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	<title>Le Hangar - Espace artistique &#187; Littérature</title>
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		<title>Gombrich &#8211; Histoire de l&#8217;art</title>
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		<pubDate>Sat, 19 Nov 2011 11:00:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hazel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Je me souviens, en Mars, après avoir passé mon test probatoire pour rentrer à l&#8217;Ecole du Louvre où je suis cette année, je me suis posée une toute petite et siple question : &#171;&#160;c&#8217;ets quoi, en fait, l&#8217;histoire de l&#8217;art&#160;&#187; ? J&#8217;allais étudier ça pendant trois, cinq voire dix ans, et je ne savais pas [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/11/hida.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-3488" title="hida" src="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/11/hida.jpg" alt="" width="352" height="500" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Je me souviens, en Mars, après avoir passé mon test probatoire pour rentrer à l&#8217;Ecole du Louvre où je suis cette année, je me suis posée une toute petite et siple question : &laquo;&nbsp;c&#8217;ets quoi, en fait, l&#8217;histoire de l&#8217;art&nbsp;&raquo; ? J&#8217;allais étudier ça pendant trois, cinq voire dix ans, et je ne savais pas ce que j&#8217;allais étudier exactement. Alors, je suis allée à Gibert, j&#8217;ai feuilleté des livres qui ont pour titre &laquo;&nbsp;Histoire de l&#8217;art&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;Histoire générale de l&#8217;art&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;l&#8217;art&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;qu&#8217;est-ce que l&#8217;histoire de l&#8217;art ?&nbsp;&raquo;, etc. et je suis repartie avec <span style="text-decoration: underline;">Histoire de l&#8217;art</span> de E. Gombrich&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Ernst Gombrich a vu défiler durant sa vie tout le vingtième siècle &#8211; né en 1909 et mort en 2001 &#8211; et par conséquent toutes les mutations artistiques qu&#8217;on s&#8217;imagine et qu&#8217;on ne s&#8217;imagine pas. Je ne sais pas ce qui l&#8217;a poussé à devenir historien de l&#8217;art &#8211; spécialisé dans le XXème siècle -, mais on peut peut-être s&#8217;imaginer que l&#8217;enchevêtrement de tous les courants artistiques né dès la fin du XIXème l&#8217;ont poussé à expliquer ce qui s&#8217;est passé depuis les origines au grand public. Le grand public, c&#8217;est moi, vous, votre cousine de 13 ans, et votre grand-père de 78, l&#8217;amateur et le passionné, l&#8217;érudit et le novice.</p>
<p style="text-align: justify;">Personne ne connaît et ne peut connaître sur le bout des doigts ce qui s&#8217;est passé non pas en vingt siècles mais avant même le Paléolithique, ces périodes à sept chiffres où l&#8217;homme n&#8217;était que singe. Dans son <span style="text-decoration: underline;">Histoire de l&#8217;art</span>, Gombrich nous y projette sommairement, dans ces &laquo;&nbsp;mystérieux début&nbsp;&raquo; comme il les appelle au premier chapitre ; peut être même trop sommairement, diraient ceux qui se sont déjà plus ou moins intéressés la préhistoire et l&#8217;archéologie, mais après tout, le &laquo;&nbsp;récent&nbsp;&raquo; intéresse toujours d&#8217;avantage, c’est un fait (et c&#8217;est bien dommage..!). Bien évidemment, plus on s&#8217;approche de notre époque &#8211; le livre s&#8217;achève globalement au troisième tiers du XXème siècle &#8211; plus les périodes étudiées sont détaillées mais l&#8217;auteur essaie vraiment, en moins de 700 pages et plus de 400 illustrations de nous faire faire le tour de l&#8217;intégralité de la création artistique. Un sommaire très clair, une bibliographie thématique, une chronologie assez détaillée et des cartes complètent l&#8217;ouvrage. Le texte les très bien lisible &#8211; le style est simple et accrocheur, les paragraphes jamais longs ; quant aux illustrations, elles sont toutes en couleur et de très bonne qualité. Seize rééditions ont été faites de ce livre sorti en 1950, et réédite pour la dernière fois en 2001, de manière à ce que le texte et les illustrations soient mis à jour de manière optimale.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour chaque période, sont présentés les artistes, les courants et les oeuvres majeures, dans trois domaines : la sculpture, la peinture et l&#8217;architecture, mais parfois, Gombrich fait un détour par l&#8217;orfèvrerie et, quand celle-ci apparaît, la photographie. Bien évidemment, un ouvrage traitant l&#8217;intégralité de l&#8217;histoire de l&#8217;art ne peut être que partial et subjectif ; l&#8217;auteur y soutient évidemment des thèses parfois controversées. De très nombreux reproches peuvent être faits à Gombrich : &laquo;&nbsp;mais où sont les nymphéas de Monet ? Pourquoi avoir choisi cette oeuvre de Dali plutôt qu&#8217;une autre ? Pourquoi avoir autant insisté sur Cézanne ?&nbsp;&raquo;, pour ne parler que du début du XXème&#8230; Mais si l&#8217;on accepte le fait que c’est un ouvrage non exhaustif, qui a pour seul but de nous donner un succinct mais large panorama de ce vaste sujet qu&#8217;est l&#8217;art, alors on peut accepter de ne pas rencontrer dans l&#8217;ouvrage un peintre qui nous tient à coeur, au profit d&#8217;un architecte qu&#8217;on ne connaissait pas.</p>
<p style="text-align: justify;">Si vous faites des études d&#8217;histoire de l&#8217;art, lisez Gombrich ; si vous n&#8217;en faites pas, lisez aussi ! Aussi peu de choses qu&#8217;il vous restera en tête, après avoir refermé ce lourd bouquin, vous aurez en fermant les yeux une image très grande ou se ménagerons Titien, Poussin, Magritte et Fra Angelico, des statues grecques, des peintures rupestres et des photographies conceptuelles, des coups de pinceaux précis ou des dégradés de couleurs informes, des visages ou des paysages, mais tout flottera ensemble et certains élément saurons s&#8217;associer à d&#8217;autres quand vous en sentirez le besoin.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><em>PS : espèrons que cette critique qui sort un peu du commun par rapport aux autres (qui concernent surtout des romans), ouvre un nouveau cycle sur le Hangar, celui des critiques concernant l&#8217;art : sculpture, peinture, etc. Nous verrons bien !</em></p>
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		<title>Pagnol &#8211; La Gloire de mon père &#8211; Le Château de ma mère</title>
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		<pubDate>Wed, 16 Nov 2011 18:24:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mélusine</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Avant, quand j’entendais parler de Marcel Pagnol, je pensais aux films un peu kitch, à l’humour potache de Fernandel, au côté France profonde de mes grands-parents dont on nous rebat les oreilles sur France 3 pendant les vacances de Noël en multi-rediffusion. C’est donc sans grandes attentes que j’ai ouvert le premier tome de sa [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Avant, quand j’entendais parler de Marcel Pagnol, je pensais aux films un peu kitch, à l’humour potache de Fernandel, au côté France profonde de mes grands-parents dont on nous rebat les oreilles sur France 3 pendant les vacances de Noël en multi-rediffusion. C’est donc sans grandes attentes que j’ai ouvert le premier tome de sa si célèbre autobiographie. Je ne m’attendais pas à un tel émerveillement. Un tel débordement d’amour.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft" src="http://2.bp.blogspot.com/_DTDbRmRgXFU/SmrHldsMT1I/AAAAAAAAASE/zZCEi_SJMWU/s320/la+gloire+de+mon+p%C3%A8re.gif" alt="pagnol" width="168" height="256" />L’enfance de Marcel Pagnol est d’abord une déclaration d’amour à l’école. Son père, instituteur publique, prend son travail extrêmement à cœur dans une époque qui lutte encore contre l’influence de l’église dans l’éducation. Plus qu’une vocation, c’est une véritable dévotion qui le pousse, un sentiment, bien légitime à l’époque, que son travail lui permet de sauver des âmes, voire de sauver des vies.