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	<title>Le Hangar - Espace artistique &#187; littérature</title>
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		<title>Dumas – Les Trois Mousquetaires</title>
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		<pubDate>Wed, 28 Apr 2010 17:17:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mélusine</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La culture populaire a toujours un fondement classique. Les fameux trois mousquetaires, qui sont en fait quatre, sont connus à peu près de tous, mais lorsque j’ai découvert une vieille édition du roman d’Alexandre Dumas, je me suis dit que c’était l’occasion pour moi de revenir aux sources, comme j’aime à le faire. Alexandre Dumas [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft" style="border: 1px solid black; margin: 5px;" src="http://imados.fr/history/15/les-trois-mousquetaires_couv.jpg" alt="3 mousquetaires" width="251" height="406" />La culture populaire a toujours un fondement classique. Les fameux trois mousquetaires, qui sont en fait quatre, sont connus à peu près de tous, mais lorsque j’ai découvert une vieille édition du roman d’Alexandre Dumas, je me suis dit que c’était l’occasion pour moi de revenir aux sources, comme j’aime à le faire.</p>
<p style="text-align: justify;">Alexandre Dumas commence sa carrière littéraire par le théâtre et le vaudeville, et développe très tôt un grand intérêt pour l’histoire. En bon romantique, il délaisse la grandiose histoire antique pour se consacrer à des événements plus récents, plus proches de ses lecteurs de 1844. Il met donc en scène les mousquetaires du roi Louis XIII et les intrigues de cour qui gravitent autour de lui.</p>
<p style="text-align: justify;">Le jeune D’Artagan, fraichement débarqué de sa Gascogne natale, s’arrête à Meung dans son voyage pour Paris. Il transporte fièrement une lettre de recommandation de son père, adressé à M. de Tréville, capitaine des mousquetaires du roi. Mais il est humilié par deux inconnus qui lui confisquent ladite lettre : il ignore qu’il s’agit de Milady de Winter et de Rochefort, deux agents du cardinal de Richelieu dont l’influence grandit chaque jour et se pose ouvertement comme un contre-pouvoir à celui du Roi. Mais il en faut plus arrêter ce sang bouillonnant de Gascon : il se rend quand même à Paris. C’est alors qu’il aperçoit Rochefort : furieux, il se précipite à sa poursuite, bousculant au passage trois gentilshommes qui n’acceptent pas d’être rudoyés de la sorte. D’Artagnan est un homme d’honneur : ils règleront leurs comptes dès le lendemain, en duel, les uns à la suite des autres (et oui, pour le moment, il doit poursuivre Rochefort pour lui faire sa fête, vous suivez ?). Et voici comment D’Artagnan, sans le savoir, provoque en duel les trois meilleurs mousquetaires du Roi, chacun à quinze minutes d’intervalle.</p>
<p style="text-align: justify;">Surprenant début, non ? J’ai pris une véritable claque. Je pensais découvrir un livre de cape et d’épée au goût un peu suranné, du vu et du revu. Mais ce D’Artagnan est, dès les premières pages, un petit garnement qui collectionne les problèmes et provoque de véritables émeutes partout où il passe, bien malgré lui parfois. Loin du noble mousquetaire raffiné dont on peut en garder l’image, c’est davantage un adolescent impulsif et borné que l’on nous présente. C’est délicieux. Ce qui prime dans ce roman, c’est l’action, la bonne humeur, les situations rocambolesque, les tours de passe-passe, et l’on ne se refuse pas un peu de grivoiserie : les mousquetaires eux-mêmes sont des piliers de bars indisciplinés, toujours sans le sou puisqu’ils passent leur temps à jouer aux cartes et à boire. Leurs principales qualités : leur sens de l’honneur, leur fidélité à leurs amis et surtout à leur Roi. Ainsi ils affrontent volontiers les soldats du cardinal, quitte à provoquer une bagarre générale. Et c’est un vrai plaisir de voir le Roi lui-même les réprimander publiquement  (« Les duels sont interdits par la loi, messieurs, votre travail est de faire régner l’ordre ») et, dès que le cardinal a le dos tourné, de les féliciter à voix basse (« Vous avez gagné au moins ? »).</p>
<p style="text-align: justify;">Mais que serait un roman romantique sans son histoire d’amour ? Les Mousquetaires sont aussi les serviteurs de la Reine, et celle-ci ne sait que faire pour ne pas décourager le duc de Buckingham qui ne cache plus son amour pour elle, sans perdre la dignité qui sied à une Reine de France. Voici donc des missions bien moins officielles pour nos mousquetaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Bref, ça part dans tous les sens, on ne s’ennuie pas une minute, il y en a pour absolument tous les goûts. J’ai dévoré ce gentil pavé en deux jours. Et vous ?</p>
