Posts Tagged “john”

Vendredi 26 mars 2010 Par Novembre dans Littérature

Steinbeck – Rue de la Sardine

Toujours sur ma bonne lancée, je suis allé me fournir en romans de Steinbeck, et je dois avouer à tous que je ne suis vraiment pas déçu. Là, il s’agit de Rue de la Sardine, un roman qui expose à son lecteur la petite vie peu banale d’une rue  à Monterey, en Californie. On y retrouve de ces personnages à la fois normaux et étranges, typiques de Steinbeck, avec quelque chose d’attachant, de sensible : Dora et son lupanar, Lee Chong et son épicerie, Doc et son laboratoire, Mack et ses copains, qui résident libres et heureux au Palais des Coups. Pas vraiment d’intrigue principale, comme à l’habitude, sinon la vie du quartier. La force du livre réside dans l’entremêlement de dizaines de courts récits, des petites histoires relatives au quartier ou aux personnages principaux. On suit tout de même l’incroyable motivation de Mack et ses amis à organiser quelque chose de grand pour Doc, car « c’est un chic type ». Mais l’idée se solde bien souvent par un cuisant échec.

Le style Steinbeck est extraordinaire. Il est à lui seul reconnaissable entre tous. Non seulement au niveau de la plume, qui n’a rien à se reprocher, glissant de somptueuses descriptions à des formulations d’un humour sans équivoque, mais aussi dans le scénario : le lieu et la description que Steinbeck en fait, même chose pour les personnages, tout baigne dans une innocence extraordinairement soufflante et attachante. Steinbeck nous montre que les rapports humains, tout comme l’authenticité des caractères ne sont pas tant à déplorer que cela dans ce monde et qu’une alternative à l’empoisonnement de la société est toujours possible en chacun de nous.

Un livre pas comme les autres, donc forcément à lire. Du très bon.

Pas de commentaires
Samedi 20 mars 2010 Par Novembre dans Littérature

Steinbeck – Des souris et des hommes

C’est Raspoutine qui m’a amené ce bouquin l’autre jour. « C’est pas mal, me dit-il. Tu peux le lire dans le tram, à l’aller et au retour ». Bon, moi j’ai préféré le dévorer dans mon lit, bien au chaud. Mais alors, je l’ai vraiment dévoré.

Des souris et des hommes, c’est le septième roman de John Steinbeck. Publié en 1937 c’est aussi un de ceux qui ont fait sa renommée mondiale et sont devenus des œuvres de références de la littérature américaine du 20ème siècle. L’histoire nous parle de deux types : un maigre et petit, George, assez vif d’esprit, un peu hargneux, et un gros et grand, Lennie, puissant comme un remorqueur, mais aussi sensible qu’une fillette et idiot comme pas deux. Leur point commun : ils voyagent ensemble. Notre point commun avec eux : comme eux, on ne sait pas ce qu’ils foutent là. Ils cherchent un travail, dans les grands ranches américains, dans le but d’économiser de l’argent. Ils ne sont pas des types comme les autres, parce que leur argent, ce n’est pas au bordel qu’ils iront le dépenser, mais pour un projet secret, rien qu’à eux… Problème, la sensibilité de Lennie et son incapacité à savoir quoi faire quand George n’est pas là…

Steinbeck nous livre une histoire peu commune, sans trop de but ni d’intérêt réel, elle nous emmène et nous transporte sur les hauts plateaux de maïs de l’Arizona avec ses deux héros au comportement si drôle et atypique. Un roman assez court, qui se dévore sur une ou deux nuits, qui prend aux tripes par un je ne sais quoi d’espérance en les croyances de ses personnages.

3 commentaires
Jeudi 4 février 2010 Par A. dans Littérature

Fante – Demande à la poussière

Demande à la poussière couvertureDemande à la poussière n’est pas le genre de choses que l’on calcule. Il est ce genre de livres dont on n’entend rien que l’on choisit dans le rayon d’une librairie puis qu’on ouvre une fois chez soi. Il est un livre dont on n’attend rien. Juste un peu d’évasion, quelques courses improbables dans un autre bout du monde qui peut être attachant, en plein hiver. Un ailleurs chaud, un duvet, une soupape. Pourquoi lui ? Le titre sans doute, si énonciateur, on aimerait penser qu’il nous interpelle, qu’il est un clin d’œil ironique. C’est le magnétisme. Il est de ces livres que, un jour, on trouve dans sa boîte aux lettres, que l’on ne sait pas de la part de qui c’est. Le cœur bat, la montée des marches jusqu’à la chambre est fébrile. On a reçu un livre par la poste, d’un inconnu, il a un titre, c’est tout un monde.

