La Rafle, un film de Rose Bosch
Au pays de l’évènementiel, le cinéma doit sans doute être le président, si ce n’est le dictateur tant il sait effacer les autres formes d’art et d’expression dans ce domaine. L’association évènement cinématographique et seconde guerre mondiale on est sur de plus d’accéder à un respect de circonstance d’une part, et de l’autre faire couler de l’encre. Celui de ce début 2010 a un nom plus qu’évocateur – La Rafle – et a l’ambition de marier toile historique (la rafle du Vel d’hiv) et fiction. Présenté comme unique film traitant de ce fait de l’Histoire « peu connu » (pour les plus de 25 ans il semblerait car il est maintenant au programme d’Histoire en troisième et en terminale) mais aussi comme déchirant, puissant et j’en passe. Il est vrai que des films avec les mêmes ambitions ont rencontré un franc succès et sont restés gravés dans les mémoires comme des films d’une extrême finesse (l’exemple le plus évident étant La Vie est Belle de Benigni). Dans cette tâche difficile, une ligne de conduite à respecter est nécessaire. Ainsi, savoir où arrêter une simple énonciation de faits historiques et où insérer la fiction, dans quelle proportion et par quels procédés est l’essentiel du travail du réalisateur qui alors fait de son film une alchimie savante toujours à la limite du raté et du génie.
La Rafle est-il un exemple de cette alchimie ? Au risque de me faire traiter d’insensible : certainement pas. Il faut dire que sans être persuadé du raté de ce film, je partais avec un sérieux a priori. La bande annonce m’avait semblée chargée d’une émotion dérangeante, non pas par la brutalité des faits qui sont décrit mais par son côté factice.
La vision du film amplifie cette sensation. On assiste à une surenchère de pathos. A la tragédie de la rafle – qui aurait sans nul doute suffit à elle-même – se rajoute les ficelles grossières de toutes les techniques (ou plutôt astuce) possible et imaginables ayant pour but de faire pleurer le quidam : que ce soit le petit garçon plein d’innocence et de phrases naïves, ou encore la gentille (vraiment gentille) infirmière qui se met au même régime que les détenus pour montrer au préfet que c’est très vilain ce qu’ils sont en train de faire les français… L’apothéose reste quand même lorsque le nounours du petit tombe sur le quai de gare alors qu’il est enfourné dans un wagon de déportation. Les acteurs livrent toutefois une prestation convenable. Mélanie Laurent, dans le rôle de l’infirmière, joue… Mélanie Laurent, Gad Elmaleh quant à lui est juste, Jean Réno aussi sans être transcendant et les gamins ne sont pas mauvais, même plutôt crédibles. Mais, cela ne fait rien, on perd le but premier par ces égarements narratifs à la fois faciles et extrêmement lourds.
La rafle en elle-même ne constitue, d’ailleurs, pas l’essentiel du film. Après une longue introduction montrant une certaine douceur de vivre dans un Montmartre des plus pittoresques (dans lequel plane tout de même une certaine peur) entrecoupée de très (trop) courtes scènes de réunions entre le chef de la Gestapo et les Allemands d’un côté et Pétain et Laval de l’autre, planifiant la rafle ; la nuit du 16 au 17 juillet est vite résumée (presque bâclée). S’en suit la captivité dans le vélodrome d’hiver, un peu plus longue mais principalement centrée sur le personnage de Mélanie Laurent et le seul médecin autorisé à officier (Jean Réno). Au final, on ne ressent pas vraiment la longueur de cette captivité et si l’arrivée de l’eau avec les pompiers est montrée comme salutaire, on n’en saisit pas vraiment l’enjeu. Le reste du film se passera dans un camp de déportés dans le Loiret et, en termes de temps, sera aussi important que tous les évènements énumérés.
Face à ce déséquilibre on se demande ce qui est privilégié : l’Histoire ou la portée dramatique que l’on peut en retirer. La légitimité du format film est d’autant plus discutable lorsque l’on ne comprend pas vraiment où la réalisatrice veut en venir montrant Pétain hésitant, même trahit par Laval qui prend la décision de son propre chef de livrer les enfants. Encore plus déroutant : dans les scènes suivantes, Pétain semble agir comme si tout était normalement, du moins sans tromperie. Ce changement d’attitude peu compréhensible, se retrouve dans l’attitude du policier en charge du camp des déportés qui affiche un air affecté, presque défait face à l’ampleur de ce qui se passe dans le vélodrome d’hiver pour se révéler froid, presque tyrannique, à la fin.
Autre point reprochable, les scènes avec Hitler qui sont simplement inutiles. Si l’on peut pressentir la volonté d’afficher son inhumanité (qui n’a aucun besoin d’être montrée) en opposant sa villégiature et la captivité du groupe de juifs que l’on suit, ces scènes sont totalement ratées, molles, vaines et font se perdre encore plus le film.
A la sortie de la salle, et suite à la fin honteuse – dont je ne souhaite pas dévoiler le secret tellement elle vous fera bondir de votre fauteuil – je me suis demandé dans quelle mesure n’aurait-il pas été préférable, ou judicieux, d’adopter le format du documentaire, ou du moins du docu-fiction pour traiter d’un évènement tel ?
Lorsque je vois en interview Sylvie Testud (qui joue un très court rôle) défendre le film en disant que c’est le premier film traitant de cet évènement, j’en suis tout à fait convaincu : ce film ne nous montre pas ce qu’à été la rafle du Vel d’hiv ; il en résume les tenants et les aboutissants, brosse très largement sa mise en application et noue le tout d’une fiction des plus caricaturales et ainsi ne réussi pas à livrer un témoignage de ce qu’a été cette rafle. Et, de fait, cette espèce de supercherie historique échoue précisément là où elle pense réussir.
Peut-on romancer l’histoire ? La question est légitime. Il faudrait visionner à nouveau des films comme La Vie est Belle pour savoir. Mais si l’on reconsidère, avec du recul, le parti pris par Tarantino avec Inglorious Basterds, décidant d’ignorer toute trace historique dans son film, on peut l’estimer plus pertinent car ne se perdant pas à la recherche d’une ligne de conduite, ou, du moins, à la recherche de légitimité.





Par Novembre :