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		<title>Sartre – La nausée</title>
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		<pubDate>Tue, 13 Apr 2010 11:00:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Novembre</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em><img style="border: 1px solid black; margin: 10px; float: left;" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/4/40/La_nausee.jpg" alt="" width="200" height="304" />La Nausée</em>, c&#8217;est en quelque sorte ce qui a permis à Sartre d&#8217;exploser dans le monde littéraire, et qui nous a fait observer les premiers prémices de la pensée existentialiste sartrien dans la littérature. Tout commence à Bouville, une petite ville portuaire imaginée par Sartre, où Antoine Roquentin, après avoir vécu de voyages dans sa jeunesse, s&#8217;est installé et s&#8217;adonne à des recherches sur le marquis de Rollebon, afin de rédiger un mémoire sur la vie de ce dernier. Jusque là tout va bien&#8230; Mais un jour, et c&#8217;est ainsi que démarre concrètement le roman, Roquentin va décider de commencer à écrire un journal, après s&#8217;être aperçu d&#8217;un net changement dans sa perception des objets de la vie courante. Il semble à Antoine que chaque objet lui est indifférent, comme mu par une vie propre, et malgré tout l&#8217;effort qu&#8217;il y met, chaque fois qu&#8217;il essaie de se représenter l&#8217;objet en question, son nom, ses caractéristiques, et son utilité, celui-ci dégage alors un étrange malaise, une Nausée, et disparaît jusqu&#8217;à son nom, dans l&#8217;esprit de Roquentin. Il y a en face de lui, un monde inanimé, inaccessible, incompréhensible, comme autre. Petit à petit, ce ne seront plus les objets, mais lui-même qui va perdre de son sens, et provoquera en lui cette Nausée caractéristique à sa vision imposée du monde&#8230; Face à l&#8217;amour, aux corps mêmes, Antoine ne peut plus rien. Face à lui même, à la vie, aux choses non plus. Il est sans arrêt baigné par le malaise et le dégoût. Jusqu&#8217;au jour où il comprend que le retour à la normale, et sa propre réalisation même, passeront peut-être par la création d&#8217;une œuvre romanesque, faite pour déranger et faire réfléchir ses lecteurs.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;approche de la conscience et de la contingence dans <em>la Nausée</em> est particulière à Sartre, puisqu&#8217;elle sera au centre de son œuvre philosophique existentialiste. Pour élaborer son premier roman, après avoir publié plusieurs essais philosophiques sur l&#8217;imaginaire, Sartre étudiera tout particulièrement Husserl et sa phénoménologie. On peut penser que c&#8217;est en quelque sorte ce roman qui lui a donné l&#8217;occasion d&#8217;exprimer ses propres idées autour de l&#8217;énonciation brève d&#8217;un concept nouveau. Quoiqu&#8217;il en soit, Sartre aura incontestablement marqué la littérature et la philosophie de son temps. Même en dehors de toute culture philosophique, son roman est très largement ouvert et compréhensible, pour tous les esprits, en restant très clair sur les sentiments et ressentis du personnage. Comme on l&#8217;a vu précédemment avec <em>Les Mains sales</em>, Sartre est un pluridisciplinaire, et c&#8217;est sans doute cette capacité, ce talent, qui lui a permis d&#8217;exploser aux yeux de tous, comme un grand homme de lettres et d&#8217;esprit.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Cependant</span>, je n&#8217;ai pas fini. Certes, pour l&#8217;anniversaire de la mort de Sartre, j&#8217;aurais pu être hyper sympa et me contenter de lui jeter des fleurs, comme l&#8217;ont fait des milliers avant moi. Cependant, et je sais que je ne suis pas non plus le premier à le faire, malgré tout le respect que j&#8217;ai pour <em>la Nausée</em>, je me dois de mettre au point une petite critique. Il y a en effet plusieurs points sur lesquels on peut se permettre de petits reproches. Tout d&#8217;abord, la vraisemblance. La vraisemblance de la nausée en elle-même : il faut imaginer un bonhomme, qui ne fait à peu près rien du tout de sa vie, qui se met à réfléchir sur son existence malgré lui, car c&#8217;est effectivement un galet qui sert de déclic, et que la notion d&#8217;existence dans sa propre existence est existante, ce qui semble fondamentalement affreux et dégoutant. En fait, la réaction de