Le Hangar - Espace artistique » Chroniques » Littérature »

Flaubert – Madame Bovary

Par Mélusine, le 24 février 2010

Chose promise, chose due !

J’ai découvert Emma Bovary en classe de 1ère, dans un sujet de baccalauréat blanc consacré à l’infidélité en littérature. Intriguée par un thème que je ne pensais pas si fréquent, je me suis penchée sur chacun des textes qui composaient le sujet d’examen, et particulièrement sur cette mal mariée si célèbre.

Gustave Flaubert a trente ans lorsqu’il découvre ce fait divers normand : une femme se ruine pour ses amants avant de se suicider à l’arsenic. Il travaille pendant cinq ans à son roman qu’il publie en feuilleton en 1857 dans la Revue de Paris. Il est immédiatement traduit en justice : oser mettre en scène autant d’outrage à la morale publique et religieuse est insoutenable. Dans ce même procès, c’est un certain Charles Baudelaire qui est traduit en justice pour ses Fleurs du Mal, qu’il sera contraint de remanier après sa condamnation. Mais l’avocat fait remarquer qu’Emma expie toutes ses fautes. La Bovary sera donc publiée indemne.

bovaryL’histoire est d’abord celle de Charles Bovary : médecin de la campagne normande, il épouse Emma Rouault, une jeune fille élevée dans un couvent et qui vit à la ferme de son père. Trop heureuse de quitter sa vie de paysanne, Emma rêve de vivre auprès de son mari une vie aussi trépidante que celle de ses héroïnes de roman préférées : élans passionnées, fuites aventureuses, voilà ce qu’elle attend ! Mais Charles Bovary n’est pas un héros de roman : sa vie est terne et sans intérêt. Emma s’ennuie… Jusqu’à ce fameux bal chez le marquis d’Andervilliers : les belles robes, la musique, la danse, le luxe, les rencontres fugaces… voilà la vie qu’elle veut, et qu’elle entrevoit l’espace d’une soirée. Elle la hantera toute sa vie.

Et voilà comment la déchéance d’Emma Bovary commence. Elle prend un amant, puis un autre. Pour eux, pour elle aussi, elle dépense sans compter. Elle se débat avec des idéaux de grande vie et de grande passion, alors qu’autour d’elle, tout n’est que médiocrité et bêtise. Que dire de cette célèbre scène des comices où l’on débat du prix des volailles et des cochons pendant qu’elle retrouve son amant pour échanger des mots passionnés ? Voilà ce que Flaubert fait de son héroïne : il se moque d’elle en permanence. Le narrateur n’en finit plus de dérision sur cette pauvre Emma qui ne tient aucune de ses résolutions, qui délaisse sa propre fille et se laisse naïvement abuser par tous ses amants qui lui promettent monts et merveilles avant de disparaître. Ironie d’un narrateur qui ne soutiendra jamais son personnage et met en scène ses ébats avec une impudeur sur laquelle ses détracteurs se sont jetés : Emma, à peine dissimulée dans un fiacre avec son amant, ordonne au chauffeur de rouler, sans but précis. Et l’on suit ce fiacre qui se promène sans destination, qui s’agite sur la route mauvaise et dont une voix parfois s’échappe pour demander au cocher de rouler encore un peu…

De ce roman sur l’ennui, sur rien (pour reprendre un cliché répandu), je retiens surtout le cynisme d’un auteur qui n’a laissé aucun mot au hasard et n’a accordé de crédit à aucun de ses personnages. Mais surtout, nous avons là une des plus grandes figures de lectrice en littérature, qui vient rejoindre Don Quichotte, Julien Sorel et les autres. C’est aussi elle qui m’a convaincue que les personnages de lecteur dans les romans finissent presque toujours mal.

L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?
Exprimez-vous !

Une réponse à “Flaubert – Madame Bovary”

  1. Danalyia dit :

    « Madame Bovary » est pour moi LE roman : concis, parfait. Je le relis régulièrement et toujours avec le même émerveillement… En ce qui concerne le sentiment de Flaubert pour son héroïne, je ne dirais pas qu’il ne lui accorde aucun crédit, mais plutôt qu’il l’aime telle qu’elle est, qu’il la comprend « de l’intérieur ». Il a si finement décortiqué et restitué sa pensée, ses états d’âme, que j’y vois de la tendresse et une grande compassion pour son mal-être, ses faiblesses… Il y a quelque temps, j’ai participé à une lecture du roman ininterrompue, à voix haute, devant un public. Cela se passait à Rouen (ville natale de Flaubert, où je réside). Nous pouvions choisir l’extrait : pour moi ce fut la bénédiction par le prêtre d’Emma mourante. Un chef d’oeuvre dont je ne me lasse pas…
     

Laisser un commentaire