Posts Tagged “Les”

Samedi 30 janvier 2010 Par gouttesdo dans Littérature

Les mille maisons du rêve et de la terreur – Atiq Rahimi

Découvert par le grand public grâce à l’attribution du Goncourt 2008 pour Syngué Sabour, son premier roman écrit directement en Français, Atiq Rahimi se révèle puissant poète. Par le raffinement des images créées, le rythme particulier des phrases, l’écrivain descend au fond de l’âme et dépeint le cheminement mental de ses personnages. Les événements tragiques des guerres en Afghanistan, son pays d’origine, constituent le creuset par lequel se révèle la nature des caractères et la recherche du sens de leur existence.

La trame des mille maisons du rêve et de la terreur expose un moment délicat de confusion intérieure, où la conscience du personnage principal se heurte à une réalité qu’il voudrait refuser. Cette fois cependant, ce sont les faits, la prégnance de la réalité, qui bousculent le personnage et l’obligent à affronter les conséquences des événements. Le ton du récit s’adapte ainsi à un angle de vue différencié : le narrateur, Farhad, est le personnage central d’une histoire qu’il subit, et nous suivons avec lui le cheminement de sa prise de conscience.

Le récit commence au moment où le narrateur sort lentement et confusément d’un coma du au traumatisme des coups reçus lors d’un contrôle d’identité. Nous sommes alors dans le Kaboul de l’ère de l’occupation soviétique (les années 80). Progressivement, nous comprenons que le jeune étudiant a « oublié » l’heure du couvre-feu et s’est mis ainsi en danger… À travers les bribes de ses fantasmes comateux, nous percevons la part de l’enfant qui subsiste en lui, le contexte familial qui fonde son identité : un grand père omniscient, transmetteur d’éducation morale et religieuse, mais humaniste avant tout. Ce rêve latent donne progressivement corps à l’émergence d’une situation nouvelle qu’il appréhende à travers le brouillard de ses pertes de conscience physiques.
« Suis-je dans le noir ou ai-je les yeux fermés ? Peut-être les deux. Il fait nuit et je dors. Mais pourtant je pense, comment se fait-il ?
Non. Je suis réveillée, seulement mes yeux sont encore fermés. J’étais en train de dormir et dans mon rêve, un enfant a crié « Père ! »
Quel enfant ? comment le savoir ? Il n’y avait que sa voix. Peut-être était-ce moi enfant, cherchant mon père.
- Père !
Encore cette même voix ! Cette fois-ci je ne rêve pas. Il me semble l’entendre juste au-dessus de moi. Il faut que j’ouvre les yeux.

- Qui es-tu ?
Ma question se brise dans ma poitrine. Une douleur vive transperce mes tempes. Le voile noir devant mes yeux se fait plus épais ; le silence dans mon esprit plus pesant.

Peu à peu le narrateur prisonnier de son cauchemar déroule les repères de son identité, il tente de raccorder les bribes de cette réalité incompréhensible à ses propres souvenirs, afin de retrouver une cohérence à cette expérience inconnue :

« Non, je ne dors pas. Je suis en proie aux forces de l’Invisible. Les djinns sont venus se poser sur ma poitrine. Grand-père disait que, selon Dâmollah Saïd Mostafa – dont l’autorité valait au moins dix mollahs, quand il n’y a pas de Coran dans une pièce, les djinns y font leur nid, et la nuit, pendant que tu dors et que ton âme est partie se promener, ils viennent assaillir ton corps. Ils s’installent sur ta poitrine, t’attachent les bras, te bâillonnent et te bandent les yeux. (…)
- Frère !
Non. Ce n’est pas ma mère, c’est ma sœur Parvana.
Parvana, ma douce tu m’as appelé ? Parvana, ma petite sœur, chasse les djinns de ma poitrine ! Entends-tu ma voix?
Non, elle n’entend pas. Les djinns retiennent ma voix dans ma poitrine.
(…)
Mes tempes explosent de douleur.
Je commence à distinguer un certain nombre de choses, mais je suis incapable de bouger. Mes os sont brisés, mes veines rompues, mon cerveau éclaté, mes muscles déchirés… Non, je ne suis ni dans un cauchemar ni sous l’emprise des djinns, je suis tout simplement mort.

Ces extraits du texte courent de la page 15 à la page 37 de l’édition P.O.L et me semblent assez représentatifs du cheminement erratique qui permet au blessé de remonter des abysses de l’inconscience à la lueur du monde réel. On y goûte la poésie expressive de l’auteur, on se frotte aux pigments de la culture persane, on entre dans un mode de pensée particulier à l’écrivain et son personnage.

