Mercredi 10 mars 2010 Par Hazel dans Vos oeuvres

Un quai de gare à Toulouse, par Thierry Cabot

Il est très rare que j’apprécie un poème à la forme si fixe, moi qui suis un adepte de la déstructuration, des rimes cachées voire oubliées, des lignes hétérogènes… Et me voilà submergée par ce flot d’alexandrins qui, ligne par ligne, ont su me rendre presque amoureuse de ce poème. Tout y est : les rimes riches et belles, les images profondes et douces, l’histoire triste et belle… J’ai vraiment adoré, et apprécié le lire et le relire. Je vous souhaite donc, à vous, lecteurs, une aussi agréable lecture.

Un quai de gare à Toulouse

Sur le quai fauve et noir empli de moiteurs sales,
Les âges se défont au rythme aigu des trains…
Voici longtemps. Peut-être en mai. Comme en rafales,
Des houles de joie ivre incendiaient mes reins.

J’avais les yeux ravis et comblés de l’enfance.
La magie à ma lèvre où fusait le bonheur,
Inondait le ciel chaud d’un rêve sans défense
Plus naïvement clair que l’envol d’une fleur.

La gare en fièvre s’agitait à perdre haleine ;
Le vent soûl balayait le matin finissant,
Et tout à coup je vis, dans un souffle de laine,
Sourire jusqu’à moi ton pas resplendissant.

Mes bras tendus au point de soulever le monde,
Capturèrent le baume ailé de tes cheveux
Alors que, titubante au bout d’un soir immonde,
Une vieille passait, les doigts fous et nerveux.

Nous étions le miroir béni de toute chose ;
Les chatoiements de l’heure embellissaient nos mains.
Irréelle et chantant, la fière ville rose
Alignait ses toits purs et ses féconds chemins.

O couple aveugle au temps dont saigne l’ombre infâme !
Ta jeunesse coulait en lumineux accords,
Et nul regard ne vint arracher cette femme
Au néant qui bientôt lui mangerait le corps…

Le même quai… plus tard, sans que tu me revoies.
Déjà rien que l’infime écume d’un grand jour,
A peine un blanc fantôme errant le long des voies
Tandis que, chargé d’ans, je titube à mon tour.

Ton image que seule a noyé l’amertume,
Est une eau pâle et trouble égarée en mes yeux,
Un murmure de soie enfoui sous la brume,
Une âme frissonnante au bord de vagues cieux.

Et le limon obscur des mois et des années
A glacé mon visage et fendillé mon cou ;
Si parfois j’ai bu tant d’espérances bien nées,
J’ai vingt fois du destin essuyé le vil coup.

Or là comme jadis, la foule bourdonnante
Gronde avec l’appétit d’un long fleuve qui croît ;
Comme jadis, au loin, charmeuse et fascinante,
Toulouse rit toujours dans le beau soleil roi.

Affaibli par cent maux où l’enfer se dessine,
Je longe le vieux quai plein de moites relents
Quand devant moi soudain, ô brûlure assassine !
Pareil au nôtre, un couple unit ses vœux tremblants.

Il ne me connaît pas. Les trains vont, à la file.
Une brise d’amour me flagelle et me mord.
Et vaincu, las de tout, pauvre chose débile,
Je m’abats sur le sol en épousant la mort.

Par Thierry Cabot.

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Jeudi 4 mars 2010 Par Hazel dans Vos oeuvres

Idylle, par Christine Gouttefarde

Après nous avoir proposé une belle critique très originale de « La délicatesse » de David Foenkinos qui s’adresse à l’auteur, Christine nous livre un très beau texte qui dès la première ligne se met à couler devant nos yeux , puis dans nos veines pour enfin gorger notre cerveau de douce poésie.

C’est un filet qui source
Il fait perler vos yeux et rosir votre bouche
Un ru fragile s’écoule
Et tout à coup se penche et puis vacille et tremble
Le fond de l’âme coule
On résiste et sans plus de vouloir
On courbe l’échine
On s’incline
On se donne
De mots et d’étreintes le ruisseau
S’enfle il est fort
Il se gonfle et jaillit
Déborde et divague dans vos nuits qui tressaillent
Vos aurores qui s’échouent !
Son eau libre et folle
Contre les pierres se cogne
Les frôle les baise les cajole
Puis les creuse et ruse et sans pitié les rogne
Vous livrez à ses flots votre corps en lambeaux
Et vous lapez encore et encore les lames sans repos
Mais le torrent se lasse et bientôt se tarit
Vous guettez une goutte
Pour calmer votre soif
Vous sucez l’herbe sèche
Vous grattez dans la boue
Le torrent s’est tari
Déserté votre lit
Sur les galets
Vous pleurez
Vos larmes
Buvez.

Par Christine Gouttefarde.

