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	<title>Le Hangar - Espace artistique &#187; Les</title>
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		<title>Mensonges,</title>
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		<pubDate>Thu, 17 Nov 2011 11:00:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator><a href="http://les-alluvions.over-blog.com/" rel="nofollow">les alluvions</a></dc:creator>
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		<description><![CDATA[ Aujourd&#8217;hui, nous publions en page d&#8217;accueil un texte que nous a proposé Les alluvions, qui, faisant usage de sombres images, adresse au travers de cette lettre à Elise, un bien subliminal message&#8230; Je suis comme toi Ustensile de cette vie S&#8216;en allant parfois Traîner dans les bas-fonds d&#8217;autres quartiers pourris Entre shérif et hors-la-loi. Tu [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em> Aujourd&#8217;hui, nous publions en page d&#8217;accueil un texte que nous a proposé <a href="http://les-alluvions.over-blog.com/">Les alluvions</a>, qui, faisant usage de sombres images, adresse au travers de cette lettre à Elise, un bien subliminal message&#8230;</em></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><strong>J</strong>e suis comme toi<br />
<strong>U</strong>stensile de cette vie<br />
<strong>S</strong>&#8216;en allant parfois<br />
<strong>T</strong>raîner dans les bas-fonds d&#8217;autres quartiers pourris<br />
<strong>E</strong>ntre shérif et hors-la-loi.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">
<strong>T</strong>u ne sais rien, de moi, et m&#8217;imagine<br />
<strong>E</strong>n un animal diurne, tu crois ?</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">
<strong>B</strong>ringuebalant juste ses maudits songes<br />
<strong>A</strong>vec des idées bien précises<br />
<strong>I</strong>ncluants, qu&#8217;on se le dise !<br />
<strong>S</strong>avoir-faire et mensonges.<br />
<strong>E</strong>t lorsque les orgies verbales ne suffisent plus, il existe d&#8217;autres manières de s&#8217;aimer.<br />
<strong>R</strong>egarde moi, Elise&#8230; Juste un baiser.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">
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		<title>Zola &#8211; Les Mystères de Marseille</title>
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		<pubDate>Sat, 01 Oct 2011 11:00:29 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Édité pour la première fois en 1867 à Marseille par l’imprimerie nouvelle A. Arnaud, ce  roman de jeunesse de Zola est atypique de son œuvre. De l’aveu même de l’auteur, l’idée lui en a été suggérée par le directeur du Messager de Provence, sous forme de feuilleton. Le journaliste comptait fidéliser ses lecteurs par le récit  [...]]]></description>
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<div style="text-align: justify;"><a href="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/09/les_mysteres_de_marseille.jpg"><img class="size-full wp-image-3398 alignright" style="margin: 5px;" title="les_mysteres_de_marseille" src="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/09/les_mysteres_de_marseille.jpg" alt="" width="240" height="351" /></a>Édité pour la première fois en 1867 à Marseille par l’imprimerie nouvelle A. Arnaud, ce  roman de jeunesse de <strong>Zola </strong>est atypique de son œuvre. De l’aveu même de l’auteur, l’idée lui en a été suggérée par le directeur du Messager de Provence, sous forme de feuilleton. Le journaliste comptait fidéliser ses lecteurs par le récit  romanesque  fragmenté  des archives juridiques de la région (l’esprit Tabloïd ne date pas d’hier !) et le jeune Zola trouvait là une rémunération opportune lui permettant de poursuivre la rédaction de Thérèse Raquin. C’est dire qu’aux yeux de l’écrivain, Ces <span style="text-decoration: underline;">Mystères de Marseille </span>ne figurent pas dans les œuvres dont il se sent le plus fier. Pourtant Jeanne Lafitte, éditrice marseillaise qui se consacre principalement à la réhabilitation d’œuvres provençales menacées d’oubli a eu la bonne idée d’exhumer ce curieux ouvrage, et le pur hasard a porté mes yeux sur ce titre, alors que je quittais ma librairie locale, le «  Jardin des Lettres », à mille lieues de penser me replonger dans les délices de ce genre littéraire.Ma dernière  lecture d’un «  Zola » doit  remonter à mes années lycées, c’est dire ! Et pourtant, je n’en ai que d’excellents souvenirs. Les Rougon Macquart ont accompagné mes 15 ans en soulevant en ma jeune conscience de véritables émois et ils ont contribué ô combien à forger le goût des mots, des envolées stylistiques, des images  pittoresques et des récits jubilatoires de destins emblématiques. Entrer dans l’Univers de Zola, c’est comprendre combien la Littérature nous relie aux Hommes. Et cette certitude ne peut s’oublier, même quand on ne lit plus de Zola, elle reste dans la conscience de chaque lecteur récipiendaire de cette formation et  participe donc  à notre jugement de valeur, que nous en soyons conscient ou pas. Le premier contact avec ce roman feuilletonesque fut étrange.  Aux premiers chapitres, j’ai mesuré la désuétude du style, les notations moralisatrices, la menée de l’intrigue par annonce anticipative, tout ce qui paraîtrait de nos jours complètement maladroit et vain dans la construction d’un roman.  À commencer par les titres des chapitres :</div>
<div style="text-align: justify;"><span style="color: #993300;"><em>I) Comme quoi Blanche de Cazalis s’enfuit avec Philippe Cayol </em></span><br />
<span style="color: #993300;"><em>II) Où l’on fait connaissance du héros, Marius Cayol</em></span></div>
<div style="text-align: justify;"></div>
<div style="text-align: justify;"></div>
<div style="text-align: justify;"></div>
<div style="text-align: justify;">Ces deux exemples suffiront à vous arracher un sourire, j’en suis bien certaine. Cependant, de caractère tenace, je n’ai pas refermé l’ouvrage et j’en suis fort aise.  L’intrigue est forgée à partir d’archives judiciaires différentes, que l’auteur  s’est fait adresser à Paris et dont  il a habilement combiné les « affaires » pour servir et enrichir son intrigue principale. Très rapidement, le lecteur jugera que le jeune romancier possède cet art particulier de ne pas s’attarder sur les faits-divers pour leur  part de voyeurisme banal, mais qu’il se sert de ces éléments pour tisser une toile où les rapports sociaux occupent déjà la première place.</div>
<div style="text-align: justify;">
<p>Alors me direz-vous, de quoi s’agit-il ? Un jeune homme ambitieux, Philippe Cayol, bourgeois d’origine assez modeste mais audacieux et séducteur, enlève une jeune héritière bien née, au nez et à la barbe de son terrible tuteur, le comte de Cazalis. Or celui-ci ne pourra pas accepter la mésalliance, d’autant que l’on apprend qu’il gère la fortune de sa jeune nièce. En outre Cazalis est député de l’opposition et membre influent de sa caste sociale. Dès le quatrième de ces brefs chapitres, le décor social  et politique du roman est dressé. Nous sommes à la veille de la révolution de 1848, la France hésite encore entre  Régence, République et Monarchie, un brin nostalgique des heures de Gloire Passée, déchirée entre conservatisme légitimiste et progrès Républicain. Quel bouillonnement, quand on pense qu’alors toutes les utopies étaient envisageables !<br />
Nos fuyards se retrouvent rapidement débordés par leur fuite inconsidérée. L’amour est rarement suffisant face aux réalités sordides de la Vraie Vie.  Blanche de Cazalis est rendue à son terrible tuteur, Philippe est  rapidement emprisonné, il revient au héros principal, Marius Cayol, la lourde tâche de sauver son frère et d’arranger le pénible sort de la pauvre Blanche, séduite, abandonnée… Et enceinte ! Ce noir tableau est heureusement embelli par l’arrivée dans l’intrigue de Fine, la bouquetière du Cours Saint Louis. (Notez au passage le joli mot que nous n’employons plus pour désigner ce charmant métier !).</p>
<p>Bien sûr, tous les éléments de l’intrigue sont terriblement connotés. Je vous disais mon premier mouvement de recul pour ces portraits excessivement stéréotypés. Zola  traitant son récit avec les accents de Ponson du Terrail ! Soit. Nous voilà confrontés à deux camps parfaitement définis : d’un côté, les Bons, entendez les modestes et les vertueux : Marius, frère de Philippe, Fine,   et leurs soutiens l’abbé Chastanier, le bon bourgeois Martelli, et encore la figure originale du Comte de Girousse. Dans le camp opposé, les Méchants : de Cazalis, arrogant et cupide, son âme damnée Mathéus, le perfide représentant du clergé vaticanesque l’abbé Donadéi. Autour d’eux circulent quelques personnages haut en couleur, au gré des nécessités du  feuilleton.  Sur cette trame, je n’en dévoilerais pas davantage. Mais comme vous l’imaginez sans peine, un récit aussi résolument manichéen aboutit forcément à une issue… De bon aloi. Ce n’est donc pas pour l’intrigue que l’on se jettera sur ces pages au goût de confitures grand maternelles :   derrière le caractère désuet des mots, il me semble qu’une petite musique empreinte de fraîcheur ne demande qu’à poindre et que ça nous ferait du bien de lui donner la place et l’ampleur de chasser le cynisme ambiant.</p>
