Le Hangar - Espace artistique » CE2009 – 3) Manhattan-blues – Secrets.

CE2009 – 3) Manhattan-blues – Secrets.

3) Manhattan-blues – blog :

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Secrets.

Corps n.m. : Partie matérielle des êtres animés – L’organisme humain (opposé à l’esprit, à l’âme)

I.

La main ridée de ma grand-mère sur la mienne me ramène à la réalité. Son regard qui comprend tout me sourit, je pose mon autre main sur la sienne.
Au loin, les bruits me reviennent : ceux des rires et des discussions prenant naissance dans le vin.
La table est immense et la famille y est réunie ; heureuse et une. Des regards de jolies cousines, des caresses de tantes. La mer bat dans mon cœur alors que mes yeux se ferment. Légèrement ivre, je me lève et marche. J’abandonne les mains ridées de ma grand-mère. On me suit du regard. On m’oublie : dans la nuit, je ne suis qu’une ombre. Une ombre qui s’échappe.

II.

J’enlève mes chaussures et remonte mon pantalon de lin beige. J’apprécie la sensation du sable frais et humide sous mes pieds. Cette plage est immense, et déserte.
Hier, j’arpentais un autre rivage ; abris de mon égarement aux accents hispaniques, il m’a tendu ses bras. Je m’y suis posé, espérant trouver le repos. Il n’y a eu que le tumulte de l’étreinte – le râle des vagues dans mes oreilles – et le souvenir de ces lèvres pleines et brûlantes sur ma peau.
Le vent me dégrise et joue avec ma chemise. Je regarde l’horizon sous le clair de lune. J’aimerais partir à la conquête d’autres rives. Je hume l’air à la recherche des odeurs des femmes d’ailleurs, parce que le vent est enjôleur et qu’il est un homme : il ne retient que ce qui l’enivre.
Des souvenirs de voyages remontent le flot de ma mémoire. Je sens à nouveau l’odeur du narguilé rempli de tabac et de marijuana. Nous étions nus. Tes seins étaient dur, tu étais le souvenir de tes ancêtres : princesse de l’ancienne Perse.

III.

J’ai parcouru le monde. J’ai vu l’Europe brune, rousse et blonde. J’ai vu l’Asie aux yeux d’amande. Je me suis arrêté, essoufflé, longtemps, sur les peaux ambre et ébène de l’Afrique. J’ai vu les danses, et les tatouages sur ces peaux : ces messages jetés en pâture, ses voies sans aiguillages.
A chaque jour une femme : une histoire.
J’ai parcouru leurs peaux comme l’on gravit des montagnes : avec la rage de l’ignorance. J’ai parcouru le monde pensant que les réponses à mes questions seraient écrites sur le ventre des femmes. Mais aujourd’hui je suis las. Je me débats dans ce décor triste de fête foraine oubliée, ce champ de bataille – des bataillons, tous décimés. La frustration me guide vers cet ailleurs où les femmes sont généreuses, où elles ne s’enferment pas dans la pudeur gracieuse et digne que porte leurs corps nus. J’aimerais voir ailleurs, j’ai besoin de nouveaux rivages. J’ai besoin de fuir !

Mes pieds embrassent la mer de ton regard. Je me réveille. Tu murmures dans mon oreille. Le corps n’est rien. Il n’est que violence. Je jouis.