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Vendredi 12 juin 2009 Par Novembre dans Vos oeuvres

La dorade Rose, par Aglaé

Sur le blog d’Aglaé, on trouve des poèmes et des textes en touts genres. Celui qu’elle nous a envoyé est une scène qui se passe au restaurant. Elle a le chic de savoir employer un langage parfois familier tout en restant littéraire, un peu à la Queneau, auteur dont elle parle un peu sur son blog. Et malgré le fait qu’on soit au restaurant ce n’est pas la nourriture décrite qui nous fait baver, mais ses tournures de phrase, et son style. Bonne lecture, car cette courte histoire est fort agréable et amusante à lire.

La Dorade Rose

Quelle idée d’être entrée là-dedans ! Le restau le plus zinzineux du coin ! mais toutes les autres gargotes sont fermées… Je n’ai pas le choix. Sûr que je vais être le plus mal possible pour le plus cher possible. Difficile de ressortir et d’ailleurs le garçon arrive vers moi avec un sourire professionnel et un arrondi du bras qui ne permet aucune retraite.
J’insiste pour m’asseoir devant une petite table isolée. J’ai dit « non » devant une belle petite place en vue au milieu de cette immense salle glaciale.
- Oui, un kir, je veux bien.pourquoi « Dorade Rose » ?!
- Cassis et champagne rosé, madame.
- D’accord !
Je pense que tout va être comme ça. J’espérais une omelette et une salade…ça va être coton…et même, j’y renonce tout de suite. Disons le menu du jour et n’en parlons plus. Quelle soirée merdique, sans mon bonhomme, et dans cette boîte à touristes de luxe, tout ce que je hais.
Tiens des mariés ! Pas difficile à repérer… tout le monde les voit et ils ne voient personne. Une bulle autour d’eux. Ils viennent de descendre de leur chambre et vont y remonter le plus vite possible. C’est con mais je les envie quand même !
Des bobos, un peu seizième arrondissement mâtiné d’un peu de décontraction à la mode. Ils voudraient bien ne ressembler à personne et, justement, ils ressemblent à tout le monde. Petit couple propret… je me demande ce qu’ils se permettent au lit. D’accord, je suis un peu peau d’hareng mais j’en ai besoin. Je me sens mieux !
Combien sont-ils, là-bas, autour de la grande table le long de la baie vitrée ? Au moins huit, je crois, pas de la même famille. Plutôt une association de pêcheurs à la ligne ou un gueuleton pour la retraite de celui que je vois de face. Soixante ans, un crâne largement essarté… Que je suis bête ! Essarté… Chauve tout simplement ! Il a son beau costume gris et une étrangleuse à rayures, il est certainement le héros du jour. Plusieurs bouteilles de rouge sur la table et deux minces serveuses qui s’activent autour d’eux. Menu gastronomique à coup sûr, et même… astronomique ! Les dames sont convenables à un point incroyable. Petit tailleur Chanel selon la mode de leurs vingt ans. Colliers moches, précieux, comme il s’en vend à la pelle dans toutes les bijouteries de la ville. Un bon point pour eux : ils rigolent de bon cœur aux plaisanteries d’une espèce de marrant de la noce, petit et rondouillard, en veine de joyeusetés pour la durée du repas. J’entends pas, c’est dommage.

Attention à mes escargots….ne pas renverser du beurre sur mon futal comme d’habitude. En plus, je me retourne un peu pour apercevoir derrière moi des gens que je ne vois pas mais dont j’entends la conversation en grande partie; trois hommes que j’ai pris pour des médecins mais qui sont probablement des infirmiers ou des kiné ou des orthophonistes, quelque chose comme ça. Ils ont un grand plat de fruits de mer devant eux, dressé sur un plat glacé garni de goémon. Le beau plat… je regrette d’être seule une fois de plus.
Ils s’activent à grand coups de casse noix tout en discutant ferme. Ils parlent de leurs clients, et encore plus de leurs clientes, et c’est marrant comme tout. Pas vraiment machos leurs propos. Ils n’en parlent pas comme ils pourraient le faire de femmes rencontrées dans une soirée ou dans une piscine. Je sens malgré tout, qu’une patiente n’est pas une femme comme une autre, qu’entre elles et eux il reste toujours une distance particulière.

