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Lundi 11 janvier 2010 Par Kapitolina dans Littérature

McCullers – Le coeur est un chasseur solitaire

Carson au centre.

Carson McCullers, vous savez peut-être ? Membre de ce vieux conglomérat du Sud profond aux côtés de William Faulkner. En 1940, âgée alors de 23 ans, elle publie son premier roman, Le cœur est un chasseur solitaire. C’est aussi celui que l’on reconnaît comme le plus important de l’ensemble de son œuvre.

Commençons par planter le décor : Carson McCullers nous introduit dans une petite ville du Sud des États-Unis où presque tout le monde se connaît avec une certaine méfiance, traversée sourdement par l’histoire des années 30. Mais le Sud, c’est aussi ses filatures de coton, mâchoires d’acier qui veillent à la conservation du paysage souffreteux de ses villes, sans oublier ses étés brûlants qui aiguisent l’inimitié entre noirs et blancs. C’est dans ce contexte qu’évoluent (ou se recroquevillent), une adolescente d’une douzaine d’années nommée Mick, un médecin noir et un rouge harassés, qu’un autre homme observe depuis le comptoir de son café.

Chacun d’eux erre seul dans cette ville, transportant au-devant de lui-même une idée fixe. Ils se cherchent, se flairent – quand un homme transpire de tout son être un idéal, cela à sans doute une odeur – sans jamais parvenir à s’atteindre. Puisque la solitude qui se rencontre ne s’entrechoque pas pour se briser, mais se nourrit d’elle-même. A eux seuls, ils forment pourtant  une minorité invisible qui transcende les autres. Quatre individus hétérogènes qui convergeront tous autour de la figure d’un homme muet dont personne ne reconnaît le passé ni vraiment l’existence présente. Ce livre parle aussi de l’échec de la communication. Seule l’absence de la parole d’un homme engendre celle d’un autre dans sa plus grande nudité. Le visage-sable-mouvant du muet aspire toutes les déformations et revêt sans résistance la forme que l’autre souhaite voir en lui. Une approbation sereine.

Il arrive paradoxalement que Carson soit dans la surabondance de ce qui est dit. Mais cela se produit très rarement, et on constate surtout par le biais des différents points de vue, la finesse dont elle use pour manipuler le ressassement dans lequel la parole de ses personnages est inévitablement entraînée. Ils ne sont pas en pleine possession de leur parole, car ils ne sont pas entendus à la mesure de l’importance qu’il lui donne.

Le cœur est un chasseur solitaire couve une fatigue écrasante, celle des jours qui ne commencent jamais vraiment à force de se finir au café de New York.  Fatigue de ces idéaux qui se moulent dans une lutte sociale et économique ou dans la musique, sans cesse remâchés, parfois même jusqu’à la folie furieuse, broyés par la cécité de ceux qui se couchent trop tôt pour fuir l’errance de soi dans la nuit noire. Des personnages comme des arbres qui voudraient entourer de leurs bras la forêt, désespérément. Leurs utopies vaporeuses s’élèvent des peaux graisseuses, des haleines puant l’alcool, d’un Dieu qui ne possède même pas son ombre, des doigts pleins de cales et des dos qui craquent. Il n’y a que des angles entre les lignes de Carson McCullers. Tout est usé, jusqu’aux costumes et aux robes de soirée des enfants qui ne tardent jamais à se mêler aux haillons de ceux qui n’ont pas été invités à une « promenade partie », et à partager avec eux le plaisir douloureux  de se retrouver avec des ourlets boueux.

Tout cela, Mick Kelly le traverse sans jamais que rien ne puisse déloger de sa mémoire la moindre note de la première partie de la troisième Symphonie de Beethoven, en dépit de l’enfance qui s’écarte d’elle, en dépit des amertumes grandissantes de la vie. Simplement, la vie.  Les personnages de McCullers sont beaux, parce qu’ils sont à la fois épuisables dans leur chair et inaltérables dans leur âme. Au bout de 450 pages, Carson McCullers nous laisse une douceur âcre au bout du pouce, ou de l’index (tout dépend évidemment de la façon dont vous tournez vos pages).

