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Céline – Voyage au bout de la nuit

Par Novembre, le 8 septembre 2009

Louis-Ferdinand Destouches, dit Céline, publie Voyage au bout de la nuit en 1932 et il obtient le Prix Renaudot la même année. Ce livre raconte l’histoire de Ferdinand Bardamu, fortement inspiré par l’auteur lui-même, un jeune homme étudiant en médecine, qui participe à « l’abattoir international » qu’est la guerre de 14-18. Céline lui-même ayant vécu cette guerre exprime à travers son livre tout son dégoût pour le conflit, pour le genre humain conquérant. Du point de vue de l’engagement, Voyage au bout de la nuit est une merveille. Bardamu est un lâche, pour lui, la guerre n’a pas lieu d’être, elle est le fruit de l’absurdité de l’homme, du monde, et pour lui, et c’est d’ailleurs une idée que Céline affirme résolument : pour résister à cette folie, il faut être un lâche. Alors nous voilà face à un personnage débordant de lâcheté, affirmée, revendiquée – puisqu’il va même jusqu’à se faire interner – et qui pourtant nous devient extrêmement vite attachant. On se met dans la peau de Bardamu, qui extirpe toutes nos idées patriotiques stéréotypées sur le courage. Une œuvre antipatriotique donc, mais pas seulement, car le périple de Bardamu est long et sinueux, ainsi son passage en Afrique dénonce le colonialisme, son voyage aux Etats-Unis dresse une critique affolante de la société capitaliste et de son fordisme. En plus de ces idées fortement engagées s’ajoute la dimension politique du personnage de Bardamu, qui refuse fermement toute autorité. Un tantinet anar’ le Bardamu.

De par son contenu, Voyage au bout de la nuit est une œuvre extraordinaire, résolument engagée, et extrêmement bien ficelée, mais le style de Céline contribue à l’explosion monumentale que vous procurera la lecture d’un tel ouvrage. Un style qui fit scandale à l’époque, bourré d’argot et d’impolitesses, de sentiments dégoutants exposés crus comme des tripes sur une table de boucherie. Le récit est violent, plein de force, de cris, de langage parlé, et populaire. Mais il peut aussi extrêmement drôle et Céline se sert bien de son humour, de son ironie pour renforcer encore une fois la dimension critique de cet ouvrage écrit à la première personne.

C’est très difficile de s’attaquer à Voyage au bout de la nuit, beaucoup de gens ne l’ont pas terminé, l’ont laissé inachevé, tout simplement par mésentente avec le style de Céline, plus rarement par dégoût du personnage, mais laissez vous plonger, franchissez le cap des cinquante premières pages qui brusqueront vos mœurs littéraires et l’auteur vous entraînera dans les profondeurs abyssales de la nuit.

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4 réponses à “Céline – Voyage au bout de la nuit”

  1. Aurélien dit :

    J’ai récemment lu le bouquin et il donne réellement envi de découvrir l’œuvre de Céline.
    Comme tu le soulignes, ce livre dévoile l’âme tourmentée de l’auteur. Au delà du vocabulaire crue mais subtile, se dégage une sensibilité à fleur de peau. Céline façonne ses personnages jusqu’à l’excès. Tout en évitant l’écueil du stéréotype il nous enseigne sur l’Homme à travers ses bassesses les plus crasses. Il nous enferme dans une œuvre très noire mais finalement très humaine.

  2. Sonetchka dit :

    La fin du commentaire d’Aurélien rejoint une phrase qui tourne dans ma tête chaque fois que l’on évoque Céline : « On vous dira que le regard que Céline pose sur la vie est très noir, mais il ne faut pas oublier de quelles existences il parle. » dixit un excellent prof de littérature (ahah).

  3. lambert dit :

    J’ai lu le voyage voilà déjà de nombreuses années et j’ai adoré. J’ai lu d’autres bouquins de Louis Ferdinand que j’ai trouvé tout aussi passionnant. Il a laissé son empreinte sur la littérature française et mondiale, changé la manière d’écrire de beaucoup d’auteurs, y compris étrangers. C’était un visionnaire et si parfois il a un peu dérapé (choix et opinions politiques), il reste malgré tout l’un des plus grands écrivains français, l’un des plus inventifs, des plus intelligents, des plus audacieux.

  4. Silverthorn dit :

    Il y a dans cette oeuvre une obsession de la dégradation, c’est indéniable : tout est suintant, puant, malade, sombre, visqueux, contagieux, colérique etc. Si de nombreux passages sont absolument jouissifs pour quiconque apprécie le cynisme, ce livre reste tout de même une épreuve. Pour l’avoir lu pratiquement d’une traite, je peux témoigner du fait que pèse sur le lecteur une oppression carrément étouffante. Ce roman est une véritable mise à l’épreuve, mais délectable au demeurant.

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