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Mardi 23 mars 2010 Par Novembre dans Littérature

Marc-Edouard Nabe, écrivain anti-éditeur

1/ Nabe – Ce Soir ou Jamais (22/03/2010)

Doué d’un talent exceptionnel, d’un franc-parler peu commun et d’un gros sens de la provoc’, Marc-Edouard Nabe fait son retour dans le milieu littéraire après quatre ans d’absences, mais d’une façon un peu particulière…

En effet, son retour sur la scène littéraire fait grand bruit : Nabe a récupéré les droits d’auteur d’une grande partie de ses œuvres (22 sur 28 ouvrages), et a décidé de s’auto-éditer en invoquant plusieurs raisons pour se justifier…

Tout d’abord, Nabe se dit scandalisé par la main mise des éditeurs sur leurs auteurs. Ce qu’il faut savoir, c’est que pour un livre publié, un auteur qui vend assez bien ne touche que 10% du prix de vente de son livre. C’est exactement le même ratio que celui attribué aux producteurs de lait. Ainsi, un auteur touchera 2€ par livre, le reste se partageant entre l’éditeur (60%) et le distributeur (les grandes librairies majoritairement, à hauteur de 30%). Depuis la crise économique qui frappe le monde, les éditeurs se sont d’ailleurs permis plus de liberté envers leurs auteurs qui vendent un peu moins bien que les Lévy et autres Gavalda : ils ne donnent plus que 8% à leurs auteurs. Rappelons à nos lecteurs que le marché des livres a généré plus de 4 milliards d’euros de chiffre d’affaire en 2009, contre 900 millions pour la musique. La crise ne touche pas le marché du livre qui a vu ses revenus augmenter de 4% de 2008 à 2009.

Deuxièmement, Nabe s’insurge contre les libertés prises par les éditeurs sur les textes mêmes de leurs auteurs : tels ou tels passages des livres peuvent être détournés, réécrits, car politiquement incorrects ou alors tout simplement peu vendeurs pour le livre. Marc-Edouard Nabe crie donc à la prise de liberté des écrivains, dénonçant les attitudes de « petits toutous » aux pieds des maisons d’éditions.

Les livres de Nabe sont aujourd’hui disponibles en vente sur son site internet seulement, il explique pouvoir ainsi gagner autant qu’avant en vendant 10 fois moins. Les questions sur la réelle motivation des écrivains peuvent venir, seulement, il faut rappeler qu’un écrivain comme tout homme a besoin de vivre. Aujourd’hui, nombreux sont les écrivains (surtout dans le milieu de la poésie) à cotiser au RMI. Il faut s’éloigner des gros poissons de l’édition, comme Marc Lévy ou Amélie Nothomb pour s’en rendre compte. Un écrivain est un moteur de la société, il fournit du divertissement, de la réflexion à tout le peuple intéressé. Il travaille sur une œuvre pendant plusieurs mois, parfois des années, sans avoir la certitude de la vendre et de toucher assez de ses 10% pour pouvoir vivre. Le métier d’écrivain reste discutable, mais pour ma part, je pense que la position de Nabe est légitime.

Il faut aussi noter que ce sont les éditeurs et non pas les écrivains qui conservent les droits d’auteurs de ces derniers, même après leur propre mort. Ainsi, pour l’utilisation d’un livre afin de faire un film, l’auteur ne touchera quasiment rien, sinon la promotion qu’il pourra éventuellement faire pour aider à la vente du film.

Nabe est aujourd’hui détenteur de ses propres droits d’auteur, et propre vendeur de ses livres, une démarche, qu’en mon propre nom, je soutiens totalement. Son dernier livre, L’homme qui arrêta d’écrire, est sorti le 14 janvier 2010.
Son site web : www.marcedouardnabe.com

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Samedi 20 mars 2010 Par Novembre dans Littérature

Steinbeck – Des souris et des hommes

C’est Raspoutine qui m’a amené ce bouquin l’autre jour. « C’est pas mal, me dit-il. Tu peux le lire dans le tram, à l’aller et au retour ». Bon, moi j’ai préféré le dévorer dans mon lit, bien au chaud. Mais alors, je l’ai vraiment dévoré.