Entendons-nous bien, avant d’ouvrir le livre, on est quelqu’un et puis à la première ligne on est quelqu’un d’autre. Marqué par la virtuosité simple des mots que l’on lit. Demande à la poussière devient alors, au-delà d’un livre, une évidence dans laquelle on finit par s’identifier porté par l’atmosphère lourde que met en place l’auteur. Ce livre est un fantasme à lui tout seul. Il est un résultat. Une vision neuve d’un Big Bang littéraire. Charles Bukowski, qui préface l’œuvre, déclare :

« Un jour j’ai sorti un livre, je l’ai ouvert et c’était ça. Je restai planté un moment, lisant et comme un homme qui a trouvé de l’or à la décharge publique. J’ai posé le livre sur la table, les phrases filaient facilement à travers les pages comme un courant. Chaque ligne avait sa propre énergie et était suivie d’une semblable et la vraie substance de chaque ligne donnait forme à la page, une sensation de quelque chose sculpté dans le texte. Voilà enfin l’homme qui n’avait pas peur de l’émotion. »

Demande à la poussière ? Une idée alternative de ces quelques lettres : CQFD. Après tout, si l’on se penche sur le titre, que demander de plus à la poussière que l’histoire du monde. Que de nous raconter la vie, la vraie, celle que l’on ne connait pas que l’immobilisme terriens sait et ne révèle jamais.

Cette espèce de grâce, d’absolu, se retrouve dans ce que raconte Demande à la poussière. S’il est dur de résumer un livre aussi touchant de simplicité, on peut dire qu’au travers des pages, on suit un homme – Arturo Bandini – aux prises avec son rêve : être écrivain. L’histoire est conté sur fond d’Ouest sauvage, de poussière et de sècheresse dans un Los Angeles qui n’a rien d’accueillant loin du clinquant qu’on peut lui reconnaître. On suit le héros, véritable alter ego de l’auteur lui même, errer dans les rues de Los Angeles où il s’est réfugié après s’être échappé de chez lui. On y voit son amour pour une serveuse mexicaine naître et le manger, et la première page de son roman rester désespérément blanche, à la recherche d’une quelconque idée. Les souvenirs du héros servent de second plan permanent dans lesquels Bandini (ou Fante) évacue l’aigreur de son enfance difficile dans le Colorado ; celle d’un fils d’immigré italien.

De la lecture ressort une étrange impression d’humanité. Comme si Fante, par l’intermédiaire de Bandini cherchant en vain quoi écrire, espérait trouver le sens de la vie sur terre. La fin brutale apparaît comme une nouvelle respiration tant l’ambiance mise en place par l’auteur est pesante, presque poisseuse. Cette fin nous donne la possibilité de relativiser sur l’importance des “épreuves” de la vie. Sur le fait même de les nommer ainsi, alors qu’ils ne restent en fin de compte qu’une série d’évènements. Au final, la puissance des mots, porté par un style baignant dans une fausse familiarité d’usage, de Fante et l’espoir qui en ressort restent dans l’atmosphère et planent au dessus de tout ; même de la chaleur oppressante du désert du Mojave dans laquelle vient mourir le livre sans réellement avoir réussi à pousser le héros hors de l’immobilisme flamboyant de l’errance. Le cœur au bord des lèvres, il faut le dire, bien sûr ce livre se ferme comme n’importe quel livre. Bien sûr qu’on meurt tous, même les héros, même les héros les plus célestes. Et pourtant, en chacun de nous qui voulons tant, qui souhaitons tant, écrire et être lu, il y a un Arturo Bandini, qui pousse et pousse à embrasser une vie qui n’est pas la débauche d’un Kerouac, d’un Ellis, mais qui pourtant est aussi percutant dans les images.

Le silence dure longtemps, j’ai la tête de la bonne femme sur les genoux, mes doigts jouent dans son nid, je compte les cheveux blancs. Remue-toi, Arturo ! Si Camillia Lopez te voyait comme ça, elle et ses grands yeux noirs, ton seul amour, ta princesse Maya… Oh, bon Dieu Arturo, qu’est ce que tu trimbales ! T’as peut-être écrit Le Petit Chien Qui Riait, mais c’est pour sûr que t’écriras jamais les Mémoires de Casanova. Qu’est ce que tu fabriques, planté là ? Tu nous couves un chef-d’œuvre ? Comme crétin tu te poses un peu là, Bandini !
Elle a levé les yeux et comme j’avais les yeux fermés elle ne pouvait pas lire mes pensées. Mais peut-être que si, justement. Peut-être que c’est pour ça qu’elle a dit : « T’es fatigué. Tu devrais faire un somme. » Peut-être que c’est pour ça aussi qu’elle a tiré le lit Murphy escamotable et insisté pour que je m’allonge dessus à côté d’elle, sa tête entre mes bras. Peut-être que c’est pour ça qu’elle a demandé, en étudiant mon expression :
« T’en aimes une autre c’est ça ? »
« Oui. Je suis amoureux d’une fille à Los Angeles. »
Elle m’a touché la figure.
« Je sais », elle a dit. « Je comprends. »
« Non, tu peux pas. »

L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?
Exprimez-vous !