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est une déclaration d’amour à ses collines marseillaises. <em>La Gloire de mon père</em>, c’est la gloire de chasseur que Joseph l’instituteur essaye d’acquérir, lui l’intellectuel qui vient de la ville. Dans une maison de vacance achetée de ses maigres deniers pour offrir à sa femme l’air pur qui manque à sa constitution fragile, meublée de bric et de broc, tout est bon pour devenir un vrai père de famille vacancier. Peu convaincant en tant que chasseur, il n’en est que plus attachant dans son éternelle opposition à son fanfaron de beau-frère. Hiboux grand-duc, sangliers, sources cachées, grottes secrètes, pièges, tout devient merveille.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est une déclaration d’amour à l’enfance. Son insouciance, sa capacité à <img class="alignright" src="http://imados.fr/history/82/le-chateau-de-ma-mere_couv.jpg" alt="pagnol" width="161" height="247" />s’émerveiller de tout, sa liberté, ses yeux qui transforment la moindre bagatelle en véritable expédition, où tout se prend très au sérieux et en même temps prend les proportions d’un gigantesque jeu. C’est la réalisation du fantasme de s’enfuir dans les montagnes pour rester toujours en vacances. C’est sauter par la fenêtre pour aller à la chasse alors que Papa et Maman ont interdit d’y aller. C’est un petit frère tout fier de faire comme les grands. Ce sont des lettres truffées de fautes d’orthographe qui rassureront les plus complexés. C’est un château qui devient le lieu de toutes sortes de terreurs, de chiens enragés et de militaires au passé glorieux.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, c’est une déclaration d’amour à ses parents. A son père d’abord, que l’on devine un peu empoté, un peu rat de bibliothèque, mais auquel il voue une admiration sans borne, qu’il veut absolument suivre. Et à sa mère ensuite, fragile, délicate, douce, diaphane, la petite Augustine qu’il veut protéger, parce qu’il est aussi grand qu’elle, alors qu’il est encore un enfant. Qu’il est prêt à défendre contre les terrifiants chiens de la cour du château.</p>
<p style="text-align: justify;">Romancée, son autobiographie ? Je dirai plutôt féérisée avec les yeux d’enfant qui n’avaient pas besoin de console de jeu pour s’émerveiller tant la nature leur offrait le plus merveilleux terrain de jeu. Il a mis toutes ses plus belles étoiles dans ces pages, et rien que pour la chute à la fin du second tome, qui rappelle à quel point nous avons aussi besoin de cette douceur, je place ce livre parmi ceux chers à mon petit cœur de lectrice.</p>
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		<title>Dossier : Vladimir Maïakovski (1894 – 1930)</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Nov 2011 15:42:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Novembre</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Pour ce dossier, c&#8217;est le portrait d&#8217;un poète qui me tient particulièrement à cœur que je vais tenter de réaliser. En effet, <strong>Maïakovski</strong> est l&#8217;homme de lettres qui m&#8217;a le plus marqué dans mes pérégrinations littéraires, tant dans le contenu de ses œuvres qui ont su bouleverser ma façon de voir le monde, que dans l&#8217;influence qu&#8217;elles ont eu sur mes modestes écrits. Dans cet article, nous allons faire un résumé de ce qu&#8217;a été sa poésie, et de ce qu&#8217;a été l&#8217;homme, Vladimir Vladimirovitch Maïakovski, né le 7 juillet 1894 à Bagdadi, et décédé le 14 avril 1930 à Moscou.</p>
<p><a href="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2012/03/16ed_maiakovski1.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-3465" style="margin-left: 10px; margin-right: 10px;" title="16ed_maiakovski1" src="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2012/03/16ed_maiakovski1-210x300.jpg" alt="" width="210" height="300" /></a>Maïakovski est l&#8217;un des plus grands poètes de la littérature russe contemporaine. Sa vision du monde et la façon dont il l&#8217;a retranscrite dans ses écrits ont considérablement influencé ses contemporains et ses prochains. Se revendiquant de l&#8217;école futuriste, courant qu&#8217;il a largement propagé et dont il a participé à la création, il a, en concordance parfaite avec son époque, mis en avant une vision <em>révolutionnaire</em> de la poésie et du langage poétique. Vladimir Maïakovski a basé tous ses écrits sur une contestation permanente du passé poétique de la littérature. Il a en effet très largement critiqué les grands symbolistes russes (représentés notamment par Innokenti Annenski, le &laquo;&nbsp;Mallarmé russe&nbsp;&raquo;), voyant dans leur courant un peuple d&#8217;écrivain prostrés par l&#8217;amour, enfermés dans leur vergue sentimentale et complètement passéistes. Cette contestation ne s&#8217;est pas faite par les simples discours, puisque tout dans la poésie de Maïakovski s&#8217;éloigne du passé. En effet, c&#8217;est avec le présent que cette poésie évolue, ce sont les progrès technologiques et urbains du début du XXème siècle qu&#8217;elle met sans cesse en avant, c&#8217;est l&#8217;amour épuré des condoléances, c&#8217;est le vacarme assourdissant des grandes villes, l&#8217;effacement progressif de la présence religieuse dans la société, l&#8217;avant-garde talentueuse du début du siècle (à travers de nombreux artistes présents notamment à Paris). Le programme du futurisme est ainsi la base de l&#8217;explosion artistique venue de la Russie soviétique dans les années vingt : Kasimir Malevitch, Marc Chagall, Sergueï Eisenstein, Vsevolod Meyerhold, pour ne citer qu&#8217;eux. Si tous ces artistes d&#8217;avant-garde, qui ont précédé et suivi le futurisme, ne se revendiquent pas forcément de celui-ci, il est néanmoins à noter que ce courant a eu une réelle influence sur l&#8217;évolution globale de l&#8217;art russe jusque dans les années trente.</p>
<p>Maïakovski était un personnage, une légende. Si bien que ses dons d&#8217;orateurs et de récitants, sa personnalité particulière, le romantisme ambiant de son existence, son militantisme permanent, et son cillement constant entre joie et tristesse, en ont fait un personnage devenu dangereux pour le Parti, qui brigue un art partial, dans tous les sens du terme. La conventionnalité de l&#8217;art communiste est définie, et Staline, succédant à Lénine, exige comme ce dernier un art qui exalte le peuple et le Parti Communiste. Si certains ont bien plus mal vécu ce phénomène &#8211; je pense notamment à Dmitri Chostakovitch, compositeur qui, s&#8217;il ne s&#8217;est pas exilé par amour pour sa patrie, a vécu toute une partie de sa vie dans la misère et la peur, malgré sa popularité mondiale &#8211; Vladimir Maïakovski ne voit aucun problème à exalter le peuple et le communisme. C&#8217;est ce qu&#8217;il fait notamment avec <em>Mystère-Bouffes</em> en 1920, une pièce de théâtre qui oppose monde capitaliste et monde prolétaire et dans lequel tout le monde se retrouve au paradis après la victoire du peuple sur les &laquo;&nbsp;impurs&nbsp;&raquo;. Ou encore avec le poème <em>150 000 000</em> qui exalte les cent cinquante millions d&#8217;âmes qui peuplent alors la Russie. On peut parler pour cela d&#8217;un paradoxe Maïakovski&#8230;</p>
<p>En effet, la poésie de Maïakovski a ouvert de nombreuses discussions entre ses contemporains, qui l&#8217;ont souvent décomposée en éléments contradictoires inégalement appréciés. On attribue ainsi une importance primordiale à la nouveauté de son langage poétique, et au relief tourmenté de sa personnalité lyrique, en regrettant cependant l&#8217;outrance de son engagement communiste. Néanmoins, malgré cette dernière caractéristique, l&#8217;<em>intelligentsia</em> communiste n&#8217;a jamais réservé ses nombreuses critiques à l&#8217;égard du poète, notamment à propos de sa novation formelle. Ce qui ne plaît pas, c&#8217;est que ce qui prime chez l&#8217;écrivain sont ses propres idées, sa propre vision des lettres, plutôt que celles du Parti, malgré le thème de l&#8217;exaltation du communisme.</p>
