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	<title>Le Hangar - Espace artistique &#187; le</title>
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		<title>Mensonges,</title>
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		<pubDate>Thu, 17 Nov 2011 11:00:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator><a href="http://les-alluvions.over-blog.com/" rel="nofollow">les alluvions</a></dc:creator>
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		<description><![CDATA[ Aujourd&#8217;hui, nous publions en page d&#8217;accueil un texte que nous a proposé Les alluvions, qui, faisant usage de sombres images, adresse au travers de cette lettre à Elise, un bien subliminal message&#8230; Je suis comme toi Ustensile de cette vie S&#8216;en allant parfois Traîner dans les bas-fonds d&#8217;autres quartiers pourris Entre shérif et hors-la-loi. Tu [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em> Aujourd&#8217;hui, nous publions en page d&#8217;accueil un texte que nous a proposé <a href="http://les-alluvions.over-blog.com/">Les alluvions</a>, qui, faisant usage de sombres images, adresse au travers de cette lettre à Elise, un bien subliminal message&#8230;</em></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><strong>J</strong>e suis comme toi<br />
<strong>U</strong>stensile de cette vie<br />
<strong>S</strong>&#8216;en allant parfois<br />
<strong>T</strong>raîner dans les bas-fonds d&#8217;autres quartiers pourris<br />
<strong>E</strong>ntre shérif et hors-la-loi.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">
<strong>T</strong>u ne sais rien, de moi, et m&#8217;imagine<br />
<strong>E</strong>n un animal diurne, tu crois ?</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">
<strong>B</strong>ringuebalant juste ses maudits songes<br />
<strong>A</strong>vec des idées bien précises<br />
<strong>I</strong>ncluants, qu&#8217;on se le dise !<br />
<strong>S</strong>avoir-faire et mensonges.<br />
<strong>E</strong>t lorsque les orgies verbales ne suffisent plus, il existe d&#8217;autres manières de s&#8217;aimer.<br />
<strong>R</strong>egarde moi, Elise&#8230; Juste un baiser.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">
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		<title>Pagnol &#8211; La Gloire de mon père &#8211; Le Château de ma mère</title>
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		<pubDate>Wed, 16 Nov 2011 18:24:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mélusine</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Avant, quand j’entendais parler de Marcel Pagnol, je pensais aux films un peu kitch, à l’humour potache de Fernandel, au côté France profonde de mes grands-parents dont on nous rebat les oreilles sur France 3 pendant les vacances de Noël en multi-rediffusion. C’est donc sans grandes attentes que j’ai ouvert le premier tome de sa [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Avant, quand j’entendais parler de Marcel Pagnol, je pensais aux films un peu kitch, à l’humour potache de Fernandel, au côté France profonde de mes grands-parents dont on nous rebat les oreilles sur France 3 pendant les vacances de Noël en multi-rediffusion. C’est donc sans grandes attentes que j’ai ouvert le premier tome de sa si célèbre autobiographie. Je ne m’attendais pas à un tel émerveillement. Un tel débordement d’amour.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft" src="http://2.bp.blogspot.com/_DTDbRmRgXFU/SmrHldsMT1I/AAAAAAAAASE/zZCEi_SJMWU/s320/la+gloire+de+mon+p%C3%A8re.gif" alt="pagnol" width="168" height="256" />L’enfance de Marcel Pagnol est d’abord une déclaration d’amour à l’école. Son père, instituteur publique, prend son travail extrêmement à cœur dans une époque qui lutte encore contre l’influence de l’église dans l’éducation. Plus qu’une vocation, c’est une véritable dévotion qui le pousse, un sentiment, bien légitime à l’époque, que son travail lui permet de sauver des âmes, voire de sauver des vies.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est une déclaration d’amour à ses collines marseillaises. <em>La Gloire de mon père</em>, c’est la gloire de chasseur que Joseph l’instituteur essaye d’acquérir, lui l’intellectuel qui vient de la ville. Dans une maison de vacance achetée de ses maigres deniers pour offrir à sa femme l’air pur qui manque à sa constitution fragile, meublée de bric et de broc, tout est bon pour devenir un vrai père de famille vacancier. Peu convaincant en tant que chasseur, il n’en est que plus attachant dans son éternelle opposition à son fanfaron de beau-frère. Hiboux grand-duc, sangliers, sources cachées, grottes secrètes, pièges, tout devient merveille.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est une déclaration d’amour à l’enfance. Son insouciance, sa capacité à <img class="alignright" src="http://imados.fr/history/82/le-chateau-de-ma-mere_couv.jpg" alt="pagnol" width="161" height="247" />s’émerveiller de tout, sa liberté, ses yeux qui transforment la moindre bagatelle en véritable expédition, où tout se prend très au sérieux et en même temps prend les proportions d’un gigantesque jeu. C’est la réalisation du fantasme de s’enfuir dans les montagnes pour rester toujours en vacances. C’est sauter par la fenêtre pour aller à la chasse alors que Papa et Maman ont interdit d’y aller. C’est un petit frère tout fier de faire comme les grands. Ce sont des lettres truffées de fautes d’orthographe qui rassureront les plus complexés. C’est un château qui devient le lieu de toutes sortes de terreurs, de chiens enragés et de militaires au passé glorieux.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, c’est une déclaration d’amour à ses parents. A son père d’abord, que l’on devine un peu empoté, un peu rat de bibliothèque, mais auquel il voue une admiration sans borne, qu’il veut absolument suivre. Et à sa mère ensuite, fragile, délicate, douce, diaphane, la petite Augustine qu’il veut protéger, parce qu’il est aussi grand qu’elle, alors qu’il est encore un enfant. Qu’il est prêt à défendre contre les terrifiants chiens de la cour du château.</p>
<p style="text-align: justify;">Romancée, son autobiographie ? Je dirai plutôt féérisée avec les yeux d’enfant qui n’avaient pas besoin de console de jeu pour s’émerveiller tant la nature leur offrait le plus merveilleux terrain de jeu. Il a mis toutes ses plus belles étoiles dans ces pages, et rien que pour la chute à la fin du second tome, qui rappelle à quel point nous avons aussi besoin de cette douceur, je place ce livre parmi ceux chers à mon petit cœur de lectrice.</p>
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		<title>Murakami &#8211; Le passage de la nuit</title>
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		<pubDate>Fri, 30 Sep 2011 11:00:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gouttesdo</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Noctambule insomniaque, témoin curieux sans voyeurisme, quiconque a passé quelques nuits blanches  à meubler sans pitié pour le sommeil en fuite, vous allez reconnaître sans peine une part de votre obscure agitation dans la longue errance de Mari tout au long de cette longue, longue nuit que la jeune fille traverse au long des pages [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div>