Pas de commentaires
Vendredi 22 janvier 2010 Par Mélusine dans Littérature

Laclos – Les Liaisons Dangereuses

Si je devais n’en retenir qu’un, ce serait probablement celui-ci. Pierre Choderlos de Laclos n’est qu’un militaire inconnu lorsqu’il publie en 1782 le roman qui le rendra scandaleusement célèbre. La bonne société s’offusque : comment ose-t-il ainsi salir l’aristocratie ouvertement affublée des pires vices ? Oui, mais c’est ça qui plaît. Le vicomte de Valmont est un démon en perruque et dentelle : il séduit les femmes pour mieux les pervertir et les abandonner, sans morale ni remords. Tout le monde le sait, tout le monde le fuit, et pourtant personne ne lui résiste. Il échange une correspondance secrète, sulfureuse et provocatrice avec la marquise de Merteuil. Pourquoi secrète ? Parce que la marquise, elle, est un exemple de vertu aux yeux du monde, mais dans l’ombre elle est un avatar à la hauteur de son libertin de correspondant. Ajoutez à cela les lettres échangées par les différents personnages avec leurs différents complices et victimes, et vous obtenez ce troublant roman polyphonique.
L’histoire s’ouvre sur un défi : Mme de Merteuil vit comme un terrible affront l’annonce du mariage d’un de ses anciens amants avec une jeune fille du nom de Cécile de Volanges. En guise de vengeance, elle demande à Valmont de séduire et déshonorer la jeune fille avant les noces. Mais il refuse : il est déjà trop occupé par son nouvel objectif, la présidente de Tourvel, pieuse et fidèle femme qui représente tout ce qui s’oppose à notre héros. Or celle-ci le repousse obstinément. Lorsqu’il apprend que celle qui a si soigneusement sali sa réputation auprès de Mme de Tourvel n’est autre que Mme de Volanges, la propre mère de la jeune Cécile, Valmont accepte finalement le défi de Merteuil qui rejoint sa propre revanche.
Une terrible machination se met en place : Cécile est une victime des intérêts libertins des personnages qui évoluent autour d’elle. Son innocence n’en est que plus touchante dans des lettres sans réponse qu’elle adresse à l’une de ses amies. Merteuil écrit à Cécile comme à Valmont : la duplicité du personnage est machiavélique à souhait. Quant à Valmont, c’est un vrai plaisir que de déceler dans ses déclarations d’amour et de fidélité tous les indices d’une hypocrisie consommée. C’est avec ce livre que j’ai appris non seulement la définition d’un courtisan, qui dit une chose et en pense une autre, mais aussi que tout livre classique a de quoi parler à tout citoyen du XXIème siècle, à condition qu’on lui apprenne à le lire. Mais le libertinage, c’est surtout la liberté de penser, la liberté morale. Et n’oublions pas que ce que revendique Valmont, c’est d’être affranchi de toute tout carcan moral, religieux et social, ce qui prend beaucoup plus de sens quand c’est Merteuil qui le revendique, elle qu’on a voulu enfant complaire dans l’ignorance et la soumission et qui, jeune veuve, n’a jamais voulu se remarier. Un roman d’une modernité troublante, tant sur la forme que sur le fond, qui annonce autant les idées révolutionnaires que notre propre société de l’apparence désabusée.

Je conclurai sur la magnifique adaptation cinématographique que Stephen Frears a faite de ce livre : Glenn Close y campe une Merteuil élégante et imposante, John Malkovich un Valmont fascinant et inquiétant, Michelle Pfeiffer une Tourvel naïve et dévote avec ses grands yeux larmoyants. Ce n’est pas par hasard que ce film est au programme du baccalauréat de littérature cette année en même temps que le livre : un duo réussi.

L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?
Exprimez-vous !

4 commentaires
Dimanche 5 juillet 2009 Par Novembre dans Littérature

Perse – Amers

Saint-John Perse publie Amers en 1957 après avoir passé trois ans à l’écrire. Ce recueil sous forme de poème est une ode à la mer et à l’amour. Saint-John Perse fut lauréat du prix Nobel de littérature en 1960.

Extraordinaire. N’étant pas comme les autres ressort la différence nobélisable. Je dois le mettre à côté de Rimbaud, sinon au-dessus. Il sait écrire, et il a des visions époustouflantes. On lui doit sa couronne – et le prix Nobel mérité. Comme Paul Morand et Léon-Paul Fargue, il use du dictionnaire, qui n’a plus de secret pour lui, comme d’un stylet très précis. Et son souffle circule dans l’orbe qui couronne la tête de Dieu : solaire, céleste et impayable.

Pour lui, tout est songe et texte. La mer est songe; l’oiseau est texte, ainsi de suite. Il est le génie, et nous témoins, qui interprètent ce mystère qui fait de l’homme une divinité participante à la mer intercesseur de la patrie de Dieu, partout autour et en nous.

Je cite quelques mots, qui trouveraient leur émules ailleurs dans le livre:

« L’incorporelle et très-réelle, imprescriptible; l’irrécusable et l’indéniable et l’inappropriable; inhabitable, fréquentable; immémoriale et mémorable – et quelle et quelle, et quelle encore, inqualifiable? L’insaisissable et l’incessible, l’irréprochable irréprouvable, et celle encore que voici: Mer innocence du Solstice, ô Mer comme le vin des Rois!…»

par Frédéric Marcotte.

L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?
Exprimez-vous !

1 commentaire
12