Sur la photo : Carson McCullers est au centre.

Par Kapitolina.

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Mercredi 18 novembre 2009 Par Novembre dans Littérature

Le Clézio – Le chercheur d’or

C’est le premier livre de Le Clézio que je lis et je crois que c’est la première fois que je ressens à ce point cette envie de me farcir sa biographie complète. Dans le chercheur d’or, Le Clézio, prix Nobel de littérature l’an passé, nous emmène sur les traces d’Alexis, sur l’île Maurice. Le jeune garçon baigne dans le rêve, passe ses journées dans les champs de cannes à sucre, à courir après le soleil en compagnie de son ami Noir, Denis. Puis, il y a l’amour de la mer et de son doux bruit, l’admiration de la nature, les jeux, et surtout : le Corsaire inconnu, un pirate qui laissa voilà plus d’un siècle un fameux trésor sur une île alentour, que le père d’Alexis convoite. Mais le bonheur ne peut durer indéfiniment, et Alexis grandit, son père meurt, et il décide de partir à la recherche du trésor du Corsaire inconnu. Il connaitra l’amour, avec Ouma, le désespoir, la folie, la nature, et même la guerre, sur le chemin de sa vie. Au final, notre héros aura mis trente ans à comprendre qu’il n’y a de trésor qu’au fond de soi, dans l’amour et l’amour de la vie, dans la beauté du monde.

Avec ce roman, écrit dans un style extrêmement pur et envolé, très poétique, Le Clézio nous fait voyager dans le milieu toujours peu connu de l’insularité, il nous transporte dans cet univers plein d’une nature splendide, baigné par cette mer magnifique et infinie, si bien qu’il est difficile de lâcher le livre pour se résoudre à dormir.

Autres livres de cet auteur : Le Procès-verbal.

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Dimanche 13 septembre 2009 Par Chadagova dans Art pictural, Concepts artistiques

Le Terrorisme Poétique

Chers lecteurs, vous avez surement été victimes d’attentats, plusieurs fois. Des attentats pas comme les autres, certes, des attentats poétiques. Vous avez probablement, habitant ou visitant simplement une métropole, croisé des vers de Baudelaire tagués sur un mur, ou un portrait de Rimbaud fait au pochoir. Tel est le terrorisme poétique, s’imposer dans la vie des citoyens, leur imposer la poésie, la littérature, les sensibiliser aux mots, en direct. Je me permets de poster ici un texte de Hakim Bey, personnage assez mystérieux en outre, mais grand théoricien du terrorisme poétique


Hakim Bey :

C’est une danse étrange et nocturne dans les guichets automatiques des banques. Des feux d’artifice tirés illégalement. L’art-paysager, des travaux de terrassement, ou des objets bizarres dans les Parcs Publics. Rentrez par effractions dans des maisons, mais au lieu de les cambrioler, laissez y des objets de terrorisme poétique. Kidnappez quelqu’un et rendez-le heureux. Prenez une personne au hasard et persuadez la qu’elle vient d’hériter d’une fortune colossale, inutile et surprenante – 1000 hectares en Antarctique, un éléphant de cirque trop vieux, un orphelinat à Bombay, ou une collection de vieux manuscrits alchimiques. Cette personne réalisera plus tard que durant un moment, elle a cru en quelque chose d’extraordinaire, et elle sera peut-être amenée à rechercher un autre mode de vie, plus intense.

Erigez des plaques commémoratives en cuivre dans les endroits (publics ou privés) où vous avez connu une révélation ou une expérience sexuelle particulièrement satisfaisante…

Go naked for a sign.

Organisez une grève dans votre école ou sur votre lieu de travail sous prétexte que vos besoins en indolence et en beauté spirituelle n’y sont pas satisfaits.

Les graffitis apportent une certaine grâce aux métros si laids et aux monuments publics si rigides – le Terrorisme Poétique peut également servir dans les endroits publiques : des poèmes gribouillés dans les toilettes des palais de justice, de petits fétiches abandonnés dans les parcs et les restaurants, des photocopies artistiques placées sous les essuie-glaces des pare-brise des voitures en stationnement, des Slogans écrits en Caractères Enormes collés sur les murs des cours de récréations ou des aires de jeux, des lettres anonymes postées au hasard ou à des destinataires sélectionnés (fraude postale), des émissions radio pirates, du ciment humide….