<div style="text-align: justify;"><a href="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/09/passage-nuit.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-3400" title="passage nuit" src="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/09/passage-nuit.jpg" alt="" width="300" height="487" /></a>Noctambule insomniaque, témoin curieux sans voyeurisme, quiconque a passé quelques nuits blanches  à meubler sans pitié pour le sommeil en fuite, vous allez reconnaître sans peine une part de votre obscure agitation dans la longue errance de Mari tout au long de cette longue, longue nuit que la jeune fille traverse au long des pages de ce roman.</div>
</div>
<div style="text-align: justify;">Il y avait bien longtemps que je souhaitais «  m’attaquer » à  l’univers  de Haruki Murakami. Je n’ai pas été déçue par le récit que donne l’auteur japonais de l’errance insomniaque de la jeune fille. Jusqu’au bout, l’écrivain préserve une grande part du mystère de son héroïne, en maintenant un voile quasi onirique sur les raisons qui la poussent à fuir sa demeure de banlieue pour s’imposer une séance de lecture dans un restaurant impersonnel. Heureusement pour elle, un curieux garçon, étudiant peu convaincu mais joueur de trombone passionné la reconnaît et décide de lui tenir compagnie, un moment du moins. Aux premiers échanges, le lecteur devine que Mari a un souci concernant sa sœur Éri, sans qu’il soit encore possible de deviner la nature de ce problème. Mais le jeune musicien,   dont nous apprenons plus tard qu’il s’appelle Takahashi,   est à l’origine d’une nouvelle rencontre qui rompt définitivement la solitude  recherchée par Mari. Elle fait la connaissance de Kaoru, avec laquelle elle n’aurait jamais dû échanger trois phrases… Ce n’est pas la moindre des surprises qui attendent l’étudiante au cours de cette nuit blanche dans les rues de Tokyo.</div>
<div style="text-align: justify;">L’originalité du passage de la nuit   tient d’abord  au regard particulier  que Haruki Murakami nous convie à porter  sur les personnages  et les situations qu’il a imaginés. La structure et le ton du roman posent le lecteur en situation d’observateur attentif, comme un scientifique passerait au crible l’examen d’une culture de cellules.  Par la   grâce des incipit de chapitres, nous devenons lecteurs témoins, impliqués dans l’attention portée au déroulement de cette nuit.</div>
<div style="text-align: justify;"><span style="color: #993300;"><em>«  La ville s’ouvre à notre regard.</em></span><br />
<span style="color: #993300;"><em>Ce paysage urbain, nous l’observons à travers les yeux d’ un oiseau de nuit qui volerait très haut dans le ciel. Depuis ce point de vie panoramique, la ville apparaît comme une gigantesque créature… » (Incipit du roman, page 7)</em></span></div>
<div style="text-align: justify;">
<p>Dès lors, le ton de la narration adopte la rigueur et la neutralité d’un rapport ethnologique :</p>
<p><span style="color: #993300;"><em>« Nous sommes dans le restaurant Denny’s . Éclairage banal, efficace néanmoins ; décoration inexpressive et vaisselle neutre ; plan des sols calculé méticuleusement, jusque dans les moindres détails, par des pros en techniques organisationnelles ; musique d’ambiance inoffensive ; employés formés à appliquer fidèlement les procédures décrites dans le manuel. » (pages 8-9)</em></span></p>
<p>Cependant, la sécheresse apparente du relevé précis des éléments du décor nous conduit à devenir attentifs aux failles cachées sous la maîtrise des situations. Ainsi l’ouverture du  chapitre 2 présente la chambre où dort Éri. Comme chaque partie de ce roman, l’ouverture est surmontée d’une horloge dessinée indiquant l’heure du démarrage de la séquence. Il est vingt-trois heures cinquante-sept, minuit moins trois. Nous entrons dans la pièce sur les indications de l’auteur :</p>
<p><span style="color: #993300;"><em>« La chambre est sombre. Notre regard s’habitue peu à peu à l’obscurité. Une femme dort dans le lit. Une belle jeune femme ; Éri, la sœur aînée de Mari. Éri Assaï. Personne ne nous l’a dit  mais nous avons deviné. Un torrent de cheveux noirs déborde de son oreiller.</em></span><br />
<span style="color: #993300;"><em> Nous nous confondons avec un œil qui regarde, ou mieux peut-être, avec un regard caché qui vole l’image de cette femme. Devenu caméra suspendue en l’air, notre œil est apte à se déplacer librement dans la chambre. »</em></span></p>
<p>La force du procédé se révèle abruptement alors que nous avons confortablement accepté notre poste de scrutateur impartial.  Haruki Murakami nous attend au détour du chapitre pour instiller un doute sur l’apparente tranquillité de ce sommeil profond :</p>
<p><span style="color: #993300;"><em>« …Mais la caméra semble avoir perçu une présence par là. Ou bien est-ce un pressentiment . Gros plan sur l’écran. Nous partageons le pressentiment avec la caméra, fixons silencieusement l’écran.</em></span><br />
<span style="color: #993300;"><em> Nous attendons. Retenons notre souffle, tendons l’oreille.</em></span><br />
<span style="color: #993300;"><em> Le réveil affiche 0 :00.</em></span><br />
<span style="color: #993300;"><em> Nous entendons un grésillement d’origine électrique. Au même moment, l’écran acquiert une parcelle de vie et commence à clignoter très légèrement…»</em></span></p>
<p>Évidemment, je me garde de trahir le suspense induit. Car à cet instant, notre raison, qui s’est adaptée au style cartésien du récit, commence à poser des hypothèses. Et la malice de l’auteur nous cueille alors à la croisée des possibles, chamboule notre rationalité, laisse entrevoir des mystères  qui frôlent l’occultisme ou la télépathie, nous obligeant ainsi à plus de vigilance :</p>
<p><span style="color: #993300;"><em>« …Dans cette chambre, quelque chose est sur le point d’arriver. Certainement. Quelque chose sans aucun doute lourd de sens. »</em></span></p>
<p>Impossible dès lors de s’arracher à la suite des événements qui ponctuent la nuit de Mari. En d’incessants aller-retour, nous suivons le grignotage des heures de cette nuit particulière, jusqu’au petit matin,   à l’heure du premier train qui ramène Mari chez elle. Elle pénètre dans la chambre d’Éri…<br />
Mais non, je n’en livrerai pas plus… À votre tour, réservez donc votre prochaine insomnie pour accompagner Mari dans les rues de la métropole nippone.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;"><em>Le passage de la nuit, Haruki Murakami</em></div>
<div style="text-align: justify;"><em> 10/18  &laquo;&nbsp;Domaine étrange&nbsp;&raquo; Belfond éditeurs France 2007</em><br />
<em>Édition originale 2004 : After Dark</em><br />
<em>Traduit par Hélène Morita en collaboration avec Théodore Morita</em><br />
<em>ISBN : 978-2-264-04685-7</em><br />
<em>Note : 8/10</em></div>
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		<title>Buten &#8211; Le coeur sous le rouleau compresseur</title>
