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Dimanche 27 septembre 2009 Par Hazel dans Littérature

Madame de Lafayette – La Princesse de Clèves

Rien n’est plus incontestable dans la littérature française que le chef-d’œuvre paru en 1678 qu’est la Princesse de Clèves. Étudié au lycée ou en classes préparatoires littéraires, blâmé par le Président de la République ou vanté par les professeurs, le livre n’a jamais fait l’unanimité, mais ce roman historique marque le début de l’ère du roman moderne. Premier roman d’apprentissage, premier roman d’analyse, La princesse de Clèves est une œuvre savamment façonnée par Madame de Lafayette. Les caractéristiques de l’esprit classique y règnent dans chacune des phrases écrites et travaillées avec soin, l’héroïne, la princesse de Clèves peut être comparée à la Phèdre de Racine, personnage tragique, déchirée entre la passion et la vertu, entre l’amour et la fidélité, ce roman n’est qu’un théâtre, le regard et la vision y sont omniprésents et nous sommes comme sur scène, jamais indifférents, en train d’admirer Madame de Clèves et son combat incessant contre elle-même.

L’histoire – tragique – est parsemée de moment clés célèbrissimes, qui ont fait l’objet de nombreuses études. En effet, à travers cette oeuvre clé, l’auteur a su meler à la perfection la vie mondaine de la cour d’Henri II à l’histoire fictive de cette princesse à la beauté et à la conduite  incontestables, tombée amoureuse malgré elle du plus bel homme de la cour, Monsieur de Nemours. La princesse de Clèves est un personnage en constante évolution psychologique et sentimentale, et elle acquiert à travers les pages, une maturité et une sagesse à travers lesquelles est enseignée une leçon de la bienséance de l’époque.

Il existe deux adaptations en film, la première, quasi fidèle au livre est La Princesse de Clèves de Jean Delannoy, avec Jean Marais et Marina Vladi, et la deuxième, transposée à notre époque dans une cour de lycée, sorti en 2008 : La Belle Personne de Christophe Honoré.

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Dimanche 20 septembre 2009 Par Hazel dans Littérature

Cohen – Le Livre de ma Mère

Le Livre de ma mère (1954), c’est le témoignage troublant d’un homme subitement redevenu ce petit garçon amoureux de sa mère, après la mort de celle-ci. Ce roman autobiographique d’Albert Cohen est sous la forme d’un récit à la première personne, à sa personne, c’est-à-dire l’auteur lui-même, qui nous conte sa merveille de mère, si dévouée et amoureuse de son fils tout comme de la loi juive, si sensible et si drôle, prête à faire n’importe quel sacrifice pour le bonheur de son enfant unique. On se plonge dans l’enfance et l’adolescence de l’auteur, riches en expériences malgré une longue période passée sous les jupons de sa mère. Cohen nous raconte aussi ses regrets, ces disputes qu’il aurait pu lui éviter, les moments où il lui en a voulu, pour si peu, et où il a été méchant avec elle. Derrière cette liaison si passionnelle, on découvre un Cohen extrêmement proche de son personnage Solal (voir Belle du Seigneur), un peu fou, plein d’amour et de passions, de générosité, et dans un rapport mère-enfant très proche de l’amour réel. D’autre part, la vision de la mort et de la vie de l’auteur ressort très largement, et elle en devient presque gênante, tant la mort qui vient tous nous prendre est présente et revient sans cesse comme un glas sonnant, à chaque fin de paragraphe. Un livre à lire, dans la lignée des grandes autobiographies.

Voilà un extrait de ce livre poignant :
Amour de ma mère. Jamais plus je n’irai, dans les nuits, frapper à sa porte pour qu’elle tienne compagnie à mes insomnies. Avec la légèreté cruelle des fils, je frapperais à deux heures ou trois heures du matin et toujours elle répondait, réveillée en sursaut, qu’elle ne dormait pas, que je ne l’avais pas réveillée. Elle se levait aussitôt et venait en peignoir, trébuchante de sommeil, me proposer son cher attirail maternel, un lait de poule ou même de la pâte d’amandes. Faire de la pâte d’amandes à trois heures du matin pour son fils, quoi de plus naturel ? Ou bien, elle proposait un bon petit café au lait bien chaud que nous boirions gentiment ensemble en causant infiniment. Elle ne trouvait rien de déraisonnable à boire du café avec moi, au pied de mon lit, à trois heures du matin, et à me raconter jusqu’à l’aube d’anciennes disputes familiales, sujet en lequel elle était experte et passionnée.

