Doué d’un talent exceptionnel, d’un franc-parler peu commun et d’un gros sens de la provoc’, Marc-Edouard Nabe fait son retour dans le milieu littéraire après quatre ans d’absences, mais d’une façon un peu particulière…
En effet, son retour sur la scène littéraire fait grand bruit : Nabe a récupéré les droits d’auteur d’une grande partie de ses œuvres (22 sur 28 ouvrages), et a décidé de s’auto-éditer en invoquant plusieurs raisons pour se justifier…
Tout d’abord, Nabe se dit scandalisé par la main mise des éditeurs sur leurs auteurs. Ce qu’il faut savoir, c’est que pour un livre publié, un auteur qui vend assez bien ne touche que 10% du prix de vente de son livre. C’est exactement le même ratio que celui attribué aux producteurs de lait. Ainsi, un auteur touchera 2€ par livre, le reste se partageant entre l’éditeur (60%) et le distributeur (les grandes librairies majoritairement, à hauteur de 30%). Depuis la crise économique qui frappe le monde, les éditeurs se sont d’ailleurs permis plus de liberté envers leurs auteurs qui vendent un peu moins bien que les Lévy et autres Gavalda : ils ne donnent plus que 8% à leurs auteurs. Rappelons à nos lecteurs que le marché des livres a généré plus de 4 milliards d’euros de chiffre d’affaire en 2009, contre 900 millions pour la musique. La crise ne touche pas le marché du livre qui a vu ses revenus augmenter de 4% de 2008 à 2009.
Deuxièmement, Nabe s’insurge contre les libertés prises par les éditeurs sur les textes mêmes de leurs auteurs : tels ou tels passages des livres peuvent être détournés, réécrits, car politiquement incorrects ou alors tout simplement peu vendeurs pour le livre. Marc-Edouard Nabe crie donc à la prise de liberté des écrivains, dénonçant les attitudes de « petits toutous » aux pieds des maisons d’éditions.
Les livres de Nabe sont aujourd’hui disponibles en vente sur son site internet seulement, il explique pouvoir ainsi gagner autant qu’avant en vendant 10 fois moins. Les questions sur la réelle motivation des écrivains peuvent venir, seulement, il faut rappeler qu’un écrivain comme tout homme a besoin de vivre. Aujourd’hui, nombreux sont les écrivains (surtout dans le milieu de la poésie) à cotiser au RMI. Il faut s’éloigner des gros poissons de l’édition, comme Marc Lévy ou Amélie Nothomb pour s’en rendre compte. Un écrivain est un moteur de la société, il fournit du divertissement, de la réflexion à tout le peuple intéressé. Il travaille sur une œuvre pendant plusieurs mois, parfois des années, sans avoir la certitude de la vendre et de toucher assez de ses 10% pour pouvoir vivre. Le métier d’écrivain reste discutable, mais pour ma part, je pense que la position de Nabe est légitime.
Il faut aussi noter que ce sont les éditeurs et non pas les écrivains qui conservent les droits d’auteurs de ces derniers, même après leur propre mort. Ainsi, pour l’utilisation d’un livre afin de faire un film, l’auteur ne touchera quasiment rien, sinon la promotion qu’il pourra éventuellement faire pour aider à la vente du film.
Nabe est aujourd’hui détenteur de ses propres droits d’auteur, et propre vendeur de ses livres, une démarche, qu’en mon propre nom, je soutiens totalement. Son dernier livre, L’homme qui arrêta d’écrire, est sorti le 14 janvier 2010.
Son site web : www.marcedouardnabe.com
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C’est plutôt intéressant, surtout que c’est une démarche assez commune dans d’autres milieux artistiques (notamment la musique).
Après, je pense que l’auto-édition n’est réellement envisageable à grande échelle seulement si l’on a un « public », du moins jusqu’à ce que des structures encadrent de façon plus soutenues ces initiatives.
Je pense qu’il peut se permettre l’autoédition dans la mesure où il a déjà un public et quelques médias qui le suivent, sinon c’est peut-être risqué.
Après, moi non plus je n’approuve pas les démarches des éditeurs. J’ai renoncé à faire étudier un bouquin à mes élèves quand j’ai vu le prix qu’on en demandait! Bonjour la culture pour tous et l’instruction gratuite!
Je suis assez scandalisé par les prix proposés, c’est vrai. Ceci dit, le dernier bouquin de Nabe se vend 28€ sur son site. C’est un peu cher. Après, c’est vrai qu’il a son nom. Il explique qu’il en a pour huit euros pour l’imprimerie et 20€ pour lui. Je crois que je le commanderai si c’était en dessous de 20€ pour ma part. C’était plutôt la démarche qui m’intéressait. Une forme d’émancipation de l’écrivain reconnu. Si cette andouille de Lévy s’y mettait, le marché perdrait 10 ou 15% pour lui tout seul…
Il est vrai que le fait que les écrivains touchent (moins de) 10% est affolant, et la méthode de Nabe semble tout à fait légétime. Seulement, pour qu’un écrivain fasse comme lui, il faut qu’il soit déjà connu. Et sa popularité Nabe se l’est acquise en vendant ses libres par la méthode traditionnelle. Car si un auteur se lance dès le départ dans l’auto-édition, il n’ira jamais aussi loin, et ses tirages tourneront autour de trois (désolée pour les allitérations en « t » et « r » !) dizaines d’exemplaires… Alors oui, il a raison lorsqu’il dit que le métier d’écrivain est mal payé, et lui a trouvé une solution, mais qui ne correspond qu’à ceux qui ont déjà du succès, malheureusement.
tout à fait d’accord avec toi Hazel, et c’est le fond du problème… Quide des écrivains débutants ou à public sélectif, comme Christian Bobin , Sylvie Germain ou Emmanuelle Pagano…etc?
Et le scandale des éditeurs qui prétendent aider les écrivains en « offrant » une publication à compte d’auteur? j’ai rencontré récemment ici un écrivain qui s’est laissé berné par ce système, il fait les sorties des boulangeries pour éponger la facture… Pourtant, un livre, comme vous le soulignez tous, ce sont des heures, des nuits ( la journée, il faut gagner sa vie), des années d’investissement , voire le sacrifice d’une vie affective… combien d’écrivain(e)s vivent seul(e)s?
Allez bon courage, heureusement, maintenant, y’a Internet!!!!
Le fait que Nabe se soit fait connaître par la méthode traditionnelle de l’édition (et son talent naturellement) est incontestable. Cependant, il faut noter qu’il a aussi publier énormément de tracts à traits plus ou moins philosophico-politiques de ses propres frais, qui ont largement contribué à sa renommée dans le milieu de l’engagement intellectuel.
Disons que c’est une bonne piste de réflexion. Comme je l’ai dit, l’auto-production est assez courante dans le domaine de la musique, surtout pour des groupes émergents car il y a des structures qui peuvent permettre ce genre de démarche. Il faudrait que sous cette impulsion des éditeurs prennent le risque de promouvoir dans un sens des éditions assistés dans lesquelles ils ne toucheraient qu’une part très minime du livre… Après c’est sans doute utopique, mais tout à fait réalisable lorsque l’on considère que c’est ce que font les majors dans l’industrie du disque.
Mouais… Quand j’aurai fini d’écrire ma nouvelle je pense que tout sera en place ! héhé