Dimanche 31 janvier 2010 Par A. dans Concepts artistiques, Musique

L’Art Urbain, Part 3 – Musique et rue : du Slam au Rap en passant par la chanson française


«
Il s’avère qu’on s’étonne que je sois civilisé : pour un rappeur c’est peu commun ! ‘‘C’est un illuminé !  Un évolué, un rescapé, un repentit, un des nôtres… Encore un pied dans le rap mais il finira bon apôtre. ’’ Et d’ailleurs est-ce encore du rap ? C’est tout ce qu’ils n’espèrent pas. Ils appellent ça du slam quand je fais un a cappella. Ils sont heureux d’apprécier, ça confirme qu’ils sont de gauche quoi, tous ces biens pensants qui en tout cas eux le croient. »
Si peu comprennent, Rocé

Avec un titre si frondeur, Rocé ne peut que déranger. Cependant, cette chanson (dont je n’ai extrait qu’une seule vérité dans toutes celles énoncées) arrive à toucher une réalité qui s’est instaurée à la fin de la décennie écoulée avec l’émergence d’un style qui a depuis était largement encensé par la critique bobo et les journalistes télé un peu frileux : le Slam. Si cette vague fatigante de la « poésie urbaine » s’essouffle grandement, elle a toutefois réussi à marquer les consciences. Maintenant, le téléspectateur moyen se dit qu’il y a « des gens biens » aussi dans les quartiers, et que ce ne sont « pas ces racailles qui font du rap, battent leurs femmes et ne veulent que fumer des joints toute la journée en parlant de BMW ». Malgré l’orgie médiatique autour du sujet, un fait intéressant, et accablant transpire de ces convictions inébranlables : demandez un peu autour de vous, interrogez vous… Slam, en fin de compte ça veut dire quoi ? Si souvent simplifié en poésie urbaine… Est-ce vraiment le cas ?

Parce que moi aussi, j’étais un peu ignorant, je suis parti à la recherche d’une définition, ou du moins d’une description assez précise de ce qu’est le Slam ou ce qu’il faut appeler. Je suis alors tombé sur une description somme toute assez claire proposée par la Fédération Française de Slam Poésie (FFDSP) :

Le Slam est un spectacle sous forme de rencontres et de tournois de poésies. Créé à Chicago dans les années 80, il a suscité un engouement populaire et médiatique qui lui permet de se propager dans le monde entier. Le Slam est ainsi un outil de démocratisation et un art de la performance poétique. Le Slam est le lien entre écriture et performance, encourageant les poètes à se focaliser sur ce qu’ils disent et comment ils le disent. La plupart des scènes Slam se déroulent sans enjeu ni compétition, avec un alibi convivial,  » l’exception culturelle  » à la française, servant de signe de ralliement aux poètes hexagonaux.

Si l’on reprend la définition, le Slam est donc avant tout un spectacle, et un tournoi de poésie. L’aspect compétition, même si elle est bon-enfant reste une des composantes principales de la discipline. Concrètement, divers poètes vont exposer à l’oral une de leur œuvre tour à tour sur une scène (dans divers lieux, de passant du café à la MJC) et un jury donnera une note à la suite de chaque prestation.

Plus intéressant, quelques règles de base propre à toute compétition sont indiquées. Parmi l’interdiction de plagiat, l’autorisation à toutes formes ainsi que tout thème de poésie, on lit, noir sur blanc :

L’utilisation d’instruments de musique ou de musique pré-enregistrée est interdite.

On nous aurait donc menti ? Grand Corps Malade ne serait pas un slammeur ? Sans remettre en cause de l’intégrité de ce dernier en tant que slammeur de formation, il semble que l’on se fourvoie en présentant son disque comme du Slam. Il faut l’admettre, dans un premier temps, que le Slam ne s’apparente qu’à une rencontre, qui ne voit son intérêt que dans l’émulation mutuelle, et de plus ne doit en aucun cas être accompagnée de musique. Par définition donc, un CD ne peut pas être catalogué de Slam car en aucun cas le fruit d’une performance live confrontant divers poète et encore moins dénué d’accompagnements.

Alors pourquoi pendant deux ans les émissions culturelles ce sont senties obligées à  faire la promotion de ce genre venant de la rue, et apparemment bien plus propre bien moins bandit que le rap ? Tout simplement parce qu’il « vient de la rue ».

