Posts Tagged “le hangar”

Dimanche 13 septembre 2009 Par Chadagova dans Art pictural, Concepts artistiques

Le Terrorisme Poétique

Chers lecteurs, vous avez surement été victimes d’attentats, plusieurs fois. Des attentats pas comme les autres, certes, des attentats poétiques. Vous avez probablement, habitant ou visitant simplement une métropole, croisé des vers de Baudelaire tagués sur un mur, ou un portrait de Rimbaud fait au pochoir. Tel est le terrorisme poétique, s’imposer dans la vie des citoyens, leur imposer la poésie, la littérature, les sensibiliser aux mots, en direct. Je me permets de poster ici un texte de Hakim Bey, personnage assez mystérieux en outre, mais grand théoricien du terrorisme poétique


Hakim Bey :

C’est une danse étrange et nocturne dans les guichets automatiques des banques. Des feux d’artifice tirés illégalement. L’art-paysager, des travaux de terrassement, ou des objets bizarres dans les Parcs Publics. Rentrez par effractions dans des maisons, mais au lieu de les cambrioler, laissez y des objets de terrorisme poétique. Kidnappez quelqu’un et rendez-le heureux. Prenez une personne au hasard et persuadez la qu’elle vient d’hériter d’une fortune colossale, inutile et surprenante – 1000 hectares en Antarctique, un éléphant de cirque trop vieux, un orphelinat à Bombay, ou une collection de vieux manuscrits alchimiques. Cette personne réalisera plus tard que durant un moment, elle a cru en quelque chose d’extraordinaire, et elle sera peut-être amenée à rechercher un autre mode de vie, plus intense.

Erigez des plaques commémoratives en cuivre dans les endroits (publics ou privés) où vous avez connu une révélation ou une expérience sexuelle particulièrement satisfaisante…

Go naked for a sign.

Organisez une grève dans votre école ou sur votre lieu de travail sous prétexte que vos besoins en indolence et en beauté spirituelle n’y sont pas satisfaits.

Les graffitis apportent une certaine grâce aux métros si laids et aux monuments publics si rigides – le Terrorisme Poétique peut également servir dans les endroits publiques : des poèmes gribouillés dans les toilettes des palais de justice, de petits fétiches abandonnés dans les parcs et les restaurants, des photocopies artistiques placées sous les essuie-glaces des pare-brise des voitures en stationnement, des Slogans écrits en Caractères Enormes collés sur les murs des cours de récréations ou des aires de jeux, des lettres anonymes postées au hasard ou à des destinataires sélectionnés (fraude postale), des émissions radio pirates, du ciment humide….

La réaction du public ou le choc esthétique produit par le Terrorisme Poétique devra être au moins aussi intense que le sentiment de terreur – de dégoût puissant, de stimulation sexuelle, de crainte superstitieuse, d’une découverte intuitive subite, d’une peur dadaesque – il n’est pas important que le Terrorisme Poétique soit destiné à une ou plusieurs personnes, qu’il soit « signé » ou anonyme, car s’il ne change pas la vie de quelqu’un (hormis celle de l’artiste), il échoue.

Le Terrorisme Poétique n’est qu’un acte dans un Théâtre de la Cruauté qui n’a ni scène, ni rangées, ni sièges, ni tickets, ni murs. Pour fonctionner, le Terrorisme Poétique doit absolument se séparer de toutes les structures conventionnelles de consommation d’art (galeries, publications, médias). Même les tactiques de guérillas Situationnistes comme le théâtre de rue sont peut-être actuellement trop connues et trop attendues.

Une séduction raffinée, menée non seulement dans l’optique d’une satisfaction mutuelle, mais également comme un acte conscient dans une existence délibérément belle – pourrait être l’acte ultime de Terrorisme Poétique.

Le Poète Terroriste se comporte comme un farceur de l’ombre dont le but n’est pas l’argent mais le changement.

Ne pratiquez pas le Terrorisme Poétique pour d’autres artistes, faites le pour des gens qui ne réaliseront pas (du moins durant quelques temps) que ce que vous avez fait est de l’art. Evitez les catégories artistiques identifiables, évitez la politique, ne traînez pas pour éviter de raisonner, ne soyez pas sentimentaux ; soyez sans pitié, prenez des risques, pratiquez le vandalisme uniquement sur ce qui doit être défiguré, faites quelque chose dont les enfants se souviendront toute leur vie – mais ne soyez pas spontanés à moins que la Muse du Terrorisme Poétique ne vous possède.

Déguisez-vous. Laissez un faux nom. Soyez mythique. Le meilleur Terrorisme Poétique va contre la loi, mais ne vous faites pas prendre. L’art est un crime ; le crime est un art.