Roquentin, son parcours, je le vois plus comme une prise de tête un peu personnelle, sur le fait d&#8217;exister; le tout autour de questions somme toute assez simplistes : qu&#8217;est-ce que tu fous là coco ? quel sens à ma vie ? est-ce que ce galet existe ? ce galet existe un galet ? est-ce que j&#8217;existe ? suis-je un galet ? Je pousse la critique dans la caricature, certes, et mes compétences en philosophie ne me permettent sûrement pas d&#8217;apprécier toutes les idées et la réflexion de Sartre. Cependant, en bon littéraire que je devrais être, je me dois de donner un point de vue de littéraire, c&#8217;est à dire de lecteur lambda, pas forcément fanatique d&#8217;existentialisme. Pour ma part, niveau questions sur l&#8217;existence, je me contenterai plus facilement de <a href="http://www.le-hangar.com/livres/la-chute-albert-camus/">la Chute</a>, de l&#8217;ami Camus.</p>
<p style="text-align: justify;">Bon, ceci dit, la Nausée reste un livre très intéressant, et comme je l&#8217;ai dit précédemment, accessible. Ce sera même parfois cette forme un peu fantaisiste, de la ville inventée, de la Nausée un peu retentissante, qui pourra plaire au lecteur. L&#8217;important est toujours de se faire son avis par soi-même, et en tant que classique, si vous ne l&#8217;avez pas chez vous, filez l&#8217;acheter !</p>
<p style="text-align: right;"><a href="http://www.feelingsurfer.net/garp/poesie/Sartre.LaNausee.html" target="_blank">Lire un extrait.</a></p>
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		<title>Sartre – Les Mains sales</title>
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		<pubDate>Mon, 12 Apr 2010 13:15:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Novembre</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Jean-Paul Sartre s&#8217;est envolé le 15 avril 1970, il y a maintenant quarante ans. Tout au long de la semaine, le Hangar lui rend hommage en vous proposant de découvrir plusieurs de ses œuvres. Lorsqu&#8217;il fait paraître Les Mains sales, en 1948, Jean-Paul Sartre est déjà un homme de lettres mainte et mainte fois reconnu, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img style="border: 1px solid black; margin: 10px; float: left;" src="http://www.sbpress.com/wp-content/uploads/2009/11/Sartre.jpg" alt="" width="200" height="222" /></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Jean-Paul Sartre s&#8217;est envolé le 15 avril 1970, il y a maintenant quarante ans. Tout au long de la semaine, le Hangar lui rend hommage en vous proposant de découvrir plusieurs de ses œuvres.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Lorsqu&#8217;il fait paraître <em>Les Mains sales</em>, en 1948, Jean-Paul Sartre est déjà un homme de lettres mainte et mainte fois reconnu, tant dans la littérature, que dans le théâtre et la philosophie. Cette pièce, mise en scène pour la première fois par Simone Berriau au Théâtre Antoine le 2 avril de cette même année, relate le questionnement politique de Sartre quant au communisme et notamment à l&#8217;idée de Parti et tout ce qui s&#8217;y lie irrémédiablement. Prenant dans ses réflexions l&#8217;apparence du personnage de Hugo, un jeune intellectuel issu du milieu bourgeois, il mêle dans la pièce réflexion existentialiste et questions sur l&#8217;intérêt et l&#8217;évolution du parti politique. Hugo, dans le premier tableau, vient à peine de sortir de prison pour bonne conduite, deux ans après avoir assassiné Hoederer, un des pontes du Parti prolétarien en Illyrie (pays inventé par Sartre) sur l&#8217;ordre de Louis et Olga, deux autres militants très actifs. L&#8217;histoire se passe pendant la seconde guerre mondiale, dans un contexte que l&#8217;on connaît où s&#8217;opposent force alliées, communistes et fascistes, au point de vue idéologique. Hugo se rend donc chez Olga, chez qui se tient le siège clandestin du Parti. Cette dernière lui fait passer un petit questionnaire sur les véritables raisons qui ont poussé Hugo à tuer Hoederer. Au Parti, il semblerait qu&#8217;on doute de lui désormais, malgré le grand sacrifice auquel il a consenti. Dans les tableaux suivants, on retrace l&#8217;histoire de Hugo : différentes questions d&#8217;ordre politique traverseront la pensée de Sartre. Tout d&#8217;abord, peut-on tuer un individu dans l&#8217;intérêt d&#8217;une idée politique ? L&#8217;intérêt d&#8217;une idée politique est-il d&#8217;ailleurs légitime ? Y&#8217;a-t-il une vérité politique ? Puis, viendront s&#8217;ajouter à ces questions le malaise existentialiste face à l&#8217;action, que l&#8217;on retrouve aussi dans <em>La Nausée</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Il serait dommage de révéler tous les éléments de l&#8217;action. Cependant cette pièce est très prenante et on ne peut que conseiller de la lire car, même si on peut ne pas adhérer à l&#8217;engagement politique, et voire philosophique, dans le théâtre, ce n&#8217;est jamais du temps perdu. On ressent néanmoins toute la force de Sartre et son activité dans la vie de la pensée dans son époque, avec toujours la volonté de faire réagir son public.</p>