<p>À titre thérapeutique, je vous livre cet extrait (page 159) de la révélation amoureuse entre Fine et Marius :</p>
<p><em style="color: #993300;">«  La bouquetière arriva et s’assit sur le rocher à côté du jeune homme qui lui prit la main sans parler. Devant eux s’étendaient la mer et le ciel, d’un bleu doux et pâle. Le crépuscule tombait. Une sérénité profonde alanguissait les derniers bruits et les dernières clartés. Au couchant, de minces lueurs roses jetaient des reflets tendres sur les rochers de la côte. Il y avait des souffles de tendresse dans l’air, une grande voix frissonnante qui allait en s’éteignant.</em></p>
</div>
<div style="text-align: justify;"><span style="color: #993300;"><em>   Marius, profondément ému,   gardait dans la sienne la main de son amie. Il continuait son rêve. Les yeux à l’horizon, sur cette brume vague où la mer et le ciel se confondent, il souriait tristement. Et, à voix basse, sans en avoir conscience, ses lèvres dirent tout haut ce que pensait son cœur.</em></span><br />
<span style="color: #993300;"><em>   &#8211; Non, non, murmura-t-il, je suis trop laid…</em></span><br />
<span style="color: #993300;"><em>  Fine, depuis l’instant où Marius lui avait pris la main, souriait de son air tendre et sournois. Enfin son ami allait se décider à parler ; elle devinait cela aux regards plus profonds de ses yeux, à la pression lus étroite de sa main. Quand elle entendit le jeune homme dire qu’il était trop laid, elle parut étonnée et fâchée.</em></span><br />
<span style="color: #993300;"><em>   &#8211; trop laid ! cria-t-elle , mais vous êtes beau Marius !</em></span><br />
<span style="color: #993300;"><em>  Fine avait mis tant d’âme dans le cri qui venait de lui échapper, que Marius tourna la  tête et joignit les mains en la regardant avec anxiété. Elle, comprenant qu’elle avait brusquement livré le secret de son cœur, baissa son front qui se couvrait de rougeur. Elle resta ainsi, muette et embarrassée, pendant quelques secondes. Mais elle n’était pas fille à reculer devant l’aveu complet de son amour ; il y avait en elle trop de franchise et de vivacité pour qu’elle consentît à jouer la comédie hypocrite que jouent les amoureuses en pareille occasion. »</em></span></div>
<div style="text-align: justify;"></div>
<div style="text-align: justify;">Au-delà des touches surannées, notamment le vocabulaire décalé (vous avez noté l’utilisation du mot sournois dans une acception légèrement différente de celle que nous entendons aujourd’hui) cette scène d’aveu amoureux me fait penser à Éric Rommer, le cinéaste du « genou de Claire » ou de « ma nuit chez Maud », et je me dis que le temps n’abolit pas tout…</div>
</div>
<div style="text-align: justify;"><em>Les Mystères de Marseille, Émile Zola</em><br />
<em>Éditions Jeanne Lafitte</em><br />
<em>( Septembre 2010)</em><br />
<em>ISBN : 978-2-86276-482-5</em></div>
<div style="text-align: justify;">Autres livres de Zola sur le Hangar : <a href="http://www.le-hangar.com/chroniques/livres/la-fortune-des-rougon-emile-zola/" target="_blank">La Fortune des Rougon</a>, <a href="http://www.le-hangar.com/chroniques/livres/zola-loeuvre/" target="_blank">L&#8217;œuvre</a>, <a href="http://www.le-hangar.com/chroniques/livres/zola-germinal/" target="_blank">Germinal</a></div>
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		<title>Oates &#8211; Les chutes</title>
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		<pubDate>Wed, 28 Sep 2011 11:00:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gouttesdo</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Presque intimidant, le renom de cette romancière… Joyce Carol Oates a conquis l’aura d’un mythe des Lettres Américaines depuis lurette et sa production est foisonnante. C’est dire qu’avant même d’en lire la première ligne, j’attendais beaucoup de ce roman, Les Chutes, paru en 2004 aux USA, et reconnu d’emblée comme son meilleur ouvrage. En France, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/09/leschutes.jpg"><img class="size-full wp-image-3399 alignleft" style="margin: 5px;" title="leschutes" src="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/09/leschutes.jpg" alt="" width="230" height="381" /></a>Presque intimidant, le renom de cette romancière… <strong>Joyce Carol Oates</strong> a conquis l’aura d’un mythe des Lettres Américaines depuis lurette et sa production est foisonnante. C’est dire qu’avant même d’en lire la première ligne, j’attendais beaucoup de ce roman, <span style="text-decoration: underline;">Les Chutes</span>, paru en 2004 aux USA, et reconnu d’emblée comme son meilleur ouvrage. En France, le prix Femina 2005 a salué sa parution , traduction assurée par Claude Seban.</p>
<p style="text-align: justify;">Le roman est dense cependant, et le ton donné dès le début sonne comme morbide. Ami lecteur ne détourne pas les yeux pour autant de l’ouvrage, car l’art de l’écrivaine transforme ce sinistre présage en une matière vivante et tourbillonnante, qui happe l’attention et les sensations jusqu’au bout de ce vertigineux récit.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec un savoir faire étourdissant,   Joyce Carol Oates nous convie à suivre le destin sinueux d’une femme qui se sait « damnée ».<br />
Nous sommes dans les années cinquante d’une Amérique conventionnelle et bien pensante. Sur le point  de devenir  vieille fille, la timide Ariah  Littrell  est mariée par ses parents pasteurs au jeune révérend Erskine, l’un des leurs, jugé prometteur.  Musicienne sensible mais introvertie, Ariah se serait volontiers coulée dans ce moule convenu, si son jeune époux n’avait choisi les Chutes du Niagara pour porte de sortie d’une relation qu’il ne pouvait pas assumer. Frappée de stupeur, Ariah devient la veuve blanche, à la recherche éperdue du corps de son époux.  Tandis qu’un jeune avocat noceur et sans scrupules se joint aux recherches et tente d’assister la pauvre veuve sitôt épousée. Irrationnellement attiré par son contraire, Dirk Burnaby tombe amoureux de ce spectre blanc.</p>
<p style="text-align: justify;">De ce mariage improbable, Ariah se travaille pour en accepter un temps le bonheur et sa réalisation par la naissance des enfants. Le couple s’établit malgré les appréhensions d’Ariah, qui  ne se départit pas de sa prémonition de damnation. Elle attend tellement les semonces du destin qu’elle éduque ses enfants dans la défiance et le repli. Jusqu’au jour où elle se persuade que Dirk la trompe avec la femme en noir…  Drapée dans son orgueil et son fatalisme, elle ne pourra jamais admettre que « cette femme en noir » que défend son mari est à son image, une victime de la société. Tandis que Dirk se lance dans la défense  de la première victime des lobbies industriels à relever la tête et tenter un combat judiciaire contre la pollution et la corruption. Au lieu d’aider son mari dans ce combat qui pourrait être le sien également, Ariah le rejette et interdit à ses enfants de connaître et de reconnaître leur père, même après sa tragique disparition. Ariah pourtant, ne pourra pas empêcher ses garçons adultes de s’émanciper de sa vision restrictive…</p>
<p style="text-align: justify;">Les thèmes forts qu’aborde Joyce Carol Oates  dans ce roman confèrent à l’ouvrage un intérêt qui dépasse le destin de cette femme entêtée et rigide. À priori, Ariah n’a rien de l’héroïne qu’on reconnaît comme une sœur, une amie. Elle peut même apparaître antipathique dans sa rigidité psychologique. Mais l’auteur a pris soin de dépeindre d’abord  son personnage dans sa rébellion contre le sort, contre le rigorisme du milieu étriqué et conventionnel dans lequel elle a été élevée, et dès lors, son évolution nous touche. Nous sommes amusés et enthousiasmés de la découvrir en  amoureuse sensuelle quand elle rencontre  Dirk, par exemple. Puis attristés et peinés quand la suspicion referme son indulgence. L’auteur parvient à  nous attacher à ce caractère revêche mais pugnace. De son affrontement à sa redoutable belle-mère Claudine et ses hypocrites belles-soeurs, autres représentantes d’une société stratifiée par les usages et les codes élitistes, nous ressentons une véritable jubilation sardonique :</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #993300;"><em>«  Ariah souriait dans une nappe de brouillard qui s’était introduite dans la pièce on ne sait comment. Elle flottait sur les objets, dont elle masquait les formes. Elle avait le goût de la brume humide et froide au pied des Chutes.</em></span><br />
<span style="color: #993300;"><em>- Oh bonté divine ! Dirk n’arrête pas de voir des femmes, Clarisse. Il aurait du mal à faire autrement non ? Avec ses yeux ? Ariah rit, le son que pourrait émettre un poulet dont on tord le cou. «  Qu’est-ce que cela a d’in…in…habituel ? » (extrait p 255)</em></span></p>
<p style="text-align: justify;">Mais le roman ne saurait se limiter à un combat individuel d’une femme contre l’Amérique et ses faux-semblants. Dès que Dirk Burnaby accepte de rencontrer la femme en noir, un second souffle vient renforcer et ouvrir l’intrigue. L’auteur ne fait plus seulement le procès de l’une ou l’autre facette du conformisme, Joyce Carol Oates monte à l’assaut des démons de l’Amérique : politique,   force des lobbies, corruption des institutions autant que des personnes. On en vient à oublier le combat d’Ariah et à rejeter ses arguties sclérosantes.</p>
