Lundi 21 septembre 2009 Par Novembre dans Littérature

Orwell – 1984

George Orwell est un auteur extraordinaire; il arbore une vie en forme de kaléidoscope : fils d’une famille bourgeoise anglaise, il vit une scolarité mitigée, touchant tantôt à l’excellence, tantôt à la médiocrité ; policier dans les Indes britanniques, il vit ensuite sans-abri à Paris, puis participe à la guerre d’Espagne, et entame une carrière de journaliste à la B.B.C. et ceci n’est encore qu’un faible résumé, tant la liste de ses aventures est pleine de détails que seule une bonne biographie saurait faire croustiller. 1984 paraît en 1948, après le succès de la Ferme aux animaux (1945), fable animalière déjà fortement engagée. Il s’agit d’un roman qu’on peut qualifier de science-fiction, imaginant le monde tel qu’il pourrait l’être selon Orwell en 1984. L’auteur nous expose alors un condensé de Stalinisme et de capitalisme, ayant rendu les hommes esclaves d’un système pré-établi, espionnés de très prêt par le fameux Big Brother, fichés, dans leurs moindres gestes, interdits d’amour et non de procréation, interdits d’accès aux livres et non à la propagande. Le monde dans 1984 n’est plus celui tel que l’a connu Orwell, il est divisé, depuis les grandes guerres nucléaires des années cinquante, en trois grandes régions qui se font continuellement la guerre. Au milieu de cela, le héros Winston Smith, est sans doute le seul à avoir garder une conscience réelle, car toute la population est droguée par la haine que diffuse Big Brother. Le seul ? Pas vraiment, car Winston va rencontrer une femme qui changera sa vie parmi les ovidés et l’histoire d’amour qui en découlera donnera par la suite sa dimension tragique au livre… A lire absolument.

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Mardi 8 septembre 2009 Par Novembre dans Littérature

Céline – Voyage au bout de la nuit

Louis-Ferdinand Destouches, dit Céline, publie Voyage au bout de la nuit en 1932. Ce livre raconte l’histoire de Ferdinand Bardamu, fortement inspiré par l’auteur lui-même, un jeune homme étudiant en médecine, qui participe à « l’abattoir international » qu’est la guerre 1914-18. Céline lui-même ayant vécu cette guerre exprime à travers son livre tout son dégoût pour le conflit, pour le genre humain conquérant. Du point de vue de l’engagement, Voyage au bout de la nuit est une merveille. Bardamu est un lâche, pour lui, la guerre n’a pas lieu d’être, elle est le fruit de l’absurdité de l’homme, du monde, et pour lui, et c’est d’ailleurs une idée que Céline affirme résolument : pour résister à cette folie, il faut être un lâche. Alors nous voilà face à un personnage débordant de lâcheté, affirmée, revendiquée, puisqu’il va même jusqu’à se faire interner, et qui pourtant nous devient extrêmement vite attachant. On se met dans la peau de Bardamu, qui extirpe toutes nos idées patriotiques stéréotypées sur le courage. Une œuvre antipatriotique donc mais pas seulement, car le périple de Bardamu est long et sinueux, ainsi son passage en Afrique dénonce le colonialisme, son voyage aux Etats-Unis dresse une critique affolante de la société capitaliste et de son fordisme. En plus de ces idées fortement engagées s’ajoute la dimension politique du personnage de Bardamu, qui refuse fermement toute autorité. Un tantinet anar’ le Bardamu.
De par son contenu, Voyage au bout de la nuit est une œuvre extraordinaire, résolument engagée, et extrêmement bien ficelée, mais le style de Céline contribue à l’explosion monumentale que vous procurera la lecture d’un tel ouvrage. Un style qui fit scandale à l’époque, bourré d’argot et d’impolitesses, de sentiments dégoutants exposés crus comme des tripes sur une table de boucherie. Le récit est violent, plein de force, de cris, de langage parlé, et populaire. Mais il peut aussi extrêmement drôle et Céline se sert bien de son humour, de son ironie pour renforcer encore une fois la dimension critique de cet ouvrage écrit à la première personne.
C’est très difficile de s’attaquer à Voyage au bout de la nuit, beaucoup de gens ne l’ont pas terminé, l’ont laissé inachevé, tout simplement par mésentente avec le style de Céline, plus rarement par dégoût du personnage, mais laissez vous plonger, franchissez le cap des cinquante premières pages qui brusqueront vos mœurs littéraires et l’auteur vous entraînera dans les profondeurs abyssales de la nuit.