Voir aussi, du même auteur : Belle du Seigneur.

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Vendredi 28 août 2009 Par Hazel dans Littérature

Baudelaire – Spleen de Paris

Le Spleen de Paris est un recueil auquel Baudelaire consacre les dernières années de sa vie et qui sera publié intégralement deux ans après sa mort , en 1869 (NDLR).

Il faut d’abord éclaircir une chose : ces poèmes ne sont pas écrits en mode poésie comme les textes de St-John-Perse, Macé, et plusieurs autres le sont. Ce sont des sujets qui, à travers les cinquante textes, ont interpelés l’auteur par leur singularité — beauté, laideur, cynisme, étrangeté, etc. — et ont justifiés leurs places dans ce recueil, qui traite donc poétiquement ou comme les sujets d’un poème classique les thèmes retenus, mais avec une écriture prosaïque. Donc, ces textes sont un format rétréci de la nouvelle et même du roman, et on peut leur conférer le titre de poèmes pour leur densité et l’impression qu’ils laissent. Sinon, il faudrait se poser la question : comment appelle-t-on ces courts textes, qui deviendront si personnels et poétiques avec les Illuminations (recueil de 54 poèmes composés par Arthur Rimbaud entre 1872 et 1875, NDLR), si ce n’est qu’ils sont des poèmes en étant l’ancêtre des poésies en prose, voire le germe et la première racine? Baudelaire n’a-t-il pas été le premier à donner le titre de Petits Poèmes en Prose à cette même œuvre qui fut la première à oser cette forme de textes et de poésie ?

C’est toute la définition de la prose poétique qui s’éclaire à la lecture de ces textes. Oui, il y a une certaine densité, mais nous sommes loin des successeurs. Il y a, avec ces textes, une base à laquelle nous pouvons revenir : une prose plus détendue et moins poétique, mais qui rappelle que l’important est de bien choisir son sujet, puisque l’on lui confère l’étiquette de poésie d’emblée.

La préface et l’introduction, qui font ensemble 100 pages, tentent de retracer les origines premières des poèmes en prose ou de la prose poétique et, en éludant Nerval, par exemple, passe droit à côté du but. Déjà, jadis, certains romans affectionnaient un style affecté, comme À rebours (roman de Joris-Karl Huysmans paru en 1884, NDLR), mais Baudelaire fut un des premiers à casser ou former le moule pour les générations suivantes. Voilà un des intérêts indéniables de ce livre. Baudelaire était un créateur hors-pair. Et la suprême pertinence des valeurs romantiques gardent ce livre d’une actualité cuisante. En sont témoins les poèmes sur Paris, sur la société, sur l’art, sur la vie pauvre ou riche, etc, etc.

Les amateurs de prose narrative seront servis, comme avec le tome de la Pléiade contenant tous les courts textes de Kafka, mais pour la poésie, il faut aimer le Romantisme ou aller vers des formules plus métaphoriques des Fleurs du mal (recueil de poèmes de Baudelaire, publié en 1857, NDLR). C’est en quelque sorte la poésie mise à nue, sans carcan ou corset, et la prose qui danse entre prosaïsme et poésie. Baudelaire a le mérite d’avoir le premier découvert cette forme dont on ne peut maintenant se passer.

par Frédéric Marcotte.

