Vladimir Maïakovski, si loin de cette postérité qu’ont les Hugo, Eluard et autres Aragon, et pourtant, une telle initiative poétique, une telle révolution dans le style, l’expression et surtout la vision si originale de ces choses qu’on a mille fois vues et revues en poésie ! Il est le fondateur de ce qu’on appelle le cubo-futurisme (futurisme russe), non pas un courant mais une attitude poétique, un rejet des traditions esthétiques en littérature. Maïakovski sait dire amour et femmes, religiosité et incrédulité, art et hypocrisie, société et individualité, en même temps. Son style est très particulier, très oral, et élévateur sans forcément aller chercher de magnifiques mots tout droit sortis d’un dictionnaire des synonymes. Et bien que ce monsieur écrivit en russe, sa traduction française est remarquable et le style oral (pas de rimes, même en langue d’origine, et des vers déstructurés comme je les aime) passe tout à fait bien en français, et je pense dans toutes les langues. Ici, dans Le nuage en pantalon, Maïakovski pousse un cri retentissant contre la société, l’art, la religion, l’amour. En quelque sorte, ce recueil est considéré comme le manifeste du futurisme : contestation de toutes les impositions dans l’art, mais aussi donc au point de vue social, religieux ou les stéréotypes amoureux, remplacement de la nature par la ville bruyante et agressive. Je tenais, pour illustrer mes propos, à citer quelques vers…
Tout d’abord, voici dans son prologue, les tous premiers vers :
Votre pensée,
qui rêvasse sur votre cervelle ramollie,
tel un laquais obèse sur une banquette graisseuse,
je m’en vais l’agacer
d’une loque de mon coeur sanguinolent
et me repaître à vous persifler, insolent et caustique.
Maïakovski commence fort, en précisant implicitement à qui les mots de ses poèmes devront profiter. On sait, qu’à son époque, et en 1910 en particulier (Le nuage en pantalon parait en 1914), le symbolisme russe, courant alors mille fois prôné et imposant ses propres directives à la poésie comme étant celles à suivre pour faire de l’art, tend à s’essouffler et est sévèrement remis en cause par toute la nouvelle génération littéraire.
Ensuite, dans le quatrième poème :
Bébé !
N’aie donc pas peur
si mon cou de taureau
porte un monceau humide de femmes au ventre en sueur
- c’est que je traîne dans ma vie
d’énormes amours propres par millions
et un milliard de sales amortons.
Drôle de façon de déclarer sa flamme… En somme, Maïakovski résume lui même son Nuage en pantalon ainsi : « À bas votre amour, à bas votre art, à bas votre société, à bas votre religion ». Je vous conseille et re-conseille ce recueil que vous trouverez pour un prix ridicule dans toutes les bonnes libraires et qui est vraiment ce qu’il y a de mieux pour s’initier à cette poésie déstructurée, changeante, en un mot : futuriste.
PS : Pour les russophones, vous pouvez lire le recueil en cyrillique en cliquant ici.
L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?
Exprimez-vous !


Je tiens à préciser que, comme toujours, c’est beaucoup mieux dans sa langue originelle.
Si par hasard, un russophone passe par ici, voici le lien où on peut retrouver l’œuvre intégrale, dans sa langue originelle : http://lib.ru/POEZIQ/MAYAKOWSKIJ/oblako.txt
Je ne parle pas russe, mais j’avais eu la chance de l’étudier avec une prof qui le parlait et qui nous l’avait lu dans sa langue originelle. Effectivement, les sonorités sont très belles !