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Samedi 6 février 2010 Par Raspoutine dans Vos oeuvres

Hallucinations matinales en gueule de bois majeure, par Raspoutine


Je crois que ces lignes vacillantes et poignantes écrites par une inconnue se passent de commentaires; je vous laisse donc plonger dans le texte, et vous invite à le relire plus d’un fois car cette « chute du corps » nous entraine avec tant de douceur qu’il est bien agréable d’y replonger encore et encore.

Hallucinations matinales en gueule de bois majeure

Des bouteilles vides et des cendriers pleins
Un corps pâle et tremblotant en travers du sol
Se relève, un pas, deux, trois, quatre
Une tentative de chute du corps
Deux autres pas et s’effondrant
Des couleurs passent devant les yeux clos
Elles s’assemblent et prennent la forme d’un visage
Qui m’allonge sur le dos.
Un corps comme liquide se répand sur le mien
Je tente de le saisir il se dérobe
J’abandonne il se presse plus fort contre moi
Un frisson
Comme un ressac qui m’emporte
Un va et vient incessant
De l’écume au bord des lèvres
Le ressac me retient
Il se dévoile, me dévoile et nous traversons
J’ouvre les yeux
Seul
Un goût de sel sous la langue.
Je me relève : deux pas.

par Raspoutine.

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Jeudi 4 février 2010 Par A. dans Littérature

Fante – Demande à la poussière

Demande à la poussière couvertureDemande à la poussière n’est pas le genre de choses que l’on calcule. Il est ce genre de livres dont on n’entend rien que l’on choisit dans le rayon d’une librairie puis qu’on ouvre une fois chez soi. Il est un livre dont on n’attend rien. Juste un peu d’évasion, quelques courses improbables dans un autre bout du monde qui peut être attachant, en plein hiver. Un ailleurs chaud, un duvet, une soupape. Pourquoi lui ? Le titre sans doute, si énonciateur, on aimerait penser qu’il nous interpelle, qu’il est un clin d’œil ironique. C’est le magnétisme. Il est de ces livres que, un jour, on trouve dans sa boîte aux lettres, que l’on ne sait pas de la part de qui c’est. Le cœur bat, la montée des marches jusqu’à la chambre est fébrile. On a reçu un livre par la poste, d’un inconnu, il a un titre, c’est tout un monde.

Entendons-nous bien, avant d’ouvrir le livre, on est quelqu’un et puis à la première ligne on est quelqu’un d’autre. Marqué par la virtuosité simple des mots que l’on lit. Demande à la poussière devient alors, au-delà d’un livre, une évidence dans laquelle on finit par s’identifier porté par l’atmosphère lourde que met en place l’auteur. Ce livre est un fantasme à lui tout seul. Il est un résultat. Une vision neuve d’un Big Bang littéraire. Charles Bukowski, qui préface l’œuvre, déclare :

« Un jour j’ai sorti un livre, je l’ai ouvert et c’était ça. Je restai planté un moment, lisant et comme un homme qui a trouvé de l’or à la décharge publique. J’ai posé le livre sur la table, les phrases filaient facilement à travers les pages comme un courant. Chaque ligne avait sa propre énergie et était suivie d’une semblable et la vraie substance de chaque ligne donnait forme à la page, une sensation de quelque chose sculpté dans le texte. Voilà enfin l’homme qui n’avait pas peur de l’émotion. »

Demande à la poussière ? Une idée alternative de ces quelques lettres : CQFD. Après tout, si l’on se penche sur le titre, que demander de plus à la poussière que l’histoire du monde. Que de nous raconter la vie, la vraie, celle que l’on ne connait pas que l’immobilisme terriens sait et ne révèle jamais.