Si on pourra me reprocher d’aller vite en besogne, arrêtons-nous deux minutes sur l’histoire de la « chanson française ». Dîtes-moi la différence entre un Grand Corps Malade parlant sur de la musique et un Gainsbourg ou un Brel s’il ne fallait citer qu’eux (mis à part le fossé entre les textes de l’un et des autres, mais je ne souhaite m’attarder ici sur la forme). Combien la musique française à de chanteurs qui ne chantent même pas vraiment ? Bien souvent, lorsque Grand Corps Malade (oui, je le cite souvent, mais c’est le seul à réellement avoir percé) est interviewé, il dit ne pas être un rappeur, et c’est tout à fait légitime ; ainsi il semble qu’alors que d’un côté on encense Benjamin Biolay qui murmure un double album, on ne considère pas cette mouvance comme intégrée à la musique française mais à part au même titre que le rap.

Le terme même rémanent de « poésie urbaine » revêt tout le côté absurde de cette mode. Soyons franc, depuis quand il existe une poésie de la rue et une autre poésie ?

En s’interrogeant tout simplement sur un phénomène de mode invention, comme beaucoup de « genres » musicaux, de la presse, nous sommes en train de nous interroger sur un malaise plus général qui touche en grande partie la sphère rap et plus largement Hip Hop vis-à-vis des média, de l’image qu’elle véhicule et de son acceptation dans un paysage musical français relativement (et nous pouvons sentir le brin d’ironie qui se profile derrière ce « relativement ») conservateur. Car continuons sur la brèche ouverte plus haut, quelle est la différence entre rap et Slam ? La poésie là encore ? Ne me dîtes pas que vous y croyez vous, que le rap n’est qu’un stéréotype. – Même s’il est vrai que d’un point de vu poésie, on a vu mieux que Diam’s, mais, continuons… –

D’un point de vu historique, le rap est légèrement antérieur au Slam. Il a toujours était intimement lié à l’a cappella à ses débuts : les enregistrements coutant cher tout comme les machines permettant de composer les musiques. Son but était de chauffer les pistes de danses sur les morceaux de funk qui passaient dans les diverses fêtes. Ces bouts de rap pouvaient plus ou moins s’adapter à toutes les musiques, et étaient tout à fait cohérent sans accompagnement ou alors juste soutenu par un rythme réalisé par un beat boxer. Lorsque Rocé explique qu’il ne fait qu’une a cappella et non du Slam, il se réfère à ces origines que l’on a tendance à oublier : le texte étant juste déformé, plus dans son temps, car le rap a prit que plus tard l’aspect revendicatif qu’on lui connait. On remarque de plus que le rap et le Slam ont vécu deux destins tout à fait divers, et ne sont en aucun cas liés.

De manière plus fondamentale, je ne vois aucune réelle différence entre le rap et la chanson française au même titre que le Slam est une espèce d’effet d’annonce au lieu d’être un « genre » musical (le principe en lui-même de genre musical me refroidi souvent) : la volonté de cataloguer des artistes comme Abd Al Malik ou plus récemment Oxmo Puccino comme Slam alors qu’ils s’en défendent est la preuve de l’impasse dans laquelle se retrouvent les gens voulant trop simplifier l’implication artistique de ces chanteurs. Le rap est, pour moi mais surtout pour de plus en plus d’artistes de ce mouvement qu’une nouvelle forme – une évolution – de ce qu’est la chanson française comme le rock à su s’imposer en tant que composante patrimoine français avec, par exemple, Noir Désir ou le facilement dépressif Saez. La victoire de la musique décernée à Sefyu (si tant est qu’elle soit preuve de qualité) montre que le public est « prêt » à accepter cet état de fait – les guillemets voulant juste montrer que l’on n’a pas à être préparé pour trouver quelque chose d’appréciable au rap, mais juste être éloigné du formatage que l’on impose dans les médias.

Toutefois, l’évolution des mentalités est encore à ses prémisses : si l’on ouvre plus facilement la porte des émissions télé à des rappeurs, le fait même que l’on les présente comme « rappeur », et non pas « artiste » « compositeur » « interprète » comme on pourrait l’attendre de n’importe quel autre musicien est bien la preuve que le chemin à faire sera long, très long. De plus, ces émissions visent à grossièrement faire une différence entre ce qu’ils estiment le « haut du panier » avec des artistes s’entourant de musiciens pour la plupart de ce qu’ils estiment, à tort « les autres » faisant un amalgame immense et presque grossier. Ce « haut du panier » est d’ailleurs désigné comme « Hip-Hop » et non comme « Rap » ce qui n’a pas vraiment de sens, le hip-hop étant un mouvement artistique incluant la musique rap ainsi que d’autres formes d’expressions.

