La Nausée, c’est en quelque sorte ce qui a permis à Sartre d’exploser dans le monde littéraire, et qui nous a fait observer les premiers prémices de la pensée existentialiste sartrien dans la littérature. Tout commence à Bouville, une petite ville portuaire imaginée par Sartre, où Antoine Roquentin, après avoir vécu de voyages dans sa jeunesse, s’est installé et s’adonne à des recherches sur le marquis de Rollebon, afin de rédiger un mémoire sur la vie de ce dernier. Jusque là tout va bien… Mais un jour, et c’est ainsi que démarre concrètement le roman, Roquentin va décider de commencer à écrire un journal, après s’être aperçu d’un net changement dans sa perception des objets de la vie courante. Il semble à Antoine que chaque objet lui est indifférent, comme mu par une vie propre, et malgré tout l’effort qu’il y met, chaque fois qu’il essaie de se représenter l’objet en question, son nom, ses caractéristiques, et son utilité, celui-ci dégage alors un étrange malaise, une Nausée, et disparaît jusqu’à son nom, dans l’esprit de Roquentin. Il y a en face de lui, un monde inanimé, inaccessible, incompréhensible, comme autre. Petit à petit, ce ne seront plus les objets, mais lui-même qui va perdre de son sens, et provoquera en lui cette Nausée caractéristique à sa vision imposée du monde… Face à l’amour, aux corps mêmes, Antoine ne peut plus rien. Face à lui même, à la vie, aux choses non plus. Il est sans arrêt baigné par le malaise et le dégoût. Jusqu’au jour où il comprend que le retour à la normale, et sa propre réalisation même, passeront peut-être par la création d’une œuvre romanesque, faite pour déranger et faire réfléchir ses lecteurs.
L’approche de la conscience et de la contingence dans la Nausée est particulière à Sartre, puisqu’elle sera au centre de son œuvre philosophique existentialiste. Pour élaborer son premier roman, après avoir publié plusieurs essais philosophiques sur l’imaginaire, Sartre étudiera tout particulièrement Husserl et sa phénoménologie. On peut penser que c’est en quelque sorte ce roman qui lui a donné l’occasion d’exprimer ses propres idées autour de l’énonciation brève d’un concept nouveau. Quoiqu’il en soit, Sartre aura incontestablement marqué la littérature et la philosophie de son temps. Même en dehors de toute culture philosophique, son roman est très largement ouvert et compréhensible, pour tous les esprits, en restant très clair sur les sentiments et ressentis du personnage. Comme on l’a vu précédemment avec Les Mains sales, Sartre est un pluridisciplinaire, et c’est sans doute cette capacité, ce talent, qui lui a permis d’exploser aux yeux de tous, comme un grand homme de lettres et d’esprit.
Cependant, je n’ai pas fini. Certes, pour l’anniversaire de la mort de Sartre, j’aurais pu être hyper sympa et me contenter de lui jeter des fleurs, comme l’ont fait des milliers avant moi. Neanmoins, et je sais que je ne suis pas non plus le premier à le faire, malgré tout le respect que j’ai pour la Nausée, je me dois de mettre au point une petite critique. Il y a en effet plusieurs points sur lesquels on peut se permettre de petits reproches. Tout d’abord, la vraisemblance. La vraisemblance de la nausée en elle-même : il faut imaginer un bonhomme, qui ne fait à peu près rien du tout de sa vie, qui se met à réfléchir sur son existence malgré lui, car c’est effectivement un galet qui sert de déclic, et que la notion d’existence dans sa propre existence est existante, ce qui semble fondamentalement affreux et dégoutant. En fait, la réaction de Roquentin, son parcours, je le vois plus comme une prise de tête un peu personnelle, sur le fait d’exister; le tout autour de questions somme toute assez simplistes : qu’est-ce que tu fous là coco ? quel sens à ma vie ? est-ce que ce galet existe ? ce galet existe un galet ? est-ce que j’existe ? suis-je un galet ? Je pousse la critique dans la caricature, certes, et mes compétences en philosophie ne me permettent sûrement pas d’apprécier toutes les idées et la réflexion de Sartre. Cependant, en bon littéraire que je devrais être, je me dois de donner un point de vue de littéraire, c’est à dire de lecteur lambda, pas forcément fanatique d’existentialisme. Pour ma part, niveau questions sur l’existence, je me contenterai plus facilement de la Chute, de l’ami Camus.
Bon, ceci dit, la Nausée reste un livre très intéressant, et comme je l’ai dit précédemment, accessible. Ce sera même parfois cette forme un peu fantaisiste, de la ville inventée, de la Nausée un peu retentissante, qui pourra plaire au lecteur. L’important est toujours de se faire son avis par soi-même, et en tant que classique, si vous ne l’avez pas chez vous, filez l’acheter ! Vous pouvez lire un extrait de la Nausée ici.
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