La réaction du public ou le choc esthétique produit par le Terrorisme Poétique devra être au moins aussi intense que le sentiment de terreur – de dégoût puissant, de stimulation sexuelle, de crainte superstitieuse, d’une découverte intuitive subite, d’une peur dadaesque – il n’est pas important que le Terrorisme Poétique soit destiné à une ou plusieurs personnes, qu’il soit « signé » ou anonyme, car s’il ne change pas la vie de quelqu’un (hormis celle de l’artiste), il échoue.

Le Terrorisme Poétique n’est qu’un acte dans un Théâtre de la Cruauté qui n’a ni scène, ni rangées, ni sièges, ni tickets, ni murs. Pour fonctionner, le Terrorisme Poétique doit absolument se séparer de toutes les structures conventionnelles de consommation d’art (galeries, publications, médias). Même les tactiques de guérillas Situationnistes comme le théâtre de rue sont peut-être actuellement trop connues et trop attendues.

Une séduction raffinée, menée non seulement dans l’optique d’une satisfaction mutuelle, mais également comme un acte conscient dans une existence délibérément belle – pourrait être l’acte ultime de Terrorisme Poétique.

Le Poète Terroriste se comporte comme un farceur de l’ombre dont le but n’est pas l’argent mais le changement.

Ne pratiquez pas le Terrorisme Poétique pour d’autres artistes, faites le pour des gens qui ne réaliseront pas (du moins durant quelques temps) que ce que vous avez fait est de l’art. Evitez les catégories artistiques identifiables, évitez la politique, ne traînez pas pour éviter de raisonner, ne soyez pas sentimentaux ; soyez sans pitié, prenez des risques, pratiquez le vandalisme uniquement sur ce qui doit être défiguré, faites quelque chose dont les enfants se souviendront toute leur vie – mais ne soyez pas spontanés à moins que la Muse du Terrorisme Poétique ne vous possède.

Déguisez-vous. Laissez un faux nom. Soyez mythique. Le meilleur Terrorisme Poétique va contre la loi, mais ne vous faites pas prendre. L’art est un crime ; le crime est un art.

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Mardi 8 septembre 2009 Par Novembre dans Littérature

Céline – Voyage au bout de la nuit

Louis-Ferdinand Destouches, dit Céline, publie Voyage au bout de la nuit en 1932. Ce livre raconte l’histoire de Ferdinand Bardamu, fortement inspiré par l’auteur lui-même, un jeune homme étudiant en médecine, qui participe à « l’abattoir international » qu’est la guerre 1914-18. Céline lui-même ayant vécu cette guerre exprime à travers son livre tout son dégoût pour le conflit, pour le genre humain conquérant. Du point de vue de l’engagement, Voyage au bout de la nuit est une merveille. Bardamu est un lâche, pour lui, la guerre n’a pas lieu d’être, elle est le fruit de l’absurdité de l’homme, du monde, et pour lui, et c’est d’ailleurs une idée que Céline affirme résolument : pour résister à cette folie, il faut être un lâche. Alors nous voilà face à un personnage débordant de lâcheté, affirmée, revendiquée, puisqu’il va même jusqu’à se faire interner, et qui pourtant nous devient extrêmement vite attachant. On se met dans la peau de Bardamu, qui extirpe toutes nos idées patriotiques stéréotypées sur le courage. Une œuvre antipatriotique donc mais pas seulement, car le périple de Bardamu est long et sinueux, ainsi son passage en Afrique dénonce le colonialisme, son voyage aux Etats-Unis dresse une critique affolante de la société capitaliste et de son fordisme. En plus de ces idées fortement engagées s’ajoute la dimension politique du personnage de Bardamu, qui refuse fermement toute autorité. Un tantinet anar’ le Bardamu.
De par son contenu, Voyage au bout de la nuit est une œuvre extraordinaire, résolument engagée, et extrêmement bien ficelée, mais le style de Céline contribue à l’explosion monumentale que vous procurera la lecture d’un tel ouvrage. Un style qui fit scandale à l’époque, bourré d’argot et d’impolitesses, de sentiments dégoutants exposés crus comme des tripes sur une table de boucherie. Le récit est violent, plein de force, de cris, de langage parlé, et populaire. Mais il peut aussi extrêmement drôle et Céline se sert bien de son humour, de son ironie pour renforcer encore une fois la dimension critique de cet ouvrage écrit à la première personne.
C’est très difficile de s’attaquer à Voyage au bout de la nuit, beaucoup de gens ne l’ont pas terminé, l’ont laissé inachevé, tout simplement par mésentente avec le style de Céline, plus rarement par dégoût du personnage, mais laissez vous plonger, franchissez le cap des cinquante premières pages qui brusqueront vos mœurs littéraires et l’auteur vous entraînera dans les profondeurs abyssales de la nuit.