- Tu vois quand j’ai un rendez vous avec la petite mère Joignant, crois moi si tu veux, je roupille à l’avance. L’autre jour, je baillais en montant son escalier. Elle dégage un ennui terrible cette femme là; elle a une voix plate sans intonation. Lalala et lalala… quoiqu’elle dise, gai ou triste, c’est la même voix morne. On a envie de lui foutre des baffes. De la réveiller. Et encore, je suis gentil. La vérité c’est que j’ai des envies de meurtre. Il faut vraiment que je m’en débarrasse. Je vais lui conseiller de voir un autre kiné, meilleur que moi.
- C’est pas possible, Jean. Tu es le meilleur !
- Déconne pas. Je supporte plus cette bonne femme. C’est à toi ce tourteau ?
- Non, vas-y
- Je finis cette petite étrille et c’est tout pour moi. Trop de trucs sur ces plateaux là, je le dis toujours !

Je m’amuse toute seule. Je repense à toutes ces conversations, dans toutes les familles , selon les professions. Ici, des médicaux, mais ailleurs, des juristes, des architectes, des fonctionnaires, des bâtisseurs.

Ils poursuivent :
- C’est pas pour dire, vieux frère, mais tu te plains toujours de tes clientes. Celles qui sont trop lourdes, celles qui sont en retard, t’en as même une, la grosse Mercier, qui pue et une qui pleure en racontant qu’elle est cocue à longueur de séance…
- Mais celle là elle me fait rigoler. Elle donne tous les détails et quelquefois, je reste derrière elle pour qu’elle ne me voie pas me bidonner.
- Ce qui compte, c’est quand même de rendre service à tous ces gens…
- Et de gagner notre croûte convenablement.
- Tu l’as dit bouffi ! Garçon ! Soyez gentil d’enlever ces carcasses, on croirait un ossuaire et ça nous rend triste.

Je me dis que les hommes sont cancaniers entre eux, c’est pas croyable. Tous les ragots de leurs clientèles vont y passer avant la fin de la soirée. Je ris et constate que ma mauvaise humeur s’est envolée. Faut dire que les rognons grand’mère sont fameux. Juste rosés mais pas saignants. Un délice.
Je suis sortie fumer une cigarette pour ne pas avoir de discussion avec personne sur ce sujet. Fumer ou pas fumer, d’accord, mais pas discuter cent sept ans sur ce sujet idiot. Pourquoi pas les OGM ou le principe de précaution ? Je supporte pas ces sujets à la mode où chacun matraque son opinion comme si c’était une vérité éternelle.
Quand j’ai regagné ma place, après l’entre acte, il me restait à attaquer une pêche melba somptueuse. Les tables autour de moi s’étaient peu à peu dégarnies à part une brave famille de trois enfants d’ailleurs charmants, qui n’avaient pas attirés mon attention de toute la soirée. Ils étaient beaux. Tous les cinq. J’aime que les gens soient beaux; pas des stars de cinéma. Ni des mannequins. Non ! Mais quelque chose comme une bonne santé physique et mentale, comme une impression globale d’intelligence, un sourire, une lueur d’humour dans les yeux. Ceux là, je les sens comme des frères. Je suis un peu nunuche car cette impression est facilement trompeuse, sous cet équilibre apparent se cache, qui sait, des conflits, de la haine, mille laideurs que ne peut soupçonner. Tant pis, je vais pas gâcher ma pêche melba avec ces considérations délétères.
C’est à ce moment que le plus jeunes des trois fils est venu vers moi.
- Madame…  mes parents me demandent… de vous dire…
- Oui, je t’écoute, n’aie pas peur !
- Hé bien ! Ils ont vu que vous étiez toute seule et nous, nous fêtons la réussite de mon frère au concours d’entrée de l’Ecole des Beaux Arts. Alors… ils seraient contents que vous veniez à notre table pour le café…
Je vous l’avais dit que c’étaient des tout mignons ceux là. On ne trompe pas le flair d’une vieille biche comme moi dans une forêt familière.

par Aglaé.

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Samedi 6 juin 2009 Par Novembre dans Vos oeuvres

Coucher de soleil n° 987654321.000, par Fantôme de Lune

Des couchers de soleils en poésie, on en a vu par milliers, et pourtant celui là a quelque chose de plus, un brin moqueur, un peu plus coloré que les précédents. Ici, les mots s’allient à la vision pour nous entrainer à la rencontre d’un soleil couchant pas comme les autres.

Coucher de soleil n° 987654321,000

Il est un peu ridicule, ce ciel layette bleu et rose,
sur les dignes façades haussmanniennes.
Il est souriant clin d’œil, aussi.