Des souris et des hommes, c’est le septième roman de John Steinbeck. Publié en 1937 c’est aussi un de ceux qui ont fait sa renommée mondiale et sont devenus des œuvres de références de la littérature américaine du 20ème siècle. L’histoire nous parle de deux types : un maigre et petit, George, assez vif d’esprit, un peu hargneux, et un gros et grand, Lennie, puissant comme un remorqueur, mais aussi sensible qu’une fillette et idiot comme pas deux. Leur point commun : ils voyagent ensemble. Notre point commun avec eux : comme eux, on ne sait pas ce qu’ils foutent là. Ils cherchent un travail, dans les grands ranches américains, dans le but d’économiser de l’argent. Ils ne sont pas des types comme les autres, parce que leur argent, ce n’est pas au bordel qu’ils iront le dépenser, mais pour un projet secret, rien qu’à eux… Problème, la sensibilité de Lennie et son incapacité à savoir quoi faire quand George n’est pas là…

Steinbeck nous livre une histoire peu commune, sans trop de but ni d’intérêt réel, elle nous emmène et nous transporte sur les hauts plateaux de maïs de l’Arizona avec ses deux héros au comportement si drôle et atypique. Un roman assez court, qui se dévore sur une ou deux nuits, qui prend aux tripes par un je ne sais quoi d’espérance en les croyances de ses personnages.

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Vendredi 19 mars 2010 Par Hazel dans Actualités, Art pictural, Cinéma

Van Gogh, un film de Maurice Pialat

Il y a voilà quelques jours, nous avons décidé, avec Novembre et des amis, d’aller au cinéma où l’on repassait un vieux film sur Van Gogh. On s’est dit que cela pourrait être intéressant car nous aimons tous ce peintre.

Van Gogh est sorti en 1991, c’est un film dont le scénario et la réalisation ont été entièrement élaborés par Maurice Pialat. Ce réalisateur était un provocateur anticonformiste, qui avait la réputation de mettre parfois ses collaborateurs – que ce soit ses acteurs ou ses techniciens – à bout.  Mal-aimé en France, il a néanmoins reçu un César du meilleur film pour A nos amours (1983) et la Palme d’or pour Sous le soleil de Satan (1987). Bien qu’en vingt-huit ans de carrière il n’a réalisé que onze films son oeuvre reste très marquant dans l’historie du cinéma français.

C’est au début des années 80, dix ans avant sa sortie, que vient à Pialat l’idée de faire un film sur Van Gogh; lors d’un entretien avec Catherie Breillat (scénariste de son film Police sorti en 1985) il déclame : « Ce soir j’ai trouvé le sujet de mon film sur Van Gogh : c’est un type, il est sur le quai d’une gare, il prend le train pour Auvers. il a cent tableaux à peindre, trois mois à vivre, il s’appelle Van Gogh et il n’en a rien à foutre. »

Vincent Van Gogh est un peintre néerlandais peu connu de son vivant; mélangeant dans ses œuvres l’impressionnisme, le pointillisme et le naturalisme, il fut le prédécesseur du cubisme, de l’expressionnisme et même du fauvisme. Très solitaire, Vincent vécut de nombreux échecs dans sa vie sentimentale ainsi que dans les relations humaines. Souffrant de maux intérieurs, il se tire le 27 juillet 1890 une balle dans le ventre et meurt deux jours plus tard à la suite de ses blessures. Incompris de son vivant, il est aujourd’hui exposé dans les plus grands musées du monde.

Nous avons eu droit, avant la séance, à une demi-heure de discours d’un proffesseur de CAv de la fac de la ville. Il nous a dit que ceci est un film unique en son genre, et je me souviens avoir rigolé, parce que je n’y croyais pas.

Pialat a cherché, à travers ce film, à retracer les deux derniers mois de la vie de Van Gogh en négligeant complètement son oeuvre et en insistant sur la personnalité du peintre et ses relations avec l’entourage. Van Gogh arrive à Auvers-sur-Oise et se retrouve sous la surveillance de Paul Gachet, un docteur collectionneur d’art et peintre qui sympathise vite avec lui. Vincent, lui, se rapproche de sa fille, ou plutôt, c’est elle qui en tombe amoureuse. Je ne saurais décrire la suite. Ce n’est tout simplement pas une historie d’amour. C’est une douce et mélancolique déchéance.

Les acteurs incarnent leur rôle à merveille, mieux ! ils ne jouent pas : il vivent. Pialat n’a pas fait de son film un beau tableau plein d’esthétisme, il a, au contraire, voulu faire un film supernaturaliste. Il n’a pas cherché à remplacer les voix nasillardes des jeunes filles, il n’a pas cherché des dialogues débordants de belles paroles, il n’a pas cherché à montrer les personnages sous leurs meilleurs angles : toutes les fillettes du film sont des cruches aux voix niaises, Vincent les remballe à coups de répliques dignes d’une cour d’école : « j’m'en fous ». Quant aux paysages, ce sont ceux qu’a peint Cézanne et Van Gogh lui-même, leur beauté et leur simplicité nous transportent.