Voyage au bout de la nuit a obtenu le prix Renaudot de 1932.

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Lundi 7 septembre 2009 Par Novembre dans Art pictural

Jan Saudek

La première fois que vous apercevez une œuvre de Jan Saudek, vous vous demandez si c’est une photo ou un tableau. En effet, ce photographe tchèque né en 1935, fait usage, pour la plupart de ses photos, d’un rituel technique très précis : reproduction en grand de ses clichés, coloriage à la main, puis nouvelle reproduction pour la version finale. Les photos de Saudek ne sont pas seulement des chefs d’œuvres de technique, ce sont aussi des images troublantes qui vous plongeront dans la gêne ou le dégoût, elles sont là pour choquer, pour vous provoquer, vous procurer une mixture de désir et de répugnance.

Alors bien sûr, la nudité est là, et bien souvent dans sa forme la plus dégueulasse : pleine d’aumônes sexuelles et de symboles religieux. Saudek, c’est presque du scandaleux, avec ses couleurs ternes, ses murs salis et ses saintes vierges en extase. C’est surtout une esthétique très soignée. Le book de Saudek est effroyable, deux centaines de pages à dormir les yeux ouverts, des photos qui choquent, qui vous prennent par les tripes, dont la nudité affreuse est entièrement révélée : ne le montrez pas à vos grands parents (j’ai fait cette erreur là).

Mais évidemment, provoquer une réaction, c’est un peu le but de l’Art; vous verrez que chez Saudek vous n’en manquerez pas. Pour tous ceux qui n’ont jamais vraiment été intéressés par la photographie, vous pouvez trouver chez cet artiste une alternative à la simple image, vous pourrez détourner votre regard de l’image en général, pour vous focaliser sur le symbole, mais vous pourrez aussi à l’inverse, omettre la symbolique pour vous concentrer sur le détail artistique, sur l’esthétique soignée. Mais il ne faut pas avoir peur d’être entre deux eaux : entre le tableau et la photo, le gênant et l’exaltant, le beau et l’ignoble.

Beaucoup de thèmes sociétaux sont abordés très clairement (pour une fois haha) par Saudek : l’homosexualité, le sexe, l’exhibitionnisme, le sadomasochisme, les rapports de couples, la mort et le suicide bien sur, l’adolescence sexuelle, la maternité et la paternité, mais on peut aussi voir des illustrations de la domination de l’URSS sur les pays de l’est, dont faisait partie l’actuelle République Tchèque (il faut garder en tête que Saudek avait déjà 55 ans lors de la chute du mur de Berlin). Souvenons-nous des idées conventionnelles de Staline à propos de l’art et nous comprendrons sous quel degré de désobéissance s’affirment les images de Jan Saudek.

Ne vous inquiétez pas ! On peut aussi voir de très belles images chez Saudek, beaucoup plus softs vers le début de ses recherches photographiques, pleine d’émotions et pas si choquantes que cela. Mais pour mieux vous en rendre compte, je vous invite à visiter son site officiel : www.saudek.com.

Pour ceux qui deviendraient rapidement amoureux de son art, vous pouvez acheter un de ses books que vous devriez trouver dans une bonne librairie.

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Samedi 5 septembre 2009 Par Novembre dans Littérature

Ionesco – La cantatrice chauve

La cantatrice chauve, d’Eugène Ionesco, (publiée en 1952) c’est l’histoire absurde d’un couple anglais, les Smith, bien anglais et bien absurdes, qui invitent absurdement le couple Martin à venir prendre un absurde souper. C’est alors que débarque le capitaine des pompiers, aussi impromptu, ridicule et absurde soit-il, qui reconnait Mary, la bonne, comme une de ses amies, ce qui en soit est très absurde. Le climax de l’absurdité est atteint lorsqu’à la question « Et la cantatrice chauve ?”, on répond au pompier : « Elle se coiffe toujours de la même façon ! »

Bref, il est assez difficile de résumer La cantatrice chauve, ou bien d’en parler comme une histoire, car à vrai dire il ne s’y passe rien, et ça, c’est absurde. Vous l’aurez compris, l’absurde, c’est le thème de la pièce, l’absurde dans les rapports humains, dans la société contemporaine, disséquée selon Ionesco (ça reste très très fin), on nage dans une incohérence cohérente puisque volontaire, au milieu du ridicule et de l’inattendu, avec une touche d’humour tantôt lourd tantôt recherché.