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		<pubDate>Fri, 16 Sep 2011 11:00:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hazel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le coeur sur le rouleau compresseur est un livre difficile à lire si l&#8217;on a vécu une malheureuse histoire d&#8217;amour. Parce que ses pages regorgent de sincérité, l&#8217;écriture franche et brute &#8211; parfois brtuale &#8211; nous va droit au coeur. L&#8217;histoire est une histoire d&#8217;amour, qui existe depuis toujours et dont les plaies sont enfouies [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em><a href="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/09/9782020826396FS.png"><img class="size-full wp-image-3338 alignleft" style="margin: 5px;" title="lecoeursouslerouleau" src="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/09/9782020826396FS.png" alt="" width="283" height="475" /></a>Le coeur sur le rouleau compresseur</em> est un livre difficile à lire si l&#8217;on a vécu une malheureuse histoire d&#8217;amour. Parce que ses pages regorgent de sincérité, l&#8217;écriture franche et brute &#8211; parfois brtuale &#8211; nous va droit au coeur. L&#8217;histoire est une histoire d&#8217;amour, qui existe depuis toujours et dont les plaies sont enfouies et irrefermables. Même lors des quelques dizaines de pages de bonheur on sent la mélancolie, le &laquo;&nbsp;truc&nbsp;&raquo; qui cloche, on apréhende la fin. Non, je ne vous dévoilerai rien mais dès les premières pages vous pourez vous faire votre propre idée sur ce que peut être la dernière page.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est triste et beau à lire. Le narrateur nous livre son journal, tenu par bribes : quelques pages à neuf ans, puis la suivante quand il en a dix sept. Seulement, on n&#8217;a pas l&#8217;impression de lire un journal, mais d&#8217;entendre un aveu qui nous est raconté, comme on raconte tout à un meilleur ami. A tel point qu&#8217;on se lie rapidement d&#8217;affinités avec le personnage, et l&#8217;on endure son histoire avec lui. Parfois c&#8217;est pénible, car il ne se passe rien ; parfois c&#8217;est pénible car les aveux poignants auxquels on a droit nous destabilisent. Au début, c&#8217;est un enfant qui nous parle d&#8217;amour, et on rit un peu car on trouve ça mignon, mais très vite cet enfant devient adulte et il est toujours le même, à aimer la même personne, du coup, on rigole moins, on ne rit même plus du tout, on imagine que cela pourrait nous arriver et alors, on a peur.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #993300;"><em>&laquo;&nbsp;Il m&#8217;arrive de penser que mon cerveau est comme un œuf cru. Tant qu&#8217;il est dans mon crâne bien au sommet, tout va bien. Et puis il se met à couler, à rouler lentement de côté. Je peux bouger la tête juste à temps pour le remettre en place et bientôt il se met à couler vers l&#8217;autre côté. Il faut que je le remette en place à chaque seconde, que je l&#8217;aie perpétuellement à l&#8217;oeil. SI je relâche mon attention et que je laisse couler je serait fou. Je ne suis tranquille que quand je dors. Et le matin, ça recommence.&nbsp;&raquo;</em></span></p>
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		<title>Malaparte &#8211; La Peau</title>
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		<pubDate>Mon, 23 May 2011 11:47:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hazel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Si la Seconde Guerre était véritablement mondiale&#8230; alors dans ce livre il y a toute l&#8217;horreur et toute la beauté du monde. C&#8217;est dur à lire. Non pas à cause du vocabulaire difficile, de l&#8217;histoire impossible à suivre, non, rien de tout cela. Ce livre est dur à lire car c&#8217;est un scandale, c&#8217;est tout [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/05/peau.jpg"><img class="size-full wp-image-3156 alignleft" style="margin: 5px;" src="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/05/peau.jpg" alt="" width="260" height="427" /></a>Si la Seconde Guerre était véritablement mondiale&#8230; alors dans ce livre il y a toute l&#8217;horreur et toute la beauté du monde.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est dur à lire. Non pas à cause du vocabulaire difficile, de l&#8217;histoire impossible à suivre, non, rien de tout cela. Ce livre est dur à lire car c&#8217;est un scandale, c&#8217;est tout simplement un scandale de parler des cadavres de la guerre en putréfaction, des enfants napolitains de huit ans qui se prostituent pour du chocolat, du marché des esclaves noirs, des Italiens qui se font tuer par des Italiens, des vierges qui exposent leur virginité aux soldats américains pour un malheureux dollar, des hommes crucifiés en Ukraine sur des troncs d&#8217;arbres, de l&#8217;explosion du Vésuve dont les laves engloutissent des hordes entières d&#8217;hommes, d&#8217;enfants et de femmes. C&#8217;est un scandale d&#8217;en parler avec une telle&#8230; beauté.</p>
<p style="text-align: justify;">J&#8217;ai englouti les pages, chaque page. J&#8217;ai lu avec un désir avide le malheur de tout un peuple dont l&#8217;âme était morte, un peuple qui mourrait sous les bombardement, d&#8217;un peuple qui se vend pour des cigarettes, d&#8217;un peuple qui a eu le malheur de se voir exterminer par à la fois les fascistes, les nazis, les américains et le volcan. J&#8217;ai lu tout ceci avec un plaisir atroce et immense, parce que c&#8217;était aussi répugnant, honteux, désolant que splendide.</p>
<p style="text-align: justify;">Le plus horrible c&#8217;est que <em>La Peau</em> est un roman autobiographique. Et on se demande comment peut-on vivre à mi-chemin entre l&#8217;abomination de la guerre et ces magnifiques paysages italiens qu&#8217;il ne se lasse jamais de décrire, dans toute leur rage et dans toute leur majesté. Curzio Malaparte est né en 1898 et à seize ans, fuyant son collège, il s&#8217;engagea volontairement dans l&#8217;armée française. Il a vu et subi les deux guerres, et a eu une vie tumultueuse et remplie de fantaisie et d&#8217;épouvante, je vous invite vivement à ce sujet à lire<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Curzio_Malaparte" target="_blank"> l&#8217;article le concernant sur la page Wikipédia</a> qui est relativement court mais qui donne une très bonne vision de ce personnage aux multiples facettes, toutes brillantes les unes plus que les autres.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour en revenir à <em>La Peau</em>, je ne saurais pas vraiment quoi dire. Organisé en une douzaine de chapitres qui ne peuvent former qu&#8217;un puzzle complet dans leur totalité &#8211; bien que pouvant être prises à part, l&#8217;image n&#8217;est complète que lorsqu&#8217;on achève la dernière page &#8211; , le livre raconte à travers des prodigieuses images et métaphores ce que les gens ne voulaient pas entendre de la guerre. Le livre fut publié en 1949, dérangea, indigna et dérange et indigne encore. Parce qu&#8217;on y mange des sirènes, parce que les femmes se font belles et blondes pour se vendre aux soldats noirs des USA, parce que des communistes homosexuels organisent des rituels mimant l&#8217;accouchement.</p>
<p style="text-align: justify;">Je voudrais conseiller ce roman à tout le monde car il se situe à la frontière de l&#8217;indicible et du merveilleux. C&#8217;est laid et magnifique en même temps et la sensation qui nous est laissée au fil des pages et tout simplement inexprimable, c&#8217;est pour cela donc qu&#8217;il faut le lire à chacun.</p>
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		<title>Chrysanthèmes, par Brigitte Allègre</title>