Farhad parvient à s’extirper à l’obscurité angoissante de son rêve et découvre la femme qui l’a sauvé. L’esprit encore embrumé par les coups subis, il se laisse protéger par cette inconnue dont nous apprécions surtout la longue mèche qui cache son visage, mèche de cheveux emblématique d’une féminité maternante, protectrice, autoritaire, sécurisante avant de révéler une sensualité extrêmement retenue. L’art d’Atiq Rahimi tient de ce miracle : par le simple geste d’une main qui repousse la mèche de cheveux derrière l’oreille de la jeune femme, l’écrivain décrit le processus complexe de la relation qui s’établit entre deux inconnus face au danger. À plusieurs reprises au cours de cette nuit cauchemardesque, Mahnaz sauve la situation, soulage les douleurs du jeune homme, repousse les soldats qui perquisitionnent la maison, prévient la mère de Farhad … Quand le fugitif découvre la tragédie personnelle de la jeune femme, il se sent troublé :

« Pourquoi ai-je de telles pensées au sujet de Mahnaz ? pourquoi suis-je incapable d’admettre qu’une femme peut tout à fait secourir un inconnu sans aucune arrière-pensée ? (…)
Pour Mahnaz et son mystère, j’ai livré toute une nuit ma mère à son angoisse dans les quatre murs de notre maison ; j’ai condamné le regard de Parvana à une interminable attente derrière la fenêtre de sa chambre ; j’ai découragé les mains de Farid posées sur la poignée de la porte.
(…)
Le mystère de Mahnaz tient à cette mèche de cheveux qu’elle vient sans cesse cueillir sur son visage pour l’enrouler derrière son oreille. »

Farhad comprend ainsi que cette nuit de tous les dangers constitue pour lui une sorte d’épreuve initiatique à l’issue de laquelle il devra définitivement quitter l’insouciance de son statut, et que Mahnaz représente en fait la porte de sortie du monde de l’enfance protégée:

« À aucun moment, je ne m’étais senti aussi proche d’une femme autre que ma mère et Parvana. À aucun moment, je n’avais perçu de si près une vie de femme. Aucune femme ne s’était jamais frayé un chemin au cœur de mes pensées, au cœur de mon existence. L’espace d’une nuit, j’ai partagé avec une femme mille instants d’une vie, comme si une chose essentielle nous avait unis. Cette femme m’a offert son toit. Ma vie est entre ses mains, elle lui appartient. »

Dans ce mode difficile, les sentiments s’expriment avec une sobriété qui nous surprend et impose une nouvelle expressivité : voyez ce dernier extrait relatant le chagrin de la mère qui a organisé le départ du Pays pour son fils :

« Sous la charge du tchâdri, folle de chagrin, ma mère a traversé en pleurant les rues de la ville aveugle ; elle est arrivée à la maison. Elle a enroulé dans le tchâdri son chagrin fait larmes et a tendu le tout à la laveuse ; puis elle s’est discrètement éloignée vers la cuisine pour relaver la vaisselle propre. Après le départ de la laveuse, elle va aller chercher le linge sec sur la corde pour le relaver. « 

Renversement de la représentation: la ville s’aveugle du chagrin de cette femme recluse sous son tchâdri !
Qui a éprouvé un chagrin profond, un deuil explosant son univers, comprendra cette forme de lutte intérieure qui pousse à laver de nouveau ce qui l’est déjà… Ces images universelles de bouleversement transmettent en quelques lignes la profondeur et l’intensité du malheur accepté.

Né en 1962 à Kaboul, Atiq Rahimi est également cinéaste, et a réalisé lui-même la mise en images de son roman Terre et Cendres. Le prix Goncourt 2008 lui a été attribué pour son premier roman écrit directement en Français, Syngué Sabour ( Pierre de patience)
La France a accueilli Atiq Rahimi en 1984. Elle a reçu ainsi un des plus grands écrivains de notre temps, qu’il écrive en Persan d’Afghanistan ou en Français. Belle leçon à méditer…

Les mille maisons du rêve et de la terreur
Atiq Rahimi
Éditeur: P.O.L
ISBN : 2-86744-875-1
Mars 2002
Traduction : Sabrina Nouri

L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?
Exprimez-vous !