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		<title>Ndiaye &#8211; Trois femmes puissantes</title>
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		<pubDate>Thu, 08 Apr 2010 19:57:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gouttesdo</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Gallimard nrf &#8211; Novembre 2009 ISBN : 978-2-07-8654-1 Prix Goncourt 2009 Le magazine LIRE, a de longtemps souligné le talent de Marie Ndiaye. J’avais donc rangé dans ma petite case annotée « penser à ouvrir » son nom et quelques titres … Et puis le Goncourt 2009 est venu à point nommé réactiver la fonction [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img style="float: right; margin: 5px; border: 1px solid black;" src="http://a33.idata.over-blog.com/300x444/3/22/96/93/Goncourt-Lyc-ens-2009/Trois_femmes_puissantes_Marie_NDiaye_kapak_20090827.jpg" alt="" width="259" height="384" />Gallimard nrf &#8211; Novembre 2009</p>
<p style="text-align: justify;">ISBN : 978-2-07-8654-1<br />
Prix Goncourt 2009</p>
<p style="text-align: justify;">Le magazine LIRE, a de longtemps souligné le talent de Marie Ndiaye. J’avais donc rangé dans ma petite case annotée «  <em>penser à ouvrir</em> » son  nom et quelques titres …  Et puis  le Goncourt 2009 est venu à point nommé réactiver la fonction « <em>se souvenir de </em>»…</p>
<p style="text-align: justify;">Le roman <em>Trois femmes puissantes</em> nous convie à côtoyer trois personnages féminins durant  un moment crucial de leur existence. Apparemment, elles ne sont unies par aucun lien spécifique, si ce n’est l’Afrique (en l’occurrence  quelques allusions au Sénégal) comme origine commune, à des degrés divers. Mais d’une manière ou d’une autre, leurs parcours, leurs cheminements s’enracinent dans l’Histoire de ce  continent …</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Norah</strong>, justement, retourne au pays d’origine pour rendre visite à son père. D’entrée, nous comprenons qu’elle entretient avec le vieil homme un rapport difficile, ombrageux, tissé de craintes et de rancœurs. Elle s’attend à le retrouver impérial, élégant et froid, maître de sa tribu, cassant envers cette fille abandonnée à la France et ses banlieues… Elle est accueillie par un homme dont la tenue paraît négligée, et l’esprit accroché aux branches envahissantes du flamboyant   qui ombrage sa demeure… Dans cette maison désertée, elle découvre avec stupeur deux petites sœurs, nées du dernier mariage de ce despote domestique … Elle s’étonne de l’absence de Sony, son frère bien-aimé dont elle a été séparée dans l’enfance par ce Père  qui avait manifesté son dédain des filles en s’emparant de son seul fils. Au fil du récit, nous suivons la confusion des sentiments de Norah, face à ce père qui a perdu toute superbe, personnage à la dérive, retranché dans son troublant repaire végétal. Les souvenirs de Norah sont perturbés, et sa perception de malaise accrue par l’angoisse d’avoir laissé à Paris sa propre famille, culpabilisée par la certitude que son compagnon ne pourra faire face à l’éducation des filles.<br />
Norah est loin de se douter de l’épreuve qui l’attend. Sony n’a pas disparu… Il a vraiment besoin d’elle, c’est ce qu’a décidé leur père.  Piégée par le vieil homme autant que par son frère, elle ne peut résister à ce qu’on lui présente comme son devoir, d’autant que les événements se conjuguent pour la lier à leur dilemme. Norah connaît alors la vraie terreur, celle qui trahit son corps et son esprit… Jusqu’à ce qu’elle consente à endosser le rôle salvateur qu’on attend d’elle :<em><br />
<span style="color: #993300;">«</span></em><em><span style="color: #993300;"> Pareillement, elle avait cessé de se demander pourquoi elle ne doutait pas que renaîtrait en elle l’amour pour son enfant dès lors qu’elle serait allée au bout de ce qu’elle pouvait faire pour Sony, dès lors qu’elle les aurait délivrés, Sony et elle, des démons qui s’étaient assis sur leur ventre quand elle avait huit ans et Sony cinq.<br />
Car c’était ainsi.<br />
