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Jeudi 26 novembre 2009 Par Raspoutine dans Littérature

Diderot – La Religieuse

Religieuse
Dans La Religieuse, parue en 1796, Diderot dépeint la vie monastique de son époque à travers le personnage de Suzanne, une jeune femme que ses parents forcent à se faire religieuse par manque d’argent (et d’amour). Elle cherche tout au long du roman à échapper à cette vie pour laquelle elle est convaincue de n’avoir aucune vocation, aucun attrait. Elle est croyante mais estime que le choix de s’enfermer pour toujours dans un couvent devrait lui appartenir et c’est cette conception de l’état de religieuse qui va lui faire endurer bien des souffrances, des humiliations incessantes et de cruelles mortifications.

C’est une critique extrêmement violente des institutions religieuses coercitives que présente en fait Diderot, les dérives presque inhumaines qui peuvent surgir quand on laisse enfermées ensemble des dizaines de jeunes filles rongées par l’oisiveté, le sentiment d’inutilité sociale et la promiscuité. En cherchant à échapper à cette vie Suzanne ne fait que renforcer la haine des autres pensionnaires et quand elle parvient à changer de couvent c’est pour retrouver, à peu de choses près, la même ambiance d’intrigues, de cruauté et de perversité.

A travers une mise en abime qui englobe tout le roman et le présente comme une lettre de Suzanne au marquis de Croismare, Diderot s’ingénie à faire paraître les persécutions plus cruelles qu’elles ne l’étaient peut-être et cela pour servir le premier but de cette lettre. C’était à l’origine une simple plaisanterie pour faire revenir un de ses amis de Normandie, celui-ci était particulièrement sensible au sort d’une jeune fille cloîtrée contre son gré dans un couvent et cette immense lettre devait le convaincre de revenir à Paris.

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Jeudi 29 octobre 2009 Par Hazel dans Littérature

Barbey d’Aurevilly – Les Diaboliques

Parues en 1874, Les Diaboliques de Barbey d’Aurevilly sont le fruit de plus de 25 ans de travail. C’est un recueil de six nouvelles (dans l’ordre : Le rideau cramoisi, Le plus bel amour de Don Juan, Le bonheur dans le crime, Le dessous de cartes d’une partie de whist, A un diner d’athées, La vengeance d’une femme), qui nous racontent chacune une incroyable histoire où la femme tient le rôle de Diable, où l’amour est le fruit voire la victime de la vengeance, de l’adultère ou bien du meurtre. Toutes ces histoires diaboliques, sont racontées par un autre personnage de l’histoire (exceptée la dernière, La vengeance d’une femme), ce qui les rend encore plus enivrantes. Chaque fin, est inattendue et brusque; les femmes de ces nouvelles – contées comme à voix basse, telles des secrets – ont soif d’aimer pour le meilleur et surtout pour le pire. Le monde de la noblesse, qui règne dans ces récits est décadent, inactuel, ce qui les place dans un contexte passé de mode. Ce sont des mythes, des légendes, savamment écrit par une plume qui fait durer le suspens jusqu’à la dernière phrase tout en vous plongeant dans le magnifiquement sombre langage du romantisme noir.

Ce recueil, son plus célèbre, lui à valu de se voir accusé d’immoraliste, cependant Barbey d’Aurevilly s’est défendu en disant que c’est un roman catholique (en effet, il se considère comme romancier catholique, voir préface d’Une vieille maitresse, 1866), que «le catholicisme est la science du bien et du mal» et qu’il a tenté de montrer dans les Diaboliques «non seulement les ivresses de la passion mais ses esclavages». Pourtant, quatre jours après la parution de ce recueil, il a été retiré de la ventre pour cause d’atteinte à la morale publique.

Cette série de nouvelles devait avoir une suite, nous pouvons lire dans sa préface des Diabliques : « Voici les six premières ! Si le public y mord, et les trouve à son goût, on publiera prochainement les six autres ; car elles sont douze, comme une douzaine de pêches, — ces pécheresses ! », mais ce projet n’a pas abouti – et nous en sommes bien malheureux ! – et les six nouvelles devant faire partie du deuxième recueil n’ont jamais vu le jour.

Le style à la fois impeccable et macabre, l’imagination fantastique et effrayante de l’auteur, ont fait de ce livre un de mes préférés.