<p>Maïakovski est l&#8217;homme de quelques idées fondamentales sur l&#8217;art obstinément défendues en toutes circonstances et qu&#8217;on retrouve à la source de toutes ses démarches créatrices. Elles sont en outre ses fers de lance dans la création du futurisme en 1917. Le poète est un des grands découvreurs de nouvelles zones d&#8217;expressivité du langage russe : intonations, organisation de sons, élargissement du vocabulaire, forme très orale. La révolution russe n&#8217;y est pas pour rien : en effet, la tâche centrale qui incombe à une génération est d&#8217;exprimer la réalité nouvelle d&#8217;une époque, et qui dit révolution des âmes dit révolution des lettres, il fallait ainsi placer au centre du matériau expressif une structuration différente du langage, l&#8217;expression de thèmes relativement libérés et novateurs. C&#8217;est pourquoi les futuristes, à l&#8217;instar des cubistes, mettent au centre de leur sensibilité les images qui incarnent l&#8217;homme nouveau du XXème siècle, et donc la nouvelle beauté qu&#8217;il promeut : le grand monde urbain, artificiel et prométhéen de la technique, de l&#8217;industrie. D&#8217;où une écriture si géométrique, explosive, rugueuse, anguleuse, et un certain penchant général à la provocation.</p>
<p><em>Votre pensée,<br />
qui rêvasse sur votre cervelle ramollie,<br />
tel un laquais obèse sur une banquette graisseuse,<br />
je m’en vais l’agacer<br />
d’une loque de mon coeur sanguinolent<br />
et me repaître à vous persifler, insolent et caustique.</em></p>
<p><em>Le Nuage en pantalon</em>, 1914</p>
<p>Maïakovski justifie ses écrits en 1917 par la déclaration suivante : <em>&laquo;&nbsp;La poésie du futurisme, c&#8217;est la poésie de la ville, de la ville contemporaine. La ville a enrichi nos expériences et nos impressions d&#8217;éléments nouveaux qu&#8217;ignoraient les poètes du passé. Nous, citadins, nous ignorons les forêts, les champs et les fleurs, [il raille ici le symbolisme] nous ne connaissons que les tunnels des rues avec leurs mouvements, leur bruit grondant, leurs lueurs fugitives, leur éternel va et vient. Le mot ne doit pas décrire, mais exprimer par lui-même. Le mot a son parfum, sa couleur, son âme. Or le rythme de la vie a changé. Tout a acquis une rapidité fulgurante comme sur les bandes du cinématographe. Les rythmes lents, calmes, réguliers de l&#8217;ancienne poésie ne correspondent plus au psychisme du citadin d&#8217;aujourd&#8217;hui. La fièvre, voilà ce qui symbolise le mouvement de la vie contemporaine. Dans la ville, il n&#8217;y a pas de lignes régulières, arrondies, mesurées. Les angles, les ruptures, les zigzags, voilà ce qui caractérise le tableau de la ville. Dans le domaine du langage, ce sera la rudesse du ton parlé, des sonorités grinçantes ou rauques, les images brutales, aiguës comme des cure-dents.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p>Mais l&#8217;engagement poétique n&#8217;est qu&#8217;une facette de l&#8217;<em>innumérable</em> poète Maïakovski. Bien souvent dans sa poésie, le théoricien laisse place au romantique, à l&#8217;éternel éperdu de sa Lili Brik. Il est l&#8217;auteur de monuments lyriques qui livrent le portrait d&#8217;une âme décidément regorgeant de sentiments, de ressentis, tourmentée par des aspirations hyperboliques, et par une insatisfaction tragique. <em>&laquo;&nbsp;A la horde déchaînée de mes désirs, l&#8217;or de toutes les Californies ne suffirait pas.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p><em>Par quelle nuit</em><br />
<em>                               délirante</em><br />
<em>                                                   fébrile,</em><br />
<em>quels Goliaths m&#8217;ont conçu</em><br />
<em>                                                        si grand</em><br />
<em>et tellement inutile</em></p>
<p>Sans doute réellement insatisfait, le poète se donnera la mort le 14 avril 1930, d&#8217;une balle dans le cœur :<em> &laquo;&nbsp;Le canot de l&#8217;amour s&#8217;est fracassé contre la vie (courante). Comme on dit, l&#8217;incident est clos. Avec vous, nous sommes quittes. N&#8217;accusez personne de ma mort. Le défunt a horreur des cancans. Au diable les douleurs, les angoisses et les torts réciproques ! &#8230; Soyez Heureux ! [...] Maman, mes sœurs, mes amis pardonnez-moi &#8211; ce n&#8217;est pas la voie ( je ne la recommande à personne ) mais il n&#8217;y a pas d&#8217;autre chemin possible pour moi. Lili aime-moi !&nbsp;&raquo;</em></p>
<p>Voir aussi sur le Hangar : <a href="http://www.le-hangar.com/chroniques/livres/le-nuage-en-pantalon-vladimir-maiakovski/">Le nuage en pantalon</a>, Vladimir Maïakovski<br />
Sources : <a href="http://books.google.fr/books?id=Ao3xtY5-dKoC&amp;lpg=PA9&amp;ots=ldehXqYvJG&amp;dq=par%20quelle%20nuit%20d%C3%A9lirante%20f%C3%A9brile&amp;hl=fr&amp;pg=PA7#v=onepage&amp;q=par%20quelle%20nuit%20d%C3%A9lirante%20f%C3%A9brile&amp;f=false" target="_blank">Vers</a> (1912-1930, Editions de l&#8217;Harmattan), Encyclopédie Universalis (éd. 1983), <a href="http://books.google.fr/books?id=94En1cYM9ccC&amp;lpg=PA38&amp;dq=ma%C3%AFakovski&amp;hl=fr&amp;pg=PP1#v=onepage&amp;q=ma%C3%AFakovski&amp;f=false" target="_blank">La culture poétique de Maïakovski</a> (N. Khardjiev, V. Trenine, trad. Gérard Conio).</p>
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		<title>Dumas &#8211; La Reine Margot</title>
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		<pubDate>Mon, 14 Nov 2011 20:42:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mélusine</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Il est des personnages historiques que l’on croit connaître, alors que l’on ne connaît que leur double littéraire élevé au rang d’icône par un auteur populaire et classique à la fois. Alexandre Dumas est un de ces auteurs, puisqu’on lui doit un certain groupe de mousquetaire, ou encore le collier d’une reine tragique. Parmi ces [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft" style="margin-left: 10px; margin-right: 10px;" src="http://www.decitre.fr/gi/71/9782070359271FS.gif" alt="reine margot" width="226" height="380" />Il est des personnages historiques que l’on croit connaître, alors que l’on ne connaît que leur double littéraire élevé au rang d’icône par un auteur populaire et classique à la fois. Alexandre Dumas est un de ces auteurs, puisqu’on lui doit un certain groupe de mousquetaire, ou encore le collier d’une reine tragique. Parmi ces personnages devenus plus littéraires qu’historiques, la Reine Margot.</p>
<p style="text-align: justify;">Le roman commence avec son mariage avec Henri de Navarre. Marguerite de France, fille de la grande Catherine de Médicis et sœur du roi Charles IX qui la surnomme affectueusement Margot, épouse le chef de la communauté protestante pour essayer de calmer les tensions qui déchirent la France. Nous sommes en 1572, et même si ce mariage ne trompe personne, tous les Huguenots sont donc montés à Paris pour assister aux noces de leur roi, ce qui a le don d’exaspérer les catholiques. Entre les manigances de la reine Catherine et les intrigues de cour, tout va basculer, une nuit de Saint-Barthélémy…</p>
<p style="text-align: justify;">Et voilà Marguerite qui patauge dans le sang à peine ses noces prononcées. Consciente que son mariage a été vendu à d’obscures raisons politiques, elle passe une alliance avec Henri, son mari qui s’engage à ne jamais être son amant, si elle s’engage à ne pas le trahir. Et lorsque le massacre éclate, Margot voit son palais envahi de meurtriers et de victimes, jusqu’à ce qu’un homme enfonce sa porte : M. de la Mole, protestant, gravement blessé. Margot le cache, le sauve, le soigne. Et en tombe amoureuse. Amoureuse comme une adolescente, qui badine, qui sort en cachette pour voir son amoureux, qui lui fait passer des messages secrets dans une intrigue toute romanesque.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour Henri, en revanche, les choses sont moins simples, car sa vie est menacée en permanence. Car il faut être honnête : en déclenchant le massacre qui répand les cadavres dans tout Paris, Catherine vise avant tout ce répugnant huguenot qu’elle a été contrainte de marier à sa fille. Mais par une succession de coup du sort, Henri ne sera jamais là où le couperet de Catherine tombe. Il ne sera pas parmi les morts de la Saint-Barthélémy. Qu’à cela ne tienne, elle empoisonne jusqu’au rouge à lèvre de sa maîtresse pour l’atteindre. Mais Henri se dérobe toujours, sur le fil. Dans le nid de vipère qu’est la cour de France, le poison et les arquebuses parlent plus franchement que les bouches. Il ne peut faire confiance à personne, à part peut-être Margot, qui a déjà tout perdu sauf son bien-aimé Huguenot réchappé par miracle, en sursis dirons-nous…</p>
