ces textes. Oui, il y a une certaine densité, mais nous sommes loin des successeurs. Il y a, avec ces textes, une base à laquelle nous pouvons revenir : une prose plus détendue et moins poétique, mais qui rappelle que l’important est de bien choisir son sujet, puisque l’on lui confère l’étiquette de poésie d’emblée.

La préface et l’introduction, qui font ensemble 100 pages, tentent de retracer les origines premières des poèmes en prose ou de la prose poétique et, en éludant Nerval, par exemple, passe droit à côté du but. Déjà, jadis, certains romans affectionnaient un style affecté, comme À rebours (roman de Joris-Karl Huysmans paru en 1884, NDLR), mais Baudelaire fut un des premiers à casser ou former le moule pour les générations suivantes. Voilà un des intérêts indéniables de ce livre. Baudelaire était un créateur hors-pair. Et la suprême pertinence des valeurs romantiques gardent ce livre d’une actualité cuisante. En sont témoins les poèmes sur Paris, sur la société, sur l’art, sur la vie pauvre ou riche, etc, etc.

Les amateurs de prose narrative seront servis, comme avec le tome de la Pléiade contenant tous les courts textes de Kafka, mais pour la poésie, il faut aimer le Romantisme ou aller vers des formules plus métaphoriques des Fleurs du mal (recueil de poèmes de Baudelaire, publié en 1857, NDLR). C’est en quelque sorte la poésie mise à nue, sans carcan ou corset, et la prose qui danse entre prosaïsme et poésie. Baudelaire a le mérite d’avoir le premier découvert cette forme dont on ne peut maintenant se passer.

par Frédéric Marcotte.

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Samedi 13 juin 2009 Par Hazel dans Littérature

Poèmes Saturniens – Paul Verlaine

Le premier recueil du Prince des Poètes a été publié en 1866, lorsque celui-ci avait 22 ans. Il s’intitule Poème Saturniens en référence à Saturne, planète de la mélancolie, mélancolie qui se rencontre tout au long du recueil et voile ses poèmes de tristesse. Le recueil est séparé en six parties ayant chacune un nom à la manière des recueils de Charles Baudelaire; la majorité de son contenu a été écrite quand Paul Verlaine était au lycée, âgé de 16 ans. Les poèmes saturniens ont longtemps été critiqués à cause de la simplicité de certains poèmes (vu le jeune âge de Verlaine lorsqu’il les a écrit), ils s’inspirent beaucoup des Fleurs du Mal, beaucoup d’annotation dans le livre font référence a tel ou tel vers de Baudelaire.

Mais malgré le strict respect des règles de poésie que s’imposait alors le jeune Verlaine, et quelques naïves idées, le recueil se lit d’un trait, et nous laisse une douce sensation de légèreté dans la tête. Je vous laisse apprécier un extrait ci-dessous.

Soleils couchants

Une aube affaiblie
Verse par les champs
La mélancolie
Des soleils couchants.
La mélancolie
Berce de doux chants
Mon coeur qui s’oublie
Aux soleils couchants.
Et d’étranges rêves
Comme des soleils
Couchants sur les grèves,
Fantômes vermeils,
Défilent sans trêves,
Défilent, pareils
À des grands soleils
Couchants sur les grèves.

Un autre extrait ici.

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Mercredi 13 mai 2009 Par Novembre dans Littérature

Le Nuage en pantalon – Vladimir Maïakovski

http://le-hangar.cowblog.fr/images/vladimirmaiakovskilenuageenpantalon.jpgVladimir Maïakovski, si loin de cette postérité qu’ont les Hugo, les Eluard, les Aragon, et pourtant, une telle initiative poétique, une telle révolution dans le style, l’expression et surtout la vision si originale de ces choses qu’on a mille fois vues et revues en poésie ! Il est le fondateur de ce qu’on appelle le cubo-futurisme (futurisme russe), non pas un courant, mais une attitude poétique, un rejet des traditions esthétiques en littérature. Maïakovski sait dire amour et femmes, religiosité et incrédulité, art et hypocrisie, société et individualité, en même temps. Son style est très particulier, très oral, et élévateur sans forcément aller chercher de magnifiques mots tout droit sorti d’un dictionnaire des synonymes. Et bien que ce monsieur écrivit en Russe, sa traduction française est remarquable et le style oral (pas de rimes, même en langue d’origine, et des vers déstructurés comme on les aime) passe tout à fait bien en français, et je pense dans toutes les langues. Ici, dans le nuage en pantalon, Maïakovski pousse un cri retentissant, contre la société, l’art, la religion, l’amour. En quelque sorte, ce recueil est considéré comme le manifeste du futurisme : contestation de toutes les impositions dans l’art, mais aussi donc au point de vue social, religieux ou les stéréotypes amoureux, remplacement de la nature par la ville bruyante et agressive.

Je tenais pour illustrer mes propos, à citer quelques vers.

Tout d’abord, voici dans son prologue, les tous premiers vers :
Votre pensée,
qui rêvasse sur votre cervelle ramollie,
tel un laquais obèse sur une banquette graisseuse,
je m’en vais l’agacer
d’une loque de mon coeur sanguinolent
et me repaître à vous persifler, insolent et caustique.

Maïakovski commence fort, en précisant implicitement à qui les mots de ses poèmes devront profiter. On sait, qu’à son époque, et en 1910 en particulier (Le nuage en pantalon parait en 1914), le symbolisme russe, courant alors mille fois prôné et imposant ses propres directives à la poésie comme étant celles à suivre pour faire de l’art, tend à s’essoufler et est sévèrement remis en cause par toute la nouvelle génération littéraire.

Ensuite, dans le quatrième poème :
Bébé !
N’aie donc pas peur
si mon cou de taureau
porte un monceau humide de femmes au ventre en sueur
- c’est que je traîne dans ma vie
d’énormes amours propres par millions
et un milliard de sales amortons.
Drôle de façon de déclarer sa flamme…

En somme, Maïakovski résume lui même son Nuage en pantalon : « À bas votre amour, à bas votre art, à bas votre société, à bas votre religion ».
Je vous conseille et re-conseille ce recueil que vous trouverez pour un prix ridicule dans toutes les bonnes libraires et qui est vraiment ce qu’il y a de mieux pour s’initier à cette poésie déstructurée, changeante, en un mot : futuriste.

Pour les russophones, vous pouvez lire le recueil en cyrillique en cliquant ici.

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