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Samedi 27 février 2010 Par Hazel dans Littérature

La délicatesse – David Foenkinos

« En relisant mon roman, je pensais en permanence à tous les romans que ce roman aurait pu être. Aux autres chemins qu’il aurait pu parcourir, du drame à la bouffonnerie. Il y a dans l’écriture de roman comme une fidélité brutale : le début d’un mariage. On choisit une vie, on est monogame de la virgule, et puis, plus on avance, plus on pense à tous les points-virgules avec qui on pourrait être. Avec qui on pourrait vivre une parenthèse. On attend la parution, comme un soulagement, comme une façon de se dire : « Ca y est, maintenant, tu es dans ton cercueil : on ne peut plus te modifier » « 

Il n’y a rien à modifier à ce livre Mr Foenkinos, j’avais été séduite par « En cas de bonheur » et j’ai retrouvé avec délices dans ce dernier roman votre élégance piquante, votre humour, votre poésie et votre sens de l’aphorisme. Un éloge de votre délicatesse, celle des personnages finement analysés, celles des sentiments avec ce côté prude et désuet qui vous caractérise, celle de vos formules, toujours élégantes et pourtant drôles…

C’est l’histoire de Nathalie, une belle femme discrète et volontaire qui aime lire et rire, qui voit disparaitre brutalement, après quelques années de bonheur, son mari, et avec lui, sa confiance en la vie. Et c’est cette deuxième partie de vie de Nathalie que vous nous racontez, Mr Foenkinos.

« Notre horloge corporelle n’est pas rationnelle. C’est exactement comme un chagrin d’amour : on ne sait pas quand on s’en remettra. Au pire moment de la douleur on pense que la plaie sera toujours vive. Et puis un matin, on s’étonne de ne plus ressentir ce poids terrible. Quelle surprise de constater que le mal-être s’est enfui. Pourquoi ce jour-là ? Pourquoi pas plus tard ou plus tôt ? C’est la décision totalitaire de notre corps. »

C’est justement ce jour-là que cette Nathalie triste et désabusée choisit pour embrasser sans réfléchir Markus, le collègue le moins suédois, le plus moche et le plus insignifiant de son entreprise … Il n’est pas amateur de Krispolls, ni de routes rectilignes à l’infini, ni du calme et de la nonchalance de la Suède.

Il va la surprendre et va la séduire avec sa manière bien à lui, la faire renaître à une seconde vie amoureuse, juste par Sa Délicatesse. Et pour les curieux ou les désabusés de la Carte du Tendre, ou seulement pour nous ouvrir plus grand encore la porte de votre univers facétieux, vous nous rajoutez tout plein de petits bonus en fin de chapître : une discographie de John Lennon s’il n’était pas mort en 1980, les propos de Ségolène au moment de sa défaite contre Martine Aubry, la déclaration d’Isabelle Adjani sur le plateau télévisé de Bruno Masure, la recette du risotto aux asperges, les dictons ridicules que les gens aiment répéter et enfin vos aphorismes préférés qui jalonnent vos romans et qui font notre régal.

En voici un juste pour le plaisir :
« L’art d’aimer ? C’est savoir joindre à un tempérament de vampire la discrétion d’une anémone. »

par Christine Gouttefarde.

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Vendredi 26 février 2010 Par Distantwaves dans Littérature

Patrick Modiano – Sublime indécision.

Je n’ai pas forcément l’âme d’un critique, alors je me contenterai dans mes articles de vous faire approcher ce qui me touche le plus. Les plus proches de moi s’y reconnaitront j’espère, mais je suppose par avance, que pour venir sur un site à vocation si littéraire, vous ne devez pas être éloignés du dévoreur de bouquins lunetteux qui traîne ses grandes écharpes dans le cinquième arrondissement de Paris by night.
Ce que je ne suis absolument pas. Trêve de blablatages.

Patrick Modiano, parce que c’est lui qui vous intéressera ce soir, fait partie de ces rares auteurs que je lis et relis avec le même émerveillement constant à chaque lecture.

