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Laclos – Les Liaisons Dangereuses

Par Mélusine, le 22 janvier 2010

Si je devais n’en retenir qu’un, ce serait probablement celui-ci. Pierre Choderlos de Laclos n’est qu’un militaire inconnu lorsqu’il publie en 1782 le roman qui le rendra scandaleusement célèbre. La bonne société s’offusque : comment ose-t-il ainsi salir l’aristocratie ouvertement affublée des pires vices ? Oui, mais c’est ça qui plaît. Le vicomte de Valmont est un démon en perruque et dentelle : il séduit les femmes pour mieux les pervertir et les abandonner, sans morale ni remords. Tout le monde le sait, tout le monde le fuit, et pourtant personne ne lui résiste. Il échange une correspondance secrète, sulfureuse et provocatrice avec la marquise de Merteuil. Pourquoi secrète ? Parce que la marquise, elle, est un exemple de vertu aux yeux du monde, mais dans l’ombre elle est un avatar à la hauteur de son libertin de correspondant. Ajoutez à cela les lettres échangées par les différents personnages avec leurs différents complices et victimes, et vous obtenez ce troublant roman polyphonique.

L’histoire s’ouvre sur un défi : Mme de Merteuil vit comme un terrible affront l’annonce du mariage d’un de ses anciens amants avec une jeune fille du nom de Cécile de Volanges. En guise de vengeance, elle demande à Valmont de séduire et déshonorer la jeune fille avant les noces. Mais il refuse : il est déjà trop occupé par son nouvel objectif, la présidente de Tourvel, pieuse et fidèle femme qui représente tout ce qui s’oppose à notre héros. Or celle-ci le repousse obstinément. Lorsqu’il apprend que celle qui a si soigneusement sali sa réputation auprès de Mme de Tourvel n’est autre que Mme de Volanges, la propre mère de la jeune Cécile, Valmont accepte finalement le défi de Merteuil qui rejoint sa propre revanche.

Une terrible machination se met en place : Cécile est une victime des intérêts libertins des personnages qui évoluent autour d’elle. Son innocence n’en est que plus touchante dans des lettres sans réponse qu’elle adresse à l’une de ses amies. Merteuil écrit à Cécile comme à Valmont : la duplicité du personnage est machiavélique à souhait. Quant à Valmont, c’est un vrai plaisir que de déceler dans ses déclarations d’amour et de fidélité tous les indices d’une hypocrisie consommée. C’est avec ce livre que j’ai appris non seulement la définition d’un courtisan, qui dit une chose et en pense une autre, mais aussi que tout livre classique a de quoi parler à tout citoyen du XXIème siècle, à condition qu’on lui apprenne à le lire. Mais le libertinage, c’est surtout la liberté de penser, la liberté morale. Et n’oublions pas que ce que revendique Valmont, c’est d’être affranchi de toute tout carcan moral, religieux et social, ce qui prend beaucoup plus de sens quand c’est Merteuil qui le revendique, elle qu’on a voulu enfant complaire dans l’ignorance et la soumission et qui, jeune veuve, n’a jamais voulu se remarier. Un roman d’une modernité troublante, tant sur la forme que sur le fond, qui annonce autant les idées révolutionnaires que notre propre société de l’apparence désabusée.

Je conclurai sur la magnifique adaptation cinématographique que Stephen Frears a faite de ce livre : Glenn Close y campe une Merteuil élégante et imposante, John Malkovich un Valmont fascinant et inquiétant, Michelle Pfeiffer une Tourvel naïve et dévote avec ses grands yeux larmoyants. Ce n’est pas par hasard que ce film est au programme du baccalauréat de littérature cette année en même temps que le livre : un duo réussi.

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4 réponses à “Laclos – Les Liaisons Dangereuses”

  1. Melusine dit :

    Oh vous avez publié ma critique! C’est gentil, je me demandais si elle vous avait plu, comme je n’arrive pas à accéder à la page concernant les consignes de rédaction pour les participations. En tout cas, bravo pour le choix des images! C’est vraiment super!

  2. Raspoutine dit :

    Ce livre a bercé ma terminale comme tous les L de l’an passé et de cette année.
    Bravo pour la critique complète et intéressante, je te souhaite de tomber dessus au bac…
    Et viva John Malkovich !

  3. Melusine dit :

    Raspoutine, si c’est pour moi que tu parles, j’ai passé mon bac il y a longtemps, maintenant je suis de l’autre côté du bureau et c’est de là que je tiens l’info… ;-)

  4. Raspoutine dit :

    Ha ha ! vraiment excellent ! Enfin, tant que ce genre de méprise fait rajeunir, tout va bien !

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