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La Superbe – Benjamin Biolay

Par A., le 8 mai 2010

L’idée, c’est de superposer les images tant et tant qu’il ne reste qu’un ensemble ; immense. De l’introduction aux airs de générique de fin, on revient encore et encore au même point. Avec un orgueil en bandoulière, assumé dans le titre. Un voyage, une bande dessinée, une bande son pour faire plus facile. La superbe, superbe (la) – on saura contourner tous les jeux de mots un peu douteux sur le titre et la qualité du disque, la comparaison facile n’a que peu d’intérêt. Parlons d’un album qui commence à dater mais dont on se lasse pas de parler.

La superbe pochette

Autant le dire, je n’aime pas la chanson française mis à part quelques rares exceptions, souvent tirées de l’enfance, souvent des chanteurs morts, ou, bien trop vieux. Non, la chanson française, pour moi, ça se résumait pendant des années aux morceaux de rap que j’écoutais (on pourra toujours discuter de la légitimité ou non de considérer ce mouvement comme héritier de cette scène, mais là n’est pas le propos). La chanson française ? Du « beurk », de la franche rigolade, souvent teintée de parodie pour, généralement, faire enrager ma mère. Au comble du dégoût, il suffisait d’accoler l’adjectif « nouvelle » pour qu’elle me fasse venir des boutons cette chanson française. Très peu pour moi les chansonnettes, les rimes un peu faciles de paroliers qui ont écrit tellement de chansons que tout devient pareil, et de faux poètes qui font des chansons sur des aires d’autoroute.

Benjamin Biolay ? Il y a 6 mois, j’aurais juste dit que c’était un prétentieux. Oh, j’aurais ajouté qu’il ressemble à Benicio Del Toro avec un micro, oui, ça aurait été ça. J’avais tendance à zapper lorsque sur MCM il y avait son clip full black & white Dans la Merco Benz. Non vraiment, Benjamin Biolay très peu pour moi. Puis, on a glissé un morceau comme ça, dans une playlist que j’avais demandé, et, finalement, j’ai trouvé ça accrocheur. Ca s’appelait Ton héritage. Ça murmurait, bien sur, mais bon, en fait, ça allait.

Il est assez difficile d’avouer que l’on s’est trompé. Surtout lorsque comme moi on passe son temps à se moquer d’une chose à laquelle finalement on adhère. Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis ? Peut-être… Mais ce serait trop simple de dire ça. Non, comme j’ai su le faire (à tort parfois si on prend l’exemple de mes visionnages de Twilight afin d’être sur que c’était vraiment nul), j’ai juste pris la peine d’écouter pour une fois. C’est vrai, c’était un après midi pourri, et puis quoi, j’avais plus rien à écouter.

Je dois dire que, je n’étais pas vraiment rassuré face au disque… Une pochette à l’écriture moche et ultra kitsch, façon nuage ayant rencontré une tapisserie baroque, la photo de la tête du Benjamin de profil – genre je me la raconte – collée par dessus, noir et blanc de surcroit… Ça sentait la supercherie pour midinette. Ça sentait la drague facile. Puis, plus terrorisant, c’était un double album. J’ai un léger problème face à ce concept, j’estime que, la plupart du temps, un choix plus restrictif de chansons aboutirait sur un album simple plus facile à digérer pour l’auditeur : il ne faut pas se leurrer, rester concentré sur un album pendant plus d’une heure relève de l’exploit, même pour les plus grands mélomanes, même lors d’un après midi d’ennui intense.

Mais, je me décidais tout de même à sauter le pas, ne pas me raviser en si bon chemin. Je me lançais, donc, installé dans mon lit ou je ne sais où. C’était peut-être novembre ou décembre. Je m’attendais à tout, pourtant, cet album a eu la gentillesse de me surprendre.

Tout commence par des violons, et puis le murmure (« oui, mais ça va » comme je l’ai dit). C’est vrai, ça fait sucré, et puis en tant que garçon parfois on pourra trouver cela lassant. Mais de toute façon il faudra faire abstraction. Les paroles sont douces. 6 minutes et quelques d’introduction. Un morceau éponyme. Oui, une introduction qui sent ces génériques de fin quand la caméra s’enfuit des héros, et puis survole la scène, et que tout s’envole, quand il y a un fondu au noir. C’est osé, c’est surtout réussi ; Peut-être au point de se demander l’intérêt du reste de l’album à la première écoute, tant la sensation procurée par ce premier morceau est intense. Tant tout semble brossé et plus, sublimé.