Pour faire court, les romans de Modiano sont des romans traversés par leurs personnages. D’un bout à l’autre, de jeunes enfants/adultes perdus s’égarent entre Londres et Paris, cherchent, quoi ? quand ? Leur futur ? Si le titre de cet article (décousu, je vous l’accorde) est « Sublime Indécision », c’est bien parce que c’est ce qui caractérise parfaitement, à mon sens, les personnages de Modiano, saisis à l’instant, sans jamais avancer ni arriver nulle part. On s’empare d’un jeune homme qui doute, on le suit, on le laisse là où il a commencé. Rien n’a changé, rien ne s’est amélioré. Les mêmes pluies grises continueront de lui serrer le coeur, il suivra inlassablement la même petite fille trop vite grandie, d’un quartier à l’autre, rive gauche, rive droite.

Les personnages de Modiano passent, se cherchent sans se trouver, se croisent sans se reconnaître, tous éléments d’un même jeu dont ils n’ont pas la moindre idée. C’est un Paris perdu et gris qu’il décrit, sans avenir, sans but, comme ceux qui le parcourent. L’indécision est la clef maîtresse de ceux qui ne feront pas un seul choix. Ils continueront à marcher sans but, tousser, se shooter à l’ether, coucher pour avoir une pension, que sais je.

Je vous ai noté ici un peu en vric et vrac des impressions plutôt qu’un résumé. Comment résumer la beauté d’une histoire qui ne commence nulle part et ne finit jamais ?

A lire: « Du plus loin de l’oubli » (quel titre sublime) ou « Dans le café de la jeunesse perdue ».

Je le conseillerai à tous ceux qui comme moi se cherchent sans se trouver et contemplent leur vie défiler devant leurs yeux, passifs et impuissants. Vous allez adorer.

Couv Roman

« Moi non plus je ne me suis jamais senti au diapason de rien. » Accident nocturne, Patrick Modiano.

Au plaisir de se croiser sans se reconnaître.

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Mercredi 24 février 2010 Par Mélusine dans Littérature

Madame Bovary – Gustave Flaubert

Chose promise, chose due (hé hé).

J’ai découvert Emma Bovary en classe de 1ère, dans un sujet de baccalauréat blanc consacré à l’infidélité en littérature. Intriguée par un thème que je ne pensais pas si fréquent, je me suis penchée sur chacun des textes qui composaient le sujet d’examen, et particulièrement sur cette mal mariée si célèbre.

flaubert

Gustave Flaubert a trente ans lorsqu’il découvre ce fait divers normand : une femme se ruine pour ses amants avant de se suicider à l’arsenic. Il travaille pendant cinq ans à son roman qu’il publie en feuilleton en 1857 dans la Revue de Paris. Il est immédiatement traduit en justice : oser mettre en scène autant d’outrage à la morale publique et religieuse est insoutenable. Dans ce même procès, c’est un certain Charles Baudelaire qui est traduit en justice pour ses Fleurs du Mal, qu’il sera contraint de remanier après sa condamnation. Mais l’avocat fait remarquer qu’Emma expie toutes ses fautes. La Bovary sera donc publiée indemne.

bovaryL’histoire est d’abord celle de Charles Bovary : médecin de la campagne normande, il épouse Emma Rouault, une jeune fille élevée dans un couvent et qui vit à la ferme de son père. Trop heureuse de quitter sa vie de paysanne, Emma rêve de vivre auprès de son mari une vie aussi trépidante que celle de ses héroïnes de roman préférées : élans passionnées, fuites aventureuses, voilà ce qu’elle attend ! Mais Charles Bovary n’est pas un héros de roman : sa vie est terne et sans intérêt. Emma s’ennuie… Jusqu’à ce fameux bal chez le marquis d’Andervilliers : les belles robes, la musique, la danse, le luxe, les rencontres fugaces… voilà la vie qu’elle veut, et qu’elle entrevoit l’espace d’une soirée. Elle la hantera toute sa vie.