Et elle pouvait songer avec calme et gratitude à Jakob prenant soin des enfants à sa façon qui, peut-être, valait la sienne, elle pouvait penser sans inquiétude à Lucie.<br />
Elle pouvait penser au visage radieux de son frère Sony quand, autrefois, elle jouait à le lancer sur le lit, elle pouvait penser à cela et n’en être pas ravagée.<br />
Car c’était ainsi.<br />
Elle veillerait sur Sony, elle le ramènerait à la maison. »<br />
C’était ainsi. »</span><br />
</em></p>
<p style="text-align: justify;">La seconde femme que Marie Ndiaye nous invite à  rencontrer se prénomme <strong>Fanta</strong>. À l’opposé de Norah, elle a grandi  au Sénégal, où elle est devenue professeur de français. C’est alors qu’elle a rencontré le personnage autour duquel s’organise le récit, Rudy Descas. C’est en effet à travers les mots de ce personnage glauque que nous suivons la triste histoire de Fanta, si aérienne  et lumineuse lors de leur rencontre, où il est séduit par… <span style="color: #993300;">«  <em>Ces chevilles qui paraissaient ailées car comment auraient-elles pu, si étroites, si raides, deux vaillants  petits bâtons bien droits recouverts d’écorce luisante, transporter aussi vite et légèrement le long corps délié, dense, musclé de la jeune Fanta, comment l’auraient-elles pu, s’était-il demandé avec ravissement, sans le renfort de deux petites ailes invisibles, certainement les mêmes que celles qui faisaient frémir doucement entre ses omoplates la peau de Fanta, dans l’échancrure de son débardeur bleu ciel, alors qu’il se tenait derrière elle à la cafétéria du lycée Mermoz, attendant son tour dans la file des professeurs, et qu’il se demandait, regardant sa nuque bien dégagée, ses épaules sombres, solides et la peau fine palpitante… » </em></span><br />
Avec une mauvaise foi cachant mal sa conscience humiliée, Rudy livre une bataille intime contre la déréliction de son  destin. Au fil de ce récit de presque deux cents de pages, nous suivons la chute de Rudy, dont le corollaire tragique est le déracinement de Fanta et le gâchis  de sa vie. Rudy se l’avoue mal, tant il est obsédé par un amour-propre aussi malmené qu’il malmène la femme qu’il aime.<br />
Marie Ndiaye travaille ici le rebours des éléments.<br />
C’est en France que la canicule englue la superbe du narrateur. Le récit principal se situe en Gironde, où Rudy essaie de  reconstruire la vie de sa famille. Mais cet érudit spécialiste de littérature médiévale se reconvertit mal en technico-commercial de l’entreprise de meubles où sa mère a réussi à le faire employer.  Les erreurs professionnelles et affectives de Rudy s’enchaînent impitoyablement dans la fournaise d’un été français… Des cabines téléphoniques à sa vieille voiture, la chaleur indispose Rudy à la mesure de sa mauvaise conscience. Il se sait manipulateur, harceleur, odieux, menteur, mauvais père, mauvais fils, mauvais mari, lui qui a lésé sa femme de son avenir en prétendant l’emmener vivre dans un château… Au détour des phrases,   les événements qui ont contribué à ce désastre se font jour…<br />
À travers l’histoire désastreuse de ce couple mixte, Marie Ndiaye aborde allusivement la fragilité et l’ambiguïté des différences. Jusqu’aux funestes événements qui déclenchent la chute de Rudy, la chaleur de Dara Salam n’est pas difficile à supporter. Rudy se projette comme un homme charmant et charmeur,    sa blondeur mentionnée de façon récurrente comme l’étendard de sa séduction. En France, Rudy est haletant, suant, conscient de la gêne due aux odeurs corporelles.<br />
À la petitesse des débrouilles de Rudy, Marie Ndiaye imagine que la magie animiste offrira la porte de salut … Le procédé paraît incongru, comme une pirouette inattendue, que le lecteur acceptera comme un clin d’œil.  Curieusement, le récit reste en suspens,   sur ce contrepoint en forme d’épilogue qui suggère l’apaisement d’une fin de crise ésotérique…</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Khady</strong> est la troisième femme « puissante » de l’ouvrage. Ce récit, le plus court, est peut-être le plus dense et le plus prenant.  Même si Khady Demba n’est pas une femme triomphante, elle possède une force structurante qui lui permet de survivre à tous les malheurs, toutes les humiliations, les abandons et les trahisons :<em><br />
<span style="color: #993300;">« </span></em><span style="color: #993300;"><em>De telle sorte qu’elle avait toujours eu conscience d’être unique en tant que personne et, d’une certaine façon indémontrable et non contestable,   qu’on ne pouvait la remplacer, elle Khady Demba, exactement, quand bien même ses parents n’avaient pas voulu d’elle auprès d’eux et sa grand-mère ne l’avait recueillie que par obligation – quand bien même nul sur terre n’avait besoin ni envie qu’elle fût là.</em> »</span><br />