<p style="text-align: justify;">La bonne surprise vient alors de la génération suivante et l’on découvre avec un intérêt renouvelé que J C Oates n’est pas si pessimiste qu’on l’avait cru… Évidemment, les fils et la fille d’Ariah et de Dirk ne peuvent pas mener une existence sereine, malmenés dès la tendre enfance par la misanthropie de leur mère et la mystérieuse disparition d’un père dont on ne peut même pas prononcer le nom. La dernière partie du roman cependant est consacrée aux forces vives qu’ils vont parvenir à mettre en œuvre pour lutter contre la noirceur du destin, au point qu’on se demande s’il n’y a pas là quelque mystification de bon aloi.</p>
<p style="text-align: justify;">Les intrigues solidement établies et les personnages suffisamment intrigants, voilà déjà posés les ressorts essentiels d’un Bon Roman.  Mais il me semble que l’Art de Joyce Carol Oates se sublime par la manière exceptionnelle dont elle convoque la Nature pour traduire la confusion des sentiments. Les Chutes deviennent indispensables à traduire le bouillonnement dangereux des frustrations, l’attrait irrésistible de l’abîme  qui happe les désespoirs et la noirceur des crimes, telle cette  présentation lyrique et étourdissante dressée dans les premières pages du récit (p 19 de l’édition points) :</p>
<p style="text-align: justify;"><em><span style="color: #993300;">« À bout de souffle, au bord de l’étourdissement, le gardien courut, boitant, criant après l’inconnu qui se dirigeait sans hésitation vers la pointe sud de la petite île, Terrapin Point, à la verticale des Horseshoe Falls. L’endroit le plus dangereux de Goat Island, en même temps que le plus beau et le plus envoûtant. Là, les rapides sont pris de frénésie. Une eau bouillonnante, écumeuse, fuse à cinq mètres dans les airs.  Aucune visibilité, ou presque. Un chaos de cauchemar. Les Horseshoe Falls sont une gigantesque cataracte de huit cents mètres de long, trois mille tonnes d’eau se précipitent chaque seconde dans les gorges. L’air gronde, vibre. Le sol tremble sous vos pieds. Comme si la terre même commençait à se fendre, à se désintégrer, jusqu’à son centre de fusion. Comme si le temps avait cessé d’être. Qu’il ait explosé. Comme si vous vous étiez approché de trop près du cœur furieux, battant, rayonnant, de toute existence. Là, vos veines, vos artères, la précision et la perfection minutieuses de vos nerfs se désintégreront en un instant. Votre cerveau, dans lequel vous résidez, ce réceptacle unique de votre moi, sera martelé jusqu’à être réduit à ses composants chimiques : cellules grises, molécules, atomes. Toute ombre et tout écho de souvenir abolis. »</span></em></p>
<p style="text-align: justify;">Remarquable chef d’œuvre qui donne le vertige et  dont le lecteur s’arrache à grand peine…</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Les Chutes , Joyce Carol Oates</em><br />
<em>Éditions Points.</em><br />
<em>Prix Femina étranger 2005</em><br />
<em>ISBN : 978.2.7578.0089.8</em><br />
<em>Note : 9/10</em></p>
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		<title>Maupassant &#8211; Contes de la Bécasse</title>
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		<pubDate>Sat, 07 May 2011 11:00:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hazel</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/05/contes.gif"><img class="size-full wp-image-2995 aligncenter" style="margin-top: 5px; margin-bottom: 5px;" title="contes" src="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/05/contes.gif" alt="" width="285" height="430" /></a>Maupassant, c&#8217;était pour moi ce gros cliché de la vieillotte littérature française, qu&#8217;on ressort à l&#8217;étranger. Je me souviens de ma grand-mère, ukrainienne, qui me vantait Maupassant et Zola, Balzac et Flaubert, des auteurs avec lesquels je ne me sentais pas capable de lier même de très fins liens. Car moi, je préfère éternellement cette littérature légère de mots, lourde de sens, ou bien celle qui ressemble à une fête foraine : dans les magasins de livres je file du côté de Camus ou de Beckett, de Queneau ou de Vian. Alors, quand on me parlait de ces réalistes pompeux et ennuyants, je me taisais après avoir dit &laquo;&nbsp;j&#8217;aime pas&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;">Sauf que dans ma bibliothèque, j&#8217;ai déniché un vieux bouquin, <span style="text-decoration: underline;">Les Contes de la Bécasse</span> de Guy de Maupassant, que j&#8217;avais vaguement survolé au collège, lorsque je découvrais la littérature. Bien évidemment, à l&#8217;époque je m&#8217;en fichais de l&#8217;exquis de l&#8217;écriture, je m&#8217;ennuyais à mourir devant les deux malheureuses nouvelles de cinq pages que nous avions à lire en sixième. Mais n&#8217;ayant rien à lire je l&#8217;ai sorti. Et je me suis plongée dedans tant et si bien que pour la première fois de ma vie j&#8217;ai raté mon arrêt de bus à force d&#8217;avoir le nez dans les lignes.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce recueil de nouvelles est constitué de 17 courtes histoires aucunement liées si ce n&#8217;est que par la première, que je me permets de vous livrer en version écourtée (par moi) :</p>
<p style="text-align: justify;"><em><span style="color: #993300;">&laquo;&nbsp;Le vieux baron des Ravots avait été pendant quarante ans le roi des  chasseurs de sa province. [...]<br />
À l’automne, au moment des chasses, il invitait, comme à l’ancien  temps, ses amis, et il aimait entendre au loin les détonations. Il les  comptait, heureux quand elles se précipitaient. Et, le soir, il exigeait  de chacun le récit fidèle de sa journée.<br />
Et on restait trois heures à table en racontant des coups de fusil. [...]<br />
Mais il existait dans la maison une vieille coutume, appelée le « conte de la Bécasse ».<br />
Au moment du passage de cette reine des gibiers, la même cérémonie recommençait à chaque dîner.<br />
Comme ils adoraient l’incomparable oiseau, on en mangeait tous les  soirs un par convive ; mais on avait soin de laisser dans un plat toutes  les têtes.<br />
Alors le baron, officiant comme un évêque, se faisait apporter sur  une assiette un peu de graisse, oignait avec soin les têtes précieuses  en les tenant par le bout de la mince aiguille qui leur sert le bec. Une  chandelle allumée était posée près de lui, et tout le monde se taisait, dans l’anxiété de l’attente.<br />
Puis il saisissait un des crânes ainsi préparés, le fixait sur une  épingle, piquait l’épingle sur un bouchon, maintenait le tout en  équilibre au moyen de petits bâtons croisés comme des balanciers, et  plantait délicatement cet appareil sur un goulot de bouteille en manière  de tourniquet.<br />
Tous les convives comptaient ensemble, d’une voix forte :<br />
— Une, — deux, — trois.<br />
Et le baron, d’un coup de doigt, faisait vivement pivoter ce joujou.<br />
Celui des invités que désignait, en s’arrêtant, le long bec pointu  devenait maître de toutes les têtes, régal exquis qui faisait loucher  ses voisins. [...]<br />
Puis, quand il avait achevé le dernier, il devait, sur l’ordre du baron, conter une histoire pour indemniser les déshérités.<br />
Voici quelques-uns de ces récits :&nbsp;&raquo;</span></em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>S</em>&#8216;en suivent seize histoires, qu&#8217;on imagine racontées au coin du feu après un délicieux et abondant repas. Nous avons affaire dans ce recueil au style réaliste de l&#8217;auteur, qui nous dépeint, à travers ces courts bouts de vie qui s&#8217;enchaînent, un paysage, celui de la Normandie natale de Guy de Maupassant, avec un décor tout à fait paysan, complété par des dialogues incompréhensibles qui nous dévoilent ce qu&#8217;était l&#8217;accent des gens simples de l&#8217;époque.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><span style="color: #993300;">&laquo;&nbsp;Charlot, debout sur le seuil de sa chaumière,le regardait passer.<br />
Le soir, au souper, il dit aux vieux :<br />
- Faut-i qu&#8217;vous ayez été sots pour laisser prendre le p&#8217;tit aux Vallin !<br />
Sa mère répondit obstinément :<br />
- J&#8217;voulions point vendre not&#8217; éfant !&nbsp;&raquo;</span></em></p>
<p style="text-align: justify;">La chasse, l&#8217;argent, la beuverie, l&#8217;amour, sont le train-train quotidien de ce monde à la fois lugubre et tumultueux que Maupassant parvient à poétiser en quelques paragraphes. Leur vie si banale nous semble presque exotique. On s&#8217;étonne de trouver que la majorité des contes, publiés entre 1882 et 1883 dans &laquo;&nbsp;Gil Blas&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;Le Gaulois&nbsp;&raquo; (deux quotidiens de l&#8217;époque), comporte des liens, des ressemblances avec la vie campagnarde de nos jours. Certes, toutes ces histoires de trahison et de crime ne sont plus d&#8217;actualité mais l&#8217;atmosphère qui y règne nous rend parfois nostalgique de la petite maison de village où certains passaient leurs étés enfantins et où nos parents, au coin du feu nous racontaient des histories après le repas&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
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		<title>Ovide – Les Héroïdes</title>