Et voilà comment la déchéance d’Emma Bovary commence. Elle prend un amant, puis un autre. Pour eux, pour elle aussi, elle dépense sans compter. Elle se débat avec des idéaux de grande vie et de grande passion, alors qu’autour d’elle, tout n’est que médiocrité et bêtise. Que dire de cette célèbre scène des comices où l’on débat du prix des volailles et des cochons pendant qu’elle retrouve son amant pour échanger des mots passionnés ? Voilà ce que Flaubert fait de son héroïne : il se moque d’elle en permanence. Le narrateur n’en finit plus de dérision sur cette pauvre Emma qui ne tient aucune de ses résolutions, qui délaisse sa propre fille et se laisse naïvement abuser par tous ses amants qui lui promettent monts et merveilles avant de disparaître. Ironie d’un narrateur qui ne soutiendra jamais son personnage et met en scène ses ébats avec une impudeur sur laquelle ses détracteurs se sont jetés : Emma, à peine dissimulée dans un fiacre avec son amant, ordonne au chauffeur de rouler, sans but précis. Et l’on suit ce fiacre qui se promène sans destination, qui s’agite sur la route mauvaise et dont une voix parfois s’échappe pour demander au cocher de rouler encore un peu…

De ce roman sur l’ennui, sur rien (pour reprendre un cliché répandu), je retiens surtout le cynisme d’un auteur qui n’a laissé aucun mot au hasard et n’a accordé de crédit à aucun de ses personnages. Mais surtout, nous avons là une des plus grandes figures de lectrice en littérature, qui vient rejoindre Don Quichotte, Julien Sorel et les autres. C’est aussi elle qui m’a convaincue que les personnages de lecteur dans les romans finissent presque toujours mal.

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Vendredi 19 février 2010 Par gouttesdo dans Littérature

Le Club des Incorrigibles Optimistes – Jean Michel Guenassia

« Je préfère vivre en optimiste et me tromper, que vivre en pessimiste et avoir toujours raison »( Anonyme)

Cet exergue en guise de préliminaire pourrait suffire à résumer la » substantifique moelle » de ce roman. Mais ce serait vous priver de moments délicieux passés en tête à tête avec le narrateur et la riche compagnie dont il s’entoure… Mieux vaut prendre le temps de lire ces pages en les dégustant comme il convient.
Il s’agit là encore d’un premier roman édité par un auteur de 59 ans ! En réalité Jean Michel Guenassia n’est pas un débutant en écriture, puisqu’il a signé au cours de sa carrière quelques scénarii pour la télévision ainsi que des pièces de théâtre, sans compter un roman policier publié en 1986. En cela, son écriture est celle d’un écrivain confirmé, au style direct, au poids des mots justement pesé; au fil des sept cent cinquante pages l’ensemble coule avec beaucoup d’aisance, le roman se quitte à regret.

Le récit s’organise comme la chronique de la vie d’un jeune garçon, d’Octobre 1959 à Juillet 1964. Michel Marini, le narrateur, revient sur les années décisives de son adolescence, après les retrouvailles tardives d’un ami perdu de vue. Cette rencontre ravive le souvenir d’une période capitale dans la formation du narrateur, quatre années riches d’événements historiques et familiaux…
Michel habite avec sa famille le quartier latin et suit les cours du fameux lycée Henri IV. Sa mère intransigeante « porte la culotte », son père, plus souple, arrondit parfois les angles, et Michel souffre d’une éducation où les préoccupations professionnelles de ses parents sont accentuées par la rigueur ambiante. Il affiche sa rébellion précoce en escapades buissonnières qui le mène de son lycée, H IV, jusqu’à ce bistrot de la place Denfert- Rochereau, le Balto, où il rencontre les membres de ce mystérieux Club aux règles tacites et incontournables. Cependant, la vie du jeune Michel n’est pas seulement consacrée au baby-foot et aux échecs, ainsi qu’aux efforts pour éviter le surveillant général de son sélect lycée; comme tout jeune homme, d’autres émotions le guettent : histoires de famille compliquée,concernée directement par la tournure des événements en Algérie . Michel a un grand frère, Franck, qu’il admire infiniment, comme tout cadet qui se respecte. Pourtant, le parcours de cet aîné et la fréquentation de ses amis Pierre et Cécile constituent également pour le narrateur une ouverture sur le monde en même temps que la confrontation aux circonstances historiques qui bouleversent la France en cette période particulière. L’adolescent explore les multiples facettes de l’amitié, expérimente à la fois la solidarité et la complicité compassionnelles, la trahison et les meurtrissures de l’amour, autant d’initiations grandeur nature qui forgent son passage à la maturité.