Khady est veuve d’un homme bon, un mari imposé qu’elle a appris à aimer  après sa disparition soudaine, alors qu’elle est obligée de vivre auprès de sa belle-famille haineuse et mesquine.<br />
<span style="color: #993300;">«<em> Ce n’est qu’après la mort de son mari, de cet homme si bon, si pacifique qu’elle avait eu pour mari trois ans durant, qu’elle prit la mesure de la patience de cet homme, une fois, que, arrachée à sa hantise, elle fut redevenue elle-même… »</em></span><br />
Petite malice de l’auteure, Khady Demba apparaît furtivement dans le premier chapitre du roman, furtivement, sous l’identité de la domestique du père de Norah, qui veille sur les deux sœurs cachées. De même,   la Fanta  du second récit sera  citée comme cousine lointaine à contacter en arrivant en France. Car la tragédie de Khady se noue quand sa belle famille la chasse, organisant sommairement son exil en Europe, chez cette vague parentèle réputée installée dans le confort européen grâce à son mari. Là s’arrête toutes connexions entre les trois femmes.<br />
Incapable d’entendre et de comprendre les tours et les détours que lui jouent ses beaux-parents, Khady réagit à l’instinct, et s’éveille à la conscience  d’exister ;  pour la première fois, elle prend des décisions  la concernant, et s’extasie de ressentir l’émergence de sa propre volonté.<br />
<span style="color: #993300;">«  …</span><em><span style="color: #993300;">La disparition de cet homme bloqua le cours apaisé, studieux, absorbé de sa pensée nouvellement soumise et canalisée et Khady retomba dans les brumes vaguement angoissées de ses rêvasseries monotones.<br />
Elle se laissa tomber à terre, se pelotonna sur son ballot.<br />
Ni éveillée ni somnolente elle demeura ainsi prostrée, presque inconsciente de ce qui l’entourait et seulement accessible aux sensations de chaleur, puis de faim et de soif qu’elle éprouvait du fond de son inertie entrecoupée de soubresauts anxieux, jusqu’à ce qu’un soudain remue-ménage l’obligeât à lever la tête, à se dresser sur ses pieds. »</span><br />
</em><br />
Consciente de son ignorance, c’est à un viscéral instinct de vie que Khady obéit en sautant de la barque qui la mènerait à coup sûr au trépas. Elle  s’en sort avec une blessure qu’elle est incapable de soigner et qui handicape lourdement la suite de son périple, car elle ne peut plus échapper à l’obligation de cheminer, vers un ailleurs qu’elle ne sait pas imaginer. Le voyage, la pérégrination se suffit à elle-même, elle devient la vie de Khady, avec sa charge d’aléas, de douleurs et de trahison, d’agressions et de périls. Mais en elle s’est levée une certitude inébranlable qui lui permet de tout absorber, de survivre en dépit de tout :<br />
<span style="color: #993300;">«  <em>Au vrai, elle ne regretterait rien, immergée tout entière dans la réalité d’un présent atroce mais qu’elle pouvait se représenter avec clarté, auquel elle appliquait une réflexion pleine à la fois de pragmatisme et d’orgueil (elle n’éprouverait jamais de vaine honte, elle n’oublierait jamais la valeur de l’être humain qu’elle était, Khady Demba, honnête et vaillante) et que, surtout, elle imaginait transitoire, persuadée que ce temps de souffrance aurait une fin et qu’elle n’en serait certainement récompensée (elle ne pouvait penser qu’on lui devait quoi que ce fût pour avoir souffert) mais qu’elle passerait simplement  à autre chose qu’elle ignorait encore mais qu’elle avait la curiosité de connaître. </em><em>»</em></span></p>
<p style="text-align: justify;">Armée de cette certitude, Khady affronte la suite logique et tragique de son destin.<br />
Le contrepoint épilogue ne nous consolera pas du poids de sa disparition, mais s’inscrit dans la logique implacable d’une humanité cruelle où la  vaillance et l’honnêteté ne sont pas nécessairement les valeurs salvatrices.</p>
<p style="text-align: justify;">Sort-on comblé d’aise de la lecture d’un tel ouvrage ?<br />
Assurément non, et ce, pas en raison du fond des histoires mises en mots par Marie Ndiaye. D’ailleurs, les deux premières femmes assurent la part positive de leur destin, et Khady, on l’a vu, s’impose par sa dignité. Alors où réside la lourdeur du récit ?<br />
