Vendredi 26 mars 2010 Par Novembre dans Littérature

Steinbeck – Rue de la Sardine

Toujours sur ma bonne lancée, je suis allé me fournir en romans de Steinbeck, et je dois avouer à tous que je ne suis vraiment pas déçu. Là, il s’agit de Rue de la Sardine, un roman qui expose à son lecteur la petite vie peu banale d’une rue  à Monterey, en Californie. On y retrouve de ces personnages à la fois normaux et étranges, typiques de Steinbeck, avec quelque chose d’attachant, de sensible : Dora et son lupanar, Lee Chong et son épicerie, Doc et son laboratoire, Mack et ses copains, qui résident libres et heureux au Palais des Coups. Pas vraiment d’intrigue principale, comme à l’habitude, sinon la vie du quartier. La force du livre réside dans l’entremêlement de dizaines de courts récits, des petites histoires relatives au quartier ou aux personnages principaux. On suit tout de même l’incroyable motivation de Mack et ses amis à organiser quelque chose de grand pour Doc, car « c’est un chic type ». Mais l’idée se solde bien souvent par un cuisant échec.

Le style Steinbeck est extraordinaire. Il est à lui seul reconnaissable entre tous. Non seulement au niveau de la plume, qui n’a rien à se reprocher, glissant de somptueuses descriptions à des formulations d’un humour sans équivoque, mais aussi dans le scénario : le lieu et la description que Steinbeck en fait, même chose pour les personnages, tout baigne dans une innocence extraordinairement soufflante et attachante. Steinbeck nous montre que les rapports humains, tout comme l’authenticité des caractères ne sont pas tant à déplorer que cela dans ce monde et qu’une alternative à l’empoisonnement de la société est toujours possible en chacun de nous.

Un livre pas comme les autres, donc forcément à lire. Du très bon.

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Mardi 23 mars 2010 Par Novembre dans Littérature

Marc-Edouard Nabe, écrivain anti-éditeur

1/ Nabe – Ce Soir ou Jamais (22/03/2010)

Doué d’un talent exceptionnel, d’un franc-parler peu commun et d’un gros sens de la provoc’, Marc-Edouard Nabe fait son retour dans le milieu littéraire après quatre ans d’absences, mais d’une façon un peu particulière…

En effet, son retour sur la scène littéraire fait grand bruit : Nabe a récupéré les droits d’auteur d’une grande partie de ses œuvres (22 sur 28 ouvrages), et a décidé de s’auto-éditer en invoquant plusieurs raisons pour se justifier…

Tout d’abord, Nabe se dit scandalisé par la main mise des éditeurs sur leurs auteurs. Ce qu’il faut savoir, c’est que pour un livre publié, un auteur qui vend assez bien ne touche que 10% du prix de vente de son livre. C’est exactement le même ratio que celui attribué aux producteurs de lait. Ainsi, un auteur touchera 2€ par livre, le reste se partageant entre l’éditeur (60%) et le distributeur (les grandes librairies majoritairement, à hauteur de 30%). Depuis la crise économique qui frappe le monde, les éditeurs se sont d’ailleurs permis plus de liberté envers leurs auteurs qui vendent un peu moins bien que les Lévy et autres Gavalda : ils ne donnent plus que 8% à leurs auteurs. Rappelons à nos lecteurs que le marché des livres a généré plus de 4 milliards d’euros de chiffre d’affaire en 2009, contre 900 millions pour la musique. La crise ne touche pas le marché du livre qui a vu ses revenus augmenter de 4% de 2008 à 2009.

Deuxièmement, Nabe s’insurge contre les libertés prises par les éditeurs sur les textes mêmes de leurs auteurs : tels ou tels passages des livres peuvent être détournés, réécrits, car politiquement incorrects ou alors tout simplement peu vendeurs pour le livre. Marc-Edouard Nabe crie donc à la prise de liberté des écrivains, dénonçant les attitudes de « petits toutous » aux pieds des maisons d’éditions.