Crépuscule rieur,
entre la normalité morne du jour
et le flamboiement qui s’amorce.
Puis le rouge d’une brûlure
souillé de branches tétanisées.

Rêve de l’impermanence
un cercle qui se résout en carré.

par Fantôme de Lune.

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Jeudi 4 juin 2009 Par Hazel dans Littérature

Beckett – En attendant Godot

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En attendant Godot, écrite par Samuel Beckett entre 1948 et 1949, et publiée en 1952 est une pièce de théâtre en deux actes s’inscrivant dans le courant du théâtre de l’absurde. C’est l’œuvre la plus célèbre de l’écrivain. Vladimir et Estragon, deux vagabonds, attendent un certain Godot, un homme qui a promis de leur aider, mais qui ne vient pas. Les deux amis se demandent s’ils sont au bon endroit et au bon moment du rendez-vous. Derrière ce Godot, qui tarde à venir, nous pouvons voir God, Dieu, ce dieu qu’ils attendent sans trop d’espoir; cependant Beckett s’est toujours opposé à cette interprétation, « Si j’avais voulu faire entendre cela, je l’aurais appelé Dieu, pas Godot ». A sa sortie, la pièce fut l’objet d’un véritable scandale. Lors des premières représentations, la moitié du public quittait la salle à la fin du premier acte. L’autre moitié huait les comédiens. Et c’est grâce à cela que la pièce est devenue célèbre, les gens allaient voir le scandale.

En attendant Godot occupe la 12ème place dans le classement des 100 meilleures œuvres littéraires du XXème siècle établi par la Fnac et le monde en 1999. Sur la quatrième de couverture, qui est une lettre de Beckett adressée a Michel Polac (critique, romancier et cinéaste français) nous pouvons lire ceci : « Je n’ai pas d’idées sur le théâtre. Je n’y connais rien. je n’y vais pas. [...] Je ne sais pas plus sur la pièce que celui qui arrive à la lire avec attention. [...] Je ne sais pas plus sur les personnages que ce qu’ils disent, ce qu’ils font et ce qui leur arrive. [...] Je ne sais pas qui est Godot. Je ne sais même pas, surtout pas, s’il existe. »

Voilà un extrait de la pièce :

ESTRAGON. – Je suis fatigué. (Un temps.) Allons-nous-en.
VLADIMIR. – On ne peut pas.
ESTRAGON. – Pourquoi ?
VLADIMIR. – On attend Godot.
ESTRAGON. – C’est vrai. (Un temps.) Alors comment faire ?
VLADIMIR. – Il n’y a rien à faire.
ESTRAGON. – Mais moi je n’en peux plus.
VLADIMIR. – Veux-tu un radis ?
ESTRAGON. – C’est tout ce qu’il y a ?
VLADIMIR. – Il y a des radis et des navets.
ESTRAGON. – Il n’y a plus de carottes ?
VLADIMIR. – Non. D’ailleurs tu exagères avec les carottes.
ESTRAGON. – Alors donne-moi un radis (Vladimir fouille dans ses poches, ne trouve que des navets, sort finalement un radis qu’il donne à Estragon qui l’examine, le renifle.) Il est noir !
VLADIMIR. – C’est un radis.
ESTRAGON. – Je n’aime que les roses, tu le sais bien !
VLADIMIR. – Alors tu n’en veux pas ?
ESTRAGON. – Je n’aime que les roses !
VLADIMIR. – Alors rends-le-moi.
Estragon le lui rend.
ESTRAGON. – Je vais chercher une carotte.
Il ne bouge pas.
VLADIMIR. – Ceci devient vraiment insignifiant.
ESTRAGON. – Pas encore assez.
Silence.
VLADIMIR. – Si tu les essayais ?
ESTRAGON. – J’ai tout essayé.
VLADIMIR. – Je veux dire, les chaussures.
ESTRAGON. – Tu crois ?
VLADIMIR. – Ca fera passer le temps. (Estragon hésite.) Je t’assure, ce sera une diversion.
ESTRAGON. – Un délassement.
VLADIMIR. – Une distraction.
ESTRAGON. – Un délassement.
VLADIMIR. – Essaie.
ESTRAGON. – Tu m’aideras ?
VLADIMIR. – Bien sûr.
ESTRAGON. – On ne se débrouille pas trop mal, hein, Didi, tous les deux ensemble ?
VLADIMIR. – Mais oui, mais oui. Allez on va essayer la gauche d’abord.
ESTRAGON. – On trouve toujours quelque chose, hein, Didi, pour nous donner l’impression d’exister?
VLADIMIR (impatiemment). – Mais oui, mais oui, on est des magiciens. Mais ne nous laissont pas détourner de ce que nous avons résolu. (Il ramasse une chaussure.) Viens, donne ton pied. (Estragon s’approche de lui, lève le pied.) L’autre, porc ! (Estragon lève l’autre pied.) Plus haut ! (Les corps emmêlés ils titubent à travers la scène. Vladimir réussit finalement à lui mettre la chaussure.) Essaie de marcher. (Estragon marche.) Alors ?
ESTRAGON. – Elle me va.

