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Vendredi 12 mars 2010 Par Bloody Lucy dans Art pictural

Jean-Auguste Dominique Ingres – Œdipe et le Sphinx

Pour ce premier article que je poste ici, je vais vous parler de ce que j’étudie au quotidien et plus particulièrement aujourd’hui de Jean-Auguste Dominique Ingres.

Autoportraits

Qui peut bien être cet homme au nom si long ? Et bien M. Ingres était un peintre dont l’appartenance à un mouvement est soumis à l’hésitation. Il fut l’élève du maître de l’école néo-classique, Jacques-Louis David, mais il a finalement cherché à s’éloigner du travail de celui-ci, inscrivant ses toiles dans le courant romantique.
Ingres est né à Montauban en 1780. Son père, Jean-Marie-Joseph Ingres, était également un artiste dont il suit les traces. Il étudie à l’Académie de Toulouse, puis apprend son métier en reproduisant les formes du corps humain grâce à David. Il obtient le prix de Rome en 1801 avec Achille recevant les ambassadeurs d’Agamemnon (conservé à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris) seulement cette même année, la villa Médicis étant fermée, Ingres ne peut pas se rendre à la capitale italienne pour recevoir son dû. En compensation, il reçoit toutefois un certain nombre de commandes et c’est le portrait de Napoléon Bonaparte en premier consul de 1804 (musée d’Art Moderne) qui anime la critique.  On reproche à Ingres de régresser :  ce tableau est politique, il est destiné aux Pays-Bas et Ingres prend donc exemple sur le travail de Van Eyck, peintre flamand du XVe siècle. De plus, ce portrait a un problème chromatique, le rouge de la tenue de Napoléon est éclatant alors que dans la formation classique, la couleur doit être strictement subordonnée au dessin.
Ingres trace sa route mais lorsqu’il expose au Salon, les critiques le traitent de chinois égaré dans Athènes, on dit de lui qu’il veut retarder la peinture de quatre siècles. Au même moment, il entretient une rivalité avec Eugène Delacroix. Ingres doit attendre l’âge de 40 ans pour être vraiment reconnu en tant que tel.  L’incompris devient alors professeur à l’école des Beaux-Arts et membre de l’Académie des Beaux-Arts, il est couvert de décorations.

Etude rapide d’oeuvre :
Œdipe et le Sphinx, 1808, musée du Louvre, Paris.

Oedipe et le Sphinx

Cette œuvre existe en deux versions. La première, soit celle-ci, date de 1808 puis Ingres a repris ce même thème en 1864. Cette toile est destinée à l’Académie des Beaux-Arts qui a souvent été féroce vis-à-vis des envois du peintre. Ici, Œdipe est représenté comme un beau jeune homme athlétique (comme le veulent les représentations classiques à cette époque) en pleine réflexion placé en pleine lumière. On remarque en arrière-plan la ville de Thèbes. Le sphinx, d’allure féminine, est tapi dans l’ombre, il représente les forces obscures. Ces deux choix ont une signification relativement simple : l’homme est du côté de la lumière, donc de la raison, tandis que la femme est du côté sombre. Cependant, ce corps humain ne respecte ni la vérité anatomique, le corps d’Œdipe est « bancal », ni la beauté idéale, il n’y a pas cette fiction d’une vérité autonome et on reproche à Ingres la physionomie pas suffisamment idéaliste d’Œdipe. Le peintre préfère sa propre logique pour sa beauté. Ce n’est d’ailleurs pas un modèle de héros antique qui est utilisé mais un jeune homme italien venu poser dans l’atelier d’Ingres.
Ainsi, Ingres teste ses professeurs en soumettant un nouvel idéal.

Point mythologique :
Le mythe d’Œdipe est avant tout conté dans la tradition orale.
Œdipe est le fils de Laïos et Jocaste, roi et reine de Thèbes, une cité grecque, qui, après avoir consulté la Pythie (l’oracle d’Apollon), apprennent que leur fils tuerait son père et épouserait sa mère. A la naissance dudit Œdipe, on abandonne l’enfant sur une montagne, pieds liés. Il est cependant retrouvé et confié au roi de Corinthe qui l’élève comme son propre fils. En grandissant, Œdipe apprend qu’il est victime d’une malédiction et veut alors échapper à son destin en s’enfuyant. Sur la route, Œdipe tue Laïos, le prenant pour un voleur alors qu’il s’agit en réalité de son père biologique. Une fois à Thèbes, Œdipe se trouve confronté au Sphinx qui assiège la ville. Il lui pose une énigme : « Qu’est-ce qui marche à quatre pattes le matin, à deux le midi et à trois le soir ? » Œdipe répond juste : « C’est l’homme qui au matin de sa vie se déplace à quatre pattes, qui au midi de sa vie se déplace sur ses deux jambes et qui au soir de sa vie s’aide d’une canne, marchant ainsi sur trois pattes. » C’est ainsi qu’Œdipe se débarrasse du Sphinx et pour le remercier, les habitants de Thèbes le nomme roi et lui donnent la main de la reine veuve. La prédiction de l’oracle s’accomplit.