C’est un film sur Van Gogh et on n’y voit pourtant presque aucun de ses tableaux, alors on se dit que c’est un film psychologique et on ne comprend même pas le personnage, alors on se dit que finalement il n’y a à comprendre que ce que nous cherchons à savoir sur cet homme. C’est un hommage à la vie de celui dont ne connait que l’œuvre. Peut-être, est-ce mon film préféré.

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Jeudi 18 mars 2010 Par Mélusine dans Littérature

Stendhal – Le Rouge et le Noir

Mais que se cache-t-il donc derrière ce titre trop souvent entendu ? Une histoire de lecture, une histoire de crise sociale, une histoire de héros perdu dans un siècle qui n’est pas le sien.

stendhal

Tout commence lorsque Henri Beyle, dit Stendhal, entend parler d’un sordide fait divers dans son Isère natale. En 1828, un jeune homme brillant est condamné à mort à l’âge de vingt-cinq ans pour avoir tiré sur sa maitresse, qui l’avait engagé comme précepteur pour ses enfants. La trame du roman est là.

rouge noirJulien Sorel n’est pas né dans la bonne famille. Fils d’un solide artisan scieur, il n’arrive pas à faire accepter sa passion pour la lecture et son désir des « choses intellectuelles » comme il le dit. Malingre mais cultivé, il ne peut rependre le travail paternel. Il connaît par contre très bien les textes religieux, le grec, le latin, et voue un véritable culte à Napoléon, son modèle. Il parvient donc à se faire engager comme précepteur chez Monsieur de Rênal, le maire de Verrières. Il gagne vite la sympathie des enfants, mais surtout remarque vite qu’il ne laisse pas indifférente Madame de Rênal, l’épouse de son employeur. Quelle fierté pour ce fils d’artisan qu’une femme du monde succombe à son charme ! Le voilà son amant. Mais on jase, on jase… Des rumeurs sur « l’adultère » de la femme du maire commencent à se répandre. Inquiet, Monsieur de Rênal décide de se séparer de Julien. Grâce à son intelligence, il parvient encore à se faire recommander : le voici maintenant secrétaire particulier du Marquis de la Mole. Et l’aristocrate a une fille, un beau parti, qui elle aussi s’intéresse vite au petit paysan fier et passionné.

Ambition sociale, quand tu nous tiens… Julien Sorel est un personnage que j’ai à la fois adoré et détesté. La vie s’est tout simplement trompé de monde pour lui, qui a une âme de marquis, une âme d’aristocrate (la preuve, elles se l’arrachent !) Ce roman, c’est donc une vraie histoire romantique, avec des passions déchaînées, des jalousies et des trahisons, des dénonciations de tout ce qui vient empêcher le bonheur et particulièrement la hiérarchie sociale que Julien Sorel exècre et retrouve partout (même là où il est le seul à la voir, d’ailleurs). Têtu, impulsif, imbu de lui même, il mérite parfois une bonne paire de gifles. Mais c’est aussi un vrai roman réaliste, avec tout ce qu’il peut avoir de pessimiste sur un monde hypocrite et cynique. Stendhal cible sur l’action, les événements, l’intensité, tant il déteste les descriptions (lui qui allait jusqu’à les remplacer par des schémas dans ses manuscrits). Julien Sorel sort tout droit de tous les livres qu’il a lu et reste un personnage de livre, qui fait pleurer les femmes mais qui ne changera pas le monde. C’est donc avant tout un lecteur, qui illustre le pouvoir des livres sur notre vie. Et rien que pour ça, je l’aime.

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Vendredi 12 mars 2010 Par Bloody Lucy dans Art pictural

Jean-Auguste Dominique Ingres – Œdipe et le Sphinx

Pour ce premier article que je poste ici, je vais vous parler de ce que j’étudie au quotidien et plus particulièrement aujourd’hui de Jean-Auguste Dominique Ingres.

