Posts Tagged “le”

Lundi 12 avril 2010 Par Hazel dans Littérature

Ionesco – Le roi se meurt

Qui n’a jamais rêvé de posséder et de contrôler tout, absolument tout ce qui l’entoure, tout ce qu’il connait et ne connait pas, tout ce qui est visible et invisible, matériel et immatériel ?

Dans Le roi se meurt Ionesco nous livre la plus étrange et la plus marquante des leçons de morale en immortalisant l’homme et son égocentrisme dans le personnage principal qui est Le Roi. Le roi va mourir. Ses deux reines, son médecin, le garde et sa servante Juliette partagent avec lui les dernières heures de sa vie. Le roi – l’homme – est mis à l’épreuve, il est comme une bête dans une cage enfermé sans aucune issue possible dans son corps qui s’engourdit et endolorit à chaque instant. Ses jambes le lâchent, sa tête aussi : exposé dans son malheur devant les personnages qui sont ses plus fidèles compagnons, et devant le public, le roi Bérenger refuse d’admettre la réalité en passant par trois étapes qui se succèdent à travers toute la pièce : le refus de l’évidence, la révolte, et enfin la résignation.

Nous retrouvons Bérenger, ce héros récurrent dans les pièces de Ionesco notamment dans Tueur sans Gages ou Rhinocéros. Le choix d’avoir donné au Roi de la pièce ce nom déjà plus d’une fois utilisé résout le problème de l’identité du personnage d’un façon très simple : il la supprime. En effet, Ionesco pousse sans cesse à l’extrême dans ses pièces les deux valeurs fondamentales du théâtre de l’absurde qui sont la destruction de l’identité du personnage, et la destruction de toute forme de communication. Malgré la cohérence et la répartition équitable des dialogues, nous sommes confrontés à un monologue plaintif continuel du roi, qui à tout prix cherche à se sauver; les autres répliques, celles des reines Marie et Marguerite, du médecin et même du garde sonnent vide. Nous sommes contraints de nous identifier à ce Roi égoïste et mourant et au fil des pages – et je pense, au fil de la représentation même si je ne suis pas allée voir une seule représentation de la pièce – ce n’est plus lui qui se retrouve coincé sur scène devant sa propre fin, mais nous, lecteurs et spectateurs qui nous retrouvons cloitrés dans une salle de théâtre devant l’absurdité de l’égocentrisme humain. A travers cette courte pièce très agréable et bouleversante, Ionesco recouvre les origines du théâtre dramatique en employant d’une façon totalement revisitée la méthode de la catharsis.

Autres œuvres de cet auteur : la Cantatrice Chauve

1 commentaire
Jeudi 18 mars 2010 Par Mélusine dans Littérature

Stendhal – Le Rouge et le Noir

Mais que se cache-t-il donc derrière ce titre trop souvent entendu ? Une histoire de lecture, une histoire de crise sociale, une histoire de héros perdu dans un siècle qui n’est pas le sien.

stendhal

Tout commence lorsque Henri Beyle, dit Stendhal, entend parler d’un sordide fait divers dans son Isère natale. En 1828, un jeune homme brillant est condamné à mort à l’âge de vingt-cinq ans pour avoir tiré sur sa maitresse, qui l’avait engagé comme précepteur pour ses enfants. La trame du roman est là.

rouge noirJulien Sorel n’est pas né dans la bonne famille. Fils d’un solide artisan scieur, il n’arrive pas à faire accepter sa passion pour la lecture et son désir des « choses intellectuelles » comme il le dit. Malingre mais cultivé, il ne peut rependre le travail paternel. Il connaît par contre très bien les textes religieux, le grec, le latin, et voue un véritable culte à Napoléon, son modèle. Il parvient donc à se faire engager comme précepteur chez Monsieur de Rênal, le maire de Verrières. Il gagne vite la sympathie des enfants, mais surtout remarque vite qu’il ne laisse pas indifférente Madame de Rênal, l’épouse de son employeur. Quelle fierté pour ce fils d’artisan qu’une femme du monde succombe à son charme ! Le voilà son amant. Mais on jase, on jase… Des rumeurs sur « l’adultère » de la femme du maire commencent à se répandre. Inquiet, Monsieur de Rênal décide de se séparer de Julien. Grâce à son intelligence, il parvient encore à se faire recommander : le voici maintenant secrétaire particulier du Marquis de la Mole. Et l’aristocrate a une fille, un beau parti, qui elle aussi s’intéresse vite au petit paysan fier et passionné.