<p style="text-align: justify;">Immortalisée dans sa robe ensanglantée par Isabelle Adjani qui souffle le glaciale et le passionné avec brio, reine sanglante et femme sacrifiée sur l’autel de la raison d’état, Margot est ici l’héroïne d’une parenthèse de bonheur personnel au cœur d’une des périodes les plus sombres où la France a réussi à se mutiler elle-même. Un roman historique qui donne au genre toutes ses lettres de noblesse tant il sublime à la fois l’histoire de France et l’histoire d’une femme.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://images.allocine.fr/medias/nmedia/18/35/57/10/18861216.jpg" alt="reine margot adjani" width="360" height="240" /></p>
<p> Autres livres d&#8217;Alexandre Dumas sur le Hangar : <a href="http://www.le-hangar.com/chroniques/livres/dumas-joseph-balsamo" target="_blank">Joseph Balsamo</a>, <a href="http://www.le-hangar.com/?p=2774" target="_blank">Les mille et un fantômes</a>, <a href="http://www.le-hangar.com/chroniques/livres/les-trois-mousquetaires-alexandre-dumas/" target="_blank">Les trois mousquetaires</a></p>
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		<title>Zola &#8211; Les Mystères de Marseille</title>
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		<pubDate>Sat, 01 Oct 2011 11:00:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gouttesdo</dc:creator>
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<div style="text-align: justify;"><a href="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/09/les_mysteres_de_marseille.jpg"><img class="size-full wp-image-3398 alignright" style="margin: 5px;" title="les_mysteres_de_marseille" src="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/09/les_mysteres_de_marseille.jpg" alt="" width="240" height="351" /></a>Édité pour la première fois en 1867 à Marseille par l’imprimerie nouvelle A. Arnaud, ce  roman de jeunesse de <strong>Zola </strong>est atypique de son œuvre. De l’aveu même de l’auteur, l’idée lui en a été suggérée par le directeur du Messager de Provence, sous forme de feuilleton. Le journaliste comptait fidéliser ses lecteurs par le récit  romanesque  fragmenté  des archives juridiques de la région (l’esprit Tabloïd ne date pas d’hier !) et le jeune Zola trouvait là une rémunération opportune lui permettant de poursuivre la rédaction de Thérèse Raquin. C’est dire qu’aux yeux de l’écrivain, Ces <span style="text-decoration: underline;">Mystères de Marseille </span>ne figurent pas dans les œuvres dont il se sent le plus fier. Pourtant Jeanne Lafitte, éditrice marseillaise qui se consacre principalement à la réhabilitation d’œuvres provençales menacées d’oubli a eu la bonne idée d’exhumer ce curieux ouvrage, et le pur hasard a porté mes yeux sur ce titre, alors que je quittais ma librairie locale, le «  Jardin des Lettres », à mille lieues de penser me replonger dans les délices de ce genre littéraire.Ma dernière  lecture d’un «  Zola » doit  remonter à mes années lycées, c’est dire ! Et pourtant, je n’en ai que d’excellents souvenirs. Les Rougon Macquart ont accompagné mes 15 ans en soulevant en ma jeune conscience de véritables émois et ils ont contribué ô combien à forger le goût des mots, des envolées stylistiques, des images  pittoresques et des récits jubilatoires de destins emblématiques. Entrer dans l’Univers de Zola, c’est comprendre combien la Littérature nous relie aux Hommes. Et cette certitude ne peut s’oublier, même quand on ne lit plus de Zola, elle reste dans la conscience de chaque lecteur récipiendaire de cette formation et  participe donc  à notre jugement de valeur, que nous en soyons conscient ou pas. Le premier contact avec ce roman feuilletonesque fut étrange.  Aux premiers chapitres, j’ai mesuré la désuétude du style, les notations moralisatrices, la menée de l’intrigue par annonce anticipative, tout ce qui paraîtrait de nos jours complètement maladroit et vain dans la construction d’un roman.  À commencer par les titres des chapitres :</div>
<div style="text-align: justify;"><span style="color: #993300;"><em>I) Comme quoi Blanche de Cazalis s’enfuit avec Philippe Cayol </em></span><br />
<span style="color: #993300;"><em>II) Où l’on fait connaissance du héros, Marius Cayol</em></span></div>
<div style="text-align: justify;"></div>
<div style="text-align: justify;"></div>
<div style="text-align: justify;"></div>
<div style="text-align: justify;">Ces deux exemples suffiront à vous arracher un sourire, j’en suis bien certaine. Cependant, de caractère tenace, je n’ai pas refermé l’ouvrage et j’en suis fort aise.  L’intrigue est forgée à partir d’archives judiciaires différentes, que l’auteur  s’est fait adresser à Paris et dont  il a habilement combiné les « affaires » pour servir et enrichir son intrigue principale. Très rapidement, le lecteur jugera que le jeune romancier possède cet art particulier de ne pas s’attarder sur les faits-divers pour leur  part de voyeurisme banal, mais qu’il se sert de ces éléments pour tisser une toile où les rapports sociaux occupent déjà la première place.</div>
<div style="text-align: justify;">
<p>Alors me direz-vous, de quoi s’agit-il ? Un jeune homme ambitieux, Philippe Cayol, bourgeois d’origine assez modeste mais audacieux et séducteur, enlève une jeune héritière bien née, au nez et à la barbe de son terrible tuteur, le comte de Cazalis. Or celui-ci ne pourra pas accepter la mésalliance, d’autant que l’on apprend qu’il gère la fortune de sa jeune nièce. En outre Cazalis est député de l’opposition et membre influent de sa caste sociale. Dès le quatrième de ces brefs chapitres, le décor social  et politique du roman est dressé. Nous sommes à la veille de la révolution de 1848, la France hésite encore entre  Régence, République et Monarchie, un brin nostalgique des heures de Gloire Passée, déchirée entre conservatisme légitimiste et progrès Républicain. Quel bouillonnement, quand on pense qu’alors toutes les utopies étaient envisageables !<br />
Nos fuyards se retrouvent rapidement débordés par leur fuite inconsidérée. L’amour est rarement suffisant face aux réalités sordides de la Vraie Vie.  Blanche de Cazalis est rendue à son terrible tuteur, Philippe est  rapidement emprisonné, il revient au héros principal, Marius Cayol, la lourde tâche de sauver son frère et d’arranger le pénible sort de la pauvre Blanche, séduite, abandonnée… Et enceinte ! Ce noir tableau est heureusement embelli par l’arrivée dans l’intrigue de Fine, la bouquetière du Cours Saint Louis. (Notez au passage le joli mot que nous n’employons plus pour désigner ce charmant métier !).</p>
<p>Bien sûr, tous les éléments de l’intrigue sont terriblement connotés. Je vous disais mon premier mouvement de recul pour ces portraits excessivement stéréotypés. Zola  traitant son récit avec les accents de Ponson du Terrail ! Soit. Nous voilà confrontés à deux camps parfaitement définis : d’un côté, les Bons, entendez les modestes et les vertueux : Marius, frère de Philippe, Fine,   et leurs soutiens l’abbé Chastanier, le bon bourgeois Martelli, et encore la figure originale du Comte de Girousse. Dans le camp opposé, les Méchants : de Cazalis, arrogant et cupide, son âme damnée Mathéus, le perfide représentant du clergé vaticanesque l’abbé Donadéi. Autour d’eux circulent quelques personnages haut en couleur, au gré des nécessités du  feuilleton.  Sur cette trame, je n’en dévoilerais pas davantage. Mais comme vous l’imaginez sans peine, un récit aussi résolument manichéen aboutit forcément à une issue… De bon aloi. Ce n’est donc pas pour l’intrigue que l’on se jettera sur ces pages au goût de confitures grand maternelles :   derrière le caractère désuet des mots, il me semble qu’une petite musique empreinte de fraîcheur ne demande qu’à poindre et que ça nous ferait du bien de lui donner la place et l’ampleur de chasser le cynisme ambiant.</p>
<p>À titre thérapeutique, je vous livre cet extrait (page 159) de la révélation amoureuse entre Fine et Marius :</p>
<p><em style="color: #993300;">«  La bouquetière arriva et s’assit sur le rocher à côté du jeune homme qui lui prit la main sans parler. Devant eux s’étendaient la mer et le ciel, d’un bleu doux et pâle. Le crépuscule tombait. Une sérénité profonde alanguissait les derniers bruits et les dernières clartés. Au couchant, de minces lueurs roses jetaient des reflets tendres sur les rochers de la côte. Il y avait des souffles de tendresse dans l’air, une grande voix frissonnante qui allait en s’éteignant.</em></p>