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Lundi 12 octobre 2009 Par Hazel dans Littérature

Kafka – La Métamorphose

Kafka écrit la Métamorphose en 1912, à l’age de 29 ans, alors qu’il n’est que fonctionnaire à Prague. Cette nouvelle est l’une des plus célèbres de l’auteur mais aussi l’une des plus énigmatiques. En effet, l’histoire qui nous est contée est celle de Gregor Samsa, un vendeur qui, un jour se réveille transformé en un horrible insecte géant. Dès lors il est rejeté par sa famille, qui le cloitre dans sa chambre et où il est condamné à mourir. Ce récit court, glauque, voire violent, est un des plus mystérieux de Franz Kafka. Y sont reflétées ses relations avec son père, et plus généralement l’angoisse de l’existence humaine à travers l’absurdité de l’histoire.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire le nom de « métamorphose » ne vient pas de la transformation de Gregor en insecte mais plus de la métamorphose de la famille face à ce malheur irréversible (c’est Gregor qui, avec son argent, aidait la famille à vivre) qui les met dans une impasse de laquelle ils sortent tout à la fin de la nouvelle.

Ce récit, bref mais acerbe se lit malgré tout d’un  trait. Nous sommes saisi avec Gregor dans sa propre impasse et nous n’en sortons, soulagés, qu’à la fin. Le livre, s’il ne peut être qualifié d’agréable, est tout de même saisissant, marquant. A lire.

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Jeudi 8 octobre 2009 Par Novembre dans Littérature

Aragon – Aurélien

Aurélien, c’est l’histoire d’un jeune homme parisien, rentier, brisé par la première guerre, qui ne lui laisse qu’une absence d’identité, une absence de rêves, une absence de vie. Passant ses journées routinières à errer dans le Paris de l’entre deux guerres, Aurélien est mêlé au monde intellectuel flamboyant des années 20, et Aragon nous recompose alors ces années folles, entre Picasso, les dadaïstes, Cocteau et compagnie. Malgré cette activité immobile, Aurélien est poussé malgré lui, à l’amour, qu’il va éprouver pour Bérénice. Mais cet amour est impossible, jeune provinciale, il est plus amoureux de ses apparences, de ses « deux visages » dont il ne connait que la forme et pas le fond. Bérénice, quant à elle, voit dans cet amour impossible, l’apogée de son goût de l’absolu. Mais chemin faisant, elle doit retourner dans sa province, et lui, reste à Paris, amorphe, et plonge dans sa vie de rentier, pauvre en mouvement et riche en habitudes désuettes. Bérénice et Aurélien finiront par se retrouver, dix huit ans plus tard, et ne verront en leur ancien amour le fruit de leurs lubies de jeunesse.

Aragon dresse dans ce roman, quatrième du cycle du monde réel, le portrait d’un amour ambigu, à la fois profond et superficiel, mal dirigé, timide, improbable, tout en transmettant l’émotion que peut donner l’espoir, le rêve, la croyance en quelque chose qu’on croit alors plus que réel : absolu. Pour moi, un des plus géniaux romans d’amour.

Autres livres de cet auteur sur le Hangar : Les cloches de Bâle

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Dimanche 27 septembre 2009 Par Hazel dans Littérature

Madame de Lafayette – La Princesse de Clèves

Rien n’est plus incontestable dans la littérature française que le chef-d’œuvre paru en 1678 qu’est la Princesse de Clèves. Étudié au lycée ou en classes préparatoires littéraires, blâmé par le Président de la République ou vanté par les professeurs, le livre n’a jamais fait l’unanimité, mais ce roman historique marque le début de l’ère du roman moderne. Premier roman d’apprentissage, premier roman d’analyse, La princesse de Clèves est une œuvre savamment façonnée par Madame de Lafayette. Les caractéristiques de l’esprit classique y règnent dans chacune des phrases écrites et travaillées avec soin, l’héroïne, la princesse de Clèves peut être comparée à la Phèdre de Racine, personnage tragique, déchirée entre la passion et la vertu, entre l’amour et la fidélité, ce roman n’est qu’un théâtre, le regard et la vision y sont omniprésents et nous sommes comme sur scène, jamais indifférents, en train d’admirer Madame de Clèves et son combat incessant contre elle-même.

L’histoire – tragique – est parsemée de moment clés célèbrissimes, qui ont fait l’objet de nombreuses études. En effet, à travers cette oeuvre clé, l’auteur a su meler à la perfection la vie mondaine de la cour d’Henri II à l’histoire fictive de cette princesse à la beauté et à la conduite  incontestables, tombée amoureuse malgré elle du plus bel homme de la cour, Monsieur de Nemours. La princesse de Clèves est un personnage en constante évolution psychologique et sentimentale, et elle acquiert à travers les pages, une maturité et une sagesse à travers lesquelles est enseignée une leçon de la bienséance de l’époque.

Il existe deux adaptations en film, la première, quasi fidèle au livre est La Princesse de Clèves de Jean Delannoy, avec Jean Marais et Marina Vladi, et la deuxième, transposée à notre époque dans une cour de lycée, sorti en 2008 : La Belle Personne de Christophe Honoré.

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