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	<title>Le Hangar - Espace artistique &#187; Mélusine</title>
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		<title>Pagnol &#8211; La Gloire de mon père &#8211; Le Château de ma mère</title>
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		<pubDate>Wed, 16 Nov 2011 18:24:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mélusine</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Avant, quand j’entendais parler de Marcel Pagnol, je pensais aux films un peu kitch, à l’humour potache de Fernandel, au côté France profonde de mes grands-parents dont on nous rebat les oreilles sur France 3 pendant les vacances de Noël en multi-rediffusion. C’est donc sans grandes attentes que j’ai ouvert le premier tome de sa [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Avant, quand j’entendais parler de Marcel Pagnol, je pensais aux films un peu kitch, à l’humour potache de Fernandel, au côté France profonde de mes grands-parents dont on nous rebat les oreilles sur France 3 pendant les vacances de Noël en multi-rediffusion. C’est donc sans grandes attentes que j’ai ouvert le premier tome de sa si célèbre autobiographie. Je ne m’attendais pas à un tel émerveillement. Un tel débordement d’amour.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft" src="http://2.bp.blogspot.com/_DTDbRmRgXFU/SmrHldsMT1I/AAAAAAAAASE/zZCEi_SJMWU/s320/la+gloire+de+mon+p%C3%A8re.gif" alt="pagnol" width="168" height="256" />L’enfance de Marcel Pagnol est d’abord une déclaration d’amour à l’école. Son père, instituteur publique, prend son travail extrêmement à cœur dans une époque qui lutte encore contre l’influence de l’église dans l’éducation. Plus qu’une vocation, c’est une véritable dévotion qui le pousse, un sentiment, bien légitime à l’époque, que son travail lui permet de sauver des âmes, voire de sauver des vies.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est une déclaration d’amour à ses collines marseillaises. <em>La Gloire de mon père</em>, c’est la gloire de chasseur que Joseph l’instituteur essaye d’acquérir, lui l’intellectuel qui vient de la ville. Dans une maison de vacance achetée de ses maigres deniers pour offrir à sa femme l’air pur qui manque à sa constitution fragile, meublée de bric et de broc, tout est bon pour devenir un vrai père de famille vacancier. Peu convaincant en tant que chasseur, il n’en est que plus attachant dans son éternelle opposition à son fanfaron de beau-frère. Hiboux grand-duc, sangliers, sources cachées, grottes secrètes, pièges, tout devient merveille.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est une déclaration d’amour à l’enfance. Son insouciance, sa capacité à <img class="alignright" src="http://imados.fr/history/82/le-chateau-de-ma-mere_couv.jpg" alt="pagnol" width="161" height="247" />s’émerveiller de tout, sa liberté, ses yeux qui transforment la moindre bagatelle en véritable expédition, où tout se prend très au sérieux et en même temps prend les proportions d’un gigantesque jeu. C’est la réalisation du fantasme de s’enfuir dans les montagnes pour rester toujours en vacances. C’est sauter par la fenêtre pour aller à la chasse alors que Papa et Maman ont interdit d’y aller. C’est un petit frère tout fier de faire comme les grands. Ce sont des lettres truffées de fautes d’orthographe qui rassureront les plus complexés. C’est un château qui devient le lieu de toutes sortes de terreurs, de chiens enragés et de militaires au passé glorieux.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, c’est une déclaration d’amour à ses parents. A son père d’abord, que l’on devine un peu empoté, un peu rat de bibliothèque, mais auquel il voue une admiration sans borne, qu’il veut absolument suivre. Et à sa mère ensuite, fragile, délicate, douce, diaphane, la petite Augustine qu’il veut protéger, parce qu’il est aussi grand qu’elle, alors qu’il est encore un enfant. Qu’il est prêt à défendre contre les terrifiants chiens de la cour du château.</p>
<p style="text-align: justify;">Romancée, son autobiographie ? Je dirai plutôt féérisée avec les yeux d’enfant qui n’avaient pas besoin de console de jeu pour s’émerveiller tant la nature leur offrait le plus merveilleux terrain de jeu. Il a mis toutes ses plus belles étoiles dans ces pages, et rien que pour la chute à la fin du second tome, qui rappelle à quel point nous avons aussi besoin de cette douceur, je place ce livre parmi ceux chers à mon petit cœur de lectrice.</p>
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		<title>Dumas &#8211; La Reine Margot</title>
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		<pubDate>Mon, 14 Nov 2011 20:42:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mélusine</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Il est des personnages historiques que l’on croit connaître, alors que l’on ne connaît que leur double littéraire élevé au rang d’icône par un auteur populaire et classique à la fois. Alexandre Dumas est un de ces auteurs, puisqu’on lui doit un certain groupe de mousquetaire, ou encore le collier d’une reine tragique. Parmi ces [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft" style="margin-left: 10px; margin-right: 10px;" src="http://www.decitre.fr/gi/71/9782070359271FS.gif" alt="reine margot" width="226" height="380" />Il est des personnages historiques que l’on croit connaître, alors que l’on ne connaît que leur double littéraire élevé au rang d’icône par un auteur populaire et classique à la fois. Alexandre Dumas est un de ces auteurs, puisqu’on lui doit un certain groupe de mousquetaire, ou encore le collier d’une reine tragique. Parmi ces personnages devenus plus littéraires qu’historiques, la Reine Margot.</p>
<p style="text-align: justify;">Le roman commence avec son mariage avec Henri de Navarre. Marguerite de France, fille de la grande Catherine de Médicis et sœur du roi Charles IX qui la surnomme affectueusement Margot, épouse le chef de la communauté protestante pour essayer de calmer les tensions qui déchirent la France. Nous sommes en 1572, et même si ce mariage ne trompe personne, tous les Huguenots sont donc montés à Paris pour assister aux noces de leur roi, ce qui a le don d’exaspérer les catholiques. Entre les manigances de la reine Catherine et les intrigues de cour, tout va basculer, une nuit de Saint-Barthélémy…</p>