Cette espèce de grâce, d’absolu, se retrouve dans ce que raconte Demande à la poussière. S’il est dur de résumer un livre aussi touchant de simplicité, on peut dire qu’au travers des pages, on suit un homme – Arturo Bandini – aux prises avec son rêve : être écrivain. L’histoire est conté sur fond d’Ouest sauvage, de poussière et de sècheresse dans un Los Angeles qui n’a rien d’accueillant loin du clinquant qu’on peut lui reconnaître. On suit le héros, véritable alter ego de l’auteur lui même, errer dans les rues de Los Angeles où il s’est réfugié après s’être échappé de chez lui. On y voit son amour pour une serveuse mexicaine naître et le manger, et la première page de son roman rester désespérément blanche, à la recherche d’une quelconque idée. Les souvenirs du héros servent de second plan permanent dans lesquels Bandini (ou Fante) évacue l’aigreur de son enfance difficile dans le Colorado ; celle d’un fils d’immigré italien.

De la lecture ressort une étrange impression d’humanité. Comme si Fante, par l’intermédiaire de Bandini cherchant en vain quoi écrire, espérait trouver le sens de la vie sur terre. La fin brutale apparaît comme une nouvelle respiration tant l’ambiance mise en place par l’auteur est pesante, presque poisseuse. Cette fin nous donne la possibilité de relativiser sur l’importance des “épreuves” de la vie. Sur le fait même de les nommer ainsi, alors qu’ils ne restent en fin de compte qu’une série d’évènements. Au final, la puissance des mots, porté par un style baignant dans une fausse familiarité d’usage, de Fante et l’espoir qui en ressort restent dans l’atmosphère et planent au dessus de tout ; même de la chaleur oppressante du désert du Mojave dans laquelle vient mourir le livre sans réellement avoir réussi à pousser le héros hors de l’immobilisme flamboyant de l’errance. Le cœur au bord des lèvres, il faut le dire, bien sûr ce livre se ferme comme n’importe quel livre. Bien sûr qu’on meurt tous, même les héros, même les héros les plus célestes. Et pourtant, en chacun de nous qui voulons tant, qui souhaitons tant, écrire et être lu, il y a un Arturo Bandini, qui pousse et pousse à embrasser une vie qui n’est pas la débauche d’un Kerouac, d’un Ellis, mais qui pourtant est aussi percutant dans les images.

Le silence dure longtemps, j’ai la tête de la bonne femme sur les genoux, mes doigts jouent dans son nid, je compte les cheveux blancs. Remue-toi, Arturo ! Si Camillia Lopez te voyait comme ça, elle et ses grands yeux noirs, ton seul amour, ta princesse Maya… Oh, bon Dieu Arturo, qu’est ce que tu trimbales ! T’as peut-être écrit Le Petit Chien Qui Riait, mais c’est pour sûr que t’écriras jamais les Mémoires de Casanova. Qu’est ce que tu fabriques, planté là ? Tu nous couves un chef-d’œuvre ? Comme crétin tu te poses un peu là, Bandini !
Elle a levé les yeux et comme j’avais les yeux fermés elle ne pouvait pas lire mes pensées. Mais peut-être que si, justement. Peut-être que c’est pour ça qu’elle a dit : « T’es fatigué. Tu devrais faire un somme. » Peut-être que c’est pour ça aussi qu’elle a tiré le lit Murphy escamotable et insisté pour que je m’allonge dessus à côté d’elle, sa tête entre mes bras. Peut-être que c’est pour ça qu’elle a demandé, en étudiant mon expression :
« T’en aimes une autre c’est ça ? »
« Oui. Je suis amoureux d’une fille à Los Angeles. »
Elle m’a touché la figure.
« Je sais », elle a dit. « Je comprends. »
« Non, tu peux pas. »

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Jeudi 4 février 2010 Par Novembre dans Littérature

Aragon – Les cloches de Bâle

Les cloches de Bâle, roman écrit par Louis Aragon en 1934, premier tome du cycle du « Monde Réel », dresse le portrait de trois femmes, Diane de Nettencourt, Catherine Simonidzé et Clara Zetkin, à travers l’œil desquels le lecteur verra l’envergure des bouleversements que connut le début du XXème siècle, tant dans son organisation sociale, sur le plan Français, que dans ses relations internationales, sur le plan mondial.