</div>
<div style="text-align: justify;"><span style="color: #993300;"><em>   Marius, profondément ému,   gardait dans la sienne la main de son amie. Il continuait son rêve. Les yeux à l’horizon, sur cette brume vague où la mer et le ciel se confondent, il souriait tristement. Et, à voix basse, sans en avoir conscience, ses lèvres dirent tout haut ce que pensait son cœur.</em></span><br />
<span style="color: #993300;"><em>   &#8211; Non, non, murmura-t-il, je suis trop laid…</em></span><br />
<span style="color: #993300;"><em>  Fine, depuis l’instant où Marius lui avait pris la main, souriait de son air tendre et sournois. Enfin son ami allait se décider à parler ; elle devinait cela aux regards plus profonds de ses yeux, à la pression lus étroite de sa main. Quand elle entendit le jeune homme dire qu’il était trop laid, elle parut étonnée et fâchée.</em></span><br />
<span style="color: #993300;"><em>   &#8211; trop laid ! cria-t-elle , mais vous êtes beau Marius !</em></span><br />
<span style="color: #993300;"><em>  Fine avait mis tant d’âme dans le cri qui venait de lui échapper, que Marius tourna la  tête et joignit les mains en la regardant avec anxiété. Elle, comprenant qu’elle avait brusquement livré le secret de son cœur, baissa son front qui se couvrait de rougeur. Elle resta ainsi, muette et embarrassée, pendant quelques secondes. Mais elle n’était pas fille à reculer devant l’aveu complet de son amour ; il y avait en elle trop de franchise et de vivacité pour qu’elle consentît à jouer la comédie hypocrite que jouent les amoureuses en pareille occasion. »</em></span></div>
<div style="text-align: justify;"></div>
<div style="text-align: justify;">Au-delà des touches surannées, notamment le vocabulaire décalé (vous avez noté l’utilisation du mot sournois dans une acception légèrement différente de celle que nous entendons aujourd’hui) cette scène d’aveu amoureux me fait penser à Éric Rommer, le cinéaste du « genou de Claire » ou de « ma nuit chez Maud », et je me dis que le temps n’abolit pas tout…</div>
</div>
<div style="text-align: justify;"><em>Les Mystères de Marseille, Émile Zola</em><br />
<em>Éditions Jeanne Lafitte</em><br />
<em>( Septembre 2010)</em><br />
<em>ISBN : 978-2-86276-482-5</em></div>
<div style="text-align: justify;">Autres livres de Zola sur le Hangar : <a href="http://www.le-hangar.com/chroniques/livres/la-fortune-des-rougon-emile-zola/" target="_blank">La Fortune des Rougon</a>, <a href="http://www.le-hangar.com/chroniques/livres/zola-loeuvre/" target="_blank">L&#8217;œuvre</a>, <a href="http://www.le-hangar.com/chroniques/livres/zola-germinal/" target="_blank">Germinal</a></div>
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		<title>Murakami &#8211; Le passage de la nuit</title>
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		<pubDate>Fri, 30 Sep 2011 11:00:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gouttesdo</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Noctambule insomniaque, témoin curieux sans voyeurisme, quiconque a passé quelques nuits blanches  à meubler sans pitié pour le sommeil en fuite, vous allez reconnaître sans peine une part de votre obscure agitation dans la longue errance de Mari tout au long de cette longue, longue nuit que la jeune fille traverse au long des pages [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div>
<div style="text-align: justify;"><a href="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/09/passage-nuit.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-3400" title="passage nuit" src="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/09/passage-nuit.jpg" alt="" width="300" height="487" /></a>Noctambule insomniaque, témoin curieux sans voyeurisme, quiconque a passé quelques nuits blanches  à meubler sans pitié pour le sommeil en fuite, vous allez reconnaître sans peine une part de votre obscure agitation dans la longue errance de Mari tout au long de cette longue, longue nuit que la jeune fille traverse au long des pages de ce roman.</div>
</div>
<div style="text-align: justify;">Il y avait bien longtemps que je souhaitais «  m’attaquer » à  l’univers  de Haruki Murakami. Je n’ai pas été déçue par le récit que donne l’auteur japonais de l’errance insomniaque de la jeune fille. Jusqu’au bout, l’écrivain préserve une grande part du mystère de son héroïne, en maintenant un voile quasi onirique sur les raisons qui la poussent à fuir sa demeure de banlieue pour s’imposer une séance de lecture dans un restaurant impersonnel. Heureusement pour elle, un curieux garçon, étudiant peu convaincu mais joueur de trombone passionné la reconnaît et décide de lui tenir compagnie, un moment du moins. Aux premiers échanges, le lecteur devine que Mari a un souci concernant sa sœur Éri, sans qu’il soit encore possible de deviner la nature de ce problème. Mais le jeune musicien,   dont nous apprenons plus tard qu’il s’appelle Takahashi,   est à l’origine d’une nouvelle rencontre qui rompt définitivement la solitude  recherchée par Mari. Elle fait la connaissance de Kaoru, avec laquelle elle n’aurait jamais dû échanger trois phrases… Ce n’est pas la moindre des surprises qui attendent l’étudiante au cours de cette nuit blanche dans les rues de Tokyo.</div>
<div style="text-align: justify;">L’originalité du passage de la nuit   tient d’abord  au regard particulier  que Haruki Murakami nous convie à porter  sur les personnages  et les situations qu’il a imaginés. La structure et le ton du roman posent le lecteur en situation d’observateur attentif, comme un scientifique passerait au crible l’examen d’une culture de cellules.  Par la   grâce des incipit de chapitres, nous devenons lecteurs témoins, impliqués dans l’attention portée au déroulement de cette nuit.</div>
<div style="text-align: justify;"><span style="color: #993300;"><em>«  La ville s’ouvre à notre regard.</em></span><br />
<span style="color: #993300;"><em>Ce paysage urbain, nous l’observons à travers les yeux d’ un oiseau de nuit qui volerait très haut dans le ciel. Depuis ce point de vie panoramique, la ville apparaît comme une gigantesque créature… » (Incipit du roman, page 7)</em></span></div>
<div style="text-align: justify;">
<p>Dès lors, le ton de la narration adopte la rigueur et la neutralité d’un rapport ethnologique :</p>
<p><span style="color: #993300;"><em>« Nous sommes dans le restaurant Denny’s . Éclairage banal, efficace néanmoins ; décoration inexpressive et vaisselle neutre ; plan des sols calculé méticuleusement, jusque dans les moindres détails, par des pros en techniques organisationnelles ; musique d’ambiance inoffensive ; employés formés à appliquer fidèlement les procédures décrites dans le manuel. » (pages 8-9)</em></span></p>
<p>Cependant, la sécheresse apparente du relevé précis des éléments du décor nous conduit à devenir attentifs aux failles cachées sous la maîtrise des situations. Ainsi l’ouverture du  chapitre 2 présente la chambre où dort Éri. Comme chaque partie de ce roman, l’ouverture est surmontée d’une horloge dessinée indiquant l’heure du démarrage de la séquence. Il est vingt-trois heures cinquante-sept, minuit moins trois. Nous entrons dans la pièce sur les indications de l’auteur :</p>
<p><span style="color: #993300;"><em>« La chambre est sombre. Notre regard s’habitue peu à peu à l’obscurité. Une femme dort dans le lit. Une belle jeune femme ; Éri, la sœur aînée de Mari. Éri Assaï. Personne ne nous l’a dit  mais nous avons deviné. Un torrent de cheveux noirs déborde de son oreiller.</em></span><br />
<span style="color: #993300;"><em> Nous nous confondons avec un œil qui regarde, ou mieux peut-être, avec un regard caché qui vole l’image de cette femme. Devenu caméra suspendue en l’air, notre œil est apte à se déplacer librement dans la chambre. »</em></span></p>
<p>La force du procédé se révèle abruptement alors que nous avons confortablement accepté notre poste de scrutateur impartial.  Haruki Murakami nous attend au détour du chapitre pour instiller un doute sur l’apparente tranquillité de ce sommeil profond :</p>
<p><span style="color: #993300;"><em>« …Mais la caméra semble avoir perçu une présence par là. Ou bien est-ce un pressentiment . Gros plan sur l’écran. Nous partageons le pressentiment avec la caméra, fixons silencieusement l’écran.</em></span><br />