<p style="text-align: justify;">Et voilà Marguerite qui patauge dans le sang à peine ses noces prononcées. Consciente que son mariage a été vendu à d’obscures raisons politiques, elle passe une alliance avec Henri, son mari qui s’engage à ne jamais être son amant, si elle s’engage à ne pas le trahir. Et lorsque le massacre éclate, Margot voit son palais envahi de meurtriers et de victimes, jusqu’à ce qu’un homme enfonce sa porte : M. de la Mole, protestant, gravement blessé. Margot le cache, le sauve, le soigne. Et en tombe amoureuse. Amoureuse comme une adolescente, qui badine, qui sort en cachette pour voir son amoureux, qui lui fait passer des messages secrets dans une intrigue toute romanesque.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour Henri, en revanche, les choses sont moins simples, car sa vie est menacée en permanence. Car il faut être honnête : en déclenchant le massacre qui répand les cadavres dans tout Paris, Catherine vise avant tout ce répugnant huguenot qu’elle a été contrainte de marier à sa fille. Mais par une succession de coup du sort, Henri ne sera jamais là où le couperet de Catherine tombe. Il ne sera pas parmi les morts de la Saint-Barthélémy. Qu’à cela ne tienne, elle empoisonne jusqu’au rouge à lèvre de sa maîtresse pour l’atteindre. Mais Henri se dérobe toujours, sur le fil. Dans le nid de vipère qu’est la cour de France, le poison et les arquebuses parlent plus franchement que les bouches. Il ne peut faire confiance à personne, à part peut-être Margot, qui a déjà tout perdu sauf son bien-aimé Huguenot réchappé par miracle, en sursis dirons-nous…</p>
<p style="text-align: justify;">Immortalisée dans sa robe ensanglantée par Isabelle Adjani qui souffle le glaciale et le passionné avec brio, reine sanglante et femme sacrifiée sur l’autel de la raison d’état, Margot est ici l’héroïne d’une parenthèse de bonheur personnel au cœur d’une des périodes les plus sombres où la France a réussi à se mutiler elle-même. Un roman historique qui donne au genre toutes ses lettres de noblesse tant il sublime à la fois l’histoire de France et l’histoire d’une femme.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://images.allocine.fr/medias/nmedia/18/35/57/10/18861216.jpg" alt="reine margot adjani" width="360" height="240" /></p>
<p> Autres livres d&#8217;Alexandre Dumas sur le Hangar : <a href="http://www.le-hangar.com/chroniques/livres/dumas-joseph-balsamo" target="_blank">Joseph Balsamo</a>, <a href="http://www.le-hangar.com/?p=2774" target="_blank">Les mille et un fantômes</a>, <a href="http://www.le-hangar.com/chroniques/livres/les-trois-mousquetaires-alexandre-dumas/" target="_blank">Les trois mousquetaires</a></p>
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		<title>Bram Stoker &#8211; Dracula</title>
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		<pubDate>Tue, 07 Jun 2011 19:37:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mélusine</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft" style="margin: 5px;" src="http://img.over-blog.com/150x240/1/14/42/38/Livres/Livres-2008/Stoker-Dracula.jpg" alt="couv" width="149" height="240" />Avec tous ces vampires aseptisés qui inondent l’actualité culturelle, on a tendance à se contenter de cette image romantique et de l’appliquer à tous les autres modèles du genre, en particulier au devenu mythique Dracula. Oui, sauf qu’à la base, <em>Dracula</em> est un roman de Bram Stoker, un Irlandais mort en 1912, contemporain de R. L. Stevenson et d’Oscar Wilde. Et on est bien loin du bellâtre mystérieux que l’on a en tête maintenant.</p>
<p style="text-align: justify;">Le roman s’ouvre sur le journal de Jonathan Harker, un jeune clerc de notaire britannique qui se rend chez un certain comte Dracula, noble de Transylvanie, une région de la Roumanie pour affaire. La région qu’il traverse est sombre, les gens semblent terrifiés d’apprendre sa destination, mais cette âme peu superstitieuse ne se laisse pas déstabiliser. Lorsqu’il arrive au château, il ne tarde pas à s’apercevoir que les craintes des villageois sont fondées. Des loups tournent sous les fenêtres, semblant obéir au maître des lieux. Il ne se reflète pas dans les miroirs. Jonathan Harker (et nous aussi bien sûr) commence à se demander s’il ne perd pas un peu la tête et s’il n’est pas en train de se laisser contaminer par l’ambiance des lieux. Notamment lorsqu’il affirme avoir vu le comte sortir par une fenêtre et descendre le mur en y rampant tel une araignée.</p>
<p style="text-align: justify;">De réponses évasives en nouvelles exigences du comte, Jonathan Harker comprend que son hôte cherche à le retenir, et se sent de plus en plus prisonnier. Une nuit, dans un demi-sommeil, il voit entrer dans sa chambre trois femmes qui grimpent sur le lit et le couvrent de caresses et de baisers de plus en plus pressants… Lui-même est prêt à céder à ces lèvres avides et ce n’est que l’intervention du comte qui les empêche d’aller au bout de leurs desseins.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/rsz/434/x/x/x/medias/nmedia/18/64/49/73/18887516.jpg" alt="dracula coppola" width="260" height="173" /></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: xx-small;">Keanu Reeves (John Harker) et Gary Oldman (Dracula) dans l&#8217;adaptation de Francis Ford Coppola</span></p>
<p style="text-align: justify;">L’angoisse de Jonathan devient palpable dans les pages de son journal, et lorsqu’il s’interrompt brutalement, nul besoin d’être devin pour comprendre qu’il a dû lui arriver quelque chose.</p>
<p style="text-align: justify;">Pendant ce temps, en Angleterre, Mina Murray, la fiancée de Jonathan, trompe son ennui en tenant compagnie à son amie Lucy. Nous l’apprenons par le journal de Mina, et par les lettres qu’elle échange. Vous l’aurez compris : ce roman est une compilation de documents divers qui composent touche par touche l’histoire au fur et à mesure. Et si Mina semble une parfaite jeune fille victorienne, toute en retenue et en vertu, Lucy semble plus disposée à la galanterie. Il faut dire qu’elle est courtisée par pas moins de trois prétendants, qui attendent qu’elle décide à qui elle accordera sa main. L’un d’eux, Jack Seward, est psychiatre et suit dans son hôpital un déséquilibré mental qui affirme attendre l’arrivée de son maître et demande à ce qu’on lui fournisse de petits animaux pour le plaisir de les voir mourir… Les trois amoureux transits se rassemblent autour de Lucy lorsqu’elle commence à souffrir d’un mal étrange : insomnies, somnambulisme, grande faiblesse. Mina elle-même témoigne des terrifiantes crises nocturnes de sa compagne. Au désespoir, Jack Seward fait intervenir le docteur Van Helsing, spécialiste des maladies paranormales. Son verdict est sans appel : Lucy est victime d’un vampire, et il faut immédiatement l’entourer de fleurs d’ail et la transfuser, sous peine de la voir mourir, voire pire. C’est alors qu’on apprend que l’on a retrouvé la trace de Jonathan Harker, recueilli très affaibli dans un monastère. Et que le comte Dracula vient d’arriver à Londres.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="aligncenter" src="http://watuzee.com/wp-content/uploads/2011/04/Nosferatu1979.jpg" alt="nosferatu" width="226" height="150" /></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: xx-small;">Klaus Kinski (Dracula) et Isabelle Adjani (Lucy Harker, mélange des deux héroïnes) dans l&#8217;adaptation de Werner Herzog</span></p>