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		<pubDate>Mon, 21 Feb 2011 14:04:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mélusine</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La mythologie, c’est avant tout de la littérature, c’est d’ailleurs la première de toutes, à peu près ex-aequo avec la Bible. Mais quand elle inspire réellement la littérature, là, il y a de quoi m’intéresser. Lors de mes cours de version latine à l’université, j’ai croisé quelques extraits qui ont retenu mon attention. Ce livre en fait partie...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">La mythologie, c’est avant tout de la littérature, c’est d’ailleurs la première de toutes, à peu près ex-aequo avec la Bible. Mais quand elle inspire réellement la littérature, là, il y a de quoi m’intéresser. Lors de mes cours de version latine à l’université, j’ai croisé quelques extraits qui ont retenu mon attention. Ce livre en fait partie&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Ovide est né en 43 avant Jésus-Chist. Il aime à raconter les déboires de dieux bien trop proches des humains dans ses <em>Métamorphoses</em>. Poète, il chante volontiers l’amour dans <em>L’Art d’aimer</em>. Moins courant, il s’est intéressé aux femmes qui entourent nos héros de l’histoire et de la mythologie antique. Force est de constater que ces femmes n&#8217;ont pas d&#8217;histoires bien heureuses. Vous rappelez-vous de Pénélope, dont le célèbre mari Ulysse est maintenu au loin pendant vingt ans ? Elle n’est pas la seule à pleurer son absence. Médée, répudiée par Jason et prise de folie meurtrière, a de quoi se plaindre une fois seule elle aussi. Didon, reine de Carthage abandonnée par Enée au nom d’une grande cause (monsieur devait aller fonder Rome, excusez du peu…) a aussi des choses à dire. Désespérées par l’absence de l’homme qu’elles aiment, ces femmes se livrent. Quelles lettres auraient-elles donc pu bien écrire à celui qui est loin? Voilà l&#8217;objet de ce livre.</p>
<p style="text-align: justify;">La littérature latine a ce petit ton surannée de la traduction, ce petit côté artificiel qui a certes de quoi dérouter les non-initiés, mais qui me plait beaucoup. Ils sonnent à mes oreilles comme des petites formules magiques. J&#8217;ai retrouvé avec une sorte de nostalgie cette langue pleine de formules si familières que je maniais moi-même. Je me rappelle d&#8217;ailleurs avoir traduit les mots d&#8217;Ariane, &laquo;&nbsp;oubliée&nbsp;&raquo; par Thésée sur l&#8217;île où ils se sont arrêtés pour passer la nuit:</p>
<p style="text-align: center;"><em>&laquo;&nbsp;Ce que tu lis, je te l&#8217;envoie, Thésée, du rivage d&#8217;où les voiles emportèrent sans moi ton vaisseau, du lieu où je fus indignement trahie, et par mon sommeil, et par toi qui en profitas odieusement&nbsp;&raquo;</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui m&#8217;a marqué, c&#8217;est à quel point le discours amoureux se ressemble: toujours les mêmes formules, toujours la même passion, toujours la même naissance de l&#8217;amour, la même tension entre dévouement, suspicion, oubli de soi et reproche. Et ce qui est surprenant, c&#8217;est comment ce discours amoureux identique sur la forme peut cependant changer de sens en fonction du contexte. Saviez-vous qu&#8217;avant de provoquer une guerre en étant enlevée par Pâris, Hélène de Sparte avait déjà été enlevée par un certain Thésée, jeune et fringant? Oui, le même que Médée ! Que c&#8217;est justement ce que lui reproche Oenone, la fiancée du Pâris en question laissée de côté au profit d&#8217;Hélène: on ne se fait pas enlever si souvent sans le chercher un peu. Et que dire de Jason, qui a le privilège de recevoir deux lettres, d&#8217;abord d&#8217;Hypsipyle, sa première épouse qui le met en garde contre une Médée capable d&#8217;assassiner ses frères pour suivre un amant, puis par Médée elle-même, répudiée à son tour, qui ne répond plus de ses actes devant une telle réponse à tous les sacrifices qu&#8217;elle a fait. Songez donc au sens différent que peut prendre cette simple menace, &laquo;&nbsp;je ne réponds plus de moi&nbsp;&raquo;, dans la bouche d&#8217;une Médée ou dans celle d&#8217;une Oenone.</p>
<p style="text-align: justify;">J&#8217;adore la mythologie et ses amours compliquées dignes d&#8217;un soap de bas étage. Et voir Pâris saisir le prétexte de se croire élu divin pour quitter une Oenone aimante et courir enlever une Hélène qui ne veut pas de lui a quelque chose de doucement réjouissant, non?</p>
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		<title>Faites Entrer Les Clones, par Sébastien Lecoeur</title>
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		<pubDate>Sat, 22 Jan 2011 11:00:48 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Faites Entrer Les Clones Faites entrer les clones Le grand cirque du temps Est de retour ce soir Avec : - La grande course du temps qui passe Et la parade du temps qu’il faut Viendra ensuite le grand, L’unique dompteur du temps présent Vous pourrez aussi découvrir Le grand prestidigitateur Partir à la recherche du [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><strong>Faites Entrer Les Clones</strong></p>
<p style="text-align: center;">Faites entrer les clones<br />
Le grand cirque du temps<br />
Est de retour ce soir<br />
Avec :</p>
<p style="text-align: center;">- La grande course du temps qui passe<br />
Et la parade du temps qu’il faut<br />
Viendra ensuite le grand,<br />
L’unique dompteur du temps présent<br />
Vous pourrez aussi découvrir<br />
Le grand prestidigitateur<br />
Partir à la recherche du temps perdu</p>
<p style="text-align: center;">Mais avant que ne vienne<br />
Le temps des regrets<br />
Mesdames et Messieurs,<br />
Applaudissez s’il vous plaît<br />
Les clones avec leurs nez rouges<br />
D’avoir trop bu leurs reflets<br />
Dans le miroir du temps qui s’efface<br />
Le temps d’un bonjour, le temps d’un au revoir<br />
Mesdames Messieurs<br />
Faites entrer les Clones.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Par <a href="http://leclubdesnefastes.over-blog.com/ " target="_blank">Sebastien Lecoeur</a></strong></p>
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		<title>Dumas – Les Mille et un fantômes</title>
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		<pubDate>Mon, 17 Jan 2011 11:00:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mélusine</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Après avoir découvert (et dévoré) Les Trois Mousquetaires, j’ai été surprise de voir que notre cher Alexandre Dumas, auteur de romans d’aventures avec ses fresques historiques haletantes et ses héros romantiques gonflés à bloc, s’était aussi frotté aux vampires, revenants et autres créatures fantasmatiques. Et avec succès. Parce que du romantisme historique au fantastique, curieusement, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Après avoir découvert (et dévoré) <a href="http://www.le-hangar.com/chroniques/livres/les-trois-mousquetaires-alexandre-dumas/"><span style="text-decoration: underline;">Les Trois Mousquetaires</span></a>, j’ai été surprise de voir que notre cher Alexandre Dumas, auteur de romans d’aventures avec ses fresques historiques haletantes et ses héros romantiques gonflés à bloc, s’était aussi frotté aux vampires, revenants et autres créatures fantasmatiques. Et avec succès. Parce que du romantisme historique au fantastique, curieusement, le fossé n’est pas si grand.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><img class="alignleft" style="margin: 5px;" src="http://storage.canalblog.com/30/45/289417/49799213.jpg" alt="1001 fantômes" width="210" height="290" /></em><span style="text-decoration: underline;">Les 1001 fantômes</span> commence comme un roman réaliste. Le narrateur est un certain Alexandre Dumas, écrivain, invité par un de ses amis à l’ouverture de la chasse dans un petit village. Au retour de cette partie de chasse, il croise un homme étrange, l’air hagard, les mains ensanglantées. Soupçonnant quelque drame, il le suit jusqu’à la mairie. L’homme demande à voir le maire : il vient de tuer sa femme et veut se constituer prisonnier. Incrédulité générale : Jacquemin est un brave homme, même le maire le tutoie. Mais il a tout de même les mains couvertes de sang. Le maire propose donc à Jacquemin de l’accompagner chez lui pour constater les faits. Aussitôt, Jacquemin panique et refuse. Il veut être mis en prison, au plus vite, mais retourner là-bas, certainement pas ! Devant l’incompréhension générale, il s’explique de cette terreur : il a coupé la tête de sa femme et celle-ci, une fois séparée du corps, lui a parlé. <em>&laquo;&nbsp;Misérable</em> <em>! J’étais innocente !</em>&nbsp;&raquo; lui a lancé la tête. Le maire, le docteur et l’écrivain procèdent donc au procès-verbal. Et Jacquemin, s’il refuse de donner la raison de son crime, le raconte en détails : non seulement la tête lui a parlé, mais elle l’a mordu, à pleines dents. Il en a encore la cicatrice, des marques profondes autour du pouce.</p>
