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Mauriac – Thérèse Desqueyroux

Par Mélusine, le 29 janvier 2010

desqueyrouxPourquoi Thérèse Desqueyroux a-t-elle voulu empoisonner son mari ? Le roman s’ouvre sur sa sortie du tribunal. Elle vient de bénéficier d’un non-lieu : le témoignage de Bernard Desqueyroux, son mari, la victime elle-même, vient de la sauver. Elle rentre donc chez elle libre. Mais tous la savent coupable, Bernard le premier.

Étouffant huis clos que celui que raconte François Mauriac. C’est en 1927 qu’il publie ce roman. Déjà le jeune écrivain mondain a laissé la place à l’écrivain engagé, porté par un profond idéal chrétien. Plus tard, son succès sera indéniable : il sera élu triomphalement à l’Académie Française et remportera le prix Nobel de littérature en 1952. Lui qui est issu d’une Gironde où la bourgeoisie viticole exerce une forte influence fustige dans ses romans leur atmosphère lourde de secret.

Thérèse Desqueyroux, elle, dans la voiture qui la ramène chez elle, a tout le temps de penser. A ce procès, où elle vient d’être reconnue innocente. A ce qu’elle va dire à son mari, pour justifier son acte, pour se confesser aussi. Et à sa vie passée, sa sensation d’étouffement dans une vie qu’elle n’a jamais maîtrisée, mariée sans amour, mère sans désir de l’être, enfermé dans des conventions familiales et conjugales.

Mais à l’arrivée, Bernard n’écoute pas ce que sa femme a si longuement prévu de lui dire : s’il a témoigné en sa faveur pour éviter le scandale, il compte bien lui faire payer personnellement ses actes. Il l’enferme et lui interdit le moindre mot, le moindre contact. Peu à peu, Thérèse dépérit.

Comprendre, voilà ce qui nous tient en haleine dans ce roman. Comprendre pourquoi elle n’ira pas en prison. Comprendre si elle a réellement eu l’intention de le tuer. Comprendre pourquoi elle en est arrivée à ce geste. Comprendre pourquoi elle est si froide à l’égard de ce qui l’entoure. Thérèse Desqueyroux est un mystère et pourtant toutes les raisons qui la poussent à agir sont là : un carcan de fille, de mère, d’épouse, une femme à qui l’on ne laisse jamais la parole. Qui est victime ? Qui est coupable ? Qui est le monstre ? C’est ce que ce roman met en question : à partir d’un simple fait divers, il dresse un portrait psychologique très fin d’une criminelle peut-être trop moderne pour l’époque dans laquelle elle vit. Je ne garantis pas que vous comprendrez toute l’histoire de Thérèse Desqueyroux à l’issue de ce roman, mais il y a fort à parier qu’elle ébranlera bon nombre de vos certitudes morales.

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3 réponses à “Mauriac – Thérèse Desqueyroux”

  1. Hazel dit :

    C’est le seul bouquin de Mauriac que j’ai lu. Je dois avouer qu’il ne fait pas partie de mes livres préférés, mais il est vrai que l’idée de ce récit m’a laissé confuse… Je ne savais qu’en penser… et je ne sais toujours pas. Un livre assez étrange, pour moi.

  2. gouttesdo dit :

    Belle analyse sensible, Mélusine, de ce roman emblématique de la littérature dite « d’avant-guerre ». J’ai retrouvé la petite soeur de Thérèse, en plus soumise, dans la seconde nouvelle du volume Ida d’Irène Némirovsky ( La comédie bourgeoise)… Il est sans doute difficile d’imaginer en ce début de XXIème siècle ce qu’a été le combat des femmes d’il y a cent ans… Le conformisme ambiant tenait lieu de « burka psychologique » ( je prends le risque de choquer!), et je pense l’ avoir reconnu dans la personne de ma propre grand-mère étouffée de bien-pensance. Toute la littérature de ce début de XXème siècle pourrait être revisitée sous cet aspect.

  3. Mélusine dit :

    Hazel, ton avis ne me surprend pas. Ce roman laisse souvent très indécis, c’est un peu pour cela que j’ai choisi d’en parler: pour essayer de le réhabiliter un peu.
    Gouttedo, j’ai effectivement été allusive sur la dimension féministe de ce roman mais c’est en effet un pan très important de ce type de littérature. Pour moi, il s’inscrit dans ces grands portraits littéraires de femmes criminelles et condamnables, telles Thérèse Raquin ou Emma Bovary.

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