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Jeudi 4 février 2010 Par Novembre dans Littérature

Les cloches de Bâle – Louis Aragon

Les cloches de Bâle, roman écrit par Louis Aragon en 1934, premier tome du cycle du « Monde Réel », dresse le portrait de trois femmes, Diane de Nettencourt, Catherine Simonidzé et Clara Zetkin, à travers l’œil desquels le lecteur verra l’envergure des bouleversements que connut le début du XXème siècle, tant dans son organisation sociale, sur le plan Français, que dans ses relations internationales, sur le plan mondial.

Diane de Nettencourt naît de la petite noblesse, ruinée au cours du XIXème siècle, par la prise de pouvoir bourgeoise et industrielle; cependant, c’est par les hommes et son extrême beauté alliée à sa vivacité d’esprit qu’elle va réussir son ascension sociale la menant tout au haut de l’aristocratie, alors que la particule même de son nom de famille ne valait alors plus grand chose. C’est une nouvelle femme du XXème siècle, elle choisit elle-même ses fiancés, se démarquant des habitudes de la noblesse et assure à elle seule la remontée sociale de toute sa famille. Très bien entourée, maîtresse du grand industriel Wisner, elle ne sera donc pas même inquiétée lorsque l’activité honteuse de son mari, Georges, un usurier, sera dévoilée au grand jour et qu’elle devra, par « morale », le quitter.

Catherine Simonidzé est l’incarnation du féminisme dans le livre. Elle vit, comme sa mère, sur l’argent que leur envoie son père, resté en Géorgie où il gère ses puits de pétroles. Madame Simonidzé a élevé Catherine, mais non pas sa grande soeur Hélène – envoyée dans un pensionnat -, dans la haine du capitalisme et la ferveur donnée, de façon spirituelle en tout cas, au peuple ouvrier. Lors d’un voyage en Suisse, Catherine assiste à la mort d’un ouvrier d’à peine son âge, assassiné par ses patrons assaillis par la grève ; sa haine du patronat n’en sera que plus intensifiée et sa compassion pour le prolétariat en deviendra à ses yeux absolument pur. Mais, lorsqu’à Paris, elle sera directement en contact avec les milieux anarchiste, socialiste, communiste ouvriers, incarnés par Victor ou encore l’anarchiste Albert Libertad, elle ne pourra que constater qu’un fossé la sépare irrémédiablement de ceux qu’elle défend corps et âme : la pension du puits de Bakou, envoyée chaque mois par ce père dont elle ne sait quasiment rien.

Clara Zetkin apparaît comme l’incarnation d’un socialisme féministe et pacifique, intelligent et engagé. Cependant, si Aragon en fait, de par son regard externe sur son oeuvre, comme un des personnages majeurs des Cloches de Bâle, il n’en reste pas moins que la partie la concernant ne contient que trente pages et surtout juste une ébauche de ce qu’est le héros Clara Zetkin, femme politique allemande des XIXème et XXème siècles, fermement engagée contre la première guerre mondiale et pour la place des femmes dans l’organisation de la société.

Ce qui est intéressant dans ce roman, c’est la trame de l’histoire, extrêmement bien ficelée par Aragon pour chacune de ses héroïnes : se mêlent volontiers personnages imaginaires et réels, faits inventés et faits historiques, au milieu d’explications très poussées sur les contextes économiques et sociaux de la période du début du siècle. Le romancier réussit par ailleurs à donner à ses personnages des âmes et des parcours très complexes, très réalistes, mais aussi passionnants, puis il les fait tous se rejoindre indirectement, à la fin de son livre, lors du Congrès de Bâle, en 1912.

Autres livres de Louis Aragon sur le Hangar : Aurélien

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Dimanche 17 janvier 2010 Par Chadagova dans Littérature

L’oeuvre – Emile Zola

Edouard Manet déjeuner sur l'herbe en couverture de l'oeuvre de zola
Le déjeuner sur l’herbe – Édouard Manet
En couverture de l’Œuvre, éditions Folio.