<p style="text-align: justify;">Alors évidemment, ce roman regorge de tous les clichés que les films d’horreurs ont abondamment repris depuis. Si en plus vous avez vu <em>Le Bal des Vampires </em>de Polanski, vous trouverez ce livre épouvantablement drôle : aucune surprise quant aux méchants ni aux gentils, une belle jeune fille pure et amoureuse, un spécialiste qui vient sauver tout le monde. L’intrigue respecte donc une structure très classique. La grande originalité réside dans sa forme qui oscille entre roman épistolaire, journal intime et témoignage sous diverses formes (rapport de police, rapports médicaux). Et puis surtout, il y a ces scènes, qui même si elles sont attendues et sans grande surprise, sont toujours efficaces. Les délires du malade mental littéralement possédé par Dracula, qui instillent un malaise certain. Les délires de Jonathan Harker, prisonnier dans le château puis hanté par le souvenir de ce qu’il y a enduré et que nous ne saurons jamais avec certitude puisqu’il est incapable d’en rendre compte. Les délires de Lucy, auxquels nous assistons par les yeux de Mina. En un mot, tous ces personnages qui ne se maîtrisent plus, ce fantastique primaire qui voudrait nous rassurer en nous disant que c’est ce trop connu Dracula avec son lot de cliché, mais qui nous maintient dans l’apparence de la folie et dans la perpétuelle absence de l’intéressé.</p>
<p style="text-align: justify;">Le roman <em>Dracula</em>, c’est le roman d’un fantôme, qui parvient à vous atteindre par-delà les océans, qui a des yeux et des mains sur vous-même alors qu’il brille par son absence, et dont les méfaits sont parfaitement pris en charge par les médecins qui les cataloguent dans une folie bien commune.</p>
<p>Classique, oui. Mais efficace.</p>
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		<title>Dumas fils &#8211; La Dame aux Camélias</title>
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		<pubDate>Tue, 17 May 2011 11:00:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mélusine</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Quand on pense à ce titre, <span style="text-decoration: underline;"><em>La Dame aux Camélias</em></span>, il nous vient un parfum de romantisme planplan, de film en noir et blanc, d’opéra lyrique et je ne sais quels autres clichés désuets. C’est en tout cas ce que j’avais dans l’idée en ouvrant ce roman, polluée en plus par la grande admiration que j’avais pour Alexandre Dumas père, auteur romantique s’il en est. Ce à quoi je n’avais pas pensé, c’est qu’entre Dumas père et Dumas fils, il y a une génération d’écart, le temps de perdre pas mal d’illusions, et surtout, entre eux, c’est loin d’être le grand amour.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/05/dumaspere.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-3145" title="dumaspere" src="http://www.le-hangar.com/wp-content/uploads/2011/05/dumaspere.jpg" alt="" width="436" height="281" /></a><em><span style="font-size: x-small;">Les Dumas père et fils&#8230; </span></em></p>
<p style="text-align: justify;">Il faut dire que le petit Alexandre est le fils illégitime du grand. D’abord « né de parents inconnus » (on n’allait pas dire tout haut que le célèbre Dumas avait fricoté avec sa voisine de palier !), il est reconnu à sept ans par son illustre père qui obtient sa garde mais est placé très tôt en pension. Difficile dans ce cas de se sentir son héritier.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft" style="margin: 5px;" src="http://www.decitre.fr/gi/47/9782070367047FS.gif" alt="La Dame aux Camélias" width="229" height="380" />Alors avec cette <span style="text-decoration: underline;">Dame aux Camélias</span>, ne vous attendez pas à trouver une jeune fille fleurie comme dans les romans de son père. Ce surnom poétique cache Marguerite Gautier, une femme que l’on découvre au début du récit lors de… sa mort. Ou plus exactement, lors d’une vente ayant lieu dans son appartement. Le narrateur de cette histoire a en effet connu Marguerite. Comme beaucoup d’autres hommes. Marguerite est ce que l’on appelait une demi-mondaine, une de ces filles entretenues qui ne fréquentaient que des hommes extrêmement riches et qui en retiraient de grosses sommes d’argents et de coûteux cadeaux. Une forme de prostitution de luxe. Et comme toute femme vénale qui se respecte, cet argent ne lui suffisait pas, puisque c’est criblée de dettes et poursuivies par les huissiers qu’elle est morte, recluse dans son appartement où maintenant, ces derniers s’en donnent à cœur joie pour vendre toutes ses affaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Plutôt glauque, me direz-vous ? Vous n’avez rien vu. Apparaît très vite le personnage d’Armand Duval, inconsolable amoureux de Mademoiselle Gautier. Le voici qui demande ni plus ni moins que l’exhumation du corps de Marguerite. Et sous vos yeux ébahis, chers lecteurs, s’étale le cadavre en putréfaction, rongé par les vers, révélant les traces de la maladie qui a emporté Marguerite. Elégant n’est-ce pas ? Le ton est donné : à bas le romantisme, la femme fleur sur un piédestal, belle en toute occasion. Bonjour la nature qui vous rattrape, les plus viles et les plus basses choses sur terre. Plus que de son père, c’est de Zola ou de Maupassant, de leur réalisme, de leur naturalisme, de leur cynisme sur le monde, qu’Alexandre Dumas fils se rapproche.</p>
<p style="text-align: justify;">Et voici qu’Armand va maintenant nous raconter comment il a eu la malchance de tomber amoureux de celle qui était la femme de tout le monde. Comment il s’est ridiculisé en voulant traiter comme une princesse celle qui n’était pour tous qu’une putain. Comment il se vantait d’avoir conquis son cœur tout en vivant dans la hantise qu’elle ne le trompe. Car Marguerite la fille perdue répond à son amour, mais échappe-t-on réellement à une réputation durement acquise qui éclabousse tous ceux qui vous entoure ? Ce serait trop simple. <em>Pretty Woman</em> avant l’heure ? Pas vraiment… Car dans la vraie vie, Marguerite est rongée jusqu’à la moelle par la vie effarante de fête et d’amants dans laquelle elle s’est toujours complu, et l’amour inconditionnel qu’on lui porte, pas plus que son dévouement à son amant, ne suffiront à la guérir de ce poison mondain.</p>
<p style="text-align: justify;">Pessimiste, touchant, ce roman parvient à échapper au cliché disant qu’une histoire d’amour impossible doit être tragiquement belle. Ici, elle est tragiquement normale : soumise à la norme. Les putains restent des putains, elles payent sur leur lit de mort l’argent qu’elles ont soutirés aux honnêtes gens. Et les gentils garçons doivent épouser des jeunes filles convenables et ne peuvent les aimer que mortes. C’est triste, oui. Mais malgré ça, c’est beau. Et c’est peut-être ça aussi que j’aime au XIXème siècle. La beauté, il ne faut pas la chercher dans le monde, mais dans le cœur de certains personnages. Pour tout le reste, vous serez forcément déçus.</p>