Diane de Nettencourt naît de la petite noblesse, ruinée au cours du XIXème siècle, par la prise de pouvoir bourgeoise et industrielle; cependant, c’est par les hommes et son extrême beauté alliée à sa vivacité d’esprit qu’elle va réussir son ascension sociale la menant tout au haut de l’aristocratie, alors que la particule même de son nom de famille ne valait alors plus grand chose. C’est une nouvelle femme du XXème siècle, elle choisit elle-même ses fiancés, se démarquant des habitudes de la noblesse et assure à elle seule la remontée sociale de toute sa famille. Très bien entourée, maîtresse du grand industriel Wisner, elle ne sera donc pas même inquiétée lorsque l’activité honteuse de son mari, Georges, un usurier, sera dévoilée au grand jour et qu’elle devra, par « morale », le quitter.

Catherine Simonidzé est l’incarnation du féminisme dans le livre. Elle vit, comme sa mère, sur l’argent que leur envoie son père, resté en Géorgie où il gère ses puits de pétroles. Madame Simonidzé a élevé Catherine, mais non pas sa grande soeur Hélène – envoyée dans un pensionnat -, dans la haine du capitalisme et la ferveur donnée, de façon spirituelle en tout cas, au peuple ouvrier. Lors d’un voyage en Suisse, Catherine assiste à la mort d’un ouvrier d’à peine son âge, assassiné par ses patrons assaillis par la grève ; sa haine du patronat n’en sera que plus intensifiée et sa compassion pour le prolétariat en deviendra à ses yeux absolument pur. Mais, lorsqu’à Paris, elle sera directement en contact avec les milieux anarchiste, socialiste, communiste ouvriers, incarnés par Victor ou encore l’anarchiste Albert Libertad, elle ne pourra que constater qu’un fossé la sépare irrémédiablement de ceux qu’elle défend corps et âme : la pension du puits de Bakou, envoyée chaque mois par ce père dont elle ne sait quasiment rien.

Clara Zetkin apparaît comme l’incarnation d’un socialisme féministe et pacifique, intelligent et engagé. Cependant, si Aragon en fait, de par son regard externe sur son oeuvre, comme un des personnages majeurs des Cloches de Bâle, il n’en reste pas moins que la partie la concernant ne contient que trente pages et surtout juste une ébauche de ce qu’est le héros Clara Zetkin, femme politique allemande des XIXème et XXème siècles, fermement engagée contre la première guerre mondiale et pour la place des femmes dans l’organisation de la société.

Ce qui est intéressant dans ce roman, c’est la trame de l’histoire, extrêmement bien ficelée par Aragon pour chacune de ses héroïnes : se mêlent volontiers personnages imaginaires et réels, faits inventés et faits historiques, au milieu d’explications très poussées sur les contextes économiques et sociaux de la période du début du siècle. Le romancier réussit par ailleurs à donner à ses personnages des âmes et des parcours très complexes, très réalistes, mais aussi passionnants, puis il les fait tous se rejoindre indirectement, à la fin de son livre, lors du Congrès de Bâle, en 1912.

Autres livres de Louis Aragon sur le Hangar : Aurélien

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Jeudi 29 octobre 2009 Par Hazel dans Littérature

Barbey d’Aurevilly – Les Diaboliques

Parues en 1874, Les Diaboliques de Barbey d’Aurevilly sont le fruit de plus de 25 ans de travail. C’est un recueil de six nouvelles (dans l’ordre : Le rideau cramoisi, Le plus bel amour de Don Juan, Le bonheur dans le crime, Le dessous de cartes d’une partie de whist, A un diner d’athées, La vengeance d’une femme), qui nous racontent chacune une incroyable histoire où la femme tient le rôle de Diable, où l’amour est le fruit voire la victime de la vengeance, de l’adultère ou bien du meurtre. Toutes ces histoires diaboliques, sont racontées par un autre personnage de l’histoire (exceptée la dernière, La vengeance d’une femme), ce qui les rend encore plus enivrantes. Chaque fin, est inattendue et brusque; les femmes de ces nouvelles – contées comme à voix basse, telles des secrets – ont soif d’aimer pour le meilleur et surtout pour le pire. Le monde de la noblesse, qui règne dans ces récits est décadent, inactuel, ce qui les place dans un contexte passé de mode. Ce sont des mythes, des légendes, savamment écrit par une plume qui fait durer le suspens jusqu’à la dernière phrase tout en vous plongeant dans le magnifiquement sombre langage du romantisme noir.