L‘Œuvre nous plonge dans le Paris artistique du XIXeme avec ses salons et ses vendeurs de tableaux, mais aussi dans la misère de ses artistes dont le talent n’est pas reconnu. C’est à cette dernière catégorie qu’appartient Claude Lantier, peintre provençal venu à Paris chercher la reconnaissance de ses pairs. Sa peinture flamboyante voire criarde dérange, ses motifs incohérents et obscènes invitent au rire. Claude se situe en dehors des conventions de la peinture académique et voit ses tableaux rejetés du Salon. Il prône un art résolument réaliste qui serait une fenêtre sur la vie. Cette vision est partagée par un petit groupe d’amis qui l’entoure : Sandoz l’écrivain et ami d’enfance de Claude souhaitant retranscrire la réalité sociale et politique de son époque, Mahoudeau le sculpteur qui entretien une relation charnelle avec ses productions, Jory le journaliste critique d’art… Tous ces artistes sont plus ou moins confrontés à la misère et à l’incompréhension du public.

L’intrigue majeure de l’ouvrage repose sur la relation amoureuse qu’entretiennent Claude et Christine. Les deux amants s’installent à la campagne où la peinture laisse place à un amour passionnel. Mais Claude devient de plus en plus sombre et tourmenté. Le couple finit par revenir à Paris où Claude songe alors à peindre son œuvre, une perspective du port Saint Nicolas, mais sa nature nerveuse et perfectionniste le plonge dans des hallucinations qui lui seront fatales. Tout l’intérêt de l’ouvrage repose sur la réflexion de l’artiste face à son œuvre. Zola met en scène le doute, l’insatisfaction perpétuelle, « la souffrance abominable qu’est l’enfantement d’une œuvre » . Ces interrogations se transforment en de sombres tortures qui viennent hanter le cerveau névrosé de Claude.

Le second intérêt du roman est sa valeur autobiographique. Comment ne pas reconnaître Zola sous les traits de Sandoz et Paul Cézanne sous ceux de Claude. L’auteur nourrit son roman de l’amitié qui liait les deux hommes. On retrouve notamment la jeunesse provençale d’Emile et Paul, quand armés de plumes et de couleurs, ils battaient la garrigue à la recherche de motifs. Le roman fait aussi référence à l’éclatement du cercle impressionniste qui figure comme la fin de l’amitié entre Cézanne et Zola.

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Vendredi 8 janvier 2010 Par A. dans Art pictural, Concepts artistiques

JR, Photographe Urbain (L’Art Urbain, Pt 1)

Un appareil photo abandonné dans un métro. C’est comme ça que tout a commencé en 2001 pour JR. Alors loin de toutes connaissances en photographie, il semble toutefois que le jeune homme avait dès le début des idées larges, et surtout une idée fixe : celle d’exposer sur les murs de Paris. En grand. En très grand.

C’est ainsi que naît le projet 28 millimètres dont le nom vient de l’objectif utilisé par le photographe tout au long de cette série de portraits mettant en scène des jeunes de cité en train de faire des grimaces toutes de plus en plus ridicules. Affichées illégalement la nuit sur des façades, ce projet a pour but évident de caricaturer la peur du français moyen. Petit à petit, JR commence se construit une solide notoriété, étant notamment très proche avec le collectif indépendant Kourtrajmé qui commence lui aussi à faire parler de lui. Il commence alors à voyager, ne se limitant plus aux murs de Paris, allant afficher ses photos dans à peu près toutes les villes d’Europe. Afin de clore cette première étape, un premier livre parait quelque temps après, reprenant tous les portraits, agrémentés des témoignages des jeunes ayant posé et se voit convié au festival de la photographie à Arles.

JR, Photo braquage

JR, grimace

Jr, grimace rue

Mais déjà, JR est sur un autre projet. Visant plus grand encore, il réunie un Imam, un Rabin et un Prêtre afin de les faire poser, toujours sur le ton de la grimace et de la caricature dans un projet nommé Face 2 Face. L’objectif ? Affiché sur une large partie du mur encerclant la bande de Gaza ces photos. Afin d’agrémenter ces quelques portraits, il invite des jeunes Israéliens et Palestiniens dans des diptyques. Cette exposition rencontre un vif succès et surtout une forte médiatisation.