<p style="text-align: justify;">Dit-il vrai ? Est-il fou ? Ou fait-il semblant d’être fou pour avoir des circonstances atténuantes au procès ? Difficile à dire. Toujours est-il que la discussion alimente les ragots et l’écrivain, convié au dîner par le maire, n’est pas au bout de ses découvertes. Autour de la table, les langues se délient, et dans les nombreuses histoires qui sont racontées, les morts se relèvent et finissent le travail, avec ou sans tête. Mais surtout, Dumas l’historien vient y mettre son grain de sel : on raconte que Charlotte Corday, célèbre pour avoir tué Marat, a été giflée par le bourreau après son exécution en 1793, et que la tête, même détachée du corps, a rougi, non pas de douleur, mais de honte, sur les deux joues. Quant à Henri IV, malgré la révolution, il reste le plus populaire des rois de France, et celui qui pensait humilier sa dépouille par patriotisme en paiera le prix fort, même cent ans plus tard. La grande Histoire vient corroborer des rumeurs au coin du feu. Il ne s’agit donc plus de simples histoires de fantômes dans ce livre où les têtes tombent et les tombes s’ouvrent. Il s’agit de véritables interrogations sur des mythes urbains créés par l’histoire elle-même, allant chercher au cœur de la mémoire collective de quoi alimenter nos peurs les plus viscérales.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignright" src="http://storage.canalblog.com/18/31/713306/53978620.gif" alt="" width="192" height="263" />Alors me direz-vous, quel rapport entre <span style="text-decoration: underline;">Les Trois Mousquetaires</span>, <span style="text-decoration: underline;">Le Collier de la Reine</span>, <span style="text-decoration: underline;">Monte-Cristo</span> et les fantômes de Dumas ? Et bien tout d’abord, l’exaltation romanesque : Dumas n’est pas un auteur réaliste, il transfigure la réalité et l’histoire pour en faire un objet de roman, fantasmatique à tous égards, c&#8217;est-à-dire capable de faire rêver, d’embraser, de transporter. Plus c’est grand, plus c’est construit, plus il y a de ficelles, d’aventures, de retournements, mieux c’est. Ce qui plait à Dumas, c’est de montrer qu’au cœur même du réel le plus réel, celui partagé par tous par le biais de l’histoire, il y a du romanesque, du fictionnel, qu’il suffit d’exhumer. Dans ce cas, pourquoi ne pas aller chercher les légendes spectrales autour d’Henri IV et Charlotte Corday, qui feront d’excellents supports à fantasmes, donc à fantômes ?</p>
<p style="text-align: justify;">Et quitte à chercher à exhumer la fiction la plus fictionnelle de l’histoire, pourquoi ne pas choisir celle qui se déroule précisément sous ses yeux ? Car comme la plupart des écrivains du XIXème siècle, Dumas est un spectateur de la naissance du monde moderne. Lorsqu’il vient au monde, en 1802, la France éponge encore le sang de la Terreur qui a suivi la Révolution. Les Français viennent de découvrir qu’ils pouvaient eux-mêmes s’entretuer par centaines et ce, grâce à une invention diaboliquement géniale : la guillotine, fascinante par sa capacité à donner la mort en moins d’une seconde. D’où une question qui subsiste : face à une mort aussi violente qu’une tête brutalement tranchée, meurt-on immédiatement ? est-il possible que la vie s’envole si rapidement ? N’est-il pas envisageable que l’étincelle, le souffle, persiste quelques secondes, quelques minutes, quelques années dans un corps mort ? Nous voici au cœur de la question qui mêle théologie, technologie, biologie et superstition et qui alimente toutes ces nouvelles fantastiques de Dumas. Et il n’est pas le seul. Car s’il se plait, en 1850, à imaginer le sort de la maîtresse de Danton, grande figure de la Révolution dans <span style="text-decoration: underline;">La Femme au Collier de Velours</span><em>,</em> un certain Villiers de l’Isle-Adam, aristocrate isolé mais toujours au premier rang lors des exécutions, se posera les mêmes questions dans ses <a href="http://www.le-hangar.com/chroniques/livres/villiers-de-lisle-adam-contes-cruels/"><span style="text-decoration: underline;">Contes Cruels</span></a> : dans <em>Le secret de l’échafaud</em>, un docteur, pour les besoins de la science, n’hésite pas à demander à un condamné de lui indiquer par un triple clignement d’œil s’il conserve sa lucidité après la décollation.</p>
<p style="text-align: justify;">La sourde inquiétude de Dumas et de Villiers, c’est celle de tout un siècle d’écrivains et d’hommes, livrés à leur propre cruauté et bestialité, abandonnés par un Dieu qu’ils ont renié avec la Révolution, seuls devant leurs doutes et leur propre fragilité.</p>
<p style="text-align: justify;">Ne reste plus qu’à attendre 1914 pour que la littérature révèle un pas supplémentaire vers l’incompréhension de l’âme humaine.</p>
<p style="text-align: justify;">Autres romans de Dumas sur le Hangar : <a href="http://www.le-hangar.com/chroniques/livres/les-trois-mousquetaires-alexandre-dumas/" target="_blank"><span style="text-decoration: underline;">Les Trois Mousquetaires</span></a>, <a href="http://www.le-hangar.com/chroniques/livres/dumas-joseph-balsamo/" target="_blank">Joseph Balsamo</a>, <a href="http://www.le-hangar.com/chroniques/livres/la-reine-margot-alexandre-dumas/" target="_blank">La reine Margot</a></p>
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		<title>Gallay – Les Déferlantes</title>
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		<pubDate>Sat, 04 Dec 2010 11:00:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gouttesdo</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les phrases claquent comme les vagues furieuses sur ce bout de terre qui n’ appartient à personne, si ce n’est à la nature sauvage. Les mots écument et portent jusqu’à nous la tempête des sentiments qui meuvent cette communauté d’hommes et de femmes écartelés par leurs pulsions, leur volonté, leur orgueil, leurs amours déchirées. Ne [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img style="margin: 10px; float: left;" src="http://storage.canalblog.com/42/51/198504/29124189.jpg" alt="" width="200" height="301" />Les phrases claquent comme les vagues furieuses sur ce bout de terre qui n’ appartient à personne, si ce n’est à la nature sauvage. Les mots écument et portent jusqu’à nous  la tempête des sentiments qui meuvent cette communauté d’hommes et de femmes écartelés par leurs pulsions, leur volonté, leur orgueil, leurs amours déchirées.</p>
<p style="text-align: justify;">Ne cherchez plus à échapper au roman de Claudie Gallay : dès lors que vous avez franchi la barre des premiers paragraphes, vous êtes devenu un marin des mots,   embarqué sur la masse mouvante de  la marée montante :  vous allez caboter avec la narratrice au fil des 600 pages de Déferlantes, des lames de larmes et de colère à peine contenue, un déferlement de passions crochetées sur une terre offerte aux quatre vents …</p>
<p style="text-align: justify;">J’avais lu beaucoup de bien de ce roman paru en 2008. Que ne l’ai-je lu plus tôt ! Il appartient à cette littérature bouleversante, sans concession, dure parfois mais collée au plus profond de l’âme humaine … Les phrases résonnent comme autant de coups de poing pour exprimer les détresses et les combats inévitables. Pourtant, n’attendez  pas une œuvre désespérée, des pages interminables engluées dans la mélancolie. Claudie Gallay insuffle à ses personnages la hargne et le courage de forcer le destin, la volonté de rebondir, jusqu’à la folie peut-être mais  sans qu’aucun d’entre eux n’envisage l’abandon. Le lecteur fasciné en sort plus déterminé et plus fort, comme s’il avait reçu au passage des gouttes de cette écume de rage et de pugnacité.<br />
Un roman qui fait du bien…</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #993300;"><em>«  La première fois que j’ai vu Lambert, c’était le jour de la grande tempête. Le ciel était noir, très bas, ça cognait déjà fort au large.<br />
il était arrivé un peu après moi et il s’était assis en terrasse, une table en plein vent. Avec le soleil en face, il grimaçait, on aurait dit qu’il pleurait.<br />
Je l’ai regardé, pas parce qu’il avait choisi la plus mauvaise table, ni pour cette grimace sur le visage. Je l’ai regardé parce qu’il fumait comme toi, les yeux dans le vague, en frottant son pouce sur ses lèvres. Des lèvres sèches, peut-être plus sèches que les tiennes. »</em></span></p>
<p style="text-align: justify;">Ces quelques phrases courtes, précises, sans détour suffisent à l’auteur pour poser les deux personnages majeurs de son roman. La narratrice, dont on a déjà compris sa lutte contre un drame personnel et intime, et ce mystérieux Lambert dont l’irruption dans ce paysage tourmenté doit bouleverser le fragile équilibre d’une société recluse sur elle-même, cachant dans son sein les tragédies vomies par la mer. Confiant le fil du récit à sa conteuse, Claudie Gallay construit le cercle des protagonistes, tous vacillant  en équilibre entre la complexité du passé et le pragmatisme du présent, où il leur  faut bien se côtoyer, puisqu’ils sont des survivants. Comme les oiseaux de mer que la narratrice observe  sur les falaises et dont elle enregistre soigneusement le décompte pour mesurer le péril des espèces. Comme La Griffue, cette maison quasi en ruine qu’elle habite avec Morgane et Raphaël, sculpteur mystique des désespérances humaines.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><span style="color: #993300;">« Ça a duré des heures, un déluge effroyable. À ne plus savoir où était la terre et où était l’eau. La Griffue tanguait. Je ne savais plus si c’était la pluie qui venait cingler les vitres ou si c’étaient les vagues qui montaient jusque-là. Ça me donnait la nausée. (…)<br />