<span style="color: #993300;"><em> Nous attendons. Retenons notre souffle, tendons l’oreille.</em></span><br />
<span style="color: #993300;"><em> Le réveil affiche 0 :00.</em></span><br />
<span style="color: #993300;"><em> Nous entendons un grésillement d’origine électrique. Au même moment, l’écran acquiert une parcelle de vie et commence à clignoter très légèrement…»</em></span></p>
<p>Évidemment, je me garde de trahir le suspense induit. Car à cet instant, notre raison, qui s’est adaptée au style cartésien du récit, commence à poser des hypothèses. Et la malice de l’auteur nous cueille alors à la croisée des possibles, chamboule notre rationalité, laisse entrevoir des mystères  qui frôlent l’occultisme ou la télépathie, nous obligeant ainsi à plus de vigilance :</p>
<p><span style="color: #993300;"><em>« …Dans cette chambre, quelque chose est sur le point d’arriver. Certainement. Quelque chose sans aucun doute lourd de sens. »</em></span></p>
<p>Impossible dès lors de s’arracher à la suite des événements qui ponctuent la nuit de Mari. En d’incessants aller-retour, nous suivons le grignotage des heures de cette nuit particulière, jusqu’au petit matin,   à l’heure du premier train qui ramène Mari chez elle. Elle pénètre dans la chambre d’Éri…<br />
Mais non, je n’en livrerai pas plus… À votre tour, réservez donc votre prochaine insomnie pour accompagner Mari dans les rues de la métropole nippone.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;"><em>Le passage de la nuit, Haruki Murakami</em></div>
<div style="text-align: justify;"><em> 10/18  &laquo;&nbsp;Domaine étrange&nbsp;&raquo; Belfond éditeurs France 2007</em><br />
<em>Édition originale 2004 : After Dark</em><br />
<em>Traduit par Hélène Morita en collaboration avec Théodore Morita</em><br />
<em>ISBN : 978-2-264-04685-7</em><br />
<em>Note : 8/10</em></div>
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		<title>Oates &#8211; Les chutes</title>
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		<pubDate>Wed, 28 Sep 2011 11:00:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gouttesdo</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Presque intimidant, le renom de cette romancière… Joyce Carol Oates a conquis l’aura d’un mythe des Lettres Américaines depuis lurette et sa production est foisonnante. C’est dire qu’avant même d’en lire la première ligne, j’attendais beaucoup de ce roman, Les Chutes, paru en 2004 aux USA, et reconnu d’emblée comme son meilleur ouvrage. En France, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/09/leschutes.jpg"><img class="size-full wp-image-3399 alignleft" style="margin: 5px;" title="leschutes" src="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/09/leschutes.jpg" alt="" width="230" height="381" /></a>Presque intimidant, le renom de cette romancière… <strong>Joyce Carol Oates</strong> a conquis l’aura d’un mythe des Lettres Américaines depuis lurette et sa production est foisonnante. C’est dire qu’avant même d’en lire la première ligne, j’attendais beaucoup de ce roman, <span style="text-decoration: underline;">Les Chutes</span>, paru en 2004 aux USA, et reconnu d’emblée comme son meilleur ouvrage. En France, le prix Femina 2005 a salué sa parution , traduction assurée par Claude Seban.</p>
<p style="text-align: justify;">Le roman est dense cependant, et le ton donné dès le début sonne comme morbide. Ami lecteur ne détourne pas les yeux pour autant de l’ouvrage, car l’art de l’écrivaine transforme ce sinistre présage en une matière vivante et tourbillonnante, qui happe l’attention et les sensations jusqu’au bout de ce vertigineux récit.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec un savoir faire étourdissant,   Joyce Carol Oates nous convie à suivre le destin sinueux d’une femme qui se sait « damnée ».<br />
Nous sommes dans les années cinquante d’une Amérique conventionnelle et bien pensante. Sur le point  de devenir  vieille fille, la timide Ariah  Littrell  est mariée par ses parents pasteurs au jeune révérend Erskine, l’un des leurs, jugé prometteur.  Musicienne sensible mais introvertie, Ariah se serait volontiers coulée dans ce moule convenu, si son jeune époux n’avait choisi les Chutes du Niagara pour porte de sortie d’une relation qu’il ne pouvait pas assumer. Frappée de stupeur, Ariah devient la veuve blanche, à la recherche éperdue du corps de son époux.  Tandis qu’un jeune avocat noceur et sans scrupules se joint aux recherches et tente d’assister la pauvre veuve sitôt épousée. Irrationnellement attiré par son contraire, Dirk Burnaby tombe amoureux de ce spectre blanc.</p>
<p style="text-align: justify;">De ce mariage improbable, Ariah se travaille pour en accepter un temps le bonheur et sa réalisation par la naissance des enfants. Le couple s’établit malgré les appréhensions d’Ariah, qui  ne se départit pas de sa prémonition de damnation. Elle attend tellement les semonces du destin qu’elle éduque ses enfants dans la défiance et le repli. Jusqu’au jour où elle se persuade que Dirk la trompe avec la femme en noir…  Drapée dans son orgueil et son fatalisme, elle ne pourra jamais admettre que « cette femme en noir » que défend son mari est à son image, une victime de la société. Tandis que Dirk se lance dans la défense  de la première victime des lobbies industriels à relever la tête et tenter un combat judiciaire contre la pollution et la corruption. Au lieu d’aider son mari dans ce combat qui pourrait être le sien également, Ariah le rejette et interdit à ses enfants de connaître et de reconnaître leur père, même après sa tragique disparition. Ariah pourtant, ne pourra pas empêcher ses garçons adultes de s’émanciper de sa vision restrictive…</p>
<p style="text-align: justify;">Les thèmes forts qu’aborde Joyce Carol Oates  dans ce roman confèrent à l’ouvrage un intérêt qui dépasse le destin de cette femme entêtée et rigide. À priori, Ariah n’a rien de l’héroïne qu’on reconnaît comme une sœur, une amie. Elle peut même apparaître antipathique dans sa rigidité psychologique. Mais l’auteur a pris soin de dépeindre d’abord  son personnage dans sa rébellion contre le sort, contre le rigorisme du milieu étriqué et conventionnel dans lequel elle a été élevée, et dès lors, son évolution nous touche. Nous sommes amusés et enthousiasmés de la découvrir en  amoureuse sensuelle quand elle rencontre  Dirk, par exemple. Puis attristés et peinés quand la suspicion referme son indulgence. L’auteur parvient à  nous attacher à ce caractère revêche mais pugnace. De son affrontement à sa redoutable belle-mère Claudine et ses hypocrites belles-soeurs, autres représentantes d’une société stratifiée par les usages et les codes élitistes, nous ressentons une véritable jubilation sardonique :</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #993300;"><em>«  Ariah souriait dans une nappe de brouillard qui s’était introduite dans la pièce on ne sait comment. Elle flottait sur les objets, dont elle masquait les formes. Elle avait le goût de la brume humide et froide au pied des Chutes.</em></span><br />
<span style="color: #993300;"><em>- Oh bonté divine ! Dirk n’arrête pas de voir des femmes, Clarisse. Il aurait du mal à faire autrement non ? Avec ses yeux ? Ariah rit, le son que pourrait émettre un poulet dont on tord le cou. «  Qu’est-ce que cela a d’in…in…habituel ? » (extrait p 255)</em></span></p>
<p style="text-align: justify;">Mais le roman ne saurait se limiter à un combat individuel d’une femme contre l’Amérique et ses faux-semblants. Dès que Dirk Burnaby accepte de rencontrer la femme en noir, un second souffle vient renforcer et ouvrir l’intrigue. L’auteur ne fait plus seulement le procès de l’une ou l’autre facette du conformisme, Joyce Carol Oates monte à l’assaut des démons de l’Amérique : politique,   force des lobbies, corruption des institutions autant que des personnes. On en vient à oublier le combat d’Ariah et à rejeter ses arguties sclérosantes.</p>