3 commentaires
Mardi 8 septembre 2009 Par Novembre dans Littérature

Voyage au bout de la nuit – Céline

Louis-Ferdinand Destouches, dit Céline, publie Voyage au bout de la nuit en 1932. Ce livre raconte l’histoire de Ferdinand Bardamu, fortement inspiré par l’auteur lui-même, un jeune homme étudiant en médecine, qui participe à « l’abattoir international » qu’est la guerre 1914-18. Céline lui-même ayant vécu cette guerre exprime à travers son livre tout son dégoût pour le conflit, pour le genre humain conquérant. Du point de vue de l’engagement, Voyage au bout de la nuit est une merveille. Bardamu est un lâche, pour lui, la guerre n’a pas lieu d’être, elle est le fruit de l’absurdité de l’homme, du monde, et pour lui, et c’est d’ailleurs une idée que Céline affirme résolument : pour résister à cette folie, il faut être un lâche. Alors nous voilà face à un personnage débordant de lâcheté, affirmée, revendiquée, puisqu’il va même jusqu’à se faire interner, et qui pourtant nous devient extrêmement vite attachant. On se met dans la peau de Bardamu, qui extirpe toutes nos idées patriotiques stéréotypées sur le courage. Une œuvre antipatriotique donc mais pas seulement, car le périple de Bardamu est long et sinueux, ainsi son passage en Afrique dénonce le colonialisme, son voyage aux Etats-Unis dresse une critique affolante de la société capitaliste et de son fordisme. En plus de ces idées fortement engagées s’ajoute la dimension politique du personnage de Bardamu, qui refuse fermement toute autorité. Un tantinet anar’ le Bardamu.
De par son contenu, Voyage au bout de la nuit est une œuvre extraordinaire, résolument engagée, et extrêmement bien ficelée, mais le style de Céline contribue à l’explosion monumentale que vous procurera la lecture d’un tel ouvrage. Un style qui fit scandale à l’époque, bourré d’argot et d’impolitesses, de sentiments dégoutants exposés crus comme des tripes sur une table de boucherie. Le récit est violent, plein de force, de cris, de langage parlé, et populaire. Mais il peut aussi extrêmement drôle et Céline se sert bien de son humour, de son ironie pour renforcer encore une fois la dimension critique de cet ouvrage écrit à la première personne.
C’est très difficile de s’attaquer à Voyage au bout de la nuit, beaucoup de gens ne l’ont pas terminé, l’ont laissé inachevé, tout simplement par mésentente avec le style de Céline, plus rarement par dégoût du personnage, mais laissez vous plonger, franchissez le cap des cinquante premières pages qui brusqueront vos mœurs littéraires et l’auteur vous entraînera dans les profondeurs abyssales de la nuit.

Voyage au bout de la nuit a obtenu le prix Renaudot de 1932.

L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?
Exprimez-vous !

3 commentaires
Lundi 24 août 2009 Par Hazel dans Art pictural

L’Art Brut

L’Art Brut est un terme inventé par le peintre français Jean Dubuffet, désignant les œuvres produites par des personnes « indemnes de culture artistique ». Dubuffet recherche ce genre d’artistes dans des hôpitaux psychiatriques ou des prisons, et regroupe leurs oeuvres dans La Collection de l’Art Brut qui est rassemblée dans un musée en Suisse, à Lausanne.

http://hazel.cowblog.fr/images/1gillmadgevisagemisterieux2.jpgMadge Gill – Visage Mystèrieux

Enfant illégitime née à Londres en 1882, Madge Gill est placée à l’orphelinat à 9 ans. Après le Canada, où elle travaille dans une ferme, à 19 ans elle revient travailler à Londres où elle habite avec sa tante qui l’initie au spiritisme. En 1907, elle épouse son cousin avec qui elle aura trois fils et une fille mort-née, ce qui manque de l’emporter elle aussi : elle reste alitée plusieurs mois et perd l’usage de son oeil gauche. A la fin de sa convalescence, elle se plonge dans une oeuvre médiumnique remarquable. En 1958, à la mort de son premier fils, elle se met à boire et arrête totalement le dessin.
Ce n’est qu’après son décès en 1961, que l’on découvre l’ampleur de son travail : des centaines de dessins (dont certains de plusieurs mètres de long) sont retrouvés dans sa maison. Madge Gill se disait guidée par un esprit du nom de « Myrninerest » (transcription probable de « My Inner Rest » [Self] : Mon Moi Profond). Elle travaillait la nuit, très faiblement éclairée, rapidement, de manière quasiment hallucinée, au crayon noir ou de couleur. Sa manière consiste en un enchevêtrement vertigineux d’ornementations instinctives et proliférantes parsemé de visages féminins (que l’on a pu interpréter comme des autoportraits ou des représentations de sa fille disparue).

http://hazel.cowblog.fr/images/darger6.jpgHenry Darger – ?