Ambition sociale, quand tu nous tiens… Julien Sorel est un personnage que j’ai à la fois adoré et détesté. La vie s’est tout simplement trompé de monde pour lui, qui a une âme de marquis, une âme d’aristocrate (la preuve, elles se l’arrachent !) Ce roman, c’est donc une vraie histoire romantique, avec des passions déchaînées, des jalousies et des trahisons, des dénonciations de tout ce qui vient empêcher le bonheur et particulièrement la hiérarchie sociale que Julien Sorel exècre et retrouve partout (même là où il est le seul à la voir, d’ailleurs). Têtu, impulsif, imbu de lui même, il mérite parfois une bonne paire de gifles. Mais c’est aussi un vrai roman réaliste, avec tout ce qu’il peut avoir de pessimiste sur un monde hypocrite et cynique. Stendhal cible sur l’action, les événements, l’intensité, tant il déteste les descriptions (lui qui allait jusqu’à les remplacer par des schémas dans ses manuscrits). Julien Sorel sort tout droit de tous les livres qu’il a lu et reste un personnage de livre, qui fait pleurer les femmes mais qui ne changera pas le monde. C’est donc avant tout un lecteur, qui illustre le pouvoir des livres sur notre vie. Et rien que pour ça, je l’aime.

2 commentaires
Vendredi 12 mars 2010 Par Bloody Lucy dans Art pictural

Jean-Auguste Dominique Ingres – Œdipe et le Sphinx

Pour ce premier article que je poste ici, je vais vous parler de ce que j’étudie au quotidien et plus particulièrement aujourd’hui de Jean-Auguste Dominique Ingres.

Autoportraits

Qui peut bien être cet homme au nom si long ? Et bien M. Ingres était un peintre dont l’appartenance à un mouvement est soumis à l’hésitation. Il fut l’élève du maître de l’école néo-classique, Jacques-Louis David, mais il a finalement cherché à s’éloigner du travail de celui-ci, inscrivant ses toiles dans le courant romantique.
Ingres est né à Montauban en 1780. Son père, Jean-Marie-Joseph Ingres, était également un artiste dont il suit les traces. Il étudie à l’Académie de Toulouse, puis apprend son métier en reproduisant les formes du corps humain grâce à David. Il obtient le prix de Rome en 1801 avec Achille recevant les ambassadeurs d’Agamemnon (conservé à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris) seulement cette même année, la villa Médicis étant fermée, Ingres ne peut pas se rendre à la capitale italienne pour recevoir son dû. En compensation, il reçoit toutefois un certain nombre de commandes et c’est le portrait de Napoléon Bonaparte en premier consul de 1804 (musée d’Art Moderne) qui anime la critique.  On reproche à Ingres de régresser :  ce tableau est politique, il est destiné aux Pays-Bas et Ingres prend donc exemple sur le travail de Van Eyck, peintre flamand du XVe siècle. De plus, ce portrait a un problème chromatique, le rouge de la tenue de Napoléon est éclatant alors que dans la formation classique, la couleur doit être strictement subordonnée au dessin.
Ingres trace sa route mais lorsqu’il expose au Salon, les critiques le traitent de chinois égaré dans Athènes, on dit de lui qu’il veut retarder la peinture de quatre siècles. Au même moment, il entretient une rivalité avec Eugène Delacroix. Ingres doit attendre l’âge de 40 ans pour être vraiment reconnu en tant que tel.  L’incompris devient alors professeur à l’école des Beaux-Arts et membre de l’Académie des Beaux-Arts, il est couvert de décorations.

Etude rapide d’oeuvre :
Œdipe et le Sphinx, 1808, musée du Louvre, Paris.

Oedipe et le Sphinx

Cette œuvre existe en deux versions. La première, soit celle-ci, date de 1808 puis Ingres a repris ce même thème en 1864. Cette toile est destinée à l’Académie des Beaux-Arts qui a souvent été féroce vis-à-vis des envois du peintre. Ici, Œdipe est représenté comme un beau jeune homme athlétique (comme le veulent les représentations classiques à cette époque) en pleine réflexion placé en pleine lumière. On remarque en arrière-plan la ville de Thèbes. Le sphinx, d’allure féminine, est tapi dans l’ombre, il représente les forces obscures. Ces deux choix ont une signification relativement simple : l’homme est du côté de la lumière, donc de la raison, tandis que la femme est du côté sombre. Cependant, ce corps humain ne respecte ni la vérité anatomique, le corps d’Œdipe est « bancal », ni la beauté idéale, il n’y a pas cette fiction d’une vérité autonome et on reproche à Ingres la physionomie pas suffisamment idéaliste d’Œdipe. Le peintre préfère sa propre logique pour sa beauté. Ce n’est d’ailleurs pas un modèle de héros antique qui est utilisé mais un jeune homme italien venu poser dans l’atelier d’Ingres.
Ainsi, Ingres teste ses professeurs en soumettant un nouvel idéal.

