Marc-Edouard Nabe, écrivain anti-éditeur
1/ Nabe – Ce Soir ou Jamais (22/03/2010)
Doué d’un talent exceptionnel, d’un franc-parler peu commun et d’un gros sens de la provoc’, Marc-Edouard Nabe fait son retour dans le milieu littéraire après quatre ans d’absences, mais d’une façon un peu particulière…
En effet, son retour sur la scène littéraire fait grand bruit : Nabe a récupéré les droits d’auteur d’une grande partie de ses œuvres (22 sur 28 ouvrages), et a décidé de s’auto-éditer en invoquant plusieurs raisons pour se justifier…
Tout d’abord, Nabe se dit scandalisé par la main mise des éditeurs sur leurs auteurs. Ce qu’il faut savoir, c’est que pour un livre publié, un auteur qui vend assez bien ne touche que 10% du prix de vente de son livre. C’est exactement le même ratio que celui attribué aux producteurs de lait. Ainsi, un auteur touchera 2€ par livre, le reste se partageant entre l’éditeur (60%) et le distributeur (les grandes librairies majoritairement, à hauteur de 30%). Depuis la crise économique qui frappe le monde, les éditeurs se sont d’ailleurs permis plus de liberté envers leurs auteurs qui vendent un peu moins bien que les Lévy et autres Gavalda : ils ne donnent plus que 8% à leurs auteurs. Rappelons à nos lecteurs que le marché des livres a généré plus de 4 milliards d’euros de chiffre d’affaire en 2009, contre 900 millions pour la musique. La crise ne touche pas le marché du livre qui a vu ses revenus augmenter de 4% de 2008 à 2009.
Deuxièmement, Nabe s’insurge contre les libertés prises par les éditeurs sur les textes mêmes de leurs auteurs : tels ou tels passages des livres peuvent être détournés, réécrits, car politiquement incorrects ou alors tout simplement peu vendeurs pour le livre. Marc-Edouard Nabe crie donc à la prise de liberté des écrivains, dénonçant les attitudes de « petits toutous » aux pieds des maisons d’éditions.
Les livres de Nabe sont aujourd’hui disponibles en vente sur son site internet seulement, il explique pouvoir ainsi gagner autant qu’avant en vendant 10 fois moins. Les questions sur la réelle motivation des écrivains peuvent venir, seulement, il faut rappeler qu’un écrivain comme tout homme a besoin de vivre. Aujourd’hui, nombreux sont les écrivains (surtout dans le milieu de la poésie) à cotiser au RMI. Il faut s’éloigner des gros poissons de l’édition, comme Marc Lévy ou Amélie Nothomb pour s’en rendre compte. Un écrivain est un moteur de la société, il fournit du divertissement, de la réflexion à tout le peuple intéressé. Il travaille sur une œuvre pendant plusieurs mois, parfois des années, sans avoir la certitude de la vendre et de toucher assez de ses 10% pour pouvoir vivre. Le métier d’écrivain reste discutable, mais pour ma part, je pense que la position de Nabe est légitime.
Il faut aussi noter que ce sont les éditeurs et non pas les écrivains qui conservent les droits d’auteurs de ces derniers, même après leur propre mort. Ainsi, pour l’utilisation d’un livre afin de faire un film, l’auteur ne touchera quasiment rien, sinon la promotion qu’il pourra éventuellement faire pour aider à la vente du film.
Nabe est aujourd’hui détenteur de ses propres droits d’auteur, et propre vendeur de ses livres, une démarche, qu’en mon propre nom, je soutiens totalement. Son dernier livre, L’homme qui arrêta d’écrire, est sorti le 14 janvier 2010.
Son site web : www.marcedouardnabe.com
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Le manuscrit du Premier Homme fut retrouvé dans la sacoche d’Albert Camus, que l’auteur tenait encore sur lui après sa mort, lors d’un accident de voiture. Le brouillon de 144 pages était couvert d’annotations dans les marges, de ratures, de mots illisibles, et c’est grâce au travail de reconstitution de la femme de Camus, Francine, que Le Premier Homme fut publié, en 1994. Ce roman autobiographique qui devait être le premier tome d’une trilogie, nous conte l’histoire de Jacques Cormery, alter ego de Camus, sa naissance dans un petit « bled » d’Algérie, son enfance passée avec sa mère et sa grand-mère et rongée par l’absence de son père, mort pendant la première guerre mondiale. Ce livre, écrit dans un style transcendant qui selon mon avis est une merveille de la littérature, à l’écriture difficilement égalable, mêle scènes émouvantes et réflexions personnelles, images d’enfance que le lecteur s’approprie avec nostalgie, et sentiments du presque adolescent. Camus ne nous laisse pas la choix, nous fait plonger dans l’Algérie des années 20, parle de son instituteur sans qui jamais il ne serait devenu écrivain, de sa famille et de ses amis, de la ville d’Alger, de son père inconnu auquel il dédie son ouvrage et de sa mère presque muette, qu’il aimait profondément.