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		<title>Balzac &#8211; Le Lys dans la Vallée</title>
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		<pubDate>Wed, 11 May 2011 11:00:38 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Une chose que j’aime au XIXème siècle, c’est que les romanciers cherchent à être à la fois populaires en bons post-révolutionnaires qui revendiquent leur statuts de petites gens, et à la fois nobles en nouveaux représentants de la société française. Et comme je suis une littéraire et pas une historienne, c’est surtout la manière dont cela se voit dans le langage et les intrigues romanesques qui me font sourire.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft" style="margin: 5px;" src="http://www.decitre.fr/gi/48/9782253004448FS.gif" alt="valzac" width="230" height="380" />Prenez le <span style="text-decoration: underline;">Lys dans la Vallée</span>. Honoré de Balzac est dans une des périodes les plus productives de sa vie, puisqu’il est lancé dans sa colossale <span style="text-decoration: underline;">Comédie Humaine</span>, lorsqu’il l’écrit. Ce roman s’inscrit pourtant un peu en marge. Roman épistolaire, il s’ouvre sur une lettre d’un certain Félix de Vandenesse à une jeune femme, Natalie, qui, dit-il, le pressait de connaître son passé. Il lui adresse donc un long récit de son enfance : se sentant peu désiré, voir haï, à l’écart dans une famille qui le regarde à peine, il reste longtemps un enfant chétif en mal d’amour, même à l’adolescence. Soudain, à  une soirée, tout s’éclaire : il rencontre une femme qui éveille d’un seul coup ses sens. Il se jette donc sur elle pour l’embrasser dans le cou. Quelle audace, quelle impudeur pour l’époque, rendez-vous compte ! Non point de le faire, (on imagine bien une réalité moins galante que les romans veulent le faire croire), mais de le mettre en scène. Car dorénavant, ce qui poussera Félix auprès d’Henriette de Mortsauf, c’est bien le désir qu’il a d’elle : il languit, il se lamente, il la veut. En témoignent la célèbre composition de ses bouquets, véritable langage érotique qu’il crée pour sa belle :</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #993300;"><em>&laquo;&nbsp;Autour du col évasé de la porcelaine, supposez une forte marge uniquement composée des touffes blanches particulières au sédum des vignes en Touraine ; vague image des formes souhaitées, roulées comme celles d’une esclave soumise. De cette assise sortent les spirales des liserons à cloches blanches, les brindilles de la bugrane rose, mêlées de quelques fougères, de quelques jeunes pousses de chêne aux feuilles magnifiquement colorées et lustrées ; toutes s’avancent prosternées, humbles comme des saules pleureurs, timides et suppliantes comme des prières. Au-dessus, voyez les fibrilles déliées, fleuries, sans cesse agitées de l’amourette purpurine qui verse à flots ses anthères presque jaunes  […] Du sein de ce prolixe torrent d’amour qui déborde, s’élance un magnifique double pavot rouge accompagné de ses glands prêts à s’ouvrir, déployant les flammèches de son incendie au-dessus des jasmins étoilés et dominant la pluie incessante du pollen, beau nuage qui papillote dans l’air en reflétant le jour dans ses mille parcelles luisantes ! Quelle femme enivrée par la senteur d’Aphrodise cachée dans la flouve, ne comprendra ce luxe d’idées soumises, cette blanche tendresse troublée par des mouvements indomptés, et ce rouge désir de l’amour qui demande un bonheur refusé dans les luttes cent fois recommencées de la passion contenue, infatigable, éternelle ?&nbsp;&raquo;</em></span></p>
<p style="text-align: justify;">En vain cependant. Car sa belle est aussi une madonne. Sortie d’une enfance aussi malheureuse que celle de notre mal nommé Félix, elle est maintenant prisonnière d’un mariage avec un fantasque époux parfois colérique et violent, et auquel elle est retenue par son sacro-saint rôle d’épouse et de mère, dévouée corps et âme à deux enfants chétifs et maladifs, comme… Félix lui-même. Et oui, cette Henriette aimée a quelques paires d’années de plus que Félix, et cette mère débordante d’amour n’envisagera jamais d’aimer Félix autrement que comme une mère, une sœur, une tante, mais restera inaccessible comme amante, trop pure, telle le lys blanc qui lui donne son surnom. Voilà un bel Œdipe qui se dessine.</p>
<p style="text-align: justify;">A défaut d’être sa maîtresse, Henriette de Mortsauf sera son guide. Avec elle, il va terminer de grandir, mais surtout, elle va lui fournir tous ses conseils pour réussir dans le monde et devenir un homme habile, respecté, un vrai dandy comme il y en a tant chez Balzac, Maupassant et les autres. En un mot, elle va faire de lui un homme, de toutes les façons… sauf celle qu’il voudrait. Et lorsque le garçon, lassé des années de chasteté imposées, va enfin s’encanailler avec une Anglaise moins farouche, elle est la première à en mourir de chagrin façon héroïne tragique.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce roman, c’est donc la sublimation des frustrations sexuelles de ses deux protagonistes. Mais on est chez Balzac. Et on est au XIXème siècle, époque où la littérature rime encore avec poésie. Alors, en ciselant ses descriptions comme des petits bijoux, Balzac va dissimuler cette sensualité bien trop basse encore (Zola et sa <span style="text-decoration: underline;">Nana</span> vont bientôt arriver…) derrière des métaphores et des ornements, et faire de ses descriptions de véritables tableaux impressionnistes, qui correspondent mieux à sa réputation de romancier descriptif.</p>
<p style="text-align: justify;">Soyons bas et populaires, mais ne le disons pas trop fort : nous sommes de nobles poètes, que diable !</p>
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		<title>Ovide – Les Héroïdes</title>
