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Jeudi 12 novembre 2009 Par Hazel dans Vos oeuvres

L’arret du coeur, par Isabelle Pin

Une poésie, proposée par Isabelle, rythmée sur nos battements de cœur, qui se lit en un souffle.

L’arrêt du cœur

Trouble pour troubles
Autant se jeter
A
Avancer
Près du bord

Le cœur
battait
Le cœur
- Ainsi donc vous n’étiez pas morte
Très chère ?
Ainsi donc
C’est curieux
- Fort curieux
Le cœur pourtant reposait
En son habitacle
De verre
Comme d’ordinaire

Le légiste
Avait signalé
L’arrêt
hier

Mais il
Battait encore
Un coup
Sur deux
Un coup
Sur trois
Un coup
Sur deux

Oui
Le cœur battait
En son habitacle de verre
Comme d’ordinaire.

Par Isabelle Pin.

Avis et critiques sont les bienvenus.

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Vendredi 16 octobre 2009 Par Raspoutine dans Vos oeuvres

Le Hangar, par Raspoutine

D’après une idée originale et pas vraiment consciente de Sonia…

Il est dans Montpellier, un lieu d’échange, de partage, un lieu d’audace, de réflexion. C’est un vieux hangar délabré qui fût progressivement aménagé par des étudiants et dont la renommée n’a cessé de croître. On y croise des peintres qui échangent des commentaires sur leurs propres toiles, des philosophes entraînés dans des débats houleux, des amoureux du verbes qui s’invectivent par de belles et tranchantes tirades. On peut y rencontrer des poètes qui déclament leurs vers de la nuit précédente avec fougue et passion et qui protestent mollement contre l’insensibilité artistique de notre époque, il y a des écrivains qui raturent et annotent leurs pages de la veille, on trouve également des passionnés du théâtre qui travaillent une mise en scène « audacieuse et novatrice » de la dernière pièce de Valère Novarina, mise en scène destinée, comme les autres, à ne jamais voir le jour. Parfois ce sont aussi des groupes de danseurs, des jongleurs, des acrobates qui répètent sereinement des chorégraphies qui ne seront jamais connues que d’eux, ce qui est l’essentiel à leurs yeux.

Ce sont tous des étudiants, de tous les domaines, qui n’ont qu’un seul point commun, leur amour de l’art, leur sensibilité artistique sans prétention, qui trouve sa réalisation la plus parfaite dans une entente simple et sincère avec de parfaits inconnus. Certains préfèrent travailler seul, créer en compagnie d’eux-mêmes mais ils viennent quand même au Hangar pour savourer cette atmosphère d’ébullition artistique. Une orgie épurée des âmes qui s’enlacent nues, sans réserve, sans méfiance, dans le seul but de découvrir, de créer de la beauté dans un lieu où elle n’aurait pas lieu d’être en temps normal.

On emmène à manger et à boire, des tartes que l’on partage, de la viande que l’on fait griller dans un vieux bidon coupé en deux, des gâteaux, des bouteilles poussiéreuses de vin et de bière qui passent entre des mains pleines de peinture, d’encre, de sueur…

Pas de chef, pas d’organisation hiérarchisée car il n’y a pas de décisions à prendre, c’est un lieu de liberté où rien n’est saugrenu, où rien ne prête à la raillerie, où les idées qui pourraient nuire au Hangar ne sont même pas envisageables, elles ne parviennent pas à se frayer un chemin jusqu’au cerveau à travers cette jungle de merveilles artistiques.

Des gens se croisent, d’autres se suivent, certains ne font que passer, les plus inspirés y passent la nuit sur de vieux matelas, à côté de braseros de fortune, au son d’une antique guitare folk qui passe de main en main.

En journée le lieu est presque toujours désert, seul on se sent oppressé entre les immenses murs de tôles grises, sous le toit dévoré par la rouille qui semble aussi mince que du papier et qui menace de d’effondrer à la moindre brise.

Un peu partout traînent des projets inachevés qui reprendront vie et couleurs au coucher du soleil, des feuilles qui gisent, se retournent, se contorsionnent dans la poussière à chaque courant d’air, des décors de théâtre, des costumes qui reposent sur des étagères en attendant avec impatience leur prochaine utilisation, des conclusions de débats avortés faute de temps griffonnées sur des murs à l’aide d’un charbon, tout ce qui semble désuet et abandonné la journée et qui le soir renaît pour faire vibrer les murs du Hangar par la course effrénée d’idées nouvelles et d’ambitions merveilleuses qui jaillissent sans fin de cette communauté.