Je sais que certaines mauvaises langues jugeront mes paroles tout à fait subjectives, et je ne peux pas leur en vouloir. Mais s’il faut leur prouver qu’un grand nombre de textes de rap peuvent dépasser en précision lexicale ainsi qu’en style un bon nombre de paroliers sévissant sur les ondes actuellement, je me fais un plaisir de citer quelques extraits de textes aussi divers du point de vue du thème que des ambiances sur lesquelles ils sont rappés :

« T’es comme une bougie qu’on a oublié d’éteindre dans une chambre vide, tu brilles entouré de gens sombres voulant te souffler… Celui qui a le moins de jouets, le moins de chouchous, celui qu’on fait chier, le cœur meurtri, meurtrière est ta jalousie. L’enfant seul se méfie de tout le monde, pas par choix, mais dépit : pense qu’en guise d’amis, son ombre suffit. » L’enfant Seul, Oxmo Puccino.

« Une passion lézardée. L’érosion des années. Mes parents désarmés se séparent. La maison désormais résonne de leurs paroles désolées. Une part d’ombre est scellée. Pour ne pas rompre, esseulée, chaque jour ma mère se bat. Elle a le monde à soulever et sur ses joues tant de peines me navrent. Goût amer. Je pars quand la foudre en elle parle. Pardon de me sauver. J’ai mal de voir ce qui m’attend. Grand besoin de souffler. Pas le cran de la retrouver la tête dans les mains, en quête d’éléments, de raisons de garder les rangs. Je suis de ceux qui traînent tard, à squatter les bancs tels le fer et l’aimant. Ma vie se fait de ces moments où on est mieux loin de chez soi. Moments d’éternité. L’éternité est un moment mais on l’oublie l’un de ces soirs où, en mal de trophée, on refait le monde loin des bras de Morphée, le cœur empreint de cette âme qu’ont les chœurs en plein stade… Mais peu importe, le décor s’ancre, on s’installe entre stages et intérims. En soi, rien de terrible, on stagne là où des petites filles déjà petites femmes charment des hommes encore mômes fans de Jackie Chan, pendant que des femmes encore petites filles élèvent des mômes déjà durs comme des hommes. J’espère en l’espoir perdu, sur les cendres de nos sorts, que leurs voix innocentes ne se joignent pas à l’ensemble des perdants que nous sommes. D’autres, se voyant sans songes, s’en vont, se noyant dans leur sang. L’eau passe sous les ponts. Il me semble qu’hier encore, ma mère m’embrassait sur le front. » Comme un aimant, Chien De Pailles.

« Il se fait tard, très tard, bientôt le soleil et Moha n’a pas sommeil. Il veille les yeux vides sur le carreau aride au mur de sa minuscule cellule. Une cigarette mal roulée se consume et tremble aux bouts de ses doigts exsangues qui semblent mourir le long de sa jambe. Moha ne bronche pas, les mots sont froids, leur écho se cogne aux parois de cette cage qu’il partage avec un rayon de lune voilée et quelques rats pressés, aux pas vifs et feutrés. »
Moha, La Rumeur.

Par ces quelques citations (il y en aurait tellement que je pourrais sans doute faire un article complet là-dessus) je pense avoir montré clairement que la France, en ignorant le rap, en désignant des nouveaux artistes reprenant le flambeau de la tradition française de la chanson, en s’appliquant à le stéréotyper se passe de paroliers doués, tout aussi poète ou du moins écrivain que certains artiste français bien plus lisses.

Plus généralement, par ces trois articles présentant des artistes ayant la rue comme terrain d’expression, ou comme origine, j’espère vous avoir donné un aperçu de la puissance créative qui peut se dégager de nos villes. J’espère qu’avant de zapper la prochaine fois qu’un rappeur passera à la télé vous vous direz qu’il a peut-être des choses intéressantes à dire, même si il est vrai ce ne sont généralement pas les gens les plus intéressants qui sont invités sur ces plateaux. Mais que voulez vous ? La France, et encore moins les gens du PAF, n’aime pas sortir de ses habitudes.

Autres articles sur l’art urbain :
- L’Art Urbain, Part 2 – JR, Photographe Urbain
- L’Art Urbain, Part 1 – Banksy Wall and Piece

5 commentaires
Lundi 25 janvier 2010 Par A. dans Art pictural, Concepts artistiques

L’art Urbain, Part 2 – Banksy, Wall and Piece

Parler de graffiti est toujours chose difficile, encore plus lorsque l’on prend le partie de citer un graffeur comme artiste. Afin de pouvoir m’exprimer le plus librement sans pour autant me retrouver face à des mails injurieux, je vais essayer de clarifier certains points d’histoire et de vocabulaire.