Voilà les éléments qui nourrissent ce récit vif et coloré, sensible et dense. Si Jean Michel Guenassia saisit le point de vue d’un adolescent, il démontre habilement comment la fréquentation des membres du Club des Incorrigibles Optimistes constitue un contrepoint déterminant dans son initiation à la complexité du monde. Il parvient à embrasser sans fausse naïveté les arcanes de ce groupe d’hommes lestés d’expériences amères, qui tentent de transmettre leur Optimisme, comme un ultime sursaut contre l’adversité…. De ce fait, le déracinement des membres du Club est traduit avec véracité aux limites du cynisme et d’une auto-dérision qui rafraîchit le récit et nous attache à ces personnages originaux.
En filigrane de ce récit personnel, Jean Michel Guenassia dresse un tableau percutant de la période, de la fascination pour le rock’n roll aux sursauts engagés des intellectuels, des drames de la décolonisation aux fractures politiques du bloc de l’Est, tout est humainement rapporté par le regard généreux d’un écrivain qui était alors à peine plus jeune que son personnage.
Je vous invite donc à la lecture de cet ouvrage dense qui se lit avec passion.
Ce livre a obtenu le Goncourt des Lycéens en 2009

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Mardi 16 février 2010 Par Mélusine dans Littérature

Bel Ami – Guy de Maupassant

Maupassant est un de ces auteurs sur lesquels on a beaucoup souffert en classe. Non que je trouve un plaisir sadique à vous remettre sous les yeux les auteurs qui ont fait vos devoir d’école, mais je reste persuadée que nos « classiques » font d’excellentes lectures plaisir à condition qu’on leur enlève leur étiquette.

maupassant

Maupassant, donc. Un jeune Normand, disciple de Flaubert (lui aussi, je vous le remettrai sous les yeux, un de ces jours), misogyne, débauché, buveur, bref : le gendre idéal. Il fréquente assidument les prostituées, seules femmes pour lui à ne pas être hypocrites sur leur nature ; l’une d’entre elle lui transmet la syphilis, il en fait une fierté.

bel amiDe la à voir du biographique dans Bel Ami… Georges Duroy, son héros, porte beau et lisse sa moustache blonde en se demandant comment trouver quelques sous. Il rencontre son vieil ami Forestier, rédacteur à La Vie Française, un journal en vogue. Pour l’aider, celui-ci lui propose d’écrire pour le journal. Mais on ne s’improvise pas si vite journaliste… Forestier lui offre alors l’aide de Madeleine, son épouse. La jolie Madeleine a la plume précise, le mot juste, l’analyse perspicace. L’article est bouclé, et voilà Duroy propulsé dans les salons mondains, parmi les jolies femmes dont le mari est en voyage. Et il les séduit l’une après l’autre pour grimper un à un tous les échelons de la gloire.

Soyons clairs : ce roman, c’est l’histoire d’un salaud. Mais d’un salaud tellement habile qu’on ne peut s’empêcher de le suivre. Duroy est un opportuniste qui n’hésite pas à s’approprier les réussites des autres et qui excelle à assurer ses arrières : qu’il s’agisse d’acheter un appartement pour éviter que sa maîtresse ne le jette dehors, de prendre sa femme en flagrant délit d’adultère le premier, ou d’enlever une jeune oie blanche pour forcer le mariage, tous les moyens sont bons. Il n’hésite pas à épouser Madeleine après la mort de Forestier : ce serait trop bête de laisser passer une occasion pareille ! Même l’argent semble lui venir naturellement, puisqu’après tout, ses maîtresses sont riches, très riches, et il sait où aller chercher la bonne opportunité pour investir. Mais ce que Maupassant dépeint aussi au passage, c’est la toute-puissance du journalisme (et par extension des médias), qui tiennent les hommes politiques à leur merci, puisqu’ils ont l’argent et le pouvoir sur la foule. Quant aux journalistes eux-mêmes, ils ne sont pas mieux traités par notre auteur, lorsque les meilleurs d’entre eux font écrire leurs articles par leur femme, voire se contentent de reprendre les anciens papiers en changeant les noms, et s’entassent dans une salle de rédaction où il y a plus de cartes à jouer et de bilboquets que de machines à écrire ! Facile pour Duroy, dans un tel milieu, de se fondre parmi les magouilleurs afin de remplir son lit et ses poches, et même, qui sait, d’accéder à la députation. C’est une véritable expérience que de lâcher un jeune loup affamé dans un monde corrompu pour voir ce que ça donne : c’est ça aussi, le naturalisme !

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