6 commentaires
Vendredi 22 janvier 2010 Par Mélusine dans Littérature

Les Liaisons Dangereuses – Pierre Choderlos de Laclos

Si je devais n’en retenir qu’un, ce serait probablement celui-ci. Pierre Choderlos de Laclos n’est qu’un militaire inconnu lorsqu’il publie en 1782 le roman qui le rendra scandaleusement célèbre. La bonne société s’offusque : comment ose-t-il ainsi salir l’aristocratie ouvertement affublée des pires vices ? Oui, mais c’est ça qui plaît. Le vicomte de Valmont est un démon en perruque et dentelle : il séduit les femmes pour mieux les pervertir et les abandonner, sans morale ni remords. Tout le monde le sait, tout le monde le fuit, et pourtant personne ne lui résiste. Il échange une correspondance secrète, sulfureuse et provocatrice avec la marquise de Merteuil. Pourquoi secrète ? Parce que la marquise, elle, est un exemple de vertu aux yeux du monde, mais dans l’ombre elle est un avatar à la hauteur de son libertin de correspondant. Ajoutez à cela les lettres échangées par les différents personnages avec leurs différents complices et victimes, et vous obtenez ce troublant roman polyphonique.
L’histoire s’ouvre sur un défi : Mme de Merteuil vit comme un terrible affront l’annonce du mariage d’un de ses anciens amants avec une jeune fille du nom de Cécile de Volanges. En guise de vengeance, elle demande à Valmont de séduire et déshonorer la jeune fille avant les noces. Mais il refuse : il est déjà trop occupé par son nouvel objectif, la présidente de Tourvel, pieuse et fidèle femme qui représente tout ce qui s’oppose à notre héros. Or celle-ci le repousse obstinément. Lorsqu’il apprend que celle qui a si soigneusement sali sa réputation auprès de Mme de Tourvel n’est autre que Mme de Volanges, la propre mère de la jeune Cécile, Valmont accepte finalement le défi de Merteuil qui rejoint sa propre revanche.
Une terrible machination se met en place : Cécile est une victime des intérêts libertins des personnages qui évoluent autour d’elle. Son innocence n’en est que plus touchante dans des lettres sans réponse qu’elle adresse à l’une de ses amies. Merteuil écrit à Cécile comme à Valmont : la duplicité du personnage est machiavélique à souhait. Quant à Valmont, c’est un vrai plaisir que de déceler dans ses déclarations d’amour et de fidélité tous les indices d’une hypocrisie consommée. C’est avec ce livre que j’ai appris non seulement la définition d’un courtisan, qui dit une chose et en pense une autre, mais aussi que tout livre classique a de quoi parler à tout citoyen du XXIème siècle, à condition qu’on lui apprenne à le lire. Mais le libertinage, c’est surtout la liberté de penser, la liberté morale. Et n’oublions pas que ce que revendique Valmont, c’est d’être affranchi de toute tout carcan moral, religieux et social, ce qui prend beaucoup plus de sens quand c’est Merteuil qui le revendique, elle qu’on a voulu enfant complaire dans l’ignorance et la soumission et qui, jeune veuve, n’a jamais voulu se remarier. Un roman d’une modernité troublante, tant sur la forme que sur le fond, qui annonce autant les idées révolutionnaires que notre propre société de l’apparence désabusée.

Je conclurai sur la magnifique adaptation cinématographique que Stephen Frears a faite de ce livre : Glenn Close y campe une Merteuil élégante et imposante, John Malkovich un Valmont fascinant et inquiétant, Michelle Pfeiffer une Tourvel naïve et dévote avec ses grands yeux larmoyants. Ce n’est pas par hasard que ce film est au programme du baccalauréat de littérature cette année en même temps que le livre : un duo réussi.

L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?
Exprimez-vous !

4 commentaires
Jeudi 21 janvier 2010 Par Novembre dans Littérature

Les particules élémentaires – Michel Houellebecq

Photo de HouellebecqQuand on m’a proposé ce livre, j’ai grimacé, le personnage Houellebecq, c’est pas mon fort, et ses quelques apparitions télévisées ont suffit à me donner envie de ne pas le lire. On voit quelqu’un qui parle lentement, avec un certain air hautain, et une volonté irrépressible de développer dans leur perfection tous les détails de sa vie. Pourtant, je ne l’avoue même pas à contre-cœur, ce livre, je l’ai aimé. Voire, je crois même qu’il m’a mis une sacrée claque…

Les particules élémentaires, c’est l’histoire de Michel et Bruno, demi-frères, fils d’une libertine de la révolution sexuelle des années 60/70, et de pères différents mais semblables dans leur absence. Michel est incapable d’aimer, il est chercheur en biologie et trouve sa voie dans la recherche expérimentale de ce qui pourrait donner naissance à une nouvelle espèce bien particulière. Bruno, quant à lui, est un obsédé sexuel, frustré par son plaisir qui se limite souvent aux jeunes adolescentes. Pendant toute la première partie du livre, on observe ces personnages se mouvoir lentement dans une eau douteuse et franchement triste, Houellebecq dépeint avec brio les changements de la société pendant l’ère soixante-huitarde, en accusant la révolution sexuelle de la violence qu’on connait aujourd’hui, et de l’impossibilité de trouver un amour véritable, toujours obstrué par la sexualité dévergondée ou la timidité que celle-ci peut engendrer. On s’attache extrêmement vite à nos deux frères, ils ont en eux une certaine forme de pitié qu’on réserve en général aux animaux. Mais lorsque Houellebecq décide de donner une note de lumière, poussant petit à petit les deux personnages vers leur réalisation de soi, tout s’éteint subitement dans la mort, et on les voit sombrer petit à petit vers le néant.