Autoportraits

Qui peut bien être cet homme au nom si long ? Et bien M. Ingres était un peintre dont l’appartenance à un mouvement est soumis à l’hésitation. Il fut l’élève du maître de l’école néo-classique, Jacques-Louis David, mais il a finalement cherché à s’éloigner du travail de celui-ci, inscrivant ses toiles dans le courant romantique.
Ingres est né à Montauban en 1780. Son père, Jean-Marie-Joseph Ingres, était également un artiste dont il suit les traces. Il étudie à l’Académie de Toulouse, puis apprend son métier en reproduisant les formes du corps humain grâce à David. Il obtient le prix de Rome en 1801 avec Achille recevant les ambassadeurs d’Agamemnon (conservé à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris) seulement cette même année, la villa Médicis étant fermée, Ingres ne peut pas se rendre à la capitale italienne pour recevoir son dû. En compensation, il reçoit toutefois un certain nombre de commandes et c’est le portrait de Napoléon Bonaparte en premier consul de 1804 (musée d’Art Moderne) qui anime la critique.  On reproche à Ingres de régresser :  ce tableau est politique, il est destiné aux Pays-Bas et Ingres prend donc exemple sur le travail de Van Eyck, peintre flamand du XVe siècle. De plus, ce portrait a un problème chromatique, le rouge de la tenue de Napoléon est éclatant alors que dans la formation classique, la couleur doit être strictement subordonnée au dessin.
Ingres trace sa route mais lorsqu’il expose au Salon, les critiques le traitent de chinois égaré dans Athènes, on dit de lui qu’il veut retarder la peinture de quatre siècles. Au même moment, il entretient une rivalité avec Eugène Delacroix. Ingres doit attendre l’âge de 40 ans pour être vraiment reconnu en tant que tel.  L’incompris devient alors professeur à l’école des Beaux-Arts et membre de l’Académie des Beaux-Arts, il est couvert de décorations.

Etude rapide d’oeuvre :
Œdipe et le Sphinx, 1808, musée du Louvre, Paris.

Oedipe et le Sphinx

Cette œuvre existe en deux versions. La première, soit celle-ci, date de 1808 puis Ingres a repris ce même thème en 1864. Cette toile est destinée à l’Académie des Beaux-Arts qui a souvent été féroce vis-à-vis des envois du peintre. Ici, Œdipe est représenté comme un beau jeune homme athlétique (comme le veulent les représentations classiques à cette époque) en pleine réflexion placé en pleine lumière. On remarque en arrière-plan la ville de Thèbes. Le sphinx, d’allure féminine, est tapi dans l’ombre, il représente les forces obscures. Ces deux choix ont une signification relativement simple : l’homme est du côté de la lumière, donc de la raison, tandis que la femme est du côté sombre. Cependant, ce corps humain ne respecte ni la vérité anatomique, le corps d’Œdipe est « bancal », ni la beauté idéale, il n’y a pas cette fiction d’une vérité autonome et on reproche à Ingres la physionomie pas suffisamment idéaliste d’Œdipe. Le peintre préfère sa propre logique pour sa beauté. Ce n’est d’ailleurs pas un modèle de héros antique qui est utilisé mais un jeune homme italien venu poser dans l’atelier d’Ingres.
Ainsi, Ingres teste ses professeurs en soumettant un nouvel idéal.

Point mythologique :
Le mythe d’Œdipe est avant tout conté dans la tradition orale.
Œdipe est le fils de Laïos et Jocaste, roi et reine de Thèbes, une cité grecque, qui, après avoir consulté la Pythie (l’oracle d’Apollon), apprennent que leur fils tuerait son père et épouserait sa mère. A la naissance dudit Œdipe, on abandonne l’enfant sur une montagne, pieds liés. Il est cependant retrouvé et confié au roi de Corinthe qui l’élève comme son propre fils. En grandissant, Œdipe apprend qu’il est victime d’une malédiction et veut alors échapper à son destin en s’enfuyant. Sur la route, Œdipe tue Laïos, le prenant pour un voleur alors qu’il s’agit en réalité de son père biologique. Une fois à Thèbes, Œdipe se trouve confronté au Sphinx qui assiège la ville. Il lui pose une énigme : « Qu’est-ce qui marche à quatre pattes le matin, à deux le midi et à trois le soir ? » Œdipe répond juste : « C’est l’homme qui au matin de sa vie se déplace à quatre pattes, qui au midi de sa vie se déplace sur ses deux jambes et qui au soir de sa vie s’aide d’une canne, marchant ainsi sur trois pattes. » C’est ainsi qu’Œdipe se débarrasse du Sphinx et pour le remercier, les habitants de Thèbes le nomme roi et lui donnent la main de la reine veuve. La prédiction de l’oracle s’accomplit.

Pour en savoir plus, quelques lectures :

*Œdipe, de Corneille (1659)
*Œdipe, de Voltaire (1718)
*Œdipe, d’André Gide (1930)
*La Machine Infernale, de Jean Cocteau (1934)

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