Les livres de Nabe sont aujourd’hui disponibles en vente sur son site internet seulement, il explique pouvoir ainsi gagner autant qu’avant en vendant 10 fois moins. Les questions sur la réelle motivation des écrivains peuvent venir, seulement, il faut rappeler qu’un écrivain comme tout homme a besoin de vivre. Aujourd’hui, nombreux sont les écrivains (surtout dans le milieu de la poésie) à cotiser au RMI. Il faut s’éloigner des gros poissons de l’édition, comme Marc Lévy ou Amélie Nothomb pour s’en rendre compte. Un écrivain est un moteur de la société, il fournit du divertissement, de la réflexion à tout le peuple intéressé. Il travaille sur une œuvre pendant plusieurs mois, parfois des années, sans avoir la certitude de la vendre et de toucher assez de ses 10% pour pouvoir vivre. Le métier d’écrivain reste discutable, mais pour ma part, je pense que la position de Nabe est légitime.

Il faut aussi noter que ce sont les éditeurs et non pas les écrivains qui conservent les droits d’auteurs de ces derniers, même après leur propre mort. Ainsi, pour l’utilisation d’un livre afin de faire un film, l’auteur ne touchera quasiment rien, sinon la promotion qu’il pourra éventuellement faire pour aider à la vente du film.

Nabe est aujourd’hui détenteur de ses propres droits d’auteur, et propre vendeur de ses livres, une démarche, qu’en mon propre nom, je soutiens totalement. Son dernier livre, L’homme qui arrêta d’écrire, est sorti le 14 janvier 2010.
Son site web : www.marcedouardnabe.com

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Samedi 20 mars 2010 Par Novembre dans Littérature

Steinbeck – Des souris et des hommes

C’est Raspoutine qui m’a amené ce bouquin l’autre jour. « C’est pas mal, me dit-il. Tu peux le lire dans le tram, à l’aller et au retour ». Bon, moi j’ai préféré le dévorer dans mon lit, bien au chaud. Mais alors, je l’ai vraiment dévoré.

Des souris et des hommes, c’est le septième roman de John Steinbeck. Publié en 1937 c’est aussi un de ceux qui ont fait sa renommée mondiale et sont devenus des œuvres de références de la littérature américaine du 20ème siècle. L’histoire nous parle de deux types : un maigre et petit, George, assez vif d’esprit, un peu hargneux, et un gros et grand, Lennie, puissant comme un remorqueur, mais aussi sensible qu’une fillette et idiot comme pas deux. Leur point commun : ils voyagent ensemble. Notre point commun avec eux : comme eux, on ne sait pas ce qu’ils foutent là. Ils cherchent un travail, dans les grands ranches américains, dans le but d’économiser de l’argent. Ils ne sont pas des types comme les autres, parce que leur argent, ce n’est pas au bordel qu’ils iront le dépenser, mais pour un projet secret, rien qu’à eux… Problème, la sensibilité de Lennie et son incapacité à savoir quoi faire quand George n’est pas là…

Steinbeck nous livre une histoire peu commune, sans trop de but ni d’intérêt réel, elle nous emmène et nous transporte sur les hauts plateaux de maïs de l’Arizona avec ses deux héros au comportement si drôle et atypique. Un roman assez court, qui se dévore sur une ou deux nuits, qui prend aux tripes par un je ne sais quoi d’espérance en les croyances de ses personnages.

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Jeudi 18 mars 2010 Par Mélusine dans Littérature

Stendhal – Le Rouge et le Noir

Mais que se cache-t-il donc derrière ce titre trop souvent entendu ? Une histoire de lecture, une histoire de crise sociale, une histoire de héros perdu dans un siècle qui n’est pas le sien.

stendhal

Tout commence lorsque Henri Beyle, dit Stendhal, entend parler d’un sordide fait divers dans son Isère natale. En 1828, un jeune homme brillant est condamné à mort à l’âge de vingt-cinq ans pour avoir tiré sur sa maitresse, qui l’avait engagé comme précepteur pour ses enfants. La trame du roman est là.