Ce recueil, son plus célèbre, lui à valu de se voir accusé d’immoraliste, cependant Barbey d’Aurevilly s’est défendu en disant que c’est un roman catholique (en effet, il se considère comme romancier catholique, voir préface d’Une vieille maitresse, 1866), que «le catholicisme est la science du bien et du mal» et qu’il a tenté de montrer dans les Diaboliques «non seulement les ivresses de la passion mais ses esclavages». Pourtant, quatre jours après la parution de ce recueil, il a été retiré de la ventre pour cause d’atteinte à la morale publique.

Cette série de nouvelles devait avoir une suite, nous pouvons lire dans sa préface des Diabliques : « Voici les six premières ! Si le public y mord, et les trouve à son goût, on publiera prochainement les six autres ; car elles sont douze, comme une douzaine de pêches, — ces pécheresses ! », mais ce projet n’a pas abouti – et nous en sommes bien malheureux ! – et les six nouvelles devant faire partie du deuxième recueil n’ont jamais vu le jour.

Le style à la fois impeccable et macabre, l’imagination fantastique et effrayante de l’auteur, ont fait de ce livre un de mes préférés.

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Vendredi 11 septembre 2009 Par Hazel dans Art pictural

Alfons Mucha

D’origine tchèque, Alfons Mucha (1860 – 1939) est un artiste de la Belle Époque  qui est considéré comme le maître de l’Art nouveau. Refusé à l’age de dix-huit ans à l’Académie des Beaux-Arts de Prague, il est pris sous l’aile d’un compte qui le charge de décorer les murs d’un château et qui, impressionné par le talent évident de l’artiste, lui paye des études à l’Académie des Beaux-Art de Munich. C’est après avoir fini ses études en 1890, à 30 ans, que Mucha  s’installe à Paris et commence à travailler en tant qu’illustrateur et à graver son nom sur la grande muraille de l’histoire de l’Art.


Alfons Mucha – Affiche publicitaire pour le papier à cigarettes Job

La majorité de ses œuvres ce sont des affiches de théâtre (qu’il réalise pour Sarah Bernhardt, grande comédienne française, ce qui assure sa réputation) ou publicitaires (notamment pour le papier à cigarettes Job, mais aussi pour le champagne Moët, Nestlé…), mais il peint également des tableaux, dont une série connue intitulée L’épopée des Slaves, comportant 20 tableaux de 6m sur 8 représentant des scènes religieuses mystiques qu’il mit 18 ans à réaliser. Alfons Mucha, à travers ces tableaux, exprime son fort attachement à ses origines et met son talent au service de sa dévotion à la gloire des peuples slaves.

Alfons Mucha – L’apothéose des Slaves
(dernier tableau de la série L’Epopée des Slaves)

Il reçoit en 1900 la médaille d’argent pour le décor du pavillon de la Bosnie-Herzegovine pour l’Exposition Universelle. Il s’occupe aussi de l’illustration de livres, de la création de bijoux et de meubles et objets d’art ainsi que de billets de banque. Il est également engagé pour la cause religieuse, il crée notamment un vitrail (en 1931 pour une cathédrale de Prague) et illustre Notre Père.

Alfons Mucha, cet artiste au talent multiforme à marqué l’histoire de l’Art avec l’originalité, la diversité et l’engagement de ses œuvres.

Alfons Mucha – The Emerald

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