Sous la violence, les vagues noires s’emmêlaient comme des corps. C’étaient des murs d’eau qui étaient charriés, poussés en avant, je les voyais arriver, la peur au ventre, des murs qui s’écrasaient contre les rochers et venaient s’effondrer sous mes fenêtres.<br />
Ces vagues, les déferlantes.<br />
Je les ai aimées.<br />
Elles m’ont fait peur. »</span></em></p>
<p style="text-align: justify;">Le retour de Lambert au pays va provoquer un cataclysme similaire. Peu à peu, le malaise que provoque  sa présence auprès des autochtones apparaît  de plus en plus étouffant et dangereux,  malgré le déni général. D’autant que la narratrice, arrivée là par accident,  ne possède pas les clés pour comprendre les tensions brutales. D’une photographie ancienne soudain arrachée du mur où elle était exposée,  aux confidences inachevées des anciens, elle navigue entre son chagrin personnel et une attirance insidieuse pour cet homme aux attaches incertaines. Que vient-il faire dans ce hameau perdu où il n’est pas vraiment le bienvenu ? Pourquoi cette quête de cadavres vieux de quarante ans, que la mer s’obstine à garder dans ses abîmes. Pourquoi la vieille Nan, à demi-folle le reconnaît-elle en un Michel disparu lui aussi.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce roman n’a rien pourtant d’un thriller  ni d’un policier. La progression  du récit s’appuie sur les comportements de ces êtres passionnés et la vérité émerge lentement du reflux des haines, parce que la vie est  toujours liée à la volonté des flots, à cette mer changeante qui donne et qui prend. Ce n’est pas l ‘élucidation des mystères qui nous tient en haleine et fait regretter de quitter ces personnages magnifiques créés par Claudie Gallay. Ils sont tous très forts, campés sur leurs ressentiments, jalousie ou revanche, haine ressassée ou amour tronqué. Attachez- vous au passage à Lili dans son bar, et surtout à l’inénarrable Max et la poésie de son langage,  et puis entrez dans la tourmente des êtres dépassés par la violence de leurs sentiments et la portée de leur silence… Comme eux, le lecteur se sent grandir  en affrontant le tumulte des vérités enfouies.</p>
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		<title>Histoire de l’Art – Mystère et représentation, ou comment écouter un tableau</title>
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		<pubDate>Tue, 30 Nov 2010 14:23:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Novembre</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Je vois bien souvent dans les musées, et c&#8217;est une attitude que j&#8217;ai parfois aussi moi-même, souvent par fainéantise, les visiteurs ne s&#8217;attarder que quelques secondes sur les tableaux que propose une exposition. Considérant naturellement la richesse esthétique comme premier intérêt et atout de l&#8217;œuvre présentée, nous ne prenons pas souvent le temps de nous interroger sur quels messages peut contenir cette dernière. C&#8217;est souvent ce qui explique le certain désintérêt d&#8217;une grande partie des gens pour l&#8217;art contemporain : peu d&#8217;accessibilité esthétique, et encore moins significative. Pourtant, si des siècles et des siècles de peinture nous ont laissé un trésor pictural en constante évolution, la peinture a aussi pris part à son temps, et a su délivrer un certain nombre de messages. Si certains sont très clairement explicites, on peut prendre pour exemple <em>La Liberté guidant le peuple</em> (<a href="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/a7/Eug%C3%A8ne_Delacroix_-_La_libert%C3%A9_guidant_le_peuple.jpg" target="_blank">lien ici</a>) de Eugène Delacroix, d&#8217;autres sont néanmoins à déchiffrer au fil du temps et des différents regards des historiens de l&#8217;Art. Depuis les créations et performances, lourdes de sens et de réflexions sur l&#8217;art, de Joseph Beuys dans les années 60/70, ces derniers se sont accordés à définir leur discipline comme interprétation d&#8217;œuvres. L&#8217;interprétation, si elle fait appel à l&#8217;objectif, le fait aussi naturellement au subjectif ; c&#8217;est pourquoi, au lieu de se contenter d&#8217;accorder telle œuvre aux notions biographiques et esthétiques de son auteur, les historiens de l&#8217;art nous donnent aujourd&#8217;hui de nouvelles façons de considérer les tableaux, en prenant en compte l&#8217;évolution de leur regard au fil du temps, et tout le contexte sociétal et le milieu ambiant qui ont entouré leurs créations. Ainsi, on peut aussi dire qu&#8217;il n&#8217;y a plus une seule mais plusieurs interprétations possibles à chaque tableau.</p>
<p style="text-align: justify;">La pratique illustre bien mieux le propos, c&#8217;est pourquoi je me permets de donner à cet article un intérêt pédagogique, en y glissant l&#8217;analyse d&#8217;un tableau de l&#8217;époque Moderne (1492 &#8211; 1789 selon les définitions). Considérez que cet article est la retranscription écrite d&#8217;un exposé que j&#8217;ai eu la chance de suivre à l&#8217;université Paul Valéry de Montpellier, assuré par le maître de conférence en histoire de l&#8217;Art, spécialiste de l&#8217;Art des Temps Modernes, Thierry Verdier.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L&#8217;œuvre dont je vais retranscrire l&#8217;analyse est la suivante : <em>Les Enfers</em>, de François de Nomé (1593 &#8211; 1634). Le tableau a été peint à Naples en 1622.</p>
<p style="text-align: justify;"><img src="http://www.dol-celeb.com/images/lieux/enfers.jpg" alt="" width="480" height="360" /></p>
<p style="text-align: justify;">Tout d&#8217;abord un petit point biographique sur son auteur. François de Nomé est originaire de Metz. On sait très peu de choses sur lui, sinon qu&#8217;il a fui la Lorraine pour l&#8217;Italie dans les années 1615/1620. L&#8217;essentiel de son activité se concentre dans ce pays. Comme beaucoup d&#8217;artistes, il a quitté sa contrée pendant la Guerre de Trente Ans, et a trouvé refuge d&#8217;abord à Rome, puis à Naples. L&#8217;Italie est alors la patrie artistique de l&#8217;Europe, terre de référence de la Renaissance. A Naples, De Nomé plonge dans un univers artistique davantage fondé sur le culte du ténébrisme (inspiré du travail du Caravage, mais se nourrissant de contrastes plus violents). Souvent, le ténébrisme met en valeur des sentiments tels que la peur, l&#8217;angoisse, retranscrit en quelques sortes une horreur infernale ou guerrière. Cependant, on ne peut limiter le genre à ces simples expositions puisque Georges de la Tour a par exemple utilisé cette technique lors de peintures à la bougie, portraits ou natures mortes.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Les enfers</em> exploite une thématique relativement classique &#8211; pour reprendre les mots de Thierry Verdier : &laquo;&nbsp;has been&nbsp;&raquo; &#8211; lors de la Renaissance. En effet, la peinture religieuse du XVIIème siècle est bien souvent plus axée sur le culte du Nouveau Testament, et donc des scènes reprenant ses thématiques comme le Paradis, les descentes des Anges, le parcours du Christ, telles qu&#8217;on peut en trouver chez Rubens, Velàzquez, ou Vignon. Le choix d&#8217;un thème de l&#8217;Ancien Testament peut donc nous étonner, d&#8217;autant qu&#8217;un peintre qui veut vivre doit parfois être en phase avec la demande générale. Cependant, paradoxalement, le choix du ténébrisme, de cette scène nocturne, n&#8217;est pas archaïque du tout. C&#8217;est, comme on l&#8217;a vu précédemment, un genre qui se popularise tout de suite après le passage du Caravage et se poursuit notamment avec De La Tour.</p>
<p style="text-align: justify;">Esthétiquement parlant, on peut dégager quelques évidences de cette toile : tout d&#8217;abord, la forte impression de lumière, donnée par ces jeux de contrastes incessants, entre le sombre, l&#8217;obscur, et l&#8217;ocre, le jaune, voire parfois un certain blanc, éclatants. Ce dégagement de lumière donne une impression d&#8217;engloutissement, renforcée par les dimensions de la toile, 175cm x 113cm. Au niveau des couleurs, le tableau suit un schéma composé de deux couleurs majeures, l&#8217;ocre/or et le brun/noir. Toutes les nuances de couleurs, nombreuses, se dessinent autour de ces catégories. On remarque une multitude de petits détails (vous pouvez la voir en grand <a href="http://carnetsdepierre.files.wordpress.com/2009/12/francois-de-nome-les-enfers.jpg" target="_blank">en cliquant ici</a>), de petits bonshommes jaunes, des sortes de figures géométriques. Une analyse formelle et iconographique va ainsi nous révéler, petit à petit, le sens que peut prendre ce tableau. Ensuite, il s&#8217;agira de mettre justement en relation l&#8217;interprétation dégagée avec le contexte qui a cerclé la création de l&#8217;œuvre.</p>
<p style="text-align: justify;"><img style="margin: 10px; float: left;" src="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2010/11/lesenfers1.png" alt="" width="95" height="102" /></p>