A mon goût, La cantatrice chauve n’apparaît pas comme un chef d’œuvre, mais reste intéressante dans son innovation; en soi, le thème de l’absurde est largement respecté puisque même la pièce n’a pas lieu d’être, c’est une anti-pièce, et c’est pourtant l’une des œuvres théâtrales françaises les plus représentées. Pour rester autour du thème de l’absurde, je vous conseillerais plus volontiers En attendant Godot, de Samuel Beckett, dont vous pouvez retrouver la critique ici.

Autres livres de cet auteur : Le roi se Meurt

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Dimanche 23 août 2009 Par Novembre dans Vos oeuvres

Faites de la musique, par Mémé Nénette

Et voilà, le grand retour du Hangar est sonné avec ce texte de Mémé Nénette qui a convaincu le jury ! Nous vous rappelons que vous pouvez nous envoyer vos textes, comme Mémé Nénette, afin de les voir publier sur le Hangar; pour avoir plus d’informations rendez vous sur Comment publier dans le Hangar ?. N’oubliez pas que vous pouvez aussi nous envoyer vos critiques de livres ainsi que vos chroniques s’étendant sur tous types d’arts. Si vous souhaitez nous contacter afin de nous envoyer un texte ou pour nous poser une question, rendez-vous sur le formulaire de contact.

Faites de la musique

L’avantage des anniversaires, c’est que l’on peut picoler sans compter les verres. On a le droit. C’est le seul jour de l’année où je peux l’avouer. J’ai terminé la bouteille de Suze, mais je ne me sentais pas assez saoule, alors, j’ai entamé la bouteille de Calvados. Elle va en faire une tête, Marinette, mon aide-ménagère, quand elle verra ça! Je vais avoir droit à la grande morale. « A votre âge, c’est pas raisonnable, et puis avec vos problèmes de hanches… » A chaque fois, j’ai envie de lui répondre que je ne bois pas avec mes hanches, mais j’aurais droit à d’interminables remontrances. Elle est tellement tarte, qu’elle ne soupçonnerait même pas que je me fous de sa gueule. Elle m’expliquerai par A+B, le lien lointain de cause à effet de ma bouteille de Suze, aux hanches qui s’usent.

En tout cas, c’est vrai que j’étais bien éméchée! Je ne me souviens même pas m’être couchée. Et comme à chaque anniversaire, toute seule, j’ai parlé, je me suis raconté mon passé. J’ai mis un vieux disque de Joe Dassin, mais ça m’a fait pleurer, alors je l’ai rangé. La chanson: Les petits Pains au Chocolat, me fait pleurer. Cette chanson passait à la radio quand j’ai appris la mort d’Henri. Henri, c’est celui avec qui j’aurais dû passer ma vie….

Après la guerre, j’ai épousé Marcel. J’avais vingt-trois ans, il fallait se dépêcher. Henri était dans la Résistance, il ne revenait pas, tout le monde disait qu’il était mort. Il est revenu, j’étais engagée. Il a épousé Coralie, la voisine d’en face. Lui et moi, on se voyait par la fenêtre, on se souriait. Depuis tout jeunes, on s’aimait…

Enfin! C’est loin tout ça! J’ai donc arrêté d’écouter Les petits Pains au Chocolat et j’ai mis un disque de Barbara: Il pleut sur Nantes. J’ai le sens de la mise en scène, tout de même. On ne pleure pas sur Les petits Pains au Chocolat, mais sur du Barbara, on a le droit.

Par Mémé Nénette.

Avis et critiques sont bienvenus.

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