Pour en savoir plus, quelques lectures :

*Œdipe, de Corneille (1659)
*Œdipe, de Voltaire (1718)
*Œdipe, d’André Gide (1930)
*La Machine Infernale, de Jean Cocteau (1934)

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Samedi 6 février 2010 Par Raspoutine dans Vos oeuvres

Hallucinations matinales en gueule de bois majeure, par Raspoutine


Je crois que ces lignes vacillantes et poignantes écrites par une inconnue se passent de commentaires; je vous laisse donc plonger dans le texte, et vous invite à le relire plus d’un fois car cette « chute du corps » nous entraine avec tant de douceur qu’il est bien agréable d’y replonger encore et encore.

Hallucinations matinales en gueule de bois majeure

Des bouteilles vides et des cendriers pleins
Un corps pâle et tremblotant en travers du sol
Se relève, un pas, deux, trois, quatre
Une tentative de chute du corps
Deux autres pas et s’effondrant
Des couleurs passent devant les yeux clos
Elles s’assemblent et prennent la forme d’un visage
Qui m’allonge sur le dos.
Un corps comme liquide se répand sur le mien
Je tente de le saisir il se dérobe
J’abandonne il se presse plus fort contre moi
Un frisson
Comme un ressac qui m’emporte
Un va et vient incessant
De l’écume au bord des lèvres
Le ressac me retient
Il se dévoile, me dévoile et nous traversons
J’ouvre les yeux
Seul
Un goût de sel sous la langue.
Je me relève : deux pas.

par Raspoutine.

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Vendredi 28 août 2009 Par Hazel dans Littérature

Baudelaire – Spleen de Paris

Le Spleen de Paris est un recueil auquel Baudelaire consacre les dernières années de sa vie et qui sera publié intégralement deux ans après sa mort , en 1869 (NDLR).

Il faut d’abord éclaircir une chose : ces poèmes ne sont pas écrits en mode poésie comme les textes de St-John-Perse, Macé, et plusieurs autres le sont. Ce sont des sujets qui, à travers les cinquante textes, ont interpelés l’auteur par leur singularité — beauté, laideur, cynisme, étrangeté, etc. — et ont justifiés leurs places dans ce recueil, qui traite donc poétiquement ou comme les sujets d’un poème classique les thèmes retenus, mais avec une écriture prosaïque. Donc, ces textes sont un format rétréci de la nouvelle et même du roman, et on peut leur conférer le titre de poèmes pour leur densité et l’impression qu’ils laissent. Sinon, il faudrait se poser la question : comment appelle-t-on ces courts textes, qui deviendront si personnels et poétiques avec les Illuminations (recueil de 54 poèmes composés par Arthur Rimbaud entre 1872 et 1875, NDLR), si ce n’est qu’ils sont des poèmes en étant l’ancêtre des poésies en prose, voire le germe et la première racine? Baudelaire n’a-t-il pas été le premier à donner le titre de Petits Poèmes en Prose à cette même œuvre qui fut la première à oser cette forme de textes et de poésie ?

C’est toute la définition de la prose poétique qui s’éclaire à la lecture de ces textes. Oui, il y a une certaine densité, mais nous sommes loin des successeurs. Il y a, avec ces textes, une base à laquelle nous pouvons revenir : une prose plus détendue et moins poétique, mais qui rappelle que l’important est de bien choisir son sujet, puisque l’on lui confère l’étiquette de poésie d’emblée.

La préface et l’introduction, qui font ensemble 100 pages, tentent de retracer les origines premières des poèmes en prose ou de la prose poétique et, en éludant Nerval, par exemple, passe droit à côté du but. Déjà, jadis, certains romans affectionnaient un style affecté, comme À rebours (roman de Joris-Karl Huysmans paru en 1884, NDLR), mais Baudelaire fut un des premiers à casser ou former le moule pour les générations suivantes. Voilà un des intérêts indéniables de ce livre. Baudelaire était un créateur hors-pair. Et la suprême pertinence des valeurs romantiques gardent ce livre d’une actualité cuisante. En sont témoins les poèmes sur Paris, sur la société, sur l’art, sur la vie pauvre ou riche, etc, etc.