Peut-être l’avez-vous pressenti à la lecture des extraits dont j’ai émaillé cette note : Marie Ndiaye affecte les longues, très longues phrases qu’elle maîtrise parfaitement. Mais cette logorrhée savante fatigue le lecteur, elle le presse de se sentir « à la hauteur » du style, elle induit l’appartenance  du lectorat à un haut niveau de langage… Pour être honnête, je me suis sentie lasse du procédé, au détriment de la sensibilité compassionnelle à l’égard du destin de ces femmes.  La littérature n’est pas un exercice grammatical;  le lecteur prêt à s’immerger dans l’univers d’un auteur se lasse vite s’il est  amené à être conscient de son effort.  Les pères fondateurs de notre littérature romanesque,  Balzac, Hugo, Proust ou même Simone de Beauvoir n’ont jamais produit cet effet d’élitisme, quant à ma modeste expérience de lectrice.<br />
Autant les trois destins de ces femmes apparaissent comme les témoins indispensables d’une société qu’il nous appartient de comprendre et d’accueillir, autant l’art précieux de Marie Ndiaye établit un écran entre les mots et notre cœur. Dommage.</p>
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		<title>Ruiz Zafon &#8211; Le jeu de L’ange</title>
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		<pubDate>Tue, 30 Mar 2010 15:52:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gouttesdo</dc:creator>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Carlos Ruiz Zafon]]></category>
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		<description><![CDATA[Robert Laffont ISBN : 978-2-221-11169-7 Année 2009 pour la traduction, 2008 en traduction originale El Juego del Angel À observer la couverture de l’édition Robert Laffont, le lecteur sait déjà que l’atmosphère embrumée de Barcelone sera au cœur du roman, la ville oppressante à l’instar du roman précédent de Carlos Ruiz Zafon, l’Ombre du vent. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img style="border: 1px solid black; margin: 5px; float: left;" src="http://a6.idata.over-blog.com/1/33/87/02/Images-6/jeu-de-l-ange.gif" alt="" width="259" height="405" />Robert Laffont<br />
ISBN : 978-2-221-11169-7<br />
Année 2009 pour la traduction, 2008 en traduction originale El Juego del Angel</p>
<p style="text-align: justify;">À observer la couverture de l’édition Robert Laffont, le lecteur sait déjà que l’atmosphère embrumée de Barcelone sera au cœur du roman, la ville oppressante à l’instar du roman précédent de Carlos Ruiz Zafon, <em>l’Ombre du vent</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous étions nombreux, je pense, à attendre la traduction de ce second roman de Carlos Ruiz Zafon, victimes d’une addiction à l’univers  fascinant mis en scène dans l’ouvrage précédent. Le jeu de l’Ange nous permet de plonger  à nouveau dans Barcelone, et d’y retrouver maints repères qui accrochent les deux romans comme deux wagons d’un même train dévalant les voies pentues et tortueuses de la même ville… Sauf que Carlos Ruiz Zafon nous surprend en remontant le temps. <em> L’Ombre du vent</em> nous emmenait sur les traces de Daniel Sempere dans l’atmosphère suspicieuse du franquisme des années 1950, alors que le spectre de la guerre civile empoisonnait par la défiance et la  terreur les investigations du jeune homme.   Le jeu de l’Ange   se situe dans une période largement antérieure, le roman s’ouvre en 1917, où le narrateur a alors 17 ans. David Martin, orphelin miséreux, bénéficie d’une première chance grâce à l’amitié d’un dandy fortuné Pedro Vidal, journaliste à « la Voz de la Industria ». L’influence de Pedro Vidal lui vaut sa première expérience d’écrivain, et sera déterminante tout au long du récit.<br />
Au fil des souvenirs qu’ordonne David, nous sommes invités à retrouver le cimetière des livres oubliés et son atmosphère étrange. Devinez qui intronise le jeune garçon dans le labyrinthe mythique de la culture universelle ? Mais oui, vous pressentez bien,    il s’agit d’un généreux libraire nomme Sempere ! Je ne connais pas l’Espagnol, mais mes souvenirs  de latin me ramènent à l’étymologie de « semper =toujours »  et  je ne peux pas imaginer que ce patronyme n’y trouve pas sa source… Le lecteur  avisé se livrera donc à une petite gymnastique salutaire pour découvrir que cet humaniste ne peut-être que le grand-père du Daniel Sempere de <em>l’Ombre du vent</em>… Voilà bien la construction d’un univers qui met en place une généalogie romanesque sans pour autant créer des ponts qui gêneraient l&#8217;accès à un ouvrage faute d’avoir lu le précédent. Je ne sais si Zafon a l’intention de créer une saga, mais ces deux romans peuvent fonctionner indépendamment.</p>