<p style="text-align: justify;">La bonne surprise vient alors de la génération suivante et l’on découvre avec un intérêt renouvelé que J C Oates n’est pas si pessimiste qu’on l’avait cru… Évidemment, les fils et la fille d’Ariah et de Dirk ne peuvent pas mener une existence sereine, malmenés dès la tendre enfance par la misanthropie de leur mère et la mystérieuse disparition d’un père dont on ne peut même pas prononcer le nom. La dernière partie du roman cependant est consacrée aux forces vives qu’ils vont parvenir à mettre en œuvre pour lutter contre la noirceur du destin, au point qu’on se demande s’il n’y a pas là quelque mystification de bon aloi.</p>
<p style="text-align: justify;">Les intrigues solidement établies et les personnages suffisamment intrigants, voilà déjà posés les ressorts essentiels d’un Bon Roman.  Mais il me semble que l’Art de Joyce Carol Oates se sublime par la manière exceptionnelle dont elle convoque la Nature pour traduire la confusion des sentiments. Les Chutes deviennent indispensables à traduire le bouillonnement dangereux des frustrations, l’attrait irrésistible de l’abîme  qui happe les désespoirs et la noirceur des crimes, telle cette  présentation lyrique et étourdissante dressée dans les premières pages du récit (p 19 de l’édition points) :</p>
<p style="text-align: justify;"><em><span style="color: #993300;">« À bout de souffle, au bord de l’étourdissement, le gardien courut, boitant, criant après l’inconnu qui se dirigeait sans hésitation vers la pointe sud de la petite île, Terrapin Point, à la verticale des Horseshoe Falls. L’endroit le plus dangereux de Goat Island, en même temps que le plus beau et le plus envoûtant. Là, les rapides sont pris de frénésie. Une eau bouillonnante, écumeuse, fuse à cinq mètres dans les airs.  Aucune visibilité, ou presque. Un chaos de cauchemar. Les Horseshoe Falls sont une gigantesque cataracte de huit cents mètres de long, trois mille tonnes d’eau se précipitent chaque seconde dans les gorges. L’air gronde, vibre. Le sol tremble sous vos pieds. Comme si la terre même commençait à se fendre, à se désintégrer, jusqu’à son centre de fusion. Comme si le temps avait cessé d’être. Qu’il ait explosé. Comme si vous vous étiez approché de trop près du cœur furieux, battant, rayonnant, de toute existence. Là, vos veines, vos artères, la précision et la perfection minutieuses de vos nerfs se désintégreront en un instant. Votre cerveau, dans lequel vous résidez, ce réceptacle unique de votre moi, sera martelé jusqu’à être réduit à ses composants chimiques : cellules grises, molécules, atomes. Toute ombre et tout écho de souvenir abolis. »</span></em></p>
<p style="text-align: justify;">Remarquable chef d’œuvre qui donne le vertige et  dont le lecteur s’arrache à grand peine…</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Les Chutes , Joyce Carol Oates</em><br />
<em>Éditions Points.</em><br />
<em>Prix Femina étranger 2005</em><br />
<em>ISBN : 978.2.7578.0089.8</em><br />
<em>Note : 9/10</em></p>
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		<title>La Fontaine &#8211; Fables</title>
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		<pubDate>Sat, 24 Sep 2011 11:00:48 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[&#171;&#160;Je me sers d&#8217;animaux pour instruire les hommes.&#160;&#187; A part la Cigale et la Fourmi, le Loup et L&#8217;agneau, la Laitière et le Pot au lait, que connaissons-nous véritablement des Fables de La Fontaine ? Il y en a en fait 243, dispersées en 12 livres que Jean de La Fontaine a écrit entre 1668 [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><span style="color: #993300;"><em><a href="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/09/le-corbeau-et-le-renard.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-3358" style="margin: 5px;" title="le corbeau et le renard" src="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/09/le-corbeau-et-le-renard.jpg" alt="" width="260" height="409" /></a>&laquo;&nbsp;Je me sers d&#8217;animaux pour instruire les hommes.&nbsp;&raquo;</em></span> A part la Cigale et la Fourmi, le Loup et L&#8217;agneau, la Laitière et le Pot au lait, que connaissons-nous véritablement des Fables de La Fontaine ? Il y en a en fait 243, dispersées en 12 livres que Jean de La Fontaine a écrit entre 1668 et 1678 (sauf le XIIème, publié en 1693 ou 1694). C&#8217;est donc le fruit d&#8217;un travail colossal étalé sur plus de dix ans, durant lesquels l&#8217;auteur a rassemblé, traduit et remanié les fables des philosophes connus &#8211; et moins connus &#8211; de l&#8217;antiquité et du moyen âge. Et ne nous y trompons pas ! Les futiles fables qu&#8217;on connait, citées au début de cet article sont peut être les plus simplistes. La plupart, bien que dépassant rarement une page, sont gorgées de mépris envers la société de l&#8217;époque et de mises en gardes savamment illustrées par des animaux ou des hommes, qui représentent une partie caricaturée de la société (<em>La Fermes de Animaux</em> de Orwell a du puiser ses racines là-dedans !).</p>
<p style="text-align: justify;">Ces petites histoires sont donc bien souvent assez complexes, d&#8217;autant plus qu&#8217;elles regorgent de termes en vieux françois, ce qui ne facilite pas la lecture : si on a la chance d&#8217;avoir une édition bien annotée, il faudra parfois retourner les pages une dizaine de fois pour une seule et même fable afin de bien comprendre toutes ses subtilités. C&#8217;est d&#8217;autant plus impressionnant que les six premiers livres ont été destinés à l&#8217;éducation du Dauphin (qui deviendra plus tard Louis de France), fils de Louis XIV, alors que celui-ci venait d&#8217;avoir huit ans ! Moi, du haut de mes 19 ans, il y en a que je ne comprends toujours pas&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">En bref, la lecture de ce long et savant recueil est à étaler dans le temps pour mieux l&#8217;apprécier, car beaucoup de morfales se répètent, bien que sous une forme différente. Gardez-le quelques temps comme livre de chevet, rien ne sert de les engloutir en une fois, au contraire, les leçons qui en résultent auront beaucoup moins de portée.</p>
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		<title>Giraudoux &#8211; La Guerre de Troie n&#8217;aura pas lieu</title>
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		<pubDate>Thu, 22 Sep 2011 11:00:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hazel</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La guerre de Troie n&#8217;aura pas lieu est un pièce de Jean Giraudoux d&#8217;une petite centaine de pages. Je devais la lire il y a un an et demi pour mes cours de littérature, chose que je n&#8217;ai jamais faite. Et aujourd&#8217;hui, n&#8217;ayant rien à faire chez moi, je me suis allongée dans mon lit [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/09/guerretroie.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-3355" style="margin: 5px;" title="guerretroie" src="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/09/guerretroie.jpg" alt="" width="250" height="404" /></a><em>La guerre de Troie n&#8217;aura pas lieu</em> est un pièce de Jean Giraudoux d&#8217;une petite centaine de pages. Je devais la lire il y a un an et demi pour mes cours de littérature, chose que je n&#8217;ai jamais faite. Et aujourd&#8217;hui, n&#8217;ayant rien à faire chez moi, je me suis allongée dans mon lit et j&#8217;ai sorti ce bouquin&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Me voilà plongée dans l&#8217;histoire hilarante et anachronique qui raconte le début de la guerre de Troie. Tous y sont : Hector, Pâris et sa belle Hélène, Andromaque, priam et tous les autres. Mais dès les premières répliques nous comprenons vite que nous avons à faire à tout le contraire d&#8217;une pièce classique. Les dialogues sont rocambolesques et moqueurs, Hélène est ridiculisée puisque l&#8217;auteur la fait passer pour une véritable idiote, la gloire de Troie se joue sur des gifles, des citations célèbres sont écorchées&#8230; C&#8217;est un régal !</p>
<p style="text-align: justify;">Mais le plus intéressant, je pense, est de savoir que cette oeuvre a été écrite en 1935, et, à travers ses lignes qui font sourire, Jean Giraudoux nous dresse une véritable critique de la future Seconde Guerre Mondiale, avec de nombreuses références aux attentats et conférences de l&#8217;époque, ainsi qu&#8217;à la guerre de 14-18. C&#8217;est donc sur un large tapis de cynisme que l&#8217;auteur nous donne une version plus drôle des origines de la guerre de Troie. A dévorer en une ou deux heures, sous la couette avec un thé à la menthe !