Puis le rythme s’accélère un peu, ralentit. Les fluctuations musicales restent toutefois dans un même thème, une espèce de réflexion sur l’amour avec quelques rares écarts – salutaires – pour ce qui est de la première partie donnant naissance à d’excellents morceaux tel que Ton héritage, Night shop… Fluctuations entre clair et obscur ; sans être dancefloor le rythme sait se faire pesant, et les sons un peu plus disco comme dans le morceau Si tu suis mon regard, permettant ainsi de ne pas sombrer dans l’ennui. Les paroles sont travaillées, un peu dépressives mais sans faire dans l’abus. Il semblerait qu’on recolle quelque part avec ce bonheur d’être triste si propre au romantisme sans pour autant s’abandonner à du nian nian. Volontairement érotisées, on pourra noter un besoin lassant, parfois, de parler un peu sexe là où ce n’est pas forcément nécessaire. Malgré ces quelques défauts qui tiennent plus du tic d’écriture que de vrais lacunes, une espèce d’imagerie se tisse au fil des morceaux. Bande son ou bande dessinées comme je l’ai dit en introduction, on ne sait pas vraiment choisir. Les descriptions légères mais précises laissent le cerveau libre d’interprétations, développent l’imagination. Benjamin Biolay décrit un univers parisien un peu gris souvent arrosé, sûrement camé plus que raison les nuits d’ennuis : un panorama romantique au sens littéraire du terme : pas trash, juste touchant, dans lequel il est facile de voyager.

Si cela réussi souvent, on pourra noter quelques longueurs qui sont tout à fait subjective. La toxicomanie, ou Miss Catastrophe sont un peu monotones même si le texte de cette dernière sauve les meubles. Cependant, on peut reconnaître la première partie comme extrêmement dense et parfaitement calibrée avec comme acmé l’envoutant Brandt Rhapsodie, sorte de dialogue sur post-it d’un couple de sa naissance à sa mort. La partie se conclut avec ironie par le morceau L’espoir fait vivre, soulignant toutefois cette volonté de ne pas faire du sombre à tout prix. Cette partie évoque la demi-teinte : le gris plutôt que de l’excès. Les nuances que l’on peut retrouver dans Night Shop notamment – espèce d’hommage à Bashung, sous couvert de description nocturne et vision d’un Biolay plus oui moins sobre où l’illumination mélodique du refrain, et les élancements de la voix sauront réveiller l’auditeur – est le parfait exemple de cette sensation de musique grise.

Autre détail, les sons souvent kitsch comme annoncés par la pochette, à base de synthés vieillots, de cuivres sentant bon les bandes originales américaines des films des années 90 renforcent à la fois le côté bande son et lumineux. Les dérives du côté sud américain sont appréciables et donnent cette douce impression de voyage. Parfois la musique peut sembler dissonante d’un texte tout en image, pourtant elle participe à la création nuançant les textes, ou plus précisément en les ambiançant plutôt qu’en les accompagnant.

La deuxième partie, quant à elle, s’ouvre sur Prenons le large, comme s’il fallait dépasser la vision d’un album clos sur lui-même que donne la première partie. S’ouvre un volet plus osé moins en demi-teinte. Ici les morceaux clairs s’expriment puissamment, notamment Lyon Presqu’île, Prenons le large, Reviens mon amour (qui trouve la force d’être entrainant dans une thématique dépressive), et comme pendant naturel, la noirceur désespérée d’un morceau tel que Tout ça me tourmente ou Jaloux de tout ne fait que renforcer le côté sombre évident de cette partie. Moins structuré en tant qu’un ensemble, la seconde partie livre une ouverture possible, une suite envisageable du premier volet. 15 septembre qui clos l’album (si on ne compte pas le morceau caché) est un écho au morceau 15 Août présent dans le premier album, le morceau s’achevant par une variation des paroles du morceau La superbe.