<p style="text-align: justify;">L’enfance misérable de David s’est construite à travers le prisme fondateur des Grandes espérances de Dickens. Il est en droit de s’attendre à la réalisation de son rêve. Hélas, la misère et la mesquinerie humaines lui collent à la peau. «  Dans le monde où je vivais, les espérances, grandes et petites, devenaient rarement réalités. » Il est le personnage que le destin englue inévitablement dans la noirceur; par ailleurs, son attirance pour le fantasme mélodramatique  lui permet de trouver le moyen de survivre et même de concrétiser un  de ses nombreux rêves. Sous le pseudonyme d’Ignatius B. Samson, David écrit des romans à deux sous pour des éditeurs à la moralité douteuse. Ce succès peu glorieux offre en compensation les moyens d’habiter une demeure aussi  mystérieuse qu’imposante, où il s’isole alors, inconscient de la destruction personnelle qui le gagne…  David et Pedro Vidal conservent leurs liens d’amitié, fondés sur une estime réciproque, et si le lecteur ignore encore les raisons de l’intérêt que le dandy fortuné lui voue, nous n’ignorons pas que le luxe dans lequel il vit stimule l’ambition du narrateur. D’autant que  sans oser y donner libre cours, David et Cristina, la fille du chauffeur de Pedro, ressentent une forte attirance.<br />
La destinée de notre narrateur s’assombrit encore quand il se découvre malade et condamné. Pourtant, il croise à plusieurs reprises un étrange personnage insaisissable, Andréas Corelli, éditeur à Paris, qui lui laisse entrevoir une possibilité de collaboration pleine de promesses… Corelli lui adresse des missives ornées d’un ange, mais ses apparitions se nimbent d’un sentiment tenace de malaise, malgré la guérison soudaine de notre écrivain…</p>
<p style="text-align: justify;">Carlos Ruiz Zafon mène sans repos ses lecteurs dans les dédales d’une intrigue qui se resserre de plus en plus. L’atmosphère du décor urbain, les brumes polluées émanant du port autant que  des usines,    les quartiers sinistres ou luxueux juxtaposés sur le relief de la cité en un labyrinthe morbide, l’omniprésence de la nuit dans laquelle évolue le plus souvent le narrateur, tous ces éléments créent un monde à la limite du rationnel. La comparaison avec l’ouvrage précédent s’impose encore, dans les scènes d’obscurité ambiante où suinte la noirceur des âmes. David n’est pas un « bon jeune homme », il s’oublie dans les arcanes des passions qui le dévorent. Quand il rencontre une bonne fée en la personne de la jeune Isabella, son premier réflexe est de la repousser, malgré l’intervention du bon libraire Sempere, qui  continue de veiller sur David comme sur un filleul. Celui-ci semble doué pour refuser le bonheur, et quand il passe enfin à portée de main… D’autres événements étranges, apparemment fortuits, dressent alors autour du personnage une spirale d’inquisition, un  maillage  de doutes  insidieux sur la nature humaine, une suspicion infernale plus qu’angélique sur la tournure des péripéties.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec ce roman étrange où la narration navigue entre confession néoréaliste et intrigue occulte,    Carlos Ruiz Zafon confirme son talent de conteur fascinant à l’univers très personnel. En quelques phrases, dès le premier chapitre du roman, il établit un univers précis et cohérent, il donne vie à des personnages englués dans leur fatum, scellés aux trottoirs de la ville omniprésente. Impossible d’échapper à la cité tentaculaire, si ce n’est pour mieux se heurter à la cruauté du destin. Si vous n’êtes pas d’humeur romanesque, sans doute cet univers vampirisant vous semblera parfois  lourd, et le flirt ambigu que l’auteur mène avec le fantastique peut vous déranger. Mais si vous acceptez les règles du jeu, vous suivrez avec délices l’ensorcelante  partie qui livre le narrateur aux forces de l’Ange.</p>
<p style="text-align: justify;">Évidemment, l’homme qui confère à Barcelone une telle intensité dramatique est catalan.<br />
Carlos Ruiz Zafon est né  en 1964. Il se lance très tôt en Écriture, puisque son premier roman voit le jour quand il n’a que 14 ans…<br />
Après un passage dans la publicité,  Carlos Ruiz Zafon connaît un premier succès en 1993 avec son quatrième roman, <em>El principe de la niebla</em> (<em>Le prince du brouillard</em>) qui remporte en 2000 le prix de la jeunesse d’Édebé.<br />
Une nouvelle carrière de scénariste s’ouvre alors pour Carlos Ruiz Zafon, qui émigre à Los Angeles, d’où il poursuit en parallèle son œuvre personnelle. Le considérable succès de <em>l’Ombre du Vent</em>, couronné du prix Planeta en 2004, vaut au roman d’être traduit du Castillan en Anglais, français, allemand et …Catalan !</p>
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