
Le Spleen de Paris est un recueil auquel Baudelaire consacre les dernières années de sa vie et qui sera publié intégralement deux ans après sa mort , en 1869 (NDLR).
Il faut d’abord éclaircir une chose : ces poèmes ne sont pas écrits en mode poésie comme les textes de St-John-Perse, Macé, et plusieurs autres le sont. Ce sont des sujets qui, à travers les cinquante textes, ont interpelés l’auteur par leur singularité — beauté, laideur, cynisme, étrangeté, etc. — et ont justifiés leurs places dans ce recueil, qui traite donc poétiquement ou comme les sujets d’un poème classique les thèmes retenus, mais avec une écriture prosaïque. Donc, ces textes sont un format rétréci de la nouvelle et même du roman, et on peut leur conférer le titre de poèmes pour leur densité et l’impression qu’ils laissent. Sinon, il faudrait se poser la question : comment appelle-t-on ces courts textes, qui deviendront si personnels et poétiques avec les Illuminations (recueil de 54 poèmes composés par Arthur Rimbaud entre 1872 et 1875, NDLR), si ce n’est qu’ils sont des poèmes en étant l’ancêtre des poésies en prose, voire le germe et la première racine? Baudelaire n’a-t-il pas été le premier à donner le titre de Petits Poèmes en Prose à cette même œuvre qui fut la première à oser cette forme de textes et de poésie ?
C’est toute la définition de la prose poétique qui s’éclaire à la lecture de ces textes. Oui, il y a une certaine densité, mais nous sommes loin des successeurs. Il y a, avec ces textes, une base à laquelle nous pouvons revenir : une prose plus détendue et moins poétique, mais qui rappelle que l’important est de bien choisir son sujet, puisque l’on lui confère l’étiquette de poésie d’emblée.
La préface et l’introduction, qui font ensemble 100 pages, tentent de retracer les origines premières des poèmes en prose ou de la prose poétique et, en éludant Nerval, par exemple, passe droit à côté du but. Déjà, jadis, certains romans affectionnaient un style affecté, comme À rebours (roman de Joris-Karl Huysmans paru en 1884, NDLR), mais Baudelaire fut un des premiers à casser ou former le moule pour les générations suivantes. Voilà un des intérêts indéniables de ce livre. Baudelaire était un créateur hors-pair. Et la suprême pertinence des valeurs romantiques gardent ce livre d’une actualité cuisante. En sont témoins les poèmes sur Paris, sur la société, sur l’art, sur la vie pauvre ou riche, etc, etc.
Les amateurs de prose narrative seront servis, comme avec le tome de la Pléiade contenant tous les courts textes de Kafka, mais pour la poésie, il faut aimer le Romantisme ou aller vers des formules plus métaphoriques des Fleurs du mal (recueil de poèmes de Baudelaire, publié en 1857, NDLR). C’est en quelque sorte la poésie mise à nue, sans carcan ou corset, et la prose qui danse entre prosaïsme et poésie. Baudelaire a le mérite d’avoir le premier découvert cette forme dont on ne peut maintenant se passer.
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Je l’ai lu cette année,et j’ai beaucoup aimé je n’avais jamais lu de poemes en prose avant Le Spleen j’aime les poemes mais à petites doses mais j’ai completement dévoré ce livre en une soirée. Commentaire pas vraiment constructif je m’en excuse,et je trouve votre site très bien pensé c’est pas mal de faire decouvrir de jeunes talents à plumes,bonne chance pour la suite
J’ai du mal à attribuer la paternité du poème en prose à Baudelaire, il l’a certes popularisé et en a fait une production tout à fait remarquable : mais qu’en aurait-il été s’il ne s’était pas d’abord penché sur Gaspard de la nuit d’Aloysius Bertrand? Loin de moi l’idée de vouloir lancer une querelle de paternité du poème en prose, mais il me semble qu’il est désormais officiellement reconnu que c’est Bertrand qui fut le premier créateur de poèmes en prose en tant que tels. La limite entre prose poétique et poème en prose ne tient souvent qu’à la volonté de revendiquer une oeuvre comme appartenant à l’une ou l’autre des formes, mais rendons à Aloysius Bertrand au moins cet honneur, il fait aussi partie des poètes maudits (même s’il ne fait pas partie de la liste dressée par Verlaine).
C’est effectivement Bertrand qui est le père du poème en prose avec le génial Gaspard de la Nuit, et si les dates différentes de publications des oeuvres de Bertrand et de Baudelaire ne suffisent pas comme preuve, je suis aussi tombé sur une lettre de Baudelaire qui vantait les mérites de l’oeuvre de Bertrand, prônant cette dernière comme l’avenir de la poésie contemporaine du 19ème.