Houellebecq est un nihiliste, il détruit tout type d’humanisme, expose une vision clairement sombre de l’homme. Les âmes sensibles peuvent et devraient s’abstenir de cette lecture, on y trouve des descriptions assez épouvantables de scènes d’une violence gratuite et très crue. De même, si vous ne vous sentez pas aptes à explorer de façon littéraire, les tréfonds de la sexualité de l’homme, vous pourriez être choqués par cette lecture. Au final, on trouve cependant ce livre unique, et très désespérant. On n’est pas forcé d’aimer, mais je pense qu’il est difficile de se passer de réactions après cette lecture.

L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?
Exprimez-vous !

4 commentaires
Jeudi 12 novembre 2009 Par Hazel dans Littérature

Les Choses – Georges Perec

C’est en 1965 que Les Choses voient le jour. C’est le premier roman de Georges Perec, et l’ont peut dire que ce fut un premier roman à succès puisqu’il reçoit le Prix Renaudot la même année. Dans Les Choses, Perec nous dépeint avec une savante subtilité la société des années soixante à travers une couple, Jérôme et Sylvie, qui vit dans la quête perpétuelle du bonheur, de leur conception du bonheur : l’argent. Ne parvenant pas à vivre pleinement la vie libre qui leur est offerte, ils courent après la richesse sans toutefois décider à se trouver du travail stable, de peur de tomber dans la routine. Fuyant Paris, ils s’installent malgré eux à Sfax, en Tunisie, où il ne trouvent toujours pas un sens à leur vie.

Dans ce roman, les objets, les choses ont autant de valeur que les hommes, si ce n’est pas plus. Le livre ne comporte que deux courts dialogues, ce sont les descriptions des appartements, des vêtements qui sont mises au premier plan. Perec met en évidence à travers ce roman l’influence de la société de consommation; écrit dans les années soixante, ce livre est toujours d’actualité, peut être même plus qu’il y à cinquante ans.

L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?
Exprimez-vous !

1 commentaire
Samedi 31 octobre 2009 Par Novembre dans Littérature

Les Faux Monnayeurs – André Gide

Lorsqu’on commence les Faux-monnayeurs, roman écrit par André Gide et publié en 1925 aux éditions de la Nouvelle Revue Française, on devient extrêmement vite soit ennuyé, soit absorbé. C’est qu’il s’agit d’être alerte, ou non, à toutes les techniques nouvelles que Gide a développé dans ce roman, et qui peuvent paraître au lecteur, un peu trop poussées. On croise plusieurs genres narratifs peu communs tels que le journal intime, ou les relations épistolaires, primordiales au sein même du roman. Mais à la relecture, on prend conscience de l’extrême minutie qu’a employé Gide dans la construction de son récit, mais aussi dans celle de ses personnages, et de son histoire en général. Ce roman mêle plusieurs intrigues à la fois : l’histoire de Bernard Profitendieu, fils « bâtard » qui va fuir sa famille, celle d’Olivier Molinier, qui poursuivra la quête de son amour impossible pour son oncle, Edouard, qui lui-même, sera en fait, le personnage central de l’histoire, mais on pourra aussi suivre les parcours de plusieurs autres personnages, plus secondaires. Il est impossible de résumer simplement l’organisation des personnages des Faux-monnayeurs tant elle est riche et complexe.
Mais si cette organisation est si riche, c’est que chaque personnage, chaque événement est un expiatoire pour Gide. Dans les Faux-monnayeurs, cet auteur, qui fut un des premiers à assumer son homosexualité en public, sa haine contre la religion protestante, fait le procès de tout ce qui a pu amenuiser sa personne, tout au long de sa vie. Ainsi, dans le roman sont décriées les pratiques de la psychanalyse, les préjugés contre l’homosexualité, la pédérastie décriée, le monde littéraire et la bourgeoisie décadente, la justice partiale et dangereuse plus encore pour les jeunes que les influences d’intellectuels névrosés, la religion protestante et son impact décalé sur la jeunesse… Gide fait dans ce qu’il considère comme son « premier roman », une sorte de confession intime, un recueil de doutes et de dégouts, une réelle satire de la société.
On peut considérer ce roman comme précurseur de la vague du Nouveau-Roman, et c’est tant pour son style novateur que pour sa vision aigüe de la société, qu’il demeure à travers les âges comme une oeuvre majeure du XXe siècle.

Vous pouvez retrouver un dossier complet sur la satire de la société dans les Faux-monnayeurs de Gide, dans les annexes.

L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?
Exprimez-vous !

Pas de commentaires
12