Voyage au bout de la nuit a obtenu le prix Renaudot de 1932.

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Dimanche 23 août 2009 Par Novembre dans Vos oeuvres

Faites de la musique, par Mémé Nénette

Et voilà, le grand retour du Hangar est sonné avec ce texte de Mémé Nénette qui a convaincu le jury ! Nous vous rappelons que vous pouvez nous envoyer vos textes, comme Mémé Nénette, afin de les voir publier sur le Hangar; pour avoir plus d’informations rendez vous sur Comment publier dans le Hangar ?. N’oubliez pas que vous pouvez aussi nous envoyer vos critiques de livres ainsi que vos chroniques s’étendant sur tous types d’arts. Si vous souhaitez nous contacter afin de nous envoyer un texte ou pour nous poser une question, rendez-vous sur le formulaire de contact.

Faites de la musique

L’avantage des anniversaires, c’est que l’on peut picoler sans compter les verres. On a le droit. C’est le seul jour de l’année où je peux l’avouer. J’ai terminé la bouteille de Suze, mais je ne me sentais pas assez saoule, alors, j’ai entamé la bouteille de Calvados. Elle va en faire une tête, Marinette, mon aide-ménagère, quand elle verra ça! Je vais avoir droit à la grande morale. « A votre âge, c’est pas raisonnable, et puis avec vos problèmes de hanches… » A chaque fois, j’ai envie de lui répondre que je ne bois pas avec mes hanches, mais j’aurais droit à d’interminables remontrances. Elle est tellement tarte, qu’elle ne soupçonnerait même pas que je me fous de sa gueule. Elle m’expliquerai par A+B, le lien lointain de cause à effet de ma bouteille de Suze, aux hanches qui s’usent.

En tout cas, c’est vrai que j’étais bien éméchée! Je ne me souviens même pas m’être couchée. Et comme à chaque anniversaire, toute seule, j’ai parlé, je me suis raconté mon passé. J’ai mis un vieux disque de Joe Dassin, mais ça m’a fait pleurer, alors je l’ai rangé. La chanson: Les petits Pains au Chocolat, me fait pleurer. Cette chanson passait à la radio quand j’ai appris la mort d’Henri. Henri, c’est celui avec qui j’aurais dû passer ma vie….

Après la guerre, j’ai épousé Marcel. J’avais vingt-trois ans, il fallait se dépêcher. Henri était dans la Résistance, il ne revenait pas, tout le monde disait qu’il était mort. Il est revenu, j’étais engagée. Il a épousé Coralie, la voisine d’en face. Lui et moi, on se voyait par la fenêtre, on se souriait. Depuis tout jeunes, on s’aimait…

Enfin! C’est loin tout ça! J’ai donc arrêté d’écouter Les petits Pains au Chocolat et j’ai mis un disque de Barbara: Il pleut sur Nantes. J’ai le sens de la mise en scène, tout de même. On ne pleure pas sur Les petits Pains au Chocolat, mais sur du Barbara, on a le droit.

Par Mémé Nénette.

Avis et critiques sont bienvenus.

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