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		<pubDate>Sun, 15 May 2011 11:00:56 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;"><span style="color: #999999;"><em>Je crois que c&#8217;est la plus longue nouvelle qu&#8217;on a publié jusque là. Mais la délicatesse des mots, l&#8217;habileté des phrases qui y règne sont des éléments qui vous invitent à la lire jusqu&#8217;au bout sans s&#8217;arrêter. C&#8217;est une très belle plume qui nous fait part d&#8217;un bout de vie dans le Sud de la France&#8230; A vous de savourer ce récit !</em></span></p>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;"><strong>Chrysanthèmes</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Montpellier, Gignac, Saint-Guilhem. Avant de fleurir les tombes, les  chrysanthèmes fleurissaient les parkings des centres commerciaux, les  trottoirs devant les fleuristes, les supérettes, les abords des  pépinières. La voiture était enfin sortie de la zone commerciale qui  ceinture la ville, avait traversé une enfilade d&#8217;agglomérations &#8211;  banlieues, bourgs, hameaux, villages, et partout un océan de pots se  répandait. Je l&#8217;ai fait remarquer à Serge, il a hoché la tête. Il  écoutait la radio, une émission sur les chamanes de Sibérie, les  hommes-médecine indiens, les guérisseurs africains. Il s&#8217;énervait tout  seul des prophéties de l&#8217;anthropologue venue commenter son bouquin à  l&#8217;antenne &#8211; les neuf milliards d&#8217;humains, la pénurie de bouffe, la  nature démantelée. Il trouvait qu&#8217;elle mélangeait tout, qu&#8217;elle alignait  les clichés. Moi, ça ne m&#8217;intéressait pas. Je pensais à autre chose. Je  regardais par la fenêtre. Les chrysanthèmes du commerce conduits à  marche forcée pour fleurir pile quelques jours avant la Toussaint. Déjà  en promotion, la Toussaint était proche. Deux pots pour le prix d&#8217;un ou  le pot de Tokyo blanc dont personne ne voulait à moins 50%, tout le  monde devait repartir avec ses chrysanthèmes sous le bras. Devrait. Tout  était fait pour. Les chrysanthèmes, on nous les fourrait sous le nez,  sans ménagement. Les fleurs grand ouvertes &#8211; grasses, pompons ou  bouquets serrés, chrysanthèmes du Japon, de Corée ou de Chine,  sélectionnées, croisées, hybridées, gonflées d&#8217;engrais. Rigides et sans  parfum. Elles tiendraient trois semaines encore, si on les arrosait,  s&#8217;il pleuvait. Mais là il faisait sec et doux &#8211; la nuit un peu de  tramontane, le ciel au bleu fixe. La fin annoncée des chrysanthèmes,  leurs jours comptés chichement.</p>
<p style="text-align: justify;">En général, fin novembre, ma tante Clémence faisait la tournée des  cimetières pour récupérer les plants desséchés, plus personne ne  viendrait jusqu&#8217;en octobre prochain. Pourquoi sacrifier des fleurs  vivantes, c&#8217;est ce qu&#8217;elle disait. Dieu sait pourquoi, elle avait pris  les chrysanthèmes en pitié. Elle disait : personne ne les aime. Les gens  les achètent, ils les trouvent moches, et d&#8217;ailleurs ils ont raison.  Ces pauvres chrysanthèmes, ils me font penser à ces bonnes femmes  fardées, embijoutées, épilées, manucurées, fesses et hanches rabotées,  lèvres et seins siliconés. Elles me font de la peine, et les  chrysanthèmes c&#8217;est pareil. Donc fin novembre, elle faisait sa tournée.  C&#8217;était assez drôle &#8211; fin octobre ma mère faisait la tournée des  cimetières pour déposer ses pots en râlant parce qu&#8217;elle était la seule à  s&#8217;occuper des morts de la famille, et fin novembre c&#8217;était ma tante qui  faisait la sienne. Ma mère râlait de plus belle, disait que sa sœur  était complètement piquée. La tante Clémence lui répondait que nos morts  étaient de vieux morts bien tranquilles et que pas un ne lui avait  reproché quoique ce soit. Alors, moi, disait Clémence, ces pauvres  chrysanthèmes je les récupère, je les soigne. Je leur donne un vrai  jardin. Je leur donne une chance de redevenir de vraies fleurs. Oui,  bien sûr, il y en a qui ne survivent pas. Je les mets au compost et ils  aident les autres à se faire une bonne petite vie dans mes  plates-bandes.</p>
<p style="text-align: justify;">Serge conduisait en écoutant son émission, et moi je continuais à  regarder tous ces chrysanthèmes, de Montpellier à Saint-Guilhem. Je  pensais à Clémence. Elle nous avait quitté il y avait de ça un mois, ma  tante Clémence. Un cancer à l&#8217;estomac, un truc fulgurant. Avec Serge, on  passait devant cette marée de fleurs au soleil, déjà les feuilles  mollissaient, et je pensais que cette année Clémence ne serait pas là  pour essayer de les sauver. Les rendre à leur condition de fleurs  d&#8217;automne. Serge, les chrysanthèmes, il ne s&#8217;en était jamais occupé. Il  ne les voyait pas. Il ne les voyait pas plus que les rangées de  bouteilles de gaz ou les sacs de patates, ça ne le concernait pas. Des  morts, il en avait pourtant, des vieux et des moins vieux, mais lui, il  faisait partie de ces gens qui résistaient à la-société-de-consommation,  et aussi à la tournée des cimetières, sans parler des sapins de Noël,  des roses de la saint Valentin &#8211; il résistait, imperméable aux  sollicitations les plus appuyées. Moi, je n&#8217;avais pas envie de m&#8217;exposer  à une énième tirade sur les traditions et les rites commerciaux, et  surtout pour être honnête, je n&#8217;y tenais pas plus que ça, à ces passages  obligés dans l&#8217;année. Je crois bien que ça me maintenait dans une sorte  d&#8217;adolescence prolongée de ne pas me soucier d&#8217;aller fleurir les  tombes, lancer les invitations à Noël et à Pâques et tout le  tremblement. Ma mère s&#8217;en chargeait, c&#8217;était son rôle, moi je n&#8217;étais  que la fille, je pouvais me désintéresser de ces choses. Elle achèterait  les chrysanthèmes pour les arrière-grands-parents, les grands-parents,  les beaux-frères et les belles-sœurs, les oncles et les tantes. Mais pas  pour sa sœur. Clémence ? Après tout ce qu&#8217;elle m&#8217;a fait ? Des  chrysanthèmes pour elle, ça non alors, qu&#8217;elle n&#8217;y compte pas là où elle  est. Dans la voiture qui filait vers Saint-Guilhem où Serge et moi  avions décidé d&#8217;aller nous reposer une semaine, je pensais à ça &#8211; Serge  n&#8217;a aucun chrysanthème sur la conscience, mais cette année, moi si. J&#8217;y  pensais tellement que j&#8217;ai oublié de lui signaler un embranchement,  résultat on s&#8217;est perdus. Quand nous sommes arrivés au gîte que j&#8217;avais  retenu, il faisait nuit noire. Je suis entrée, la porte grinçait, un  chien a poussé un aboiement, un cheval a renâclé dans le lointain, Serge  me suivait avec la valise. Le propriétaire était au téléphone et mon  portable s&#8217;est mis à sonner, une vraie fanfare. Le bonhomme a levé les  yeux : c&#8217;est vous Madame Rey ? J&#8217;allais vous laisser un message.</p>