rouge noirJulien Sorel n’est pas né dans la bonne famille. Fils d’un solide artisan scieur, il n’arrive pas à faire accepter sa passion pour la lecture et son désir des « choses intellectuelles » comme il le dit. Malingre mais cultivé, il ne peut rependre le travail paternel. Il connaît par contre très bien les textes religieux, le grec, le latin, et voue un véritable culte à Napoléon, son modèle. Il parvient donc à se faire engager comme précepteur chez Monsieur de Rênal, le maire de Verrières. Il gagne vite la sympathie des enfants, mais surtout remarque vite qu’il ne laisse pas indifférente Madame de Rênal, l’épouse de son employeur. Quelle fierté pour ce fils d’artisan qu’une femme du monde succombe à son charme ! Le voilà son amant. Mais on jase, on jase… Des rumeurs sur « l’adultère » de la femme du maire commencent à se répandre. Inquiet, Monsieur de Rênal décide de se séparer de Julien. Grâce à son intelligence, il parvient encore à se faire recommander : le voici maintenant secrétaire particulier du Marquis de la Mole. Et l’aristocrate a une fille, un beau parti, qui elle aussi s’intéresse vite au petit paysan fier et passionné.

Ambition sociale, quand tu nous tiens… Julien Sorel est un personnage que j’ai à la fois adoré et détesté. La vie s’est tout simplement trompé de monde pour lui, qui a une âme de marquis, une âme d’aristocrate (la preuve, elles se l’arrachent !) Ce roman, c’est donc une vraie histoire romantique, avec des passions déchaînées, des jalousies et des trahisons, des dénonciations de tout ce qui vient empêcher le bonheur et particulièrement la hiérarchie sociale que Julien Sorel exècre et retrouve partout (même là où il est le seul à la voir, d’ailleurs). Têtu, impulsif, imbu de lui même, il mérite parfois une bonne paire de gifles. Mais c’est aussi un vrai roman réaliste, avec tout ce qu’il peut avoir de pessimiste sur un monde hypocrite et cynique. Stendhal cible sur l’action, les événements, l’intensité, tant il déteste les descriptions (lui qui allait jusqu’à les remplacer par des schémas dans ses manuscrits). Julien Sorel sort tout droit de tous les livres qu’il a lu et reste un personnage de livre, qui fait pleurer les femmes mais qui ne changera pas le monde. C’est donc avant tout un lecteur, qui illustre le pouvoir des livres sur notre vie. Et rien que pour ça, je l’aime.

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Mardi 9 mars 2010 Par A. dans Littérature

Kerouac – Sur la route

Going up the country.

Il y a des œuvres qui traversent les âges en restant toujours jeunes, fraîches et lourdes de sens. Un peu plus de 50 ans après sa parution, Sur la route reste une bible pour jeunes en perditions rêvant d’exils et de mondes à créer : autre part, autrement. La fascination pour des mythes qui évoquent tout le pittoresque d’un American Dream plus qu’imaginaire, la renonciation à ce monde terrestre pour la marge et la fascination de cette marge est l’étrange alchimie qui compose, lie, ce livre fascinant. Ainsi la lecture file, s’achève. Sur la route est une histoire perpétuelle, qui se renouvelle sans cesse dans une tête mise en ébullition par la lecture. Sans connaître autre chose de l’auteur, à travers les lignes, on sent que Jack Kerouac livre son chef d’œuvre, en bout de course, le sourire fou aux lèvres. Parce que fou, il aimerait l’être : il ne l’est pas. Il a choisi autre chose : être génial.