Avis et critiques sont les bienvenus.

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Dimanche 5 juillet 2009 Par Novembre dans Littérature

Perse – Amers

Saint-John Perse publie Amers en 1957 après avoir passé trois ans à l’écrire. Ce recueil sous forme de poème est une ode à la mer et à l’amour. Saint-John Perse fut lauréat du prix Nobel de littérature en 1960.

Extraordinaire. N’étant pas comme les autres ressort la différence nobélisable. Je dois le mettre à côté de Rimbaud, sinon au-dessus. Il sait écrire, et il a des visions époustouflantes. On lui doit sa couronne – et le prix Nobel mérité. Comme Paul Morand et Léon-Paul Fargue, il use du dictionnaire, qui n’a plus de secret pour lui, comme d’un stylet très précis. Et son souffle circule dans l’orbe qui couronne la tête de Dieu : solaire, céleste et impayable.

Pour lui, tout est songe et texte. La mer est songe; l’oiseau est texte, ainsi de suite. Il est le génie, et nous témoins, qui interprètent ce mystère qui fait de l’homme une divinité participante à la mer intercesseur de la patrie de Dieu, partout autour et en nous.

Je cite quelques mots, qui trouveraient leur émules ailleurs dans le livre:

« L’incorporelle et très-réelle, imprescriptible; l’irrécusable et l’indéniable et l’inappropriable; inhabitable, fréquentable; immémoriale et mémorable – et quelle et quelle, et quelle encore, inqualifiable? L’insaisissable et l’incessible, l’irréprochable irréprouvable, et celle encore que voici: Mer innocence du Solstice, ô Mer comme le vin des Rois!…»

par Frédéric Marcotte.

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Jeudi 2 juillet 2009 Par Hazel dans Vos oeuvres

Les bigoudis, par Charlotte Monégier

Et voilà, le concours est fini, et nous reprenons les publication des textes des internautes. Nous inaugurons ce début avec un texte de Charlotte, qui nous amène dans un bistrot à une heure du matin. Le personnage, une femme sans age, nous raconte une heure passée dans ce bar; ses réactions, sa situation, nous sont expliquées dans le troisième paragraphe. Je vous laisse vivre, ces quelques instants avec elle…

Les Bigoudis

Une heure.

Le serveur passe mollement son chiffon sur le comptoir. Je le regarde discrètement en savourant ma dernière Gitane. Les ronds de fumée se dispersent dans la pièce avec volupté. Leurs formes s’allongent et se rétrécissent, bougent paresseusement en fonction de l’oxygène et de la force de mon souffle. Puis s’évanouissent sur un bras de chaise, comme si elles n’avaient jamais existé. Le garçon essuie toujours. Il a l’air de s’appliquer au mieux. C’est son travail, à cette heure-là : effacer tout passage de clients, imbibés d’alcool, sombres et soucieux de trouver un peu de compagnie le temps d’une soirée. C’est pour ça qu’on vient tous ici. Vaincre une solitude, celle de l’enfermement dans un F2 étroit, à contempler des conneries sur le petit écran. Manger des pâtes pas chères et dormir quinze heures par jour, tant on n’a rien d’autre à faire.

Les sourcils du garçon de café marquent un angle aigu. Sa bouche est serrée – par le poids de la concentration, sans doute. Je lui demande : Tu veux de l’aide ? Il agite la tête, sans m’observer, de gauche à droite, ce qui signifie : Non. Il se tourne un instant, trempe sa serpillère dans un liquide transparent posé à sa droite, puis revient à son bar, droit comme une barre de fer, et poursuit son grand nettoyage. Au rythme de ses mains, le zinc s’éclaircit. Il y a des tâches grises qui deviennent blanches, et d’autres, marron, qui tombent peu à peu dans le beige clair. La couleur la plus triste qui soit. Beige clair. Au plafond, les néons jaunes ressemblent à de petites lunes virtuelles fixées sur un ciel de crépi. Leur lumière apparaît dans ses ronds d’eau de javel, puis disparaît lorsque la propreté reprend ses repères.