La prise de risque au niveau musical est évidente, du très rock Buenos Aires à l’électro de Jaloux de tout ; Biolay force les traits d’ambiances et d’inspirations qui l’habitent. Naturellement, j’ai très peu écouté cette partie en premier lieu avant de m’intéresser de plus en plus. Il faut dire que je n’en voyais pas l’intérêt, tout d’abord, tant je la trouvais caricaturale de la première. Pourtant, on ne peut que reconnaître la puissance des morceaux qui au contraire de la première partie se découpent de l’ensemble, prennent de l’importance et dépassent l’entité de l’album.

A la fin de ce long – très long, périple – on pourra toujours dire qu’on a été largué en route. Je dois avouer qu’il m’a fallu deux mois d’écoutes avant d’écouter tous les morceaux suffisamment pour en avoir un avis. Les morceaux peuvent paraître longs mais on notera cette qualité rare qu’à Benjamin Biolay de trouver au moins une idée originale par morceau.

Je sais que si je me suis laissé convaincre, beaucoup de gens resteront réfractaire à sa musique car il faut l’avouer, certains de ses tics peuvent se révéler agaçant – que ce soit le murmure, ou cette impression d’essoufflement tel qu’il en oublie le rythme… Mais, si l’on arrive à passer outre, alors il y a cette sensation douce, cette impression de planer qui s’empare de nous. On pourra tenter de comparer Biolay à des milliers d’artistes, mais je ne pense pas que le rapprocher à Gainsbourg, pour n’en citer qu’un, soit pertinent. Inspiré par lui, certes, cela ne reste, cependant, pas une bonne entrée en matière ni une vraie piste d’écoute

La superbe ne fait pas forcément partie de ces albums qu’on se presse de remettre une fois terminé. Trop long et éprouvant sans doute. Toutefois, il a les capacités hypnotiques de ces albums sortis de nulle part, qui nous tombent au coin de la tête sans qu’on sache comment et auxquels on s’attache. Moment de grâce, moment d’orgueil surtout ; pour le titre, pour la défense un peut vaine de Biolay souvent dans ses paroles. Orgueilleux, et juste magnétique.

« Je savais bien, bébé, que c’était pas simple, que j’étais couard, c’est vrai, et plein d’absinthe. Qu’il était tard, je sais, quand vint ta plainte, mais, qu’à moi comparée, t’étais une sainte. Je savais bien, bébé, que t’étais trop belle lorsque tu t’effeuillais dans la nuit pâle ; jaloux du moindre pédé, du moindre cheval que tu montais, bébé, j’avais trop mal. Kétamine et cachets de Gardénal, je te mens pas, bébé, je te trouvais sale. J’étais noué, j’avais un goût de sel : le bonheur s’use, c’est vrai, dès qu’on l’appelle. » Jaloux de tout.

« J’ai même pas vu que j’étais nul, que j’étais plus que ridicule : crétin crâneur, cassant crédule. J’ai même pas vu que t’étais braque, que t’étais comme une porte qui claque. Que ce soir là, sur le tarmac tu voulais tant vider ton sac. » Tout ça me tourmente.

« On Reste Dieu Merci à la merci d’un engrenage, d’un verre de Campari, du bon vouloir de l’équipage. Paris est si petit quand on le regagne à la nage : quelle aventure, quelle aventure… » La superbe.

2 réponses à “La Superbe – Benjamin Biolay”

  1. marie dit :

    Je souris, car je pensais comme toi de BIolay et j’ai glissé comme toi vers lui (avec les mêmes réticences, la pcohcette beurk, les morceaux que je n’aime pas) mais je me suis avoué que j’ai bien changé d’avis… et que je m’étais trompée… Youhouh !!! Bravo !

  2. Novembre dit :

    Idem à propos du premier avis sur Biolay, pédant et prétentieux, un peu comme moi et c’est souvent pour ça que je ne supporte pas ce genre de personnages. Finalement, je dois l’avouer, je n’ai pour l’instant qu’écouté Brandt rhapsodie, aléatoire, car ayant très peu de temps, et relisant par hasard cette chronique. Et je crois que je ne peux pas m’empêcher la comparaison Bardot/Gainsbourg dans ce duo Cheral/Biolay. Mêmes timbres de voix. Peut-être fait exprès ? Un truc m’a figé « Je suis enceinte ». Le silence vocal qui suit est génial. Le rythme très calculé et les rimes des paroles sont le fruit d’un travail je crois très abouti. J’écouterai le reste plus tard, avec une certaine envie. Je crois que ça me rappelle une certaine ambiance de Paris. La Routine.

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