Point mythologique :
Le mythe d’Œdipe est avant tout conté dans la tradition orale.
Œdipe est le fils de Laïos et Jocaste, roi et reine de Thèbes, une cité grecque, qui, après avoir consulté la Pythie (l’oracle d’Apollon), apprennent que leur fils tuerait son père et épouserait sa mère. A la naissance dudit Œdipe, on abandonne l’enfant sur une montagne, pieds liés. Il est cependant retrouvé et confié au roi de Corinthe qui l’élève comme son propre fils. En grandissant, Œdipe apprend qu’il est victime d’une malédiction et veut alors échapper à son destin en s’enfuyant. Sur la route, Œdipe tue Laïos, le prenant pour un voleur alors qu’il s’agit en réalité de son père biologique. Une fois à Thèbes, Œdipe se trouve confronté au Sphinx qui assiège la ville. Il lui pose une énigme : « Qu’est-ce qui marche à quatre pattes le matin, à deux le midi et à trois le soir ? » Œdipe répond juste : « C’est l’homme qui au matin de sa vie se déplace à quatre pattes, qui au midi de sa vie se déplace sur ses deux jambes et qui au soir de sa vie s’aide d’une canne, marchant ainsi sur trois pattes. » C’est ainsi qu’Œdipe se débarrasse du Sphinx et pour le remercier, les habitants de Thèbes le nomme roi et lui donnent la main de la reine veuve. La prédiction de l’oracle s’accomplit.

Pour en savoir plus, quelques lectures :

*Œdipe, de Corneille (1659)
*Œdipe, de Voltaire (1718)
*Œdipe, d’André Gide (1930)
*La Machine Infernale, de Jean Cocteau (1934)

6 commentaires
Dimanche 7 mars 2010 Par Novembre dans Actualités, Art pictural, Cinéma

Ghost Writer, un film de Roman Polanski

A voir en VO, les voix françaises sont dignes d’une série B…

C’est le 3 mars 2010 qu’est sorti en France le dernier film de Roman Polanski, tiré du roman de Robert Harris (The Ghost) :  Ghost Writer. L’histoire est intéressante : un ancien Premier ministre britannique, Adam Lang (Pierce Brosnan) veut publier son autobiographie. Mais naturellement, comme tout bon homme politique, il n’a pas un passé totalement blanc et fait appel à un nègre littéraire (Ewan McGregor) pour enjoliver son passé et son parcours politique. Ce dernier, découvre avec stupeur les tréfonds de tout personnage politique et s’aperçoit vite qu’il s’est engagé dans plus compliqué qu’il ne le pensait, malgré la belle prime de 250 000£ promise. En effet, le manuscrit semble vouloir sans cesse échapper à ses mains, et il marche sur les pas de son prédécesseur, Mike McAra, mystérieusement suicidé en laissant un mauvais texte. S’ensuivent des scènes d’action et d’investigation poussées pour notre héros, qui se fera à vite à l’idée que son chemin compliqué va vite tourner au vinaigre…

Polanski nous livre une réalisation parfaite, de très beaux plans filmés sur une île américaine, dans des lieux privilégiés comme cette maison magnifique posée quelque part sur la plage où vont loger les personnages pendant une bonne partie de l’histoire. Pas de grand défaut pour ce très bon film, sinon une intrigue un peu tirée par les cheveux, une naïveté du personnage principal parfois un peu excessive, et surtout l’enchaînement de six coïncidences qui vont brusquer le déroulement de l’histoire (je ne révèle pas lesquelles pour ne pas vous gâcher le plaisir du film) mais que l’on doit sans douter plus au texte de base qu’au choix de Polanski.

On découvre un Pierce Brosnan parfait dans le rôle de l’homme politique bellâtre mais un peu idiot, dont la femme, Ruth (jouée par Olivia Williams) se fait la manipulatrice caractérielle, maîtresse de son cheminement politique à sa propre insu. Le personnage principal joué par Ewan McGregor reste néanmoins le plus intéressant. L’acteur nous livre un bon jeu, ni excessif ni pauvre, simplement bien ancré dans son rôle et conservant une bonne crédibilité.