<p style="text-align: justify;">Il nous a conduit à notre chambre en passant par l&#8217;extérieur, une  lampe électrique à la main. Vous en avez une, de lampe électrique, il a  demandé. Oui. J&#8217;avais même emporté une bouillotte et j&#8217;avais bien fait  parce qu&#8217;il n&#8217;y avait pas de chauffage dans les chambres, juste une pile  de couvertures. Je sers le dîner dans un quart d&#8217;heure en haut, il y a  une autre famille avec vous. Vous êtes les derniers de la saison. Après  vous, je ferme. A sa voix, j&#8217;ai senti qu&#8217;il était satisfait d&#8217;en avoir  terminé avec l&#8217;été et ce début d&#8217;automne, le coup de feu pour lui. Serge  a dit : c&#8217;est bien cet endroit. J&#8217;en étais contente, ce n&#8217;est pas  toujours facile de trouver un endroit qui lui plaise. J&#8217;avais envie de  visiter Saint-Guilhem-du-Désert depuis longtemps, mais c&#8217;était un peu  trop touristique pour Serge. Il avait raison, d&#8217;ailleurs. Tout était un  peu trop coquet, les points de vue balisés, les sites &#8211; le patrimoine,  n&#8217;est-ce-pas &#8211; aménagés au cordeau ici. Mais c&#8217;était beau, il fallait  l&#8217;avouer. Venir à cette période, c&#8217;était un bon compromis pour profiter  du lieu sans avoir l&#8217;impression de faire partie du troupeau mené à la  baguette par les guides du Routard, Michelin et compagnie. Au dîner,  c&#8217;est le propriétaire qui nous a servi. Entre les plats, il  disparaissait à la cuisine, il y avait des bruits de casseroles et de  voix, il n&#8217;était pas seul. Le repas était quelconque, le vin plaisant.  On a mangé devant le feu, la famille dont il nous avait parlé installée à  une autre table. Avec Serge, on écoutait d&#8217;une oreille le mari qui  pérorait devant sa femme, patiente et silencieuse. Elle donnait à manger  à leur bébé, cuillère après cuillère, et son bonhomme parlait sans  s&#8217;arrêter. Il avait des opinions et des informations sur tout. Et comme  toutes les personnes de cette espèce, il avait le verbe haut, on ne  pouvait pas faire autrement qu&#8217;entendre ce qu&#8217;il disait. Au dessert, il a  demandé au propriétaire du gîte si les pompiers avaient retrouvé  l&#8217;homme qui s&#8217;était jeté du Pont du Diable la veille. C&#8217;était lui en  personne, randonneur émérite toujours prêt à aider son prochain, qui  avait donné l&#8217;alarme. Je voyais bien, du coin de l&#8217;œil, que le  propriétaire du gîte avait d&#8217;autres casseroles sur le feu, mais il était  coincé, pris à témoin. De A jusqu&#8217;à Z, le péroreur a raconté l&#8217;histoire  à sa femme qui n&#8217;en ignorait rien, puisque qu&#8217;elle était avec lui à ce  moment-là et avait, aussi bien que lui, assisté à la scène. J&#8217;imaginais  que le propriétaire du gîte devait également savoir de quoi il  retournait dans tous les détails, c&#8217;était donc pour notre seul bénéfice  que l&#8217;homme débitait l&#8217;histoire. Il espérait sans doute qu&#8217;on allait  interrompre la dégustation de nos pommes au four pour lui poser des  questions, mais il en a été pour ses frais. Serge et moi on se  regardait, on dégustait nos pommes, on écoutait, c&#8217;est vrai, impossible  de faire autrement, mais on essayait de maintenir un filet d&#8217;intimité &#8211;  plutôt difficile dans ces conditions. Le propriétaire du gîte a pu enfin  en placer une, il a dit que les plongeurs avaient travaillé toute la  journée mais n&#8217;avaient pas trouvé le corps. Demain, ils remettraient ça.</p>
<p style="text-align: justify;">Avant d&#8217;aller nous coucher, j&#8217;ai demandé qu&#8217;on remplisse ma  bouillotte. J&#8217;avais un peu peur d&#8217;être ridicule, mais non, le gars du  gîte, il n&#8217;a même pas levé un sourcil. Il a fait ça très bien. Vous  comptez faire une randonnée demain, il a demandé. Oui. Serge et moi on  s&#8217;était concocté une boucle qui passait justement par le fameux Pont du  diable et surtout la passerelle des Anges. Il faut dire que Serge est  architecte, et visiter Saint-Guilhem, c&#8217;était pour lui l&#8217;occasion de  voir cette passerelle en béton comme-ci et comme-ça, une matière  révolutionnaire &#8211; ça lui faisait plaisir, et moi j&#8217;étais heureuse de  marcher au grand air, d&#8217;avoir l&#8217;occasion de sortir mon matériel à  aquarelle, de me changer les idées. La mort de ma tante Clémence, ça  m&#8217;avait secouée. Cette nuit-là, je n&#8217;ai pas fermé l&#8217;œil. Enfin si, mais  quand je me suis endormie, c&#8217;était pour rêver que je ne dormais pas, je  m&#8217;en suis aperçue lorsque Serge m&#8217;a réveillée. On devait partir assez  tôt, la boucle prévue était longue et nous voulions prendre tout notre  temps. J&#8217;ai préparé mon carnet, ma boîte de couleurs, mon appareil photo  pendant que Serge récupérait le pique-nique commandé la veille. Le  péroreur, sa femme et le bébé devaient dormir encore, nous ne les avons  pas vus, juste leur voiture immatriculée dans le 92. On a marché toute  la matinée en direction d&#8217;une crête. De là haut, on voyait l&#8217;Hérault,  veine verte dans la roche à vif, et le site du Pont du Diable &#8211; l&#8217;énorme  parking aménagé, vide en cette saison, le pont lui-même, et une plage  quasiment déserte hormis deux taches rouges et des pointillés noirs. Ce  devait être les pompiers, ils n&#8217;avaient toujours pas dû retrouver le  noyé. On a mangé nos sandwiches au soleil. Il faisait tellement chaud  que j&#8217;ai retiré ma veste et mon pull, je les ai fourrés dans mon sac.  Dans la descente, Serge qui avait oublié ses bâtons de marche s&#8217;est un  peu plaint du genou mais il a tout oublié lorsqu&#8217;il a mis le pied sur la  passerelle des Anges. Et vrai, même moi j&#8217;étais impressionnée. Je l&#8217;ai  abandonné à son bonheur et j&#8217;ai continué jusqu&#8217;au vieux pont. J&#8217;étais  seule avec un jeune qui s&#8217;amusait à lancer des cailloux dans l&#8217;eau. A un  moment il a réussi à toucher un rocher rond qui dépassait de la  surface, au milieu, ça a fait comme une minuscule explosion, son  projectile a volé en éclats, un peu de poudre blanche a flotté une  seconde. Il a souri juste au moment où je prenais son geste en photo. On  a taillé la bavette un moment, et puis j&#8217;ai sorti mon carnet, fait  quelques esquisses, il les commentait. Il n&#8217;avait pas l&#8217;air d&#8217;être  pressé, ou bien d&#8217;aller quelque part en particulier. Il était là, c&#8217;est  tout. De l&#8217;autre côté l&#8217;eau était plus profonde, un vert opaque, sans  ride. Je faisais face à la plagette. Les deux camions de pompiers  étaient toujours là, et le petit groupe de gens devant. Il y avait une  grosse femme sur un pliant en toile, les autres assis autour. Ils ne  parlaient pas. Je me suis sentie gênée de les regarder alors j&#8217;ai  détourné les yeux vers l&#8217;eau au-dessous de moi, la lumière en  étincelles, ça me semblait impossible, à cette seconde, qu&#8217;on puisse  avoir envie de mourir en se jetant de ce pont. Le jeune homme s&#8217;était à  nouveau approché de moi. Accoudé au rebord, il m&#8217;a soudain montré un  flot de bulles qui a éclaté entre deux eaux et crevé la surface. Là,  c&#8217;est les plongeurs. Vous savez, il m&#8217;a dit, quelqu&#8217;un s&#8217;est jeté du  pont avant-hier. Oui, je le savais. J&#8217;ai regardé la famille sur la  plage, ça ne pouvait être qu&#8217;eux. Ils devaient attendre qu&#8217;on leur  ramène le corps. Ils auraient un pot de chrysanthèmes en plus à acheter  cette année, j&#8217;ai pensé. Ça m&#8217;a fait mal au cœur. Le jeune et moi, on a  regardé le panache de bulles s&#8217;étirer vers la plage, on aurait dit un  dragon, écailles de feu sur l&#8217;eau, c&#8217;était beau à voir. Quelques minutes  après, trois hommes grenouilles ont émergé, on voyait juste leur tête.  J&#8217;ai regardé ailleurs en hâte &#8211; il faut que j&#8217;y aille, j&#8217;ai dit. Mon  mari doit m&#8217;attendre sur la passerelle. Le jeune m&#8217;a saluée d&#8217;un signe  et d&#8217;un sourire. Il a continué à regarder, je pense.</p>