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		<pubDate>Mon, 21 Feb 2011 14:04:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mélusine</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La mythologie, c’est avant tout de la littérature, c’est d’ailleurs la première de toutes, à peu près ex-aequo avec la Bible. Mais quand elle inspire réellement la littérature, là, il y a de quoi m’intéresser. Lors de mes cours de version latine à l’université, j’ai croisé quelques extraits qui ont retenu mon attention. Ce livre en fait partie...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">La mythologie, c’est avant tout de la littérature, c’est d’ailleurs la première de toutes, à peu près ex-aequo avec la Bible. Mais quand elle inspire réellement la littérature, là, il y a de quoi m’intéresser. Lors de mes cours de version latine à l’université, j’ai croisé quelques extraits qui ont retenu mon attention. Ce livre en fait partie&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Ovide est né en 43 avant Jésus-Chist. Il aime à raconter les déboires de dieux bien trop proches des humains dans ses <em>Métamorphoses</em>. Poète, il chante volontiers l’amour dans <em>L’Art d’aimer</em>. Moins courant, il s’est intéressé aux femmes qui entourent nos héros de l’histoire et de la mythologie antique. Force est de constater que ces femmes n&#8217;ont pas d&#8217;histoires bien heureuses. Vous rappelez-vous de Pénélope, dont le célèbre mari Ulysse est maintenu au loin pendant vingt ans ? Elle n’est pas la seule à pleurer son absence. Médée, répudiée par Jason et prise de folie meurtrière, a de quoi se plaindre une fois seule elle aussi. Didon, reine de Carthage abandonnée par Enée au nom d’une grande cause (monsieur devait aller fonder Rome, excusez du peu…) a aussi des choses à dire. Désespérées par l’absence de l’homme qu’elles aiment, ces femmes se livrent. Quelles lettres auraient-elles donc pu bien écrire à celui qui est loin? Voilà l&#8217;objet de ce livre.</p>
<p style="text-align: justify;">La littérature latine a ce petit ton surannée de la traduction, ce petit côté artificiel qui a certes de quoi dérouter les non-initiés, mais qui me plait beaucoup. Ils sonnent à mes oreilles comme des petites formules magiques. J&#8217;ai retrouvé avec une sorte de nostalgie cette langue pleine de formules si familières que je maniais moi-même. Je me rappelle d&#8217;ailleurs avoir traduit les mots d&#8217;Ariane, &laquo;&nbsp;oubliée&nbsp;&raquo; par Thésée sur l&#8217;île où ils se sont arrêtés pour passer la nuit:</p>
<p style="text-align: center;"><em>&laquo;&nbsp;Ce que tu lis, je te l&#8217;envoie, Thésée, du rivage d&#8217;où les voiles emportèrent sans moi ton vaisseau, du lieu où je fus indignement trahie, et par mon sommeil, et par toi qui en profitas odieusement&nbsp;&raquo;</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui m&#8217;a marqué, c&#8217;est à quel point le discours amoureux se ressemble: toujours les mêmes formules, toujours la même passion, toujours la même naissance de l&#8217;amour, la même tension entre dévouement, suspicion, oubli de soi et reproche. Et ce qui est surprenant, c&#8217;est comment ce discours amoureux identique sur la forme peut cependant changer de sens en fonction du contexte. Saviez-vous qu&#8217;avant de provoquer une guerre en étant enlevée par Pâris, Hélène de Sparte avait déjà été enlevée par un certain Thésée, jeune et fringant? Oui, le même que Médée ! Que c&#8217;est justement ce que lui reproche Oenone, la fiancée du Pâris en question laissée de côté au profit d&#8217;Hélène: on ne se fait pas enlever si souvent sans le chercher un peu. Et que dire de Jason, qui a le privilège de recevoir deux lettres, d&#8217;abord d&#8217;Hypsipyle, sa première épouse qui le met en garde contre une Médée capable d&#8217;assassiner ses frères pour suivre un amant, puis par Médée elle-même, répudiée à son tour, qui ne répond plus de ses actes devant une telle réponse à tous les sacrifices qu&#8217;elle a fait. Songez donc au sens différent que peut prendre cette simple menace, &laquo;&nbsp;je ne réponds plus de moi&nbsp;&raquo;, dans la bouche d&#8217;une Médée ou dans celle d&#8217;une Oenone.</p>
<p style="text-align: justify;">J&#8217;adore la mythologie et ses amours compliquées dignes d&#8217;un soap de bas étage. Et voir Pâris saisir le prétexte de se croire élu divin pour quitter une Oenone aimante et courir enlever une Hélène qui ne veut pas de lui a quelque chose de doucement réjouissant, non?</p>
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		<title>Dumas – Les Mille et un fantômes</title>
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		<pubDate>Mon, 17 Jan 2011 11:00:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mélusine</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Après avoir découvert (et dévoré) Les Trois Mousquetaires, j’ai été surprise de voir que notre cher Alexandre Dumas, auteur de romans d’aventures avec ses fresques historiques haletantes et ses héros romantiques gonflés à bloc, s’était aussi frotté aux vampires, revenants et autres créatures fantasmatiques. Et avec succès. Parce que du romantisme historique au fantastique, curieusement, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Après avoir découvert (et dévoré) <a href="http://www.le-hangar.com/chroniques/livres/les-trois-mousquetaires-alexandre-dumas/"><span style="text-decoration: underline;">Les Trois Mousquetaires</span></a>, j’ai été surprise de voir que notre cher Alexandre Dumas, auteur de romans d’aventures avec ses fresques historiques haletantes et ses héros romantiques gonflés à bloc, s’était aussi frotté aux vampires, revenants et autres créatures fantasmatiques. Et avec succès. Parce que du romantisme historique au fantastique, curieusement, le fossé n’est pas si grand.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><img class="alignleft" style="margin: 5px;" src="http://storage.canalblog.com/30/45/289417/49799213.jpg" alt="1001 fantômes" width="210" height="290" /></em><span style="text-decoration: underline;">Les 1001 fantômes</span> commence comme un roman réaliste. Le narrateur est un certain Alexandre Dumas, écrivain, invité par un de ses amis à l’ouverture de la chasse dans un petit village. Au retour de cette partie de chasse, il croise un homme étrange, l’air hagard, les mains ensanglantées. Soupçonnant quelque drame, il le suit jusqu’à la mairie. L’homme demande à voir le maire : il vient de tuer sa femme et veut se constituer prisonnier. Incrédulité générale : Jacquemin est un brave homme, même le maire le tutoie. Mais il a tout de même les mains couvertes de sang. Le maire propose donc à Jacquemin de l’accompagner chez lui pour constater les faits. Aussitôt, Jacquemin panique et refuse. Il veut être mis en prison, au plus vite, mais retourner là-bas, certainement pas ! Devant l’incompréhension générale, il s’explique de cette terreur : il a coupé la tête de sa femme et celle-ci, une fois séparée du corps, lui a parlé. <em>&laquo;&nbsp;Misérable</em> <em>! J’étais innocente !</em>&nbsp;&raquo; lui a lancé la tête. Le maire, le docteur et l’écrivain procèdent donc au procès-verbal. Et Jacquemin, s’il refuse de donner la raison de son crime, le raconte en détails : non seulement la tête lui a parlé, mais elle l’a mordu, à pleines dents. Il en a encore la cicatrice, des marques profondes autour du pouce.</p>