<p style="text-align: justify;">Cette partie, en bas à gauche de la toile, fait appel à une première allégorie. On y voit une femme, de couleur très pâle, assise sur un trône. Se tient à côté d&#8217;elle un homme plutôt vieux, arborant une longue barbe et un trident, dans une attitude sereine, voire décontractée. Naturellement, on reconnaîtra tout de suite Hadès (ou Pluton dans la mythologie romaine) aux côtés de son épouse (un peu forcée) Perséphone (ou Proserpine). Ils se tiennent là, en Enfer, comme dans leur royaume &#8211; la présence du trône le montre bien, tout comme l&#8217;attitude de Hadès. Ils sont à la fois rois et gardiens du lieu.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft" style="margin: 10px;" src="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2010/11/lesenfers2.png" alt="" width="53" height="200" /></p>
<p style="text-align: justify;">Toujours à gauche, mais cette fois, au dessus du couple, on peut observer une sorte de construction souterraine. On remarque des colonnes, des voûtes et pilastres gothiques. On peut reconnaître une église. Une église au beau milieu de l&#8217;Enfer si vous voulez. Cette représentation peut impliquer l&#8217;idée qu&#8217;il y a alors en enfer un royaume construit, et non simplement une grotte affreuse traversée notamment par le Styx et l&#8217;Achéron. On peut donc voir, en quelques sortes, une forme de symétrie entre le royaume des vivants et celui des morts, la société entourant François de Nomé, et les Enfers. D&#8217;autant plus que la royauté en tant que telle est une forme de construction, d&#8217;évolution. On a ici l&#8217;impression d&#8217;assister au spectacle d&#8217;un outre-monde parfaitement parallèle au monde des vivants.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><img style="margin: 10px; float: left;" src="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2010/11/lesenfers3.png" alt="" width="103" height="300" /></p>
<p style="text-align: justify;">Tout juste à droite de ces deux premiers plans se tient un grand frontispice. Mis en relation avec l&#8217;Eglise alors juste à gauche, on peut dégager la présence d&#8217;une chapelle grâce à certains éléments constitutifs. Tout d&#8217;abord, en bas de l&#8217;image, remarquez un autel sur lequel repose, dévoré par des corbeaux, un cadavre squelettique, sans doute d&#8217;un cheval. Au dessus, sur le frontispice, deux sculptures assez mortifères : à gauche un squelette drapé portant une faux, allégorie de la mort, qui va en contradiction avec les statues habituellement présentes dans les chapelles, à savoir des Saints ou des protecteurs. A droite, une figure plus féminine, en décomposition assez morbide, portant une torche. Cette allégorie, moins nette que la précédente, est représentative de ce qu&#8217;on appelle en latin &laquo;&nbsp;fortuna&nbsp;&raquo;, à savoir la destinée. La présence de cette allégorie en décomposition est-elle le signe d&#8217;une disparition de la destinée en enfer ? On remarque aussi, juste en dessous de l&#8217;autel, la roue qui accompagne habituelle la &laquo;&nbsp;fortuna&nbsp;&raquo;. Or, celle-ci est brisée : le symbole est donc très nette. La mort, l&#8217;enfer, marque la fin de la vie et du destin. Juste au dessus de nos deux statues se dresse une sorte de fronton sur lequel sont entreposés, trois cadavres, accompagnés en lieu et place des trophées de guerre et croisades habituellement présents dans une chapelle, de monceaux de corps, de membres, d&#8217;ossements. Cela nous annonce donc un triomphe, oui mais lequel&#8230; celui de la mort, et non de la victoire et de la vie. Toute cette signalétique met en avant un monde de disparition et de détresse. On ne trouve pas d&#8217;armes parlantes, autrement dit, d&#8217;objets signalant l&#8217;appartenance à un titre de noblesse : sommes-nous donc tous égaux face à la mort ? Ce frontispice nous montre donc un véritable cheminement symbolique qui aboutit alors sur quatre blasons. Des études menées par des historiens de l&#8217;Art démontrent qu&#8217;ils appartiennent à de grandes familles napolitaines, possiblement les commanditaires de ce tableau.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><img style="margin: 10px; float: left;" src="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2010/11/lesenfers4.png" alt="" width="200" height="218" /></p>
<p style="text-align: justify;">Venons en maintenant à la partie droite du tableau. Nous ne nous y attarderons que brièvement car elle est moins chargée de symboles que les précédentes. On peut cependant y voir une multitude de détails, représentations logiques de l&#8217;image qu&#8217;on a de l&#8217;Enfer à cette époque. Les imaginaires collectifs ne pouvaient alors se baser que sur plusieurs littératures (en effet, si beaucoup de gens vont en Enfer, peu en reviennent assez entiers pour livrer leur témoignage !) : l&#8217;évocation de l&#8217;Enfer dans la mythologie grecque, dans la mythologie latine sous Auguste où l&#8217;image de l&#8217;Enfer se précise un peu plus (apparition de plusieurs créatures comme le Cerbère, ou des fleuves infernaux), dans la Bible, et enfin dans la Divine Comédie de Dante. On remarque donc beaucoup des images que l&#8217;on retrouve dans toutes ces références : des cadavres nus, des pendus, des personnages jetés au fleuve à l&#8217;eau trouble, des espèces de toiles d&#8217;araignées, Charon et sa barque, le Cerbère, des hommes ébouillantés. Tout n&#8217;est que vision d&#8217;horreur et de morbidité. On trouve cependant une plus nette illustration de la littérature pré-augustine que chrétienne. En haut à droite de la toile se trouve alors un des symboles les plus frappants du tableau. On peut y remarquer une sorte de construction rappelant le frontispice et son Eglise. On peut en effet penser qu&#8217;il s&#8217;agit là d&#8217;une église ou d&#8217;une cathédrale, à la différence près que celle-ci est en feu et en ruines. On remarque des arcs brisés, une rosace ruinée, des piliers et des ogives anéanties au milieu de ce qu&#8217;on pourrait croire être une explosion de lave. Une image donc assez terne, bien que haute en couleur, du lieu principal du rachat des âmes. Cette église fait le lien entre le monde des vivants et les Enfers. Elle donne l&#8217;impression que le cheminement obligatoire de tout chrétien va se tourner automatiquement vers l&#8217;Enfer. Voilà une problématique intéressante&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><img style="margin: 10px; float: left;" src="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2010/11/lesenfers5.png" alt="" width="200" height="85" /><br />
Enfin, pour finir, attardons nous un instant sur l&#8217;image de ces trois vieillards, sous l&#8217;autel, accompagnés d&#8217;un petit phylactère parcheminé portant l&#8217;inscription &laquo;&nbsp;Heu mihi quia inferno nulla est redempto.&nbsp;&raquo; Pauvre de moi, parce qu&#8217;en enfer nul n&#8217;est pardonné.&nbsp;&raquo; (Pardonnez moi si je suis inexact dans la traduction.) Cette phrase est cependant tirée de l&#8217;office de Pâques, elle est donc typiquement religieuse et fait référence à la Passion du Christ dans la Bible. Les trois vieillards, lors de la Renaissance, représentent les trois âges de la philosophie : Platon ou Socrate illustrent l&#8217;Antiquité, Ptolémée la philosophie dite &laquo;&nbsp;arabe&nbsp;&raquo; ou mathématique, et enfin Saint Augustin la philosophie chrétienne. Ces trois étapes de la pensée humaine marquent une continuité qui est abouti par la relation entre le laïque, le sacré et le surnaturel (ou le nombre).</p>
<p style="text-align: justify;">Au final, on voit donc que la toile de François de Nomé est une sorte de brassage. Elle se veut un syncrétisme universel. Elle prend en elle religion, hommes, mythologies, philosophie et les mets au même niveau. On a donc face à nous, non pas une toile sans intérêt, &laquo;&nbsp;has been&nbsp;&raquo; comme on pouvait le penser au début, mais une vision bel et bien novatrice, dépassant l&#8217;imaginaire antique des Enfers. Ce tableau apparaît comme une critique presque hérétique de la société ultra-religieuse de la Renaissance.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors la question que l&#8217;on doit se poser pour mettre un terme à ces recherches est : Pourquoi ? Qu&#8217;est ce qui explique autant de symboles dans cette œuvre ?</p>
<p style="text-align: justify;">Rappelons tout d&#8217;abord que <em>Les enfers</em> a été peint à Naples. Or, dès 1620, la cour napolitaine a permis le rassemblement d&#8217;esprits hostiles au christianisme. En effet, la tendance religieuse propre à la ville et surtout à sa cour tendant vers l&#8217;ésotérisme. A savoir, un monde créé par le malin, le diable. En effet, cette réflexion part d&#8217;un constat qui se suffit à lui-même : si Dieu avait réellement créé la vie, nous vivrions dans un monde admirable, plein d&#8217;amour, sans horreurs et sans guerres. Quelle importance d&#8217;une présence de l&#8217;enfer alors que c&#8217;est justement l&#8217;enfer sur Terre. En effet, nous sommes alors en pleine période de guerres européennes, des guerres qui ravagent, font des milliers de morts et de blessés, plongent les états dans la pauvreté. Monde de mensonge ! Cette certitude est fondée sur un certain scepticisme qui est plutôt à la mode à cette époque, on le retrouve notamment chez Descartes et ses méditations (bien que l&#8217;idée de la Création reste fortement ancrée chez ce dernier). On peut donc se demander si François de Nomé n&#8217;a pas été l&#8217;instrument de ce cénacle napolitain dont on parlait.</p>