<p style="text-align: justify;">Les lauriers qui  poussaient en contrebas me dissimulaient la plage et ses occupants, on  entendait de loin en loin une voiture ou un camion passer sur la route  au-dessus, et au détour du chemin, j&#8217;ai vu Serge, à genoux sur la  passerelle qui prenait des photos en macro &#8211; c&#8217;est ce qu&#8217;il préfère, il  dit qu&#8217;il découvre d&#8217;autres mondes de cette manière, et je le crois. De  la plage, il est venu un petit cri bref, comme un jappement de chiot. Un  cri grêle et c&#8217;est tout. J&#8217;ai dit à Serge, viens, c&#8217;est l&#8217;heure de  retourner, on va être pris par le noir, sinon. Cette nuit-là, j&#8217;ai  encore mal dormi, la nuit d&#8217;après aussi. Le jour, avec Serge, on  marchait au soleil, on a bronzé même, on prenait des photos, je faisais  de l&#8217;aquarelle, on lisait. On n&#8217;est plus retourné vers l&#8217;Hérault, on a  randonné dans une autre vallée, la Buège. Le soir on mangeait tranquille  devant le feu &#8211; le péroreur et sa petite famille étaient partis sous  d&#8217;autres cieux. Nous, les derniers clients, on bavardait un peu avec le  propriétaire du gîte et sa femme. La nuit, je ne dormais pas. Je pensais  à ma tante Clémence, au suicidé du pont, à sa famille sur la plagette.  Personne n&#8217;en avait reparlé. Serge et moi on n&#8217;a pas su si le corps  avait été retrouvé. Si le petit cri gauche, étranglé, c&#8217;était parce  qu&#8217;on l&#8217;avait ramené ou le contraire, parce qu&#8217;on ne l&#8217;avait pas trouvé.  Je voyais ce corps fiché dans l&#8217;eau verte dès que je fermais les yeux. A  la fin de la semaine, la Toussaint était passée depuis cinq jours déjà,  on est repartis. J&#8217;étais crevée. En approchant du site du Pont du  Diable, sur le bord de la route, j&#8217;ai distingué un monticule de couleurs  criardes : du rose, du jaune, du rouge. On est passés, j&#8217;ai dit :  ralentis. C&#8217;était des chrysanthèmes, ils se fanaient &#8211; le feuillage,  glauque, pendait lamentablement. J&#8217;ai dit : Serge, s&#8217;il-te-plaît,  arrête-toi. Je suis descendue de voiture, et dans le coffre, j&#8217;ai  coincé, du mieux que j&#8217;ai pu, tous les pots de chrysanthèmes.</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Par <a href="http://brigitteallegre2.canalblog.com/ " target="_blank">Brigitte Allègre</a></strong></p>
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		<title>Maupassant &#8211; Contes de la Bécasse</title>
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		<pubDate>Sat, 07 May 2011 11:00:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hazel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Maupassant, c&#8217;était pour moi ce gros cliché de la vieillotte littérature française, qu&#8217;on ressort à l&#8217;étranger. Je me souviens de ma grand-mère, ukrainienne, qui me vantait Maupassant et Zola, Balzac et Flaubert, des auteurs avec lesquels je ne me sentais pas capable de lier même de très fins liens. Car moi, je préfère éternellement cette [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/05/contes.gif"><img class="size-full wp-image-2995 aligncenter" style="margin-top: 5px; margin-bottom: 5px;" title="contes" src="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/05/contes.gif" alt="" width="285" height="430" /></a>Maupassant, c&#8217;était pour moi ce gros cliché de la vieillotte littérature française, qu&#8217;on ressort à l&#8217;étranger. Je me souviens de ma grand-mère, ukrainienne, qui me vantait Maupassant et Zola, Balzac et Flaubert, des auteurs avec lesquels je ne me sentais pas capable de lier même de très fins liens. Car moi, je préfère éternellement cette littérature légère de mots, lourde de sens, ou bien celle qui ressemble à une fête foraine : dans les magasins de livres je file du côté de Camus ou de Beckett, de Queneau ou de Vian. Alors, quand on me parlait de ces réalistes pompeux et ennuyants, je me taisais après avoir dit &laquo;&nbsp;j&#8217;aime pas&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;">Sauf que dans ma bibliothèque, j&#8217;ai déniché un vieux bouquin, <span style="text-decoration: underline;">Les Contes de la Bécasse</span> de Guy de Maupassant, que j&#8217;avais vaguement survolé au collège, lorsque je découvrais la littérature. Bien évidemment, à l&#8217;époque je m&#8217;en fichais de l&#8217;exquis de l&#8217;écriture, je m&#8217;ennuyais à mourir devant les deux malheureuses nouvelles de cinq pages que nous avions à lire en sixième. Mais n&#8217;ayant rien à lire je l&#8217;ai sorti. Et je me suis plongée dedans tant et si bien que pour la première fois de ma vie j&#8217;ai raté mon arrêt de bus à force d&#8217;avoir le nez dans les lignes.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce recueil de nouvelles est constitué de 17 courtes histoires aucunement liées si ce n&#8217;est que par la première, que je me permets de vous livrer en version écourtée (par moi) :</p>
<p style="text-align: justify;"><em><span style="color: #993300;">&laquo;&nbsp;Le vieux baron des Ravots avait été pendant quarante ans le roi des  chasseurs de sa province. [...]<br />
À l’automne, au moment des chasses, il invitait, comme à l’ancien  temps, ses amis, et il aimait entendre au loin les détonations. Il les  comptait, heureux quand elles se précipitaient. Et, le soir, il exigeait  de chacun le récit fidèle de sa journée.<br />
Et on restait trois heures à table en racontant des coups de fusil. [...]<br />
Mais il existait dans la maison une vieille coutume, appelée le « conte de la Bécasse ».<br />
Au moment du passage de cette reine des gibiers, la même cérémonie recommençait à chaque dîner.<br />
Comme ils adoraient l’incomparable oiseau, on en mangeait tous les  soirs un par convive ; mais on avait soin de laisser dans un plat toutes  les têtes.<br />
Alors le baron, officiant comme un évêque, se faisait apporter sur  une assiette un peu de graisse, oignait avec soin les têtes précieuses  en les tenant par le bout de la mince aiguille qui leur sert le bec. Une  chandelle allumée était posée près de lui, et tout le monde se taisait, dans l’anxiété de l’attente.<br />
Puis il saisissait un des crânes ainsi préparés, le fixait sur une  épingle, piquait l’épingle sur un bouchon, maintenait le tout en  équilibre au moyen de petits bâtons croisés comme des balanciers, et  plantait délicatement cet appareil sur un goulot de bouteille en manière  de tourniquet.<br />
Tous les convives comptaient ensemble, d’une voix forte :<br />
— Une, — deux, — trois.<br />
Et le baron, d’un coup de doigt, faisait vivement pivoter ce joujou.<br />
Celui des invités que désignait, en s’arrêtant, le long bec pointu  devenait maître de toutes les têtes, régal exquis qui faisait loucher  ses voisins. [...]<br />
Puis, quand il avait achevé le dernier, il devait, sur l’ordre du baron, conter une histoire pour indemniser les déshérités.<br />
Voici quelques-uns de ces récits :&nbsp;&raquo;</span></em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>S</em>&#8216;en suivent seize histoires, qu&#8217;on imagine racontées au coin du feu après un délicieux et abondant repas. Nous avons affaire dans ce recueil au style réaliste de l&#8217;auteur, qui nous dépeint, à travers ces courts bouts de vie qui s&#8217;enchaînent, un paysage, celui de la Normandie natale de Guy de Maupassant, avec un décor tout à fait paysan, complété par des dialogues incompréhensibles qui nous dévoilent ce qu&#8217;était l&#8217;accent des gens simples de l&#8217;époque.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><span style="color: #993300;">&laquo;&nbsp;Charlot, debout sur le seuil de sa chaumière,le regardait passer.<br />
Le soir, au souper, il dit aux vieux :<br />
- Faut-i qu&#8217;vous ayez été sots pour laisser prendre le p&#8217;tit aux Vallin !<br />
Sa mère répondit obstinément :<br />