<p style="text-align: justify;">Dit-il vrai ? Est-il fou ? Ou fait-il semblant d’être fou pour avoir des circonstances atténuantes au procès ? Difficile à dire. Toujours est-il que la discussion alimente les ragots et l’écrivain, convié au dîner par le maire, n’est pas au bout de ses découvertes. Autour de la table, les langues se délient, et dans les nombreuses histoires qui sont racontées, les morts se relèvent et finissent le travail, avec ou sans tête. Mais surtout, Dumas l’historien vient y mettre son grain de sel : on raconte que Charlotte Corday, célèbre pour avoir tué Marat, a été giflée par le bourreau après son exécution en 1793, et que la tête, même détachée du corps, a rougi, non pas de douleur, mais de honte, sur les deux joues. Quant à Henri IV, malgré la révolution, il reste le plus populaire des rois de France, et celui qui pensait humilier sa dépouille par patriotisme en paiera le prix fort, même cent ans plus tard. La grande Histoire vient corroborer des rumeurs au coin du feu. Il ne s’agit donc plus de simples histoires de fantômes dans ce livre où les têtes tombent et les tombes s’ouvrent. Il s’agit de véritables interrogations sur des mythes urbains créés par l’histoire elle-même, allant chercher au cœur de la mémoire collective de quoi alimenter nos peurs les plus viscérales.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignright" src="http://storage.canalblog.com/18/31/713306/53978620.gif" alt="" width="192" height="263" />Alors me direz-vous, quel rapport entre <span style="text-decoration: underline;">Les Trois Mousquetaires</span>, <span style="text-decoration: underline;">Le Collier de la Reine</span>, <span style="text-decoration: underline;">Monte-Cristo</span> et les fantômes de Dumas ? Et bien tout d’abord, l’exaltation romanesque : Dumas n’est pas un auteur réaliste, il transfigure la réalité et l’histoire pour en faire un objet de roman, fantasmatique à tous égards, c&#8217;est-à-dire capable de faire rêver, d’embraser, de transporter. Plus c’est grand, plus c’est construit, plus il y a de ficelles, d’aventures, de retournements, mieux c’est. Ce qui plait à Dumas, c’est de montrer qu’au cœur même du réel le plus réel, celui partagé par tous par le biais de l’histoire, il y a du romanesque, du fictionnel, qu’il suffit d’exhumer. Dans ce cas, pourquoi ne pas aller chercher les légendes spectrales autour d’Henri IV et Charlotte Corday, qui feront d’excellents supports à fantasmes, donc à fantômes ?</p>
<p style="text-align: justify;">Et quitte à chercher à exhumer la fiction la plus fictionnelle de l’histoire, pourquoi ne pas choisir celle qui se déroule précisément sous ses yeux ? Car comme la plupart des écrivains du XIXème siècle, Dumas est un spectateur de la naissance du monde moderne. Lorsqu’il vient au monde, en 1802, la France éponge encore le sang de la Terreur qui a suivi la Révolution. Les Français viennent de découvrir qu’ils pouvaient eux-mêmes s’entretuer par centaines et ce, grâce à une invention diaboliquement géniale : la guillotine, fascinante par sa capacité à donner la mort en moins d’une seconde. D’où une question qui subsiste : face à une mort aussi violente qu’une tête brutalement tranchée, meurt-on immédiatement ? est-il possible que la vie s’envole si rapidement ? N’est-il pas envisageable que l’étincelle, le souffle, persiste quelques secondes, quelques minutes, quelques années dans un corps mort ? Nous voici au cœur de la question qui mêle théologie, technologie, biologie et superstition et qui alimente toutes ces nouvelles fantastiques de Dumas. Et il n’est pas le seul. Car s’il se plait, en 1850, à imaginer le sort de la maîtresse de Danton, grande figure de la Révolution dans <span style="text-decoration: underline;">La Femme au Collier de Velours</span><em>,</em> un certain Villiers de l’Isle-Adam, aristocrate isolé mais toujours au premier rang lors des exécutions, se posera les mêmes questions dans ses <a href="http://www.le-hangar.com/chroniques/livres/villiers-de-lisle-adam-contes-cruels/"><span style="text-decoration: underline;">Contes Cruels</span></a> : dans <em>Le secret de l’échafaud</em>, un docteur, pour les besoins de la science, n’hésite pas à demander à un condamné de lui indiquer par un triple clignement d’œil s’il conserve sa lucidité après la décollation.</p>
<p style="text-align: justify;">La sourde inquiétude de Dumas et de Villiers, c’est celle de tout un siècle d’écrivains et d’hommes, livrés à leur propre cruauté et bestialité, abandonnés par un Dieu qu’ils ont renié avec la Révolution, seuls devant leurs doutes et leur propre fragilité.</p>
<p style="text-align: justify;">Ne reste plus qu’à attendre 1914 pour que la littérature révèle un pas supplémentaire vers l’incompréhension de l’âme humaine.</p>
<p style="text-align: justify;">Autres romans de Dumas sur le Hangar : <a href="http://www.le-hangar.com/chroniques/livres/les-trois-mousquetaires-alexandre-dumas/" target="_blank"><span style="text-decoration: underline;">Les Trois Mousquetaires</span></a>, <a href="http://www.le-hangar.com/chroniques/livres/dumas-joseph-balsamo/" target="_blank">Joseph Balsamo</a>, <a href="http://www.le-hangar.com/chroniques/livres/la-reine-margot-alexandre-dumas/" target="_blank">La reine Margot</a></p>
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		<title>Molière &#8211; Le Misanthrope</title>
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		<pubDate>Tue, 14 Dec 2010 11:00:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mélusine</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Une brève recherche sur le Hangar m’a confirmé une impression très troublante : Molière en est absent. Curieux pour celui dont les œuvres littéraires et scéniques ont tellement marqué notre culture qu’il a donné son nom à notre langue. Culpabilité pour moi : j’ai oublié Molière. Réparons cela immédiatement. Jean-Baptiste Poquelin (1622-1673) débute humblement par des tournées [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignright" style="margin: 5px;" src="http://www.latrappe-theatre.com/spectacles/george-dandin/photos/moliere2.jpg" alt="Molière" width="180" height="228" /></p>
<p style="text-align: justify;">Une brève recherche sur le Hangar m’a confirmé une impression très troublante : Molière en est absent. Curieux pour celui dont les œuvres littéraires et scéniques ont tellement marqué notre culture qu’il a donné son nom à notre langue. Culpabilité pour moi : j’ai oublié Molière. Réparons cela immédiatement.</p>