</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;"><em><span style="color: #993300;">&laquo;&nbsp;<strong>Acte I, Scène 7<br />
</strong></span></em><em><strong><span style="color: #993300;">HÉLÈNE, PÂRIS, HECTOR.</span></strong></em></p>
<p style="text-align: center;"><em><span style="color: #993300;">PÂRIS.</span></em></p>
<p style="text-align: center;"><em><span style="color: #993300;">Hélêne chérie, voici Hector. Il a des projets sur toi, des projets tout simples. Il veut te rendre aux Grecs et te prouver que tu ne m’aimes pas&#8230; Dis-moi que tu m’aimes, avant que je te laisse avec lui&#8230; Dis-le moi comme tu le penses.</span></em></p>
<p style="text-align: center;"><em><span style="color: #993300;">HÉLÈNE.</span></em></p>
<p style="text-align: center;"><em><span style="color: #993300;">Je t’adore, chéri.</span></em></p>
<p style="text-align: center;"><em><span style="color: #993300;">PÂRIS.</span></em></p>
<p style="text-align: center;"><em><span style="color: #993300;">Dis-moi qu’elle était belle, la vague qui t’emporta de Grèce !</span></em></p>
<p style="text-align: center;"><em><span style="color: #993300;">HÉLÈNE.</span></em></p>
<p style="text-align: center;"><em><span style="color: #993300;">Magnifique! Une vague magnifique !&#8230; Où as-tu vu une vague ? La mer était si calme&#8230;</span></em></p>
<p style="text-align: center;"><em><span style="color: #993300;">PÂRIS.</span></em></p>
<p style="text-align: center;"><em><span style="color: #993300;">Dis-moi que tu hais Ménélas&#8230;</span></em></p>
<p style="text-align: center;"><em><span style="color: #993300;">HÉLÈNE.</span></em></p>
<p style="text-align: center;"><em><span style="color: #993300;">Ménélas ? Je le hais.</span></em></p>
<p style="text-align: center;"><em><span style="color: #993300;">PÂRIS.</span></em></p>
<p style="text-align: center;"><em><span style="color: #993300;">Tu n’as pas fini&#8230; Je ne retournerai jamais en Grèce. Répéte.</span></em></p>
<p style="text-align: center;"><em><span style="color: #993300;">HÉLÈNE.</span></em></p>
<p style="text-align: center;"><em><span style="color: #993300;">Tu ne retourneras jamais en Grèce.</span></em></p>
<p style="text-align: center;"><em><span style="color: #993300;">PÂRIS.</span></em></p>
<p style="text-align: center;"><em><span style="color: #993300;">Non, c’est de toi qu’il s’agit.</span></em></p>
<p style="text-align: center;"><em><span style="color: #993300;">HÉLÈNE.</span></em></p>
<p style="text-align: center;"><em><span style="color: #993300;">Bien sûr ! Que je suis sotte !&#8230; Jamais je ne retournerai en Grèce.</span></em></p>
<p style="text-align: center;"><em><span style="color: #993300;">PÂRIS.</span></em></p>
<p style="text-align: center;"><em><span style="color: #993300;">Je ne le lui fais pas dire&#8230; À toi maintenant.</span></em><br />
<em><span style="color: #993300;"> Il s’en va.&nbsp;&raquo;</span></em></p>
<p>à lire en entier<a href="http://www.wikilivres.info/wiki/La_guerre_de_Troie_n%E2%80%99aura_pas_lieu" target="_blank"> ici</a> !</p>
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		<title>Sagan &#8211; Un certain sourire</title>
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		<pubDate>Tue, 20 Sep 2011 11:00:57 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Un certain sourire est le deuxième roman de F. Sagan, et, à vrai dire, il ressemble beaucoup à son premier, Bonjour Tristesse. L&#8217;écrivaine nous confronte à une légère histoire amoureuse vécue par Dominique, une jeune étudiante à la Sorbonne qui ne sait pas trop ce qu&#8217;elle veut et qui profite de la vie en passant [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/09/un-certain-sourires-couv-jpg.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-3350" style="margin: 5px;" title="un-certain-sourires-couv-jpg" src="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/09/un-certain-sourires-couv-jpg.jpg" alt="" width="205" height="320" /></a>Un certain sourire est le deuxième roman de F. Sagan, et, à vrai dire, il ressemble beaucoup à son premier, Bonjour Tristesse. L&#8217;écrivaine nous confronte à une légère histoire amoureuse vécue par Dominique, une jeune étudiante à la Sorbonne qui ne sait pas trop ce qu&#8217;elle veut et qui profite de la vie en passant de belles vacances en plongeant dans ses bouqins. Un apparent dilemme cornélien s&#8217;installe dès les premiers chapitres : Bertrand, son petit ami, lui présente son oncle Luc. S&#8217;en suit une histoirette amoureuse, écrite avec beaucoup de légéreté.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est un roman simple sur lequel il y aurait peu de choses à dire. C&#8217;est le genre de livres qu&#8217;on doit lire l&#8217;été sur un hamac ; nous nous sommes éloignés de la poignante énérgie desespérée qui pouvait se lire entre les lignes de Bonjour tristesse, ne reste dans Un certain sourire, que la frivolité de la jeunesse.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #993300;"><em>&laquo;&nbsp;Nous en arrivames tout naturellement à parler de l&#8217;amour. Il me dit que c&#8217;était une bonne chose, moins importante qu&#8217;on ne le prétendait, mais qu&#8217;il fallait être aimé et aimer soi-même assez chaudement pour être heureux. J&#8217;opinai de la tête. Il me dit qu&#8217;il était très heureux parce qu&#8217;il aimait beaucoup Françoise qui l&#8217;aimait beaucoup lui-même. je le félicitai, assurant que ça ne m&#8217;étonne pas, que Françoise et lui étaient des gens treès, très bien. Je sombrais dans l&#8217;attendrissement.</em></span><br />
<span style="color: #993300;"><em> &#8211; Sur ce, dit Luc, si je pouvais avoir une aventure avec vous, ça me plairait beaucoup.&nbsp;&raquo;</em></span><br />
<em><span style="color: #993300;">Je me mis à rire sottement. je me sentais dépourvue de réactions.</span></em></p>
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