
Alexandre Cabanel – Phèdre, 1880
Phèdre est la dernière – et la plus connue – des tragédies de Racine, qui choisit un sujet déjà traité (par Euripide avant J-C, et par Garnier et Sénèque au XVIème siècle) inspiré de la mythologie grecque. Publiée et représentée pour la première fois en 1677, cette œuvre majeure de la littérature française inspirera plus tard une multitude d’auteurs pour leurs personnages tragiques (comme La Princesse de Clèves de Madame de Lafayette, qui paraît un an plus tard). Phèdre, « La fille de Minos et de Pasiphaé » (Acte I, scène 1, l’un des vers les plus célèbres malgré sa simplicité) est le meilleur exemple de personnage tragique : n’étant pas la maitresse de ses sentiments, elle est victime malgré elle d’un amour inceste pour son beau-fils Hippolyte. Déchirée entre sa passion bouillante qui la brule à petit feu (Phèdre est mourante dès le début de la pièce) et sa volonté de résister à cet amour, elle passe par plusieurs phases (amour, jalousie, peur…) qui la ravagent à tel point qu’elle se suicide, malheureuse, à la fin de la pièce puisqu’elle apprend que Hippolyte est mort.
Ce n’est pas tellement le sujet, très classique et déjà exploité tant de fois, ni la structure de la pièce (qui respecte à la lettre toutes les règles du théâtre classique, sans la moindre didascalie pour retracer des actions ou decrire des endroits) qui font le charme de cette pièce, mais bel et bien la richesse du texte, écrite en vers et en alexandrins (il y en a 1654 au total). Des vers comme « Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cœur. » (Hippolyte, Acte IV, scène 2,), qui n’est constitué que de monosyllabes, et des passages entiers comme la tirade de Phèdre à la fin de la 3ème scène du premier acte, où l’héroïne avoue à sa nourrice Oenone ses sentiments pour Hippolyte, ont été les raisons incontestables de la célébrité et du succès de cette pièce.
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“(comme La Princesse de Clèves de Madame de Lafayette, qui paraît un an plus tard)” Hinhinhin, les cours de français ça sert en fait :-p
Cette pièce, on a du mal à lui pardonner d’exister, tellement elle bouleverse. Comment ne pas s’identifier à Phèdre elle-même, qu’on soit homme ou qu’on soit femme. Ce sont nos petites histoires d’amour que nous vivons, nous, gens du commun, transposées à l’échelle des Dieux. Cela nous éclaire sur notre envie d’aimer et notre envie de souffrir.
« C’est Vénus toute entière à sa proie attachée »
Cette pièce sublime regorge de vers ultra connus. Je l’ai critiquée aussi et je l’adore!