<p style="text-align: justify;">Jean-Baptiste Poquelin (1622-1673) débute humblement par des tournées en province avec une troupe de théâtre pendant lesquelles il se fait appeler Molière. Dès le départ, il est donc moins un homme de lettres qu’un homme de scène : il se réserve toujours un rôle dans ses pièces. Et comme homme de scène, il n’a qu’un idéal : la tragédie, la référence absolue. Malheureusement pour lui, la tragédie ne l’aime pas. Par contre, il sait faire rire. Il fera donc rire. Avec un succès inattendu pour un genre considéré comme bas et grossier, ses comédies l’amènent à jouer devant le Roi Soleil en personne. Molière a réussi : il a fait de la comédie un genre aussi noble que la tragédie. Elle devient <em>classique</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais Molière a aussi fait scandale. Parce que derrière ses apparences farcesques, on a bien senti qu’il était capable de raconter autre chose que des bouffonneries, et de se saisir de sujets aussi profonds que dérangeants. Au point que dans certaines pièces, le rire innocent à gorge déployée n’est pas franchement au rendez-vous. C’est le cas des très controversés <span style="text-decoration: underline;">Tartuffe</span> ou <span style="text-decoration: underline;">Dom Juan</span>. Ou, moins polémique, mais tout aussi troublant, du <span style="text-decoration: underline;">Misanthrope</span>.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft" style="margin: 10px;" src="http://www.images.hachette-livre.fr/media/imgArticle/LGFLIVREDEPOCHE/2010/9782253037927-G.jpg" alt="Le Misanthrope" width="200" height="323" />L’intrigue en est assez simple : Alceste est ce misanthrope, cet homme dégoûté du monde et de son hypocrisie. Il se répand en invectives contre les hommes et leurs traitrises:</p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #993300;"><em>&laquo;&nbsp;Et je ne hais rien tant, que les contorsions<br />
De tous ces grands faiseurs de protestations,<br />
Ces affables donneurs d&#8217;embrassades frivoles,<br />
Ces obligeants diseurs d&#8217;inutiles paroles,<br />
Qui de civilités, avec tous, font combat,<br />
Et traitent du même air l&#8217;honnête homme, et le fat.&nbsp;&raquo;</em></span></p>
<p style="text-align: justify;">Oui mais Alceste a un problème. Il est amoureux. Il s’est épris de Célimène, une jeune veuve très jolie qui adore rassembler ses admirateurs dans son salon et médire tant qu’elle peut sur tout un chacun. Pour Alceste, toute la pièce va donc consister à essayer d’approcher sa belle et de lui faire entendre raison quant à son comportement. Mais il est sans cesse interrompu pour des bagatelles qui finiront par le mener au tribunal.</p>
<p style="text-align: justify;">Les nerfs de notre misanthrope sont donc mis à rude épreuve ! La situation en elle-même est risible: comment celui qui déteste le monde entier peut-il être tombé amoureux ? Et d’une telle greluche, en plus ! (à l’époque, on appelait cela une coquette). Grotesque, non ? Ainsi Alceste trépigne et s’impatiente alors que Célimène se plait à se donner en spectacle et à débiter des méchancetés sur les autres pour amuser la galerie. Elle se voit en héroïne  précieuse de comédie romantique alors qu&#8217;il débite ses tirades de tragédies qui semblent complètement décalées:</p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #993300;">&laquo;&nbsp;<em>J&#8217;ai ce que sans mourir je ne puis concevoir,<br />
Et le déchaînement de toute la nature,<br />
Ne m&#8217;accablerait pas comme cette aventure.<br />
C&#8217;en est fait&#8230; mon amour&#8230; Je ne saurais parler</em>&laquo;&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;">Il ronge son frein devant des courtisans qui multiplient les simagrées et les courbettes. Tous les clichés des personnages de cour sont là, et ils ne sont pas épargnés. Car en plus de s&#8217;être trompé de genre théâtral, Alceste s&#8217;est trompé d&#8217;époque. A la cour, tout est paraître. Et tout ce que veut Alceste, c’est un peu de sincérité.</p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #993300;">&laquo;&nbsp;<em>Je veux qu&#8217;on soit sincère, et qu&#8217;en homme d&#8217;honneur,<br />
On ne lâche aucun mot qui ne parte du coeur&nbsp;&raquo;</em></span></p>
<p style="text-align: justify;">Et c’est là où la comédie s’assombrit. Certes, Alceste est ridicule, dans son rôle d’inadapté social dans une époque où l’on ne vit que par son image, que par les autres. Mais après tout, ses intentions ne sont-elles pas louables ? Honnêteté et vérité, voilà ce qu’il réclame. Et d’ailleurs, le sous-titre le présente comme « atrabilaire », c&#8217;est-à-dire celui qui souffre d’un excès de bile noire. Le mélancolique, le saturnien, l’artiste, le spleenétique, le type même du poète qui ne comprend plus le monde dans lequel il vit et qui sera si fréquent et si productif au XIXème siècle. Alors oui, notre conscience sociale s’amuse de ce maladroit qui se prend dans les filets de la société courtisane du paraître, et de voir tourner en ridicule ces flatteurs, ces fâcheux, ces coquettes. Mais notre moi profond quasi-freudien ne peut pas se s’empêcher de se demander si ce n’est pas Alceste qui a raison et s’il n’est pas avant tout victime de sa trop bonne nature.</p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #993300;"><em>&laquo;&nbsp;Trahi de toutes parts, accablé d&#8217;injustices,<br />
Je vais sortir d&#8217;un gouffre où triomphent les vices;<br />
Et chercher sur la terre un endroit écarté<br />
Où d&#8217;être homme d&#8217;honneur on ait la liberté&nbsp;&raquo;</em></span></p>
<p style="text-align: justify;">Rire et pleurer. Tout cela en même temps. C’est Molière qui l’a inventé. Merci, Jean-Baptiste.</p>
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		<title>Saint-Exupéry – Le Petit Prince</title>
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		<pubDate>Sun, 24 Oct 2010 17:00:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mélusine</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Tout le monde a déjà entendu ces citations usées à force d’être répétées. « L’essentiel est invisible avec les yeux, on ne voit bien qu’avec le cœur » figure certainement dans beaucoup de vos florilèges. Même Mylène Farmer a proposé sa version du « S’il vous plaît… Dessine-moi un mouton ». Classique de la littérature pour enfant, Le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignright" style="margin: 10px;" src="http://jeunesse.lille3.free.fr/IMG/Le-Petit-Prince_1_.jpg" alt="petit prince" width="235" height="353" /></p>
<p style="text-align: justify;">Tout le monde a déjà entendu ces citations usées à force d’être répétées. <span style="color: #993300;"><em>« L’essentiel est invisible avec les yeux, on ne voit bien qu’avec le cœur »</em></span> figure certainement dans beaucoup de vos florilèges. Même Mylène Farmer a proposé sa version du <em>« S’il vous plaît… Dessine-moi un mouton »</em>. Classique de la littérature pour enfant, <span style="text-decoration: underline;">Le Petit Prince</span> ? Croyez-vous ?</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, lorsqu’en 1942, un pilote français nommé Antoine de Saint-Exupéry qui s’adonne volontiers à la littérature griffonne un petit personnage, son éditeur lui souffle l’idée : écrire un livre pour enfant. Notre pilote, expatrié aux Etats-Unis puisque la France de Vichy ne veut pas publier ses romans, commence donc l’histoire d’un narrateur qui lui ressemble étrangement, traumatisé à l’âge de six ans dans sa carrière d’artiste par un dessin que les adultes n’ont jamais réussi à comprendre. Mais après tout, ces grandes personnes, que sont-elles capables de comprendre, à part la surface matérielle et rationnelle des choses ?  Il grandit donc dans cette frustration, jusqu’à une panne, dans le désert. Perdu et complètement isolé, quelle n’est pas sa surprise de voir surgir devant lui un petit bonhomme, frais comme un gardon, qui lui demande de lui dessiner un mouton. Oui, un mouton. D’où sort-il ? Que fait-il là ? Puisqu’ils n’ont que ça à faire, ce Petit Prince débarqué sur terre va lui raconter son histoire, depuis sa toute petite planète, où il faut quotidiennement ramoner les volcans, jusqu’à sa rencontre avec les plus étonnants personnages.</p>