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Mercredi 3 mars 2010 Par Hazel dans Vos oeuvres

Rencontre du constant désir, par Dany Héon

Rencontre du constant désir

À Jeanne-Marie Rugira

Elle embrasse mon mouvement
Pour lui donner un second souffle
Me recycle dans l’orage pur
Et me laisse naître
Sur l’herbe fraîche et gorgée

Je goûterai les jours qui suivront
Ma saveur
Par des miettes de hasard
Qui n’ont de hasard
Que mon incapacité à les relier

J’ai le goût du sang neuf dans la bouche
Sève vivifiante et vigoureuse
Comme un dessein longtemps mûri

La vie me veut
En chair et en âme
Comme une femme désirante depuis longtemps
Sait reconnaître le moment opportun

Aujourd’hui elle m’apparut personnellement
De toutes les manières
Qu’elle a eu le loisir de choisir

Tout le monde croyait
Que je lisais paisiblement Cohen
Alors que je laissais ses effets
À cette leçon à propos
Prolongement des doigts
De ton amour maternel

Alors que je n’y pensais plus
Tout apparut soudain
Entre deux vers

Elle a dit, Sois pas niaiseux, Len.
Prends ton désir au sérieux¹

D’accord d’accord
Et puis

[…] pour ce qui est des femmes
et de la musique
il y en aura en abondance
au paradis¹.

¹Léonard Cohen, Livre du constant désir

Par Dany Héon.

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Lundi 1 mars 2010 Par Hazel dans Vos oeuvres

Silence, patience…, par Betty Gini

Silence, patience…

Par la grâce des silences
Patience, patience…
On ne meurt que deux fois
Au cœur des draps de soie
De l’absence
Contre soi.
Et quand vient le silence
Patience, patience…
On entend les abois
Des sorcières au trépas
Qui dansent
Le Sabbat.

Et puis les heures avancent
Silence, silence…
Tout au centre de soi
L’étranger se déploie
Dans la démence
De nos émois.

Sur le pont d’innocence
Silence, patience…
Vos élans d’autrefois
Se souviendront de moi
Dans l’arrogance
D’un toujours là.

Par Betty Gini.

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Samedi 13 février 2010 Par Hazel dans Vos oeuvres

Sans titre, par Aurore

Coupe la tête. Ecrase, écrase, écrase. Sens, appuie, explose, détruis, crache.
Secouer le prunier, faire tomber les fruits. Exterminer.
Je ne sais pas où je vais. J’ai bien peur de perdre tout contrôle. Aspire. La sève est en ébullition, les pores sont hypersensibles. Peur panique.

Qu’il est doux de ne rien faire de sa journée. S’entasser sur son lit avec sa guitare, son dioxyde en boîte de 20 et son sacraliseur d’images… Save me. Scratch. Poum poum. Poum poum. Poum… Poum.
Et renaître. Encore une fois, réapparaître le sourire aux lèvres et les pensées amères.

Entrée dans l’imperméable solicitude que l’on attend de moi. Tiraillée entre des désirs insupportables et des centaines de milliards de litres de ressentiments. Pas le temps de perdre une minute de sa vie à apaiser un venin maléfique. Vient-il de moi ou des autres ? Vivre en société n’est pas si facile qu’on ne le croit. Vomir le contact physique. Je ne peux toucher ce que je répugne à regarder. Aimer toujours. Aimer encore. Absorber la dernière lettre d’un mot pour en pervertir son sens. Le commencement se rattache à une fin. C’est la fin, c’est le début, c’est le fruit de mon imagination. Traupisme. Comment peut-on à ce point s’éloigner de la réalité sans pourtant en perdre une miette. Perpétuelle spectatrice du plaisir ou de la douleur d’autrui. Et lorsque c’est moi qui suis en scène, je suinte, je fuis, je goûte, je perds, je scande et cri ce qui ne m’appartient pas. Tergiverse. Accable. Evince. Envie. Tu n’as que ça à faire. Que ça à montrer. L’être le plus accrocheur, marque son territoire et n’y fait entrer les autres que pour combler son ennuie et décorer son quotidien. Etiquetter les uns et les autres, sans jamais lire ce qu’il y a de plus profond. Tout n’est que surface. Se dire esthet là où le regard ne décèle qu’apparence. Révoltante cessité. Absolutisme de la clairvoyance. Horreur de ne pas voir les aspirations se réaliser. Horreur de voir les siennes prendrent corps et s’en aller, loin, loin, loin, très loin de moi. Etre le spectateur de sa propre vie, de ses propres désirs.. Se faire violer chaque nuit par soi-même. Soi-même. Je suis, ce que je veux paraître, je suis, ce que je ne veux que cacher, je suis, ce que la nature a fait de moi, je suis, ce que je parviens à la force de mes dents à extirper du monde, je suis, ce que vous faites de moi, je suis, ce que vous voulez bien voir, je suis, ce que vous souhaitez que je sois, je suis, à votre image, ou votre exact opposé. La détermination n’a rien à voir là-dedans.
Le destin te rattrape toujours.
Cours et cours et cours jusqu’à en perdre haleine, toute la journée, toute la nuit, toute la vie.
Don’t tuche me please I can’t stay away from you. Prendre à part. Expliquer pourquoi. Paumes de ses mains. Animal. Murmurer. Sourire. Toisé de loin. Se leurrer. Ignorance opposée à ostentation de toutes faiblesses. Jamais oublier. Stupide méprise. Accrue. Prouver. Abandonner. Epuisement. Parler. Dévoiler. Imbécil(e).

Merci à Aurore, pour ce texte, qui est le 100ème article publié sur le Hangar.

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