A mes côtés, Serge. Toujours aussi chauve. Quelques poils lui poussent encore au-dessus des oreilles. Mais ils sont gris et abîmés, ses poils, et je pense que ce seront les derniers. Lorsqu’ils seront tombés, au printemps prochain, son crâne sera aussi lisse que le verre énorme qui trône devant moi.

Serge me prend par la taille. Mais je le repousse. D’un regard insistant, je lui fais comprendre que cette nuit, il la passera sans moi. Il me lance des yeux méchants et le store s’abaisse. Son bruit métallique transperce mes tympans. Je déteste ce bruit. Serge finit par partir, à reculons, sans quitter ma bouche de ses deux iris, étonnamment réduits. C’est moi qui baisse la tête la première. Il pousse la porte et disparaît dans la nuit.. J’aperçois une dernière fois son imper gris voler au vent. Il prend sur la gauche. J’entends la portière de sa voiture claquer, puis le moteur démarrer. Je suis seule, ça y est..

Deux heures.

Le serveur est occupé à aligner les dernières chaises sur les tables. C’est comme à l’usine. Les sons sont réguliers, vifs. Ils viennent par à-coups heurter mes souvenirs, quand je me levais tôt le matin pour mettre des piles dans des téléviseurs, ou des raviolis dans des conserves. Quand il fallait que j’obéisse au chef, avec son sifflet qui hurlait en permanence, ses insultes et ses ordres mal dits. Les déjeuners à la cantine, avec les autres ouvriers. Toutes ces entrées, tous ces plats que je n’ai jamais pu me payer tant mon salaire était dérisoire. C’était il y a dix ans et c’était mon dernier emploi.

Par terre, des traces de pas fuient vers les toilettes. Le garçon les a négligées. C’est pas grave. Je vais les suivre. Je prends mon sac de faux cuir rouge et mon portefeuille, puis me dirige vers les sanitaires. Pas pour pisser, non, mais pour voir la gueule que j’ai ce soir.

Devant la glace, mes cheveux ne veulent pas rester en place. Des mèches rousses s’envolent dans tous les sens. On dirait qu’elles sont devenues folles. Ça fait quatre mois que je ne suis pas allée chez le coiffeur. Pour ma mise en plis. Ça coûte bien trop cher. Je sors mon rouge à lèvre, j’en dépose une couche épaisse et coruscante sur mon muscle triangulaire, puis m’occupe de mes cils fatigués. Un coup de Rimmel, un peu d’ombre à paupière. Et du parfum, pour camoufler l’odeur de cigarette qui imprègne mon manteau et mon cou.

Me voilà de retour derrière le zinc. Je n’ai pas voulu de Serge. Je l’ai trop eu en moi ces derniers temps. Trop eu au point de croire qu’il pourrait peut-être m’aimer. Les désillusions, ce n’est plus pour moi. Alors cette nuit, j’essaierai le serveur. Il vient d’enfiler son blouson et d’éteindre le dernier néon. Avec son argent, je m’achèterai enfin des bigoudis.

par Charlotte Monégier.

Avis et critiques sont bienvenus.

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Mardi 30 juin 2009 Par Novembre dans Edito

Nouveau sur le Hangar : publiez vos articles !

Bonsoir à tous !

L’équipe du Hangar, toujours pour renforcer l’esprit communautaire du site, propose désormais à tous les membres la possibilité d’envoyer vos critiques de livres, vos chroniques (sur des événements, d’autres arts, etc.), qui seront alors soumises au jury. Ce dernier décidera de la publication (ou non) de votre article qui devra répondre aux critères orthographique, d’objectivité et d’authenticité. Vous pouvez donc nous envoyer vos textes, éventuellement accompagnés par des images (sous forme d’URL uniquement) pour les chroniques, sachant que nous disposons des couvertures nécessaires à accompagner tous les livres dont on parle. Une autre règle à respecter : ne pas citer la quatrième de couverture du livre en question, l’intérêt est de proposer une analyse nouvelle, ou du moins personnelle.

Dans ce but, le formulaire de contact (disponible dans le menu à votre gauche) a été complètement refait et vous permet désormais de choisir le sujet de votre email (critique, chronique, question, textes à publier ou autres) ainsi que le titre que vous souhaitez y joindre. N’oubliez pas de préciser votre email (sans quoi l’envoi est impossible) et l’adresse de votre blog.

Merci à tous,
toute l’équipe à hâte de recevoir les premières tentatives !

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