<p style="text-align: justify;">D&#8217;autre part, le début du XVIIème siècle marque le renouveau des sciences occultes et notamment de l&#8217;alchimie (cela consiste, pour résumer, à pratiquer des expérimentations afin d&#8217;atteindre la gnose, le savoir supérieur universel fondé sur la connaissance du monde, de la magie naturelle et de la magie cérémonielle) qui est une science hérétique et abolie. On constate en Europe, et notamment en Belgique, en Angleterre ou à Prague, un net regain de ces pratiques. Beaucoup de personnages tout à fait spéciaux apparaissent (finissant souvent sur un bûcher) avec des théories toutes aussi extravagantes. On peut citer pour exemple Isaac Newton, qui en dehors de ses heures de sieste sous un pommier, pratiquait en grand nombre des expériences alchimiques. François de Nomé est donc quelque part dépositaire de ce monde d&#8217;alchimistes.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Nous avons donc vu à travers ce commentaire, comment une œuvre à priori commune, pouvait recéler de nombreux trésors et marquer ainsi bien plus l&#8217;intérêt de ses spectateurs. Il est nécessaire pour bien comprendre une œuvre de lever le voile, le mystère qu&#8217;elle contient. Et pour cela, il faut aussi la placer dans un milieu parfois méconnu, que l&#8217;on doit avant tout comprendre et reconnaître, celui de sa création. Notamment pour l&#8217;étude d&#8217;œuvres du XVIIème, siècle confus, mêlant courants et contre courants, Réforme et Contre-Réforme, religion et hérésie, triomphes royaux et libres penseurs.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><em>Je tiens avant de vous souhaiter une bonne journée, espérant que cette lecture vous aura plu, vous rappeler que ce travail est le fruit de l&#8217;exposé de Thierry Verdier et que je n&#8217;en suis que le modeste rapporteur.</em></p>
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		<title>Apollinaire – Les Onze Mille Verges</title>
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		<pubDate>Tue, 16 Nov 2010 09:06:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Novembre</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Je découvrais l&#8217;autre jour ce bouquin que m&#8217;avais prêté Hazel, les Onze Mille Verges, de Guillaume Apollinaire, et je me suis dit qu&#8217;un peu de littérature érotique ne ferait pas de mal au Hangar. Un petit point biographique, pour commencer. Pendant les quelques années qui ont suivi la publication (1907) de cet ouvrage, personne n&#8217;a [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft" style="margin: 10px;" src="http://img.over-blog.com/307x500/2/78/88/99/mes-images-2/les-onze-mille-verges.jpg" alt="" width="220" height="358" />Je découvrais l&#8217;autre jour ce bouquin que m&#8217;avais prêté Hazel, <span style="text-decoration: underline;">les Onze Mille Verges</span>, de Guillaume Apollinaire, et je me suis dit qu&#8217;un peu de littérature érotique ne ferait pas de mal au Hangar. Un petit point biographique, pour commencer.</p>
<p style="text-align: justify;">Pendant les quelques années qui ont suivi la publication (1907) de cet ouvrage, personne n&#8217;a vraiment su à qui attribuer la paternité de ce texte. En effet, il fut simplement signé G.A, les initiales de l&#8217;auteur reconnu aujourd&#8217;hui, Guillaume Apollinaire. En effet, en 1907, hors des frontières du cercle artistique du Bateau-Lavoir (pour en savoir plus je vous réfère à un bouquin très intéressant, <span style="text-decoration: underline;">Bohèmes</span><em>,</em> de Dan Franck), Apollinaire est un strict inconnu. Il n&#8217;a publié jusque là qu&#8217;un roman érotique sous pseudonyme en 1900, avant son arrivée à Paris, et un feuilleton signé encore une fois G.A, dans le journal Le Matin, peu après. C&#8217;est au contact de la troupe d&#8217;artistes menée à Montmartre par le Picasso montant, que Apollinaire se découvre un certain talent pour la plume. Il fréquente, pour ne citer qu&#8217;eux, des hommes de lettres futurs ou déjà aboutis tels que Max Jacob, André Salmon ou Paul Fort. Ainsi, 1907 marque un tournant pour Apollinaire, puisqu&#8217;il signe la première œuvre de sa carrière, qui aura un certain retentissement dans le cercle littéraire parisien. Je crois qu&#8217;on peut dire que les <span style="text-decoration: underline;">Onze Mille Verges</span> assurent une certaine liaison entre la littérature érotique de la fin du XIXème siècle, en pleine explosion, mais frisant encore à peine les limites d&#8217;une certaine bienséance sociétale et même littéraire, et l&#8217;érotisme plus cru et dérangeant du XXème.</p>
<p style="text-align: justify;">Si Apollinaire est bien un poète, mainte et mainte fois reconnu par les siens et ses prochains, après la publication d&#8217;<em>Alcools</em>, puis des<em> <span style="text-decoration: underline;">Calligrammes</span></em>, ne cherchons pas dans <span style="text-decoration: underline;">les Onze Mille Verges</span>, le moindre soubresaut de poésie (à moins de considérer l&#8217;exacerbation de la sexualité bestiale comme poétique, ce qui n&#8217;est pas mon avis.) Nous nous retrouvons face à l&#8217;histoire du prince roumain Mony Vibescu. Une histoire à sens dessus dessous, sans réel intérêt sinon la mise en avant de faits sexuels tout à fait étonnants. Malgré le déroulement un peu particulier de la trame, qui nous fera voyager depuis Belgrade jusqu&#8217;en Russie, en passant par Paris et l&#8217;Orient-Express, on ne se lasse pourtant pas de la lecture. Bien qu&#8217;il soit vrai que, les récits sexuels prennent les trois quarts du bouquin, les expositions géographiques n&#8217;en sont pas moins travaillées et démontrent déjà un certain talent littéraire à travers la plume d&#8217;Apollinaire. Cependant, il ne faut pas le cacher, le principal intérêt de ce roman, c&#8217;est le sexe.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est assez particulier et dérangeant même, de se retrouver face à ce type d&#8217;œuvre. Gardez bien en tête, chers lecteurs, que s&#8217;il vous venait à l&#8217;idée de l&#8217;acheter, il faudra alors la lire avec le grand soin de rester toujours au troisième degré que l&#8217;auteur utilise. L&#8217;humour noir omniprésent dans le livre sera néanmoins là pour vous le rappeler. Alors, pouvons nous maintenant faire une petite liste détaillée de tout ce que vous pourrez découvrir ? Il y a là une bonne quinzaine de termes de pratiques différents et compliqués, parfois tabous, voire même proscrits que ce soit par l&#8217;Eglise ou la loi civile. On se retrouve donc face à l&#8217;exposition permanente d&#8217;un sado/masochisme ambiant, où se mêlent souvent des activités telles que le sexe brutal, la sodomie, la scatophilie, le saphisme, l&#8217;onanisme, le sexe en groupe (pour ne pas dire, excusez moi le terme, de véritables partouzes). Mais, et cela expliquera aussi, l&#8217;anonymat voulu par l&#8217;auteur, des sujets d&#8217;expérience littéraire bien plus malsains, mais atténués justement par l&#8217;humour noir et le second degré, comme la pédophilie, la nécrophilie, la gérontophilie, la pédérastie, à ne pas confondre avec l&#8217;homosexualité. A propos de cette dernière, je me dois aussi de la nommer, entre guillemets, car elle est omniprésente dans le livre ; cependant, les guillemets s&#8217;expliquent par le fait que, si aujourd&#8217;hui nos sociétés acceptent l&#8217;homosexualité, et que nos mentalités, dans leur majorité je l&#8217;espère, ont fait le pas vers la compréhension et la tolérance totale, au début du XXème siècle, c&#8217;était vu par la &laquo;&nbsp;bonne société&nbsp;&raquo; comme une <em>pratique</em> et non un <em>choix de vie </em>d&#8217;une part, mais aussi comme un acte de perversion. C&#8217;est pourquoi je me permets de la classer dans la liste des pratiques entrevues dans <span style="text-decoration: underline;">les Onze Mille Verges</span>, avec beaucoup de précautions. On sait que certains écrivains homosexuels de l&#8217;époque, comme notamment André Gide ou Jean Cocteau un peu plus tard, Alfred Jarry aussi, ont parfois fait les frais de leur homosexualité. Quoi qu&#8217;il en soit, cette parenthèse me paraissait importante, car ce sont justement tous les tabous de la sexualité du début XXème qui sont explosés par Apollinaire dans cet œuvre. Et si il est vrai qu&#8217;elle n&#8217;a pas atteint explicitement un grand public, on sait aussi qu&#8217;elle a beaucoup été échangée sous le manteau. Naturellement, on vogue dans du malsain complètement abouti, pourtant l&#8217;ensemble du roman démontre une joie continue, reprenant presque la folie libertine du XVIIIème siècle en l&#8217;adaptant à l&#8217;époque contemporaine. C&#8217;est pourquoi je crois qu&#8217;Apollinaire, s&#8217;il n&#8217;a écrit cette œuvre que pour s&#8217;amuser et amuser, avait aussi derrière la tête, l&#8217;idée maline de faire exploser certains carcans de la sexualité, phénomène encore bien camouflé dans une société où l&#8217;influence de l&#8217;Eglise Catholique ne commence qu&#8217;à peine à s&#8217;effacer. Peut-être que le titre en lui-même est suffisamment explicite, puisqu&#8217;il parodie le culte des<em> Onze Mille Vierges</em>, relatif aux croyances catholiques médiévales.</p>
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Exprimez-vous !</strong></div>
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