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Dimanche 23 août 2009 Par Novembre dans Vos oeuvres

Faites de la musique, par Mémé Nénette

Et voilà, le grand retour du Hangar est sonné avec ce texte de Mémé Nénette qui a convaincu le jury ! Nous vous rappelons que vous pouvez nous envoyer vos textes, comme Mémé Nénette, afin de les voir publier sur le Hangar; pour avoir plus d’informations rendez vous sur Comment publier dans le Hangar ?. N’oubliez pas que vous pouvez aussi nous envoyer vos critiques de livres ainsi que vos chroniques s’étendant sur tous types d’arts. Si vous souhaitez nous contacter afin de nous envoyer un texte ou pour nous poser une question, rendez-vous sur le formulaire de contact.

Faites de la musique

L’avantage des anniversaires, c’est que l’on peut picoler sans compter les verres. On a le droit. C’est le seul jour de l’année où je peux l’avouer. J’ai terminé la bouteille de Suze, mais je ne me sentais pas assez saoule, alors, j’ai entamé la bouteille de Calvados. Elle va en faire une tête, Marinette, mon aide-ménagère, quand elle verra ça! Je vais avoir droit à la grande morale. « A votre âge, c’est pas raisonnable, et puis avec vos problèmes de hanches… » A chaque fois, j’ai envie de lui répondre que je ne bois pas avec mes hanches, mais j’aurais droit à d’interminables remontrances. Elle est tellement tarte, qu’elle ne soupçonnerait même pas que je me fous de sa gueule. Elle m’expliquerai par A+B, le lien lointain de cause à effet de ma bouteille de Suze, aux hanches qui s’usent.

En tout cas, c’est vrai que j’étais bien éméchée! Je ne me souviens même pas m’être couchée. Et comme à chaque anniversaire, toute seule, j’ai parlé, je me suis raconté mon passé. J’ai mis un vieux disque de Joe Dassin, mais ça m’a fait pleurer, alors je l’ai rangé. La chanson: Les petits Pains au Chocolat, me fait pleurer. Cette chanson passait à la radio quand j’ai appris la mort d’Henri. Henri, c’est celui avec qui j’aurais dû passer ma vie….

Après la guerre, j’ai épousé Marcel. J’avais vingt-trois ans, il fallait se dépêcher. Henri était dans la Résistance, il ne revenait pas, tout le monde disait qu’il était mort. Il est revenu, j’étais engagée. Il a épousé Coralie, la voisine d’en face. Lui et moi, on se voyait par la fenêtre, on se souriait. Depuis tout jeunes, on s’aimait…

Enfin! C’est loin tout ça! J’ai donc arrêté d’écouter Les petits Pains au Chocolat et j’ai mis un disque de Barbara: Il pleut sur Nantes. J’ai le sens de la mise en scène, tout de même. On ne pleure pas sur Les petits Pains au Chocolat, mais sur du Barbara, on a le droit.

Par Mémé Nénette.

Avis et critiques sont bienvenus.

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Vendredi 26 juin 2009 Par Hazel dans Littérature

Queneau – Exercices de style

Voilà un livre qui a été écrit pour les amoureux de l’écriture plus que pour les amoureux de la lecture. En effet, le titre Exercices de Style n’est pas un jeu de mots même si Raymond Queneau aime parfois en abuser pour notre plus grand bonheur ; au contraire, il est à prendre au sens propre. Cet ouvrage, paru en 1947 est l’un des plus célèbres de l’auteur, il retrace de 99 façons différentes une seule et même histoire très simpliste et sans péripéties d’environ une page. Parmi elles, Récit (façon roman), Comédie (façon théâtre), Anagramme (en mélangeant les lettres de chaque mot), Italianisme (en écrivant chaque mot avec l’accent italien)… et 95 autres façons, plus faramineuses et rocambolesques les unes que les autres. Ce livre est un excellent exemple précurseur du mouvement Oulipo (Ouvroir de Littérature Potentielle, fondé en 1960) donc Queneau sera l’un des fondateurs.

Je ne peux que vous conseiller ce livre, qui m’a permis de découvrir des styles que je ne connaissais pas, et qui libère l’imagination à laisse place à la fusion d’idées que ce soit en matière d’écriture ou de tout autre type de création. Vous verrez par vous même.

Autres livres de cet auteur : Pierrot mon Ami.

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