- J&#8217;voulions point vendre not&#8217; éfant !&nbsp;&raquo;</span></em></p>
<p style="text-align: justify;">La chasse, l&#8217;argent, la beuverie, l&#8217;amour, sont le train-train quotidien de ce monde à la fois lugubre et tumultueux que Maupassant parvient à poétiser en quelques paragraphes. Leur vie si banale nous semble presque exotique. On s&#8217;étonne de trouver que la majorité des contes, publiés entre 1882 et 1883 dans &laquo;&nbsp;Gil Blas&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;Le Gaulois&nbsp;&raquo; (deux quotidiens de l&#8217;époque), comporte des liens, des ressemblances avec la vie campagnarde de nos jours. Certes, toutes ces histoires de trahison et de crime ne sont plus d&#8217;actualité mais l&#8217;atmosphère qui y règne nous rend parfois nostalgique de la petite maison de village où certains passaient leurs étés enfantins et où nos parents, au coin du feu nous racontaient des histories après le repas&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
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		<title>Edito Février 2011</title>
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		<pubDate>Tue, 22 Feb 2011 14:00:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Novembre</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Chers lecteurs, Comme nous vous l&#8217;avions promis, le Hangar a fleuri de nombreuses nouveautés ! Nous avons beaucoup réfléchi sur le concept communautaire du site et avons pris la décision de le renforcer au maximum. C&#8217;est pourquoi vous pouvez désormais vous inscrire sur le site et partager toutes vos impressions, découvertes culturelles directement. Les articles [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Chers lecteurs,</p>
<p>Comme nous vous l&#8217;avions promis, le Hangar a fleuri de nombreuses nouveautés ! Nous avons beaucoup réfléchi sur le concept communautaire du site et avons pris la décision de le renforcer au maximum. C&#8217;est pourquoi vous pouvez désormais vous inscrire sur le site et partager toutes vos impressions, découvertes culturelles directement. Les articles que vous nous proposerez seront soumis à relecture afin d&#8217;éviter toute mauvaise surprise.</p>
<p>Le compte dont vous disposerez sur le Hangar vous permettra aussi de faire d&#8217;autres petites choses. Vous aurez en effet une messagerie interne, bientôt un forum, et la possibilité d&#8217;ajouter d&#8217;autres membres dans vos amis.</p>
<p>Une autre nouveauté est celle de l&#8217;installation d&#8217;un compte FlickR. Il va rassembler toutes les œuvres picturales que vous nous enverrez et qui passeront en article. Vous les retrouverez donc, à la fois sur le blog, et dans le petit encart &laquo;&nbsp;Vos créations&nbsp;&raquo; sur le menu de gauche !</p>
<p>Pour l&#8217;instant la version du site est encore &laquo;&nbsp;bêta&nbsp;&raquo; c&#8217;est pourquoi vous pourrez parfois rencontrer de petits problèmes, ainsi qu&#8217;un design parfois un peu simpliste ! Mais ne nous décourageons pas, nous continuons à travailler pour optimiser le site !</p>
<p>Merci à tous de nous avoir suivi jusque là, en espérant recevoir bientôt vos premiers articles !</p>
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		<title>Lagarce – Le voyage à la Haye</title>
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		<pubDate>Thu, 30 Dec 2010 11:00:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>non-inscrit</dc:creator>
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		<description><![CDATA[“Le jour suivant, je me suis levé, c’était le jour de mon anniversaire. Cela ne me fit aucune impression. J’avais trente-septs ans, je me suis juste dit ça. Aucun des autres ne m’appela, pas même A. mais je n’en fus pas triste, cela n’avait pas d’importance, de nombreuses années déjà que cela n’en avait plus, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><span style="color: #993300;"><em><a href="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2010/12/haye.jpg"><img class="size-full wp-image-2660 alignleft" style="margin: 5px;" title="haye" src="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2010/12/haye.jpg" alt="" width="237" height="329" /></a>“Le jour suivant, je me suis levé, c’était le jour de mon anniversaire. Cela ne me fit aucune impression. J’avais trente-septs ans, je me suis juste dit ça. Aucun des autres ne m’appela, pas même A. mais je n’en fus pas triste, cela n’avait pas d’importance, de nombreuses années déjà que cela n’en avait plus, j’étais encore enfant, cela ne me concernait pas.”</em></span></p>
<p style="text-align: justify;">Le voyage à la Haye est une plongée tranquille d’un instant dans un instant. Le cheminement d’un acteur percé. Aucune fin aucun début dans ce livre, une simple immersion dans la réalité d’un homme, on devient ses yeux, sa conscience, on chemine avec lui le bout d’un instant, un homme détaché, que rien ne semble atteindre et qui est pourtant atteint de tout, vie malade, vie détachée. Ce qui est marquant c’est la simplicité et l’écart entre le ton des paroles et ce qu’il décrit. Le détachement, voilà ce qui est marquant. La beauté de la vie ? Ou simplement peut-être sa simplicité, son effroyable simplicité parfois. Beaucoup du pudeur, aucune complaisance dans le malheur, rien que la réalité décrite avec la simple brutalité de son son œil aiguisé, traquant les situations du quotidien, les malmenant jusqu&#8217;à en détacher la quintessence de l’effroyable, celle de l’absurde. Absurdité de l’existence, des caractères et pourtant beauté, beauté absurde et délicate de cette vie qui s’enfuit qui s’évapore, qui se détache de cette enveloppe malade.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><span style="color: #993300;">“On m’a opéré très vite, le lendemain, entre deux opérations plus graves, glissé là, ce qu’on m’a dit. On a voulu à tout prix que je parte dans un fauteuil roulant, en pyjama malgré le froid, traversant la cour, bringuebalé par un type en blouse blanche. J’ai été abandonné une heure dans un bout de couloir et ensuite, on m’a conduit au bloc opératoire après m’avoir affublé de sacs poubelles bleus et jaunes, les pieds, le corps, la tête, j’avais l’air d’un imbécile, il ne faut pas lutter. Une sorte d’infirmière naine très rieuse est venu et m’a préparé, elle m’a dit ça, je vais vous préparer et lorsque j’ai été bien attaché à la table, sous la lampe, un drap en plastique me cachant la poitrine et se relevant au-dessus de mon visage, le chirurgien est venu, sans même me dire un mot, rien, robot, prenant soin d’atteindre la table par l’autre côté, que je ne puisse même le voir. Je vois juste la naine qui me demandait si ça allait, je répondais que ça allait et je ne voyais rien du type. J’attendais. Je savais qu’il me découpait, qu’il ouvrait ce coin-là de ma poitrine, j’entendais les outils métalliques tomber dans une bassine, j’essayais de deviner où il en était, la progression des scalpels, la grandeur de l’entaille, je ne sentais rien, je restais calme, ce que la naine ne cessait de me dire, de rester calme et je me disais que je l’étais. A partir de ce jour-là, je pensais cela, à partir de ce jour-là, j’aurais en moi ce système, métal et plastique, et la maladie se sera définitivement installée, organisée, là comme chez elle.”</span></em></p>