<p style="text-align: justify;">Merveilleuse, fantaisiste, attendrissante, cette histoire est tout cela à la fois. Un véritable conte. Oui, mais… dans la peinture des nombreuses planètes que le Petit Prince traverse, on sourit jaune devant la gravité de certains propos, d’une actualité brûlante et bien sombre pour parler à des enfants. Je pense à cet ivrogne, qui boit. Pour oublier. Oublier qu’il a honte. Honte de boire. Ou encore cet hymne à l’amitié, à s’attacher à ce qui fait qu’une personne est unique. Combien d’adulte mériteraient d’entendre cela ? L’histoire que raconte ce petit bonhomme est invraisemblable, oui, et elle ne peut parvenir à faire oublier à notre narrateur l’essentiel : ils risquent de mourir de soif. Elle ne peut pas, vraiment ? Et ce Petit Prince, faut-il le croire ? Entrer dans son univers ? Et s’il était surtout une invitation à voir au-delà des apparences, à voir un mouton dans la caisse et pas seulement une caisse, à voir un serpent boa qui avale un éléphant et pas seulement un chapeau, à voir une personne qui demande de l’affection et pas seulement une coquette prétentieuse.</p>
<p style="text-align: justify;">Une invitation à ne pas laisser le monde trop logique, trop rationnel, trop superficiel nous enlever notre capacité à rêver et à nous émerveiller. Notre âme d’enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">Adultes qui me lisez, lisez <span style="text-decoration: underline;">Le Petit Prince</span>. Ayez six ans de nouveau. C’est tout le mal que je vous souhaite.</p>
<div style="text-align: center;"><strong>L&#8217;avez-vous lu ? Qu&#8217;en avez-vous pensé ?<br />
Exprimez-vous !</strong></div>
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		<title>Zola – Germinal</title>
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		<pubDate>Tue, 19 Oct 2010 21:06:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mélusine</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Je n&#8217;ai découvert Zola que tardivement, sur les conseils d&#8217;une amie fan du roman Thérèse Raquin. J&#8217;avais été séduite par la manière dont l&#8217;auteur mélangeait la tragédie la plus noire et la crasse la plus commune. Pour moi, Zola, c&#8217;était les Rougon-Macquart, autrement dit vingt-cinq pavés qui décrivait la société dix-neuvièmiste dans toute sa noirceur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft" style="margin: 10px;" src="http://www.livredepoche.com/photos-couvertures/LGFLIVREDEPOCHE/2008/9782253004226-G.JPG" alt="germinal" width="175" height="284" />Je n&#8217;ai découvert Zola que tardivement, sur les conseils d&#8217;une amie fan du roman <span style="text-decoration: underline;">Thérèse Raquin</span>. J&#8217;avais été séduite par la manière dont l&#8217;auteur mélangeait la tragédie la plus noire et la crasse la plus commune. Pour moi, Zola, c&#8217;était les <a href="http://www.rougon-macquart.com/" target="_blank">Rougon-Macquart</a>, autrement dit vingt-cinq pavés qui décrivait la société dix-neuvièmiste dans toute sa noirceur et sa nonchalance,  bref: de quoi s&#8217;ennuyer un maximum. Jusqu&#8217;au jour où cette même amie me propose de m&#8217;atteler au plus célèbre et au plus redoutable d&#8217;entre eux (ne serait-ce que par son nombre de pages) : <span style="text-decoration: underline;">Germinal</span>. Il me fallait au moins ce défi lancé pour ouvrir ce pavé dont je repoussais toujours la lecture.</p>
<p style="text-align: justify;">La claque. Mais la claque! Les mots &laquo;&nbsp;crise industrielle&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;chômage&nbsp;&raquo; m&#8217;ont paru d&#8217;une actualité brûlante dès que le roman les fait intervenir, c&#8217;est-à-dire tout de suite. Etienne Lantier, devenu mineur par nécessité, viré après avoir frappé son patron et surtout après une bonne cuite, m&#8217;a immédiatement happé: pourquoi faut-il que ce personnage soit criant de vérité? Très vite, Zola sait mobiliser le pathos qui sommeille en chacun de nous: impossible de rester insensible face à la famille Maheu, dont le père descend tous les jours à la mine avec ses deux aînés, Zacharie et Catherine, tandis que sa femme la Maheude reste à la maison pour s&#8217;occuper des cinq autres enfants dont la dernière n&#8217;a que trois mois. Et tous crèvent littéralement de faim. La prose de Zola est poignante, à la fois poétique et ordurière pour décrire ce véritable monstre qu&#8217;est la mine, qui avale chaque jour sa dose de chair humaine pour la recracher à la fin de la journée. Soudain, raisons économiques obligent, les patrons frappent: baisse de salaire. Aussitôt, la mine s&#8217;organise. C&#8217;est la grève, une grève au sens le plus dur qui soit: on s&#8217;arrête de travailler, on empêche les mines de fonctionner, on marche jusqu&#8217;à la maison du patron et ça dure, ça dure, les gens meurent. Ce n&#8217;est plus ce dix-neuvième siècle mélancolique et descriptif que Zola nous colle sous les yeux, c&#8217;est le monde moderne en pleine naissance, c&#8217;est ce monde que l&#8217;on croit si loin du notre et qui pourtant n&#8217;a pas bougé d&#8217;un poil jusqu&#8217;à aujourd&#8217;hui. C&#8217;en est écœurant.</p>
<p style="text-align: justify;">J&#8217;ai pris une claque avec ce livre. Ne jugez pas un livre à son nombre de pages.</p>
<p style="text-align: justify;">Autres livres de Zola sur le Hangar : <a href="http://www.le-hangar.com/chroniques/livres/la-fortune-des-rougon-emile-zola/" target="_blank"><span style="text-decoration: underline;">La Fortune des Rougon</span></a>, <span style="text-decoration: underline;"><a href="http://www.le-hangar.com/chroniques/livres/zola-loeuvre/" target="_blank">L&#8217;œuvre</a></span>, <a href="http://www.le-hangar.com/chroniques/livres/zola-mysteres-de-marseille/" target="_blank">Les Mystères de Marseille</a></p>
<div style="text-align: center;"><strong>L&#8217;avez-vous lu ? Qu&#8217;en avez-vous pensé ?<br />
Exprimez-vous !</strong></div>
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