Henry J. Darger. (1892 – 1973) est un écrivain et peintre américain. Sa principale œuvre, composée tout au long de sa vie solitaire, est un récit épique illustré (15 143 pages) appelé « The Story of the Vivian Girls, in What is known as the Realms of the Unreal, of the Glandeco-Angelinnian War Storm, Caused by the Child Slave Rebellion ». Il y raconte la violente guerre glandéco-angelinienne. Plus de 300 compositions (aquarelle, dessins, collages) l’accompagnent et le complètent, donnant naissance à une œuvre graphique unique et originale.
Son œuvre raconte les aventures des royaumes Abbieannia et Glandelia qui se font la guerre. Ses personnages sont des jeunes filles souvent nues et pourvues d’organes génitaux masculins. Elles sont souvent éviscérées, étranglées ou pendues.Certains passages descriptifs de son livre sont très crus. Ses capacités de dessinateur étant limitées, Darger s’inspire et copie les comics américains qu’il découpe, et fait agrandir et démultiplier. Après ça, il les décalque pour former des compositions souvent très complexes qu’il colorie ensuite. Il manie les contrastes, sachant rehausser des palettes de tons fades, à certains endroits, par des couleurs éclatantes, des rouges sang ou des jaunes vifs.
http://hazel.cowblog.fr/images/CarloZinellisanstitre19041968.jpgCarlo Zinelli – Sans titre

Carlo Zinelli (1916 – 1974) était un artiste-peintre italien. Il élabora son œuvre, riche de quelques 2000 peintures, les 15 dernières années de sa vie, interné en hôpital psychiatrique pour schizophrénie.
Ses peintures sont immédiatement reconnaissables, avec leurs silhouettes humaines ou animales percées de trous ou d’étoiles se détachant sur un fond uni. Elles font inévitablement penser aux dessins d’enfants par leur apparente naïveté, les perspectives et les détails. Les spécialistes en psychiatrie ne manquent pas d’y relever nombre d’éléments qu’ils estiment propres à la schizophrénie. Mais il est également intéressant de noter la parenté des peintures de Carlo avec les dessins préhistoriques. Elles peuvent même aller parfois jusqu’à l’abstraction et on peut aussi les voir comme une tentative audacieuse de retranscrire un langage « musical » sur le plan pictural.
http://hazel.cowblog.fr/images/thumbnailNx600AugustinLesage19501182962800.jpgAugustin Lesage – ?

Les tableaux d’Augustin Lesage lui furent dictés par une voix spirituelle qui lui dit « un jour tu seras peintre ». Un an après cette apparition, Augustin prend des cours de spiritisme, et la voix lui revient. Il l’écoute et commande une petite toile, mais en reçois une de trois mètres sur trois. Toujours guidé par sa voix, il ne se décourage pas par la taille et comment sa première œuvre monumentale qu’il peindra pendant deux ans.
Ses tableaux son caractérisés par un symétrie parfaite tant au niveau des formes que des couleurs. À partir de 1913, Augustin interrompt son travail à la mine pour se consacrer à des activités de guérisseur. Des dizaines de malades affirment avoir été guéris par lui. Il est ensuite mobilisé pour la guerre entre 1914 et 1916, où il continue à dessiner des cartes postales. Dès son retour, il reprend la peinture qui ne la quittera désormais plus jusqu’à sa mort.

http://hazel.cowblog.fr/images/AdolfWolfliGeneralviewoftheislandNeveranger1911.jpgAdolf – Wölfli

Adolf Wölfli (1864 – 1930) est un artiste suisse. Son père alcoolique devient malfaiteur et finit en prison, puis retourne dans son pays natal où il meurt en abandonnant sa famille. Adolf Wölfli prétend, dans sa biographie imaginaire, que ses parents eurent sept fils dont il était le cadet.
En 1872, la famille installée à Bern meurt de faim. En octobre, après que tout ait été vendu, la famille arrive dans sa commune d’origine. L’assemblée communale, place Adolf et sa mère chez un paysan, ils seront séparés en janvier 1873, et sa mère mourra. Adolf vit de ferme en ferme.
Après plusieurs tentatives de viol sur de très jeunes filles, il est emprisonné en 1890, puis, après une dernière récidive, il est déclaré irresponsable et interné en 1895 à l’asile d’aliénés de la Waldau, près de Bern où il demeure jusqu’à sa mort. En 1899, il commence à dessiner, écrire et composer de la musique. Pendant trente ans, Adolf Wölfli accumule 1 300 dessins, 44 cahiers où sont exposées ses nombreuses théories scientifiques et religieuses, au travers de longues anaphases où les mots sont déformés ou créés, l’orthographe transformée, les voyelles et les consonnes doublées ou triplées pour accentuer le rythme des phrases et sa biographie imaginaire de 25 000 pages, « La Légende de Saint Adolf », dans laquelle il affirme une connaissance nouvelle, quasi encyclopédique.