Un film à voir, car je pense important dans la fin de carrière imposée de Roman Polanski, malgré ses deux heures qui peuvent parfois paraître longues dans les moments d’inactivité de l’intrigue.

1 commentaire
Vendredi 19 février 2010 Par gouttesdo dans Littérature

Guenassia – Le Club des Incorrigibles Optimistes

« Je préfère vivre en optimiste et me tromper, que vivre en pessimiste et avoir toujours raison »( Anonyme)

Cet exergue en guise de préliminaire pourrait suffire à résumer la » substantifique moelle » de ce roman. Mais ce serait vous priver de moments délicieux passés en tête à tête avec le narrateur et la riche compagnie dont il s’entoure… Mieux vaut prendre le temps de lire ces pages en les dégustant comme il convient.
Il s’agit là encore d’un premier roman édité par un auteur de 59 ans ! En réalité Jean Michel Guenassia n’est pas un débutant en écriture, puisqu’il a signé au cours de sa carrière quelques scénarii pour la télévision ainsi que des pièces de théâtre, sans compter un roman policier publié en 1986. En cela, son écriture est celle d’un écrivain confirmé, au style direct, au poids des mots justement pesé; au fil des sept cent cinquante pages l’ensemble coule avec beaucoup d’aisance, le roman se quitte à regret.

Le récit s’organise comme la chronique de la vie d’un jeune garçon, d’Octobre 1959 à Juillet 1964. Michel Marini, le narrateur, revient sur les années décisives de son adolescence, après les retrouvailles tardives d’un ami perdu de vue. Cette rencontre ravive le souvenir d’une période capitale dans la formation du narrateur, quatre années riches d’événements historiques et familiaux…
Michel habite avec sa famille le quartier latin et suit les cours du fameux lycée Henri IV. Sa mère intransigeante « porte la culotte », son père, plus souple, arrondit parfois les angles, et Michel souffre d’une éducation où les préoccupations professionnelles de ses parents sont accentuées par la rigueur ambiante. Il affiche sa rébellion précoce en escapades buissonnières qui le mène de son lycée, H IV, jusqu’à ce bistrot de la place Denfert- Rochereau, le Balto, où il rencontre les membres de ce mystérieux Club aux règles tacites et incontournables. Cependant, la vie du jeune Michel n’est pas seulement consacrée au baby-foot et aux échecs, ainsi qu’aux efforts pour éviter le surveillant général de son sélect lycée; comme tout jeune homme, d’autres émotions le guettent : histoires de famille compliquée,concernée directement par la tournure des événements en Algérie . Michel a un grand frère, Franck, qu’il admire infiniment, comme tout cadet qui se respecte. Pourtant, le parcours de cet aîné et la fréquentation de ses amis Pierre et Cécile constituent également pour le narrateur une ouverture sur le monde en même temps que la confrontation aux circonstances historiques qui bouleversent la France en cette période particulière. L’adolescent explore les multiples facettes de l’amitié, expérimente à la fois la solidarité et la complicité compassionnelles, la trahison et les meurtrissures de l’amour, autant d’initiations grandeur nature qui forgent son passage à la maturité.

Voilà les éléments qui nourrissent ce récit vif et coloré, sensible et dense. Si Jean Michel Guenassia saisit le point de vue d’un adolescent, il démontre habilement comment la fréquentation des membres du Club des Incorrigibles Optimistes constitue un contrepoint déterminant dans son initiation à la complexité du monde. Il parvient à embrasser sans fausse naïveté les arcanes de ce groupe d’hommes lestés d’expériences amères, qui tentent de transmettre leur Optimisme, comme un ultime sursaut contre l’adversité…. De ce fait, le déracinement des membres du Club est traduit avec véracité aux limites du cynisme et d’une auto-dérision qui rafraîchit le récit et nous attache à ces personnages originaux.
En filigrane de ce récit personnel, Jean Michel Guenassia dresse un tableau percutant de la période, de la fascination pour le rock’n roll aux sursauts engagés des intellectuels, des drames de la décolonisation aux fractures politiques du bloc de l’Est, tout est humainement rapporté par le regard généreux d’un écrivain qui était alors à peine plus jeune que son personnage.
Je vous invite donc à la lecture de cet ouvrage dense qui se lit avec passion.
Ce livre a obtenu le Goncourt des Lycéens en 2009

Pas de commentaires