<p style="text-align: justify;">Peut-être que c’est ça le style Lagarce. Un Lagarce à la mode, on joue ses pièces de théâtre dans les milieux branchés de la boboïtude parisienne. Il fascine encore, Largace murmure, Lagarce plait. Et c&#8217;est peut-être, l’amer, la description détachée, sans implication et pourtant cette dénonciation innocente et simple sans venin, des attitudes, des hypocrisies, des colères sans sens. De la simplicité et du non sens de la condition humaine, de l’existence et du vécu. Tout se déroule comme si cet homme était spectateur de sa propre mort, on ne connait pas son nom, on dérive dans une vie entouré de “A.” de la belle inconnue qu’il rencontre, de ce Bel Antoine et son sourire timoré annonciateur de malheur.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><span style="color: #993300;">“J’ai commandé un couscous royal dont il était évident que je n’arriverais pas à terminer et un dessert à l’orange. Elle a bu du vin. C’était bien. nous avons parlé beaucoup, je lui ai raconté ma semaine, à peu de chose près, en m’arrangeant des détails.”</span></em></p>
<p style="text-align: justify;">Récit marquant, amer qui laisse songeur par sa rapidité et sa force. Style brutale, âpre, dépouillé, empli de récurrence, un récit qui se cherche, une pensée de répétition, de retour arrière. Et la fin qui se glisse souplement, un nouvel épisode du récit, d’une utilité moindre, comme tout, économe, le passage d’une vie, une fin. Et on en reste là, pantois, troublé, abasourdis, désenchanté, accroché au maigre livre comme accroché à cette vie qu’on aurait aimé saisir, bousculer et sauver. La vie de cet homme à la fois l’objet d’un monde qu’il ne maitrise pas et spectateur de cet objet.</p>
<p style="text-align: justify;">Un ovni dans le cru Lagarce.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>Par </strong><strong>Matta</strong></p>
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		<title>Concours Hiver 2010/2011</title>
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		<pubDate>Mon, 06 Dec 2010 20:53:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Novembre</dc:creator>
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		<description><![CDATA[ENFIN ! Durant la période de fêtes, pour célébrer l'arrivée d'une nouvelle année, et surtout d'une nouvelle décénie, Le Hangar organise un DOUBLE CONCOURS sur le thème de "La Naissance", avec d'une part un concours littéraire (poésie, nouvelles, théâtre), et d'autre part un concours d'art pictural (photos, peinture). Des lots sont à la clé !]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Le Hangar n&#8217;avait plus organisé de concours <strong>depuis l&#8217;été 2009</strong> &#8211; cette longue période de disette est enfin <strong>terminée</strong>, chers lecteurs. Et c&#8217;est <strong>dès à présent</strong> que vous allez pouvoir nous envoyer vos créations.</p>
<p style="text-align: justify;">Tous les internautes peuvent participer, le principe reste le même : correspondre au thème imposé. Le jury sera composé des membres de l&#8217;équipe du site <em>(vous ne pouvez pas les soudoyer)</em>. Les participations sont gratuites et cette année, le concours récompensera deux gagnants pour deux catégories : <strong>Littérature</strong>, et <strong>Art Pictural</strong> (photographie ou peinture).</p>
<p style="text-align: justify;">Le thème de cette année, pour les deux catégories est : <span style="color: #ff0000;"><span style="font-size: medium;"><strong>La Naissance</strong></span></span>.</p>
<p style="text-align: justify;">Aucun sens du mot n&#8217;est exclu. Plus votre création collera à ce thème, plus vous aurez de chance d&#8217;être sélectionné dans les cinq meilleurs, pour lesquels voteront ensuite nos lecteurs. Vous pouvez ainsi traiter de la naissance d&#8217;un être humain ou d&#8217;un animal, de la naissance ou l&#8217;origine de quelque chose, de ce que cela peut symboliser, de tout et n&#8217;importe quoi qui s&#8217;en approche, etc.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;"><strong>Catégorie Littérature :</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">Chaque participant de ce concours doit nous envoyer un texte, poème, extrait théâtral, essai ou nouvelle d&#8217;un maximum de 40 lignes (sur traitement de texte format A4). <strong>N&#8217;oubliez pas de préciser dans votre mail que le texte est destiné au concours </strong>(autrement il sera mis de côté en attendant la fin des festivités).</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;"><strong>Catégorie Art Pictural :</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">Chaque participant de ce concours doit nous envoyer une image de bonne qualité, soit une photographie, soit une photographie d&#8217;un tableau de sa création, répondant au thème. Il n&#8217;y a pas de limite de taille, les images seront redimensionnées par l&#8217;équipe afin de correspondre aux dimensions du site. Vous devez illustrer le thème imposé par le jury. <strong>N&#8217;oubliez pas de préciser dans votre mail que la photographie est destiné au concours. Vous devez, par ailleurs, nous laisser un court texte expliquant un peu votre image, le concept qui se cache derrière et si possible, la méthode de travail utilisée.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium;"><strong>Le déroulement :</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">A compter d&#8217;aujourd&#8217;hui, vous avez jusqu&#8217;au <span style="color: #ff0000;"><strong>mercredi 29 décembre</strong></span>, à minuit, pour nous envoyer vos créations (<strong><a href="http://le-hangar.com/contact">en cliquant ici</a> ou à l&#8217;adresse contact@le-hangar.com</strong>). Celles-ci seront ensuite sélectionnées par le jury, qui après délibération, publiera la liste des cinq sélectionnés par catégorie le <span style="color: #ff0000;"><strong>mardi</strong></span><span style="color: #ff0000;"><strong> 4 janvier</strong></span>. A partir de cette date, les lecteurs du Hangar et les participants eux-mêmes pourront voter pour l&#8217;œuvre qu&#8217;ils préfèrent (un système permet de prévenir tout risque de triche). Les résultats de ce vote seront publiés le <span style="color: #ff0000;"><strong>vendredi 14 janvier</strong></span> ! Vous pouvez participer aux deux concours, mais pas participer aux deux finales <img src='http://www.le-hangar.com/wp-includes/images/smilies/icon_smile.gif' alt=':)' class='wp-smiley' />  ! En attendant voici les lots qui attendront les vainqueurs :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Catégorie littérature :</strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2010/12/naissance_d_un_pont1.jpg"><img class="size-full wp-image-2625 aligncenter" style="margin-top: 5px; margin-bottom: 5px;" title="naissance_d_un_pont" src="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2010/12/naissance_d_un_pont1.jpg" alt="" width="250" height="366" /></a></p>
<p style="text-align: center;">Maylis de Kerangal &#8211; Naissance d&#8217;un pont<br />
éditions Cales &#8211; Prix Médicis 2010</p>
<p style="text-align: left;"><strong>Catégorie picturale :</strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2010/12/robert-doisneau-1912-1994.jpg"><img class="size-full wp-image-2626 aligncenter" style="margin-top: 5px; margin-bottom: 5px;" title="robert-doisneau-1912-1994" src="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2010/12/robert-doisneau-1912-1994.jpg" alt="" width="260" height="361" /></a></p>
<p style="text-align: center;">Robert Doisneau &#8211; Taschen<br />
petit format</p>
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