Le Club des Incorrigibles Optimistes – Jean Michel Guenassia

« Je préfère vivre en optimiste et me tromper, que vivre en pessimiste et avoir toujours raison »( Anonyme)
Cet exergue en guise de préliminaire pourrait suffire à résumer la » substantifique moelle » de ce roman. Mais ce serait vous priver de moments délicieux passés en tête à tête avec le narrateur et la riche compagnie dont il s’entoure… Mieux vaut prendre le temps de lire ces pages en les dégustant comme il convient.
Il s’agit là encore d’un premier roman édité par un auteur de 59 ans ! En réalité Jean Michel Guenassia n’est pas un débutant en écriture, puisqu’il a signé au cours de sa carrière quelques scénarii pour la télévision ainsi que des pièces de théâtre, sans compter un roman policier publié en 1986. En cela, son écriture est celle d’un écrivain confirmé, au style direct, au poids des mots justement pesé; au fil des sept cent cinquante pages l’ensemble coule avec beaucoup d’aisance, le roman se quitte à regret.
Le récit s’organise comme la chronique de la vie d’un jeune garçon, d’Octobre 1959 à Juillet 1964. Michel Marini, le narrateur, revient sur les années décisives de son adolescence, après les retrouvailles tardives d’un ami perdu de vue. Cette rencontre ravive le souvenir d’une période capitale dans la formation du narrateur, quatre années riches d’événements historiques et familiaux…
Michel habite avec sa famille le quartier latin et suit les cours du fameux lycée Henri IV. Sa mère intransigeante « porte la culotte », son père, plus souple, arrondit parfois les angles, et Michel souffre d’une éducation où les préoccupations professionnelles de ses parents sont accentuées par la rigueur ambiante. Il affiche sa rébellion précoce en escapades buissonnières qui le mène de son lycée, H IV, jusqu’à ce bistrot de la place Denfert- Rochereau, le Balto, où il rencontre les membres de ce mystérieux Club aux règles tacites et incontournables. Cependant, la vie du jeune Michel n’est pas seulement consacrée au baby-foot et aux échecs, ainsi qu’aux efforts pour éviter le surveillant général de son sélect lycée; comme tout jeune homme, d’autres émotions le guettent : histoires de famille compliquée,concernée directement par la tournure des événements en Algérie . Michel a un grand frère, Franck, qu’il admire infiniment, comme tout cadet qui se respecte. Pourtant, le parcours de cet aîné et la fréquentation de ses amis Pierre et Cécile constituent également pour le narrateur une ouverture sur le monde en même temps que la confrontation aux circonstances historiques qui bouleversent la France en cette période particulière. L’adolescent explore les multiples facettes de l’amitié, expérimente à la fois la solidarité et la complicité compassionnelles, la trahison et les meurtrissures de l’amour, autant d’initiations grandeur nature qui forgent son passage à la maturité.
Voilà les éléments qui nourrissent ce récit vif et coloré, sensible et dense. Si Jean Michel Guenassia saisit le point de vue d’un adolescent, il démontre habilement comment la fréquentation des membres du Club des Incorrigibles Optimistes constitue un contrepoint déterminant dans son initiation à la complexité du monde. Il parvient à embrasser sans fausse naïveté les arcanes de ce groupe d’hommes lestés d’expériences amères, qui tentent de transmettre leur Optimisme, comme un ultime sursaut contre l’adversité…. De ce fait, le déracinement des membres du Club est traduit avec véracité aux limites du cynisme et d’une auto-dérision qui rafraîchit le récit et nous attache à ces personnages originaux.
En filigrane de ce récit personnel, Jean Michel Guenassia dresse un tableau percutant de la période, de la fascination pour le rock’n roll aux sursauts engagés des intellectuels, des drames de la décolonisation aux fractures politiques du bloc de l’Est, tout est humainement rapporté par le regard généreux d’un écrivain qui était alors à peine plus jeune que son personnage.
Je vous invite donc à la lecture de cet ouvrage dense qui se lit avec passion.
Ce livre a obtenu le Goncourt des Lycéens en 2009


Premier volume de l’immense série des Rougon-Macquart de Zola, la Fortune des Rougon est publié en 1871. Cette œuvre nous plonge dans l’ambiance de la première moitié du XIXème siècle, et notamment du coup d’état de Napoléon III en 1851, qui préfacera la période étudiée par Zola, le Second Empire. La trame de l’histoire, comme dans beaucoup de romans de notre naturaliste préféré, est menée par plusieurs personnages à la fois. Ainsi, on suivra l’évolution généalogique de la famille, minutieusement décrite de façon scientifique par Emile Zola, cherchant dans l’hérédité naturelle l’explication à des faits (ir)rationnels. L’amour, le sang, l’avidité, la modestie, tout autant de valeurs contradictoires se mêlent et opposent chacun des personnages à un ou plusieurs autres. Antoine Macquart et Pierre Rougon, demi-frères, divergent sur tous les points : politique, réussite, situation, intelligence, bon sens, prudence…
« Vous avez raté votre vie ? Avec nous, vous réussirez votre mort ! » Tel est le slogan du Magasin des Suicides (livre de Jean Teulé, publié en 2007) boutique que la famille Tuvache tient depuis dix génération, où sont vendus les plus divers outils de suicide, allant de la corde pour se pendre jusqu’à la panoplie de harakiri. Tout se déroule correctement dans cette famille, dans la monotonie et le dégout de vivre, jusqu’à ce qu’arrive Alan, le dernier des enfants de la famille.