Jr face 2 face

Jr bande de gaza

Depuis, JR parcourt le monde. Son troisième projet nommé « Women are heroes » photographie les yeux de femmes du tiers monde. Ayant retapissé une favela de Rio de Janeiro de ces regards, mais aussi des bidonvilles Africains entre autre, il s’applique à ouvrir des centres culturels à l’intérieur de bidonvilles.

Jr brésil

Les sillons de la ville, son projet le plus récent mets en avant des personnes âgées, la plupart des expositions sur ce thème ont été faîtes en Espagne.

JR continue à afficher la nuit de moins en moins clandestinement ses œuvres mais toujours avec la volonté de toucher la plus grande partie de la population et d’apporter l’art dans la rue, et, en quelques sortes, le désacraliser. N’ayant pas quitté son objectif de 28 millimètres, ses portraits semblent toujours aussi palpable et puissant

La totalité de son travail est disponible sur son site web : JR-Art.

Autres articles sur l’art urbain :
- Banksy Wall and Piece (L’Art Urbain, Pt 2)
- Musique et rue : du Slam au Rap en passant par la chanson fraçaise (L’art Urbain Pt 3)

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Jeudi 8 octobre 2009 Par Novembre dans Littérature

Aurélien – Louis Aragon

Aurélien, c’est l’histoire d’un jeune homme parisien, rentier, brisé par la première guerre, qui ne lui laisse qu’une absence d’identité, une absence de rêves, une absence de vie. Passant ses journées routinières à errer dans le Paris de l’entre deux guerres, Aurélien est mêlé au monde intellectuel flamboyant des années 20, et Aragon nous recompose alors ces années folles, entre Picasso, les dadaïstes, Cocteau et compagnie. Malgré cette activité immobile, Aurélien est poussé malgré lui, à l’amour, qu’il va éprouver pour Bérénice. Mais cet amour est impossible, jeune provinciale, il est plus amoureux de ses apparences, de ses « deux visages » dont il ne connait que la forme et pas le fond. Bérénice, quant à elle, voit dans cet amour impossible, l’apogée de son goût de l’absolu. Mais chemin faisant, elle doit retourner dans sa province, et lui, reste à Paris, amorphe, et plonge dans sa vie de rentier, pauvre en mouvement et riche en habitudes désuettes. Bérénice et Aurélien finiront par se retrouver, dix huit ans plus tard, et ne verront en leur ancien amour le fruit de leurs lubies de jeunesse.

Aragon dresse dans ce roman, quatrième du cycle du monde réel, le portrait d’un amour ambigu, à la fois profond et superficiel, mal dirigé, timide, improbable, tout en transmettant l’émotion que peut donner l’espoir, le rêve, la croyance en quelque chose qu’on croit alors plus que réel : absolu. Pour moi, un des plus géniaux romans d’amour.

Autres livres de cet auteur sur le Hangar : Les cloches de Bâle

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Lundi 28 septembre 2009 Par Novembre dans Vos oeuvres

Sans titre, par Marian

Cela fait bien longtemps que nous n’avons pas reçu de vos textes, chers lecteurs, et enfin un de vous se lance, et c’est avec un beau et doux poème, en accord avec la nouvelle  saison qui arrive et emporte toute l’année passée dans un cafouillis de feuilles et de goutes de pluie, que nous fait valser Marian.

Paris frémit et respire
Un vertige d’automne

Tout est achevé ta nuit
La mienne
Et l’aube transperce les volets
Et mes yeux
Et mon coeur

Car vous déroberez
toi et cet autre, cette effusion
de nous, ce soupçon
de mutuel dégoût

Dans quelques heures,
jours, semaines.
il ne restera que mes pleurs
autant que je ne m’en souvienne

Partez, toi et tes fausses promesses
quittez ce lit pour que d’autres
accaparent votre place au plus vite

Paris frémit et respire
Un vertige

une nausée.

Par Marian.

Avis et critiques sont les bienvenus.

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