Les amateurs de prose narrative seront servis, comme avec le tome de la Pléiade contenant tous les courts textes de Kafka, mais pour la poésie, il faut aimer le Romantisme ou aller vers des formules plus métaphoriques des Fleurs du mal (recueil de poèmes de Baudelaire, publié en 1857, NDLR). C’est en quelque sorte la poésie mise à nue, sans carcan ou corset, et la prose qui danse entre prosaïsme et poésie. Baudelaire a le mérite d’avoir le premier découvert cette forme dont on ne peut maintenant se passer.

par Frédéric Marcotte.

L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?
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Jeudi 4 juin 2009 Par Hazel dans Littérature

Beckett – En attendant Godot

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En attendant Godot, écrite par Samuel Beckett entre 1948 et 1949, et publiée en 1952 est une pièce de théâtre en deux actes s’inscrivant dans le courant du théâtre de l’absurde. C’est l’œuvre la plus célèbre de l’écrivain. Vladimir et Estragon, deux vagabonds, attendent un certain Godot, un homme qui a promis de leur aider, mais qui ne vient pas. Les deux amis se demandent s’ils sont au bon endroit et au bon moment du rendez-vous. Derrière ce Godot, qui tarde à venir, nous pouvons voir God, Dieu, ce dieu qu’ils attendent sans trop d’espoir; cependant Beckett s’est toujours opposé à cette interprétation, « Si j’avais voulu faire entendre cela, je l’aurais appelé Dieu, pas Godot ». A sa sortie, la pièce fut l’objet d’un véritable scandale. Lors des premières représentations, la moitié du public quittait la salle à la fin du premier acte. L’autre moitié huait les comédiens. Et c’est grâce à cela que la pièce est devenue célèbre, les gens allaient voir le scandale.

En attendant Godot occupe la 12ème place dans le classement des 100 meilleures œuvres littéraires du XXème siècle établi par la Fnac et le monde en 1999. Sur la quatrième de couverture, qui est une lettre de Beckett adressée a Michel Polac (critique, romancier et cinéaste français) nous pouvons lire ceci : « Je n’ai pas d’idées sur le théâtre. Je n’y connais rien. je n’y vais pas. [...] Je ne sais pas plus sur la pièce que celui qui arrive à la lire avec attention. [...] Je ne sais pas plus sur les personnages que ce qu’ils disent, ce qu’ils font et ce qui leur arrive. [...] Je ne sais pas qui est Godot. Je ne sais même pas, surtout pas, s’il existe. »

Voilà un extrait de la pièce :

ESTRAGON. – Je suis fatigué. (Un temps.) Allons-nous-en.
VLADIMIR. – On ne peut pas.
ESTRAGON. – Pourquoi ?
VLADIMIR. – On attend Godot.
ESTRAGON. – C’est vrai. (Un temps.) Alors comment faire ?
VLADIMIR. – Il n’y a rien à faire.
ESTRAGON. – Mais moi je n’en peux plus.
VLADIMIR. – Veux-tu un radis ?
ESTRAGON. – C’est tout ce qu’il y a ?
VLADIMIR. – Il y a des radis et des navets.
ESTRAGON. – Il n’y a plus de carottes ?
VLADIMIR. – Non. D’ailleurs tu exagères avec les carottes.
ESTRAGON. – Alors donne-moi un radis (Vladimir fouille dans ses poches, ne trouve que des navets, sort finalement un radis qu’il donne à Estragon qui l’examine, le renifle.) Il est noir !
VLADIMIR. – C’est un radis.
ESTRAGON. – Je n’aime que les roses, tu le sais bien !
VLADIMIR. – Alors tu n’en veux pas ?
ESTRAGON. – Je n’aime que les roses !
VLADIMIR. – Alors rends-le-moi.
Estragon le lui rend.
ESTRAGON. – Je vais chercher une carotte.
Il ne bouge pas.
VLADIMIR. – Ceci devient vraiment insignifiant.
ESTRAGON. – Pas encore assez.
Silence.
VLADIMIR. – Si tu les essayais ?
ESTRAGON. – J’ai tout essayé.
VLADIMIR. – Je veux dire, les chaussures.
ESTRAGON. – Tu crois ?
VLADIMIR. – Ca fera passer le temps. (Estragon hésite.) Je t’assure, ce sera une diversion.
ESTRAGON. – Un délassement.
VLADIMIR. – Une distraction.
ESTRAGON. – Un délassement.
VLADIMIR. – Essaie.
ESTRAGON. – Tu m’aideras ?
VLADIMIR. – Bien sûr.
ESTRAGON. – On ne se débrouille pas trop mal, hein, Didi, tous les deux ensemble ?
VLADIMIR. – Mais oui, mais oui. Allez on va essayer la gauche d’abord.
ESTRAGON. – On trouve toujours quelque chose, hein, Didi, pour nous donner l’impression d’exister?
VLADIMIR (impatiemment). – Mais oui, mais oui, on est des magiciens. Mais ne nous laissont pas détourner de ce que nous avons résolu. (Il ramasse une chaussure.) Viens, donne ton pied. (Estragon s’approche de lui, lève le pied.) L’autre, porc ! (Estragon lève l’autre pied.) Plus haut ! (Les corps emmêlés ils titubent à travers la scène. Vladimir réussit finalement à lui mettre la chaussure.) Essaie de marcher. (Estragon marche.) Alors ?
ESTRAGON. – Elle me va.