Collection de l’Art Brut
Lausanne, Suisse.
www.artbrut.ch/

2 commentaires
Dimanche 23 août 2009 Par Novembre dans Vos oeuvres

Faites de la musique par Mémé Nénette

Et voilà, le grand retour du Hangar est sonné avec ce texte de Mémé Nénette qui a convaincu le jury ! Nous vous rappelons que vous pouvez nous envoyer vos textes, comme Mémé Nénette, afin de les voir publier sur le Hangar; pour avoir plus d’informations rendez vous sur Comment publier dans le Hangar ?. N’oubliez pas que vous pouvez aussi nous envoyer vos critiques de livres ainsi que vos chroniques s’étendant sur tous types d’arts. Si vous souhaitez nous contacter afin de nous envoyer un texte ou pour nous poser une question, rendez-vous sur le formulaire de contact.

Faites de la musique

L’avantage des anniversaires, c’est que l’on peut picoler sans compter les verres. On a le droit. C’est le seul jour de l’année où je peux l’avouer. J’ai terminé la bouteille de Suze, mais je ne me sentais pas assez saoule, alors, j’ai entamé la bouteille de Calvados. Elle va en faire une tête, Marinette, mon aide-ménagère, quand elle verra ça! Je vais avoir droit à la grande morale. « A votre âge, c’est pas raisonnable, et puis avec vos problèmes de hanches… » A chaque fois, j’ai envie de lui répondre que je ne bois pas avec mes hanches, mais j’aurais droit à d’interminables remontrances. Elle est tellement tarte, qu’elle ne soupçonnerait même pas que je me fous de sa gueule. Elle m’expliquerai par A+B, le lien lointain de cause à effet de ma bouteille de Suze, aux hanches qui s’usent.

En tout cas, c’est vrai que j’étais bien éméchée! Je ne me souviens même pas m’être couchée. Et comme à chaque anniversaire, toute seule, j’ai parlé, je me suis raconté mon passé. J’ai mis un vieux disque de Joe Dassin, mais ça m’a fait pleurer, alors je l’ai rangé. La chanson: Les petits Pains au Chocolat, me fait pleurer. Cette chanson passait à la radio quand j’ai appris la mort d’Henri. Henri, c’est celui avec qui j’aurais dû passer ma vie….

Après la guerre, j’ai épousé Marcel. J’avais vingt-trois ans, il fallait se dépêcher. Henri était dans la Résistance, il ne revenait pas, tout le monde disait qu’il était mort. Il est revenu, j’étais engagée. Il a épousé Coralie, la voisine d’en face. Lui et moi, on se voyait par la fenêtre, on se souriait. Depuis tout jeunes, on s’aimait…

Enfin! C’est loin tout ça! J’ai donc arrêté d’écouter Les petits Pains au Chocolat et j’ai mis un disque de Barbara: Il pleut sur Nantes. J’ai le sens de la mise en scène, tout de même. On ne pleure pas sur Les petits Pains au Chocolat, mais sur du Barbara, on a le droit.

Par Mémé Nénette.

Avis et critiques sont bienvenus.

Pas de commentaires
Mardi 30 juin 2009 Par Novembre dans Edito

Nouveau sur le Hangar : publiez vos articles !

Bonsoir à tous !

L’équipe du Hangar, toujours pour renforcer l’esprit communautaire du site, propose désormais à tous les membres la possibilité d’envoyer vos critiques de livres, vos chroniques (sur des événements, d’autres arts, etc.), qui seront alors soumises au jury. Ce dernier décidera de la publication (ou non) de votre article qui devra répondre aux critères orthographique, d’objectivité et d’authenticité. Vous pouvez donc nous envoyer vos textes, éventuellement accompagnés par des images (sous forme d’URL uniquement) pour les chroniques, sachant que nous disposons des couvertures nécessaires à accompagner tous les livres dont on parle. Une autre règle à respecter : ne pas citer la quatrième de couverture du livre en question, l’intérêt est de proposer une analyse nouvelle, ou du moins personnelle.

Dans ce but, le formulaire de contact (disponible dans le menu à votre gauche) a été complètement refait et vous permet désormais de choisir le sujet de votre email (critique, chronique, question, textes à publier ou autres) ainsi que le titre que vous souhaitez y joindre. N’oubliez pas de préciser votre email (sans quoi l’envoi est impossible) et l’adresse de votre blog.

Merci à tous,
toute l’équipe à hâte de recevoir les premières tentatives !

7 commentaires
12