Sur la route est d’une certaine manière la chronique de l’immensité ravagée du territoire américain. Ce livre est la fuite raisonnée, d’abord, puis folle de Sal Paradise étudiant à la faculté en mal d’ailleurs, en mal de choses à écrire, vivre et ressentir. Dans ses voyages, il est accompagné de son « idole », qui peu à peu deviendra son ami : Dean Moriarty véritable fou, délinquant aux airs d’ange qui joue à l’intellectuel.
Si les Etats-Unis sont traversés plusieurs fois selon des itinéraires différents, l’aller s’achève toujours à San Francisco : véritable bout du monde car, même si la Frontière de ce territoire n’apparaît que mentale dans la tête de ces jeunes dépravés, elle est belle et bien physique.
Sur la route a le génie de saisir et restituer l’air constamment désabusé qui caractérise la jeunesse. Aux prémices du rock’n’roll – même si le livre est beaucoup plus tourné vers le Jazz – on sent se dessiner les envies tapageuses de destruction et d’autodestruction qui naîtront plus tard dans les cœurs adolescents. Se dessine une jeunesse voulant toujours plus que ce soit dans la vie, dans l’amour, dans le voyage. Lorsqu’on considère, 50 ans plus tard l’histoire de la jeunesse dans cette seconde partie du XXème siècle, on ne peut qu’entrevoir l’annonce du mouvement hippie qui suivra une décennie plus tard. Peut-être alors encore un peu trop énervés, sans doute moins libres de leurs corps et leurs esprits, les personnages de Sur la route n’adoptent pas cette idée du peace and love, mais n’en demeurent pas moins la première génération de ces vagabonds en puissance à la recherche d’absolu. Et puisque tout mouvement à un nom, un nom qui veut en jeter, faire peur, Jack Kerouac se nomme, nomme ses compatriotes : « Beat generation » (génération battue/fauchée).

La narration file, cachin-cahan, entre impro de Jazz et cuite à la bière. On pourra reprocher à la traduction d’être lourde lorsque la folie des jeunes gens file, coule sans reprendre son souffle dans la version originale. Sur la route est une procession de foi, dans un sens un recueillement sur soi-même lorsqu’on le lit dans la puissance de l’adolescence : il faut lui laisser le temps de respirer, cheminer. Des pauses, des reprises sont nécessaires pour ingérer ce texte, et ensuite, se laisser avaler et entrer dans les délires des protagonistes.
Quand s’ouvre l’ultime partie du livre, la folie de Dean qui ne cesse de se développer au travers du livre explose, éclate alors que Sal reste toujours dans cette limite de quasi ivresse. Leur dernier voyage jusqu’à Mexico apparaît ainsi comme un retour à la sainteté. Empreint de lyrisme, ce voyage voit défiler les images de la vierge dans les yeux de gamines. Seulement ce voyage à un air d’achevé, comme si, pour une fois, les images de la Frontière de ces jeunes et la Frontière réelle se recoupaient pour exposer la rudesse de ce territoire – ce fantasme – et la vie brute qu’elle mène. Et si l’on cherche ne serait-ce qu’une raison motivant le livre, motivant ces héros en guenilles, on comprend dans cette ultime excursion qu’à travers les descriptions des paysages seule la vie (et son sens) ne les intéresse.

Puis, il est temps de lâcher le livre. Lu en une nuit ou plusieurs mois ; c’était une expérience marquante. Si l’on considère l’épreuve et son achèvement, on ne peut que sourire, satisfait. L’ultime paragraphe que l’on se répète les jours de chagrin : comme un vieux tube, ou plutôt comme une litanie singulière, hérétique :

Ainsi donc, en Amérique, quand le soleil descend et que je suis assis près du fleuve sur le vieux quai démoli, contemplant au loin, très loin, le ciel au dessus du New-Jersey, et que je sens tout ce pays brut rouler en bloc son étonnante panse géante jusqu’à la Côte Ouest et toute cette route qui y va, tous ces gens qui rêvent dans son immensité ― et, dans l’Iowa, je le sais, les enfants à présent doivent être en train de pleurer dans ce pays où on laisse les enfants pleurer, et cette nuit les étoiles seront en route et ne savez-vous pas que Dieu c’est le Grand Ours et l’homme-orchestre? et l’étoile du berger doit être en train de décliner et de répandre ses pâles rayons sur la prairie, elle qui vient juste avant la nuit complète qui bénit la terre, obscurcit tous les fleuves, décapite les pics et drape l’ultime rivage et personne, personne ne sait ce qui va arriver à qui que ce soit, n’étaient les mornes misères de l’âge qu’on prend ― alors je pense à Dean Moriarty, je pense même au Vieux Dean Moriarty, le père que nous n’avons jamais trouvé, je pense à Dean Moriarty.

Les yeux se ferment, ne subsiste qu’une sensation de beauté dans toutes cette horrible Amérique qui est décrite. Et l’impression que la liberté n’est qu’une histoire de choix. Un choix magnifique.

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