L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?
Exprimez-vous !

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Mercredi 3 juin 2009 Par Novembre dans Vos oeuvres

Le Limon, par Gavroche

Tout poète le sait, il est extrêmement difficile d’écrire en vers rimés sans commettre de lourdeurs ou sans brouiller l’esthétique d’un poème. Cependant, ce texte que nous a envoyé Gavroche, traite d’un sujet original, en y mêlant sans peine une élocution élégante et légère, que l’on suit avec plaisir…

Le limon

Aux confins de l’étang d’un bleu tonitruant,
Se dandine une brise de limon gluant.

C’est une algue grise, sur les rivages humides
Qui appâte la ferveur des poissons timides.
Le plongeur démasqué rie de leur veulerie
Quand, tous petits, ils sortent de leur sablerie !

Aux confins de l’étang d’un bleu tonitruant,
On se bat dans la flore d’un limon gluant.

Et le plus fiévreux des poissons s’échoue et meurt.
Son corps si fin laisse une douleur sans humeur.
Non ! Ne pleurez pas, songez aux airs mélodieux.
C’était une perle de sable dans vos yeux.
Ses compagnons l’oublient, radieux et sans adieux.
C’était une perle de sable dans vos yeux.

Aux confins de l’étang d’un bleu tonitruant,
La mort vient dans la faune d’un limon puant.

Et la troupe, transie par la fraicheur des eaux,
Ballote ses écailles mièvres dans les flots.
L’étang se vide, seuls subsistent les roseaux,
Et la faune tombe de ses derniers sanglots.

Note de l’auteur : Le mot « humeur », dans le dixième vers, est employé au sens vieilli du terme (ici synonyme de « sang » ou de tout autre liquide organique).

par Gavroche.

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Lundi 1 juin 2009 Par Hazel dans Littérature

Queneau – Pierrot mon Ami

http://le-hangar.cowblog.fr/images/CCF0106200900000.jpgLe huitième roman de Raymond Queneau-le-jongleur-de-mots qu’est celui-ci à été publié en 1942. Pierrot, adepte de petits boulots, tombe amoureux d’Yvonne qui bosse à l’Uni-Park; il lui arrive plein de pépins, et dont un bien gros: Yvonne ne l’aime pas! Les amis de Pierrot, qui sont Petit-Pouce et Paradis sont aussi marrants que lui, et les autres personnages bien drôles eux aussi, ont des noms à coucher dehors, le plus rigolo et de s’entrainer à les prononcer à voix haute. Je crois bien de vous faire savoir que la couverture résume le livre bien beaucoup plus mieux que la quatrième de couverture, où l’on peut lire ceci :

Ce silence, cette nuit, ces rues étroites, tout disposait Pierrot à ne penser à rien de précis. Il regardait à droite, à gauche, comme pour accrocher quelque part ses petites curiosités, mais ne trouvait rien – tout au plus les enseignes, et qui ne valaient pas les billes de l’avenue de Chaillot. Il songea un instant à visiter le bobinard de cette sous-préfecture, mais il ne rencontrait personne pour le renseigner. Finalement il se perdit. Il traversait maintenant une petite banlieue ouvrière, avec des manufactures ici et là. Plus loin, Pierrot atteignit une route assez large, avec un double liséré d’arbres, peut-être nationale ? Peut-être départementale ? Il marcha encore quelques instants. Il entendit tout près de lui un grand cri, un cri de femme, un cri de peur.

Car non, non, non ! Ceci est tout sauf un livre d’horreur ! C’est plutôt tout le contraire, Queneau arrive a mélanger chapelles-tombeaux de prines poldèves, attractions en feu, singes dressés et chagrins d’amour dans quelques220 pages. Des poignées d’humour et de jeux de mots à toutes les lignes, font de ce livre un véritable petit beurre de Lu, à croquer donc !

Autres livres de cet auteur : Exercices de style

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