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Mercredi 13 mai 2009 Par Novembre dans Littérature

Maïakovski – Le Nuage en pantalon

http://le-hangar.cowblog.fr/images/vladimirmaiakovskilenuageenpantalon.jpgVladimir Maïakovski, si loin de cette postérité qu’ont les Hugo, les Eluard, les Aragon, et pourtant, une telle initiative poétique, une telle révolution dans le style, l’expression et surtout la vision si originale de ces choses qu’on a mille fois vues et revues en poésie ! Il est le fondateur de ce qu’on appelle le cubo-futurisme (futurisme russe), non pas un courant, mais une attitude poétique, un rejet des traditions esthétiques en littérature. Maïakovski sait dire amour et femmes, religiosité et incrédulité, art et hypocrisie, société et individualité, en même temps. Son style est très particulier, très oral, et élévateur sans forcément aller chercher de magnifiques mots tout droit sorti d’un dictionnaire des synonymes. Et bien que ce monsieur écrivit en Russe, sa traduction française est remarquable et le style oral (pas de rimes, même en langue d’origine, et des vers déstructurés comme on les aime) passe tout à fait bien en français, et je pense dans toutes les langues. Ici, dans le nuage en pantalon, Maïakovski pousse un cri retentissant, contre la société, l’art, la religion, l’amour. En quelque sorte, ce recueil est considéré comme le manifeste du futurisme : contestation de toutes les impositions dans l’art, mais aussi donc au point de vue social, religieux ou les stéréotypes amoureux, remplacement de la nature par la ville bruyante et agressive.

Je tenais pour illustrer mes propos, à citer quelques vers.

Tout d’abord, voici dans son prologue, les tous premiers vers :
Votre pensée,
qui rêvasse sur votre cervelle ramollie,
tel un laquais obèse sur une banquette graisseuse,
je m’en vais l’agacer
d’une loque de mon coeur sanguinolent
et me repaître à vous persifler, insolent et caustique.

Maïakovski commence fort, en précisant implicitement à qui les mots de ses poèmes devront profiter. On sait, qu’à son époque, et en 1910 en particulier (Le nuage en pantalon parait en 1914), le symbolisme russe, courant alors mille fois prôné et imposant ses propres directives à la poésie comme étant celles à suivre pour faire de l’art, tend à s’essoufler et est sévèrement remis en cause par toute la nouvelle génération littéraire.

Ensuite, dans le quatrième poème :
Bébé !
N’aie donc pas peur
si mon cou de taureau
porte un monceau humide de femmes au ventre en sueur
- c’est que je traîne dans ma vie
d’énormes amours propres par millions
et un milliard de sales amortons.
Drôle de façon de déclarer sa flamme…

En somme, Maïakovski résume lui même son Nuage en pantalon : « À bas votre amour, à bas votre art, à bas votre société, à bas votre religion ».
Je vous conseille et re-conseille ce recueil que vous trouverez pour un prix ridicule dans toutes les bonnes libraires et qui est vraiment ce qu’il y a de mieux pour s’initier à cette poésie déstructurée, changeante, en un mot : futuriste.

Pour les russophones, vous pouvez lire le recueil en cyrillique en cliquant ici.

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