Le 10 janvier 2010, Mano Solo est mort.
Le 11 janvier, j’ai tapé son nom sur un célèbre site de musique en ligne et je l’ai écouté pour la première fois. J’ai été transpercée par cette voix écorchée, tremblante, par ces rythmes lancinants au piano, par les gémissements du violon. Et puis par ces paroles terribles, les paroles prémonitoires de Je suis venu vous voir (en 1997, dans l’album Je sais pas trop).
Mon existence ne tient pas qu’a ma graisse,
Je suis esprit avant d’être un corps,
Je suis mort mais rien n’est fini,
Il reste ma voix et bien peu d’écrits.
La mort et sa crainte sont des thèmes assez récurrents dans l’œuvre de Mano Solo, par exemple dans Il m’arrive encore (une chanson sur la beauté de la vie, quelque part ?) ou Toujours quand tu dors (sur l’insomnie et la solitude).

Né en 1963, il était le fils du dessinateur Cabu et d’Isabelle Monin, des parents très engagés. Enfant turbulent, « petit teigneux » selon ses propres mots, il traîne, commence l’héroïne à 15 ans. A 17 ans, il est guitariste dans un groupe punk ; à 18 ans, petit voyou. A 24 ans, il apprend qu’il a le sida. Et balance tout ça en passant derrière le micro en 1993, dans La marmaille nue – nom de son groupe éclaté et plus tard nom de sa maison d’édition.
A 15 ans du matin j’ai pris par un drôle de chemin des épines plein les bras, je me suis troué la peau mille fois
[...]
A 24 ans du matin la mort m’a serré la main et en me tapant un coup dans le dos elle m’a dit « salut, et à bientôt! »
Car Mano Solo n’était pas seulement chanteur, quoiqu’il ait surtout été connu pour ça. Il touchait à tout, variant les moyens (peinture – notamment les pochettes de ses albums – , écriture…) pour arriver à s’exprimer. En 2000, il déclare au magazine Guitar Part : « Mon roman Joseph sous la pluie représente tout ce que je n’ai pas pu faire en chanson, à cause du format ».
Il serait faux et trop rapide de croire que son œuvre, toute torturée qu’elle soit, est uniquement « sombre ». Oui, ses tableaux semblent chargés de souffrance, ou du moins ne sont-ils pas apaisés. Oui, ses paroles sont terribles, ses chansons évoquent des thèmes durs comme l’héroïne (Au creux de ton bras) ou l’inceste (Julie) et restent marqués par sa vie difficile et sa séropositivité. Mais quelque part il a de l’espoir, son message est positif, comme son « hymne de révolution intérieure », Sha la la, ou C’est pas du gâteau, quoi qu’elle soit aussi très difficile.
Même si je gagne pas ma vie
Et même si j’ai le SIDA
Moi ça me coupe pas l’envie
Moi je me dis pourquoi pas
[...]
Mais c’est là que t’as dit
Que la vie c’est pas du gâteau
Et qu’on fera pas de vieux os
Mano Solo est mort, mais rien n’est fini. Il est bien triste que les gens doivent mourir pour que l’on parle d’eux, et qu’on découvre si souvent les chanteurs et les écrivains trop tard. Heureusement, comme il le chantait déjà dans sa chanson prémonitoire : « tant que quelqu’un écoutera ma voix je serai vivant dans votre monde a la con ».


C’est vrai que ses chansons sont poignantes et qu’il est dommage qu’on ne le connaisse pas plus. Mais il est encore temps et ton article donne vraiment envie de connaître son oeuvre à défaut de le connaître lui.
http://www.youtube.com/watch?v=E67K_J1JMsU
Euh, papa, déconnecte mon pseudo quand tu écris un commentaire
Merci Francis pour le lien
Mon dieu, c’est vraiment ton père ?!
Euh… oui ^^’
J’avais oublié de me déconnecter sur l’ordi familial.