Si le principe de graffiti existe depuis l’Empire Romain (il reste notamment des traces d’inscriptions murales à Pompéi) il renait aux alentours des années 60 / 70 à Philadelphie avant de s’expatrier à New York. Etroitement lié, dans un premier temps, aux gangs qui à l’aide de « Tag » (c’est-à-dire de signature) marquent leur territoire. Il devient peu à peu une composante de la culture Hip Hop, mode d’expression moins éphémère que le rap – qui n’est pas encore enregistré – ou la danse. Le métro est alors le lieu privilégié pour le tag. Si l’amalgame est souvent fait entre graffiti et tag, il faut savoir que le tag est un « genre » de graffiti se limitant à l’écriture du surnom du graffeur. Il est la forme originelle de ce qu’est le graffiti qui au fil du temps à su se développer. Ainsi, des techniques de plus en plus diverses ont vu le jour. Les fresques ont commençaient à faire leur apparition, ainsi que les divers styles de lettrages. A noter que, les buts des graffeurs peuvent être divers ; entre prise de risque, ou simple besoin d’exposition, les causes défendues peuvent être plus politiques, ou au contraire, le tag peut être détourné à des fins publicitaires (exemple de tag « Never hide » sur le pavé des rues commerçantes faisant la promotion d’une marque de lunettes de soleil…). C’est d’ailleurs car les convictions de ces artistes sont diverses, et parfois dignes d’intérêts (comme je l’ai déjà montré avec le photographe JR que l’on peut facilement rattacher à cette mouvance d’artistes de la ville) qu’il faut s’y arrêter et ne pas considérer le travail de ces gens seulement comme une nuisance.

Avec le temps est peu à peu apparue une forme de graffiti qui va nous intéresser plus particulièrement : le pochoir (stencil en anglais).

Pourquoi cette forme nous intéresse ? Je m’en vais vous introduire à un des graffeurs les plus influents des dernières années, ayant peint dans beaucoup de grandes villes du monde à l’aide de pochoir : Banksy.

Graffeur engagé, ses travaux sont pour la plupart satirique. Dans le recueil de ses œuvres majeures Wall and Piece, il parle de ses motivations. J’ai trouvé la réflexion intéressante car pertinente et loin du cliché du vandale écervelé. Si j’ai toujours eu une certaine attirance pour ce mouvement, je sais qu’un nombre important de personnes de mon entourage ne le comprennent pas. Banksy, d’un acte de vandalisme passe à un acte de résistance. Il explique, en introduction : “People who run our cities don’t understand graffiti because they think nothing has the right to exist unless it makes a profit, which make their opinion worthless. They say graffiti frightens people and is symbolic of the decline in society, but graffiti is only dangerous in the mind of three types of people; politicians, advertising executives and graffiti writers. The people who truly deface our neighbourhoods are the companies that scrawl giant slogans across buildings and buses trying to make us feel inadequate unless we buy their stuff”. (Les gens qui dirigent nos villes ne comprennent pas la culture du graffiti car pour eux, rien n’a le droit d’exister s’il ne fait pas du profit, ce qui rend leur avis sans intérêt. Ils dissent que les graffiti terrorisent la population et est un symbole du déclin de notre société, mais le graff est dangereux seulement pour trois genres de personnes : les politiques, les promoteurs publicitaires et les graffeurs. Ceux qui défigurent vraiment nos quartiers sont les compagnies qui étalent des slogans géants sur les buildings, les bus tentant de nous faire sentir mal à l’aise pour que l’on achète leurs produits.)

Le débat peut être lancé, quel mal est le plus violent entre la publicité à outrance et la coloration de la ville ? Le livre retrace de manière chronologique les œuvres de Banksy qui ira toujours un peu plus loin, jusqu’à détourner des œuvres d’art et les afficher dans des galeries de musées. Ses actions sont là pour dénoncer en grande partie les politiques sécuritaires qui sévissent en Angleterre, notamment le CCTV (un système de surveillance par caméra installé dans toute la ville de Londres). Il va même jusqu’à écrire des messages d’indépendance dans des enclos de zoos.

Une de ses œuvres est maintenant exposée au British Museum de façon permanente dans la section antiquité. Elle représente une pierre sur laquelle est dessiné à la manière des hommes préhistorique un homme poussant un caddie.
Inscrit dans leur temps, ces œuvres, plus ou moins éphémère sont des appels à la réflexion et la résistance à la porté de tous et compréhensibles par tous, ce qui fait pour moi, de Banksy un artiste universel.

Quelques œuvres :

What are you looking at ?

Banksy

Banksy détournement

Banksy animaux

CCCTV Banksy

Banksy

Site web : Banksy.

Autres articles sur l’art urbain :
- L’Art Urbain, Part 1 – JR, Photographe Urbain
- L’Art Urbain, Part 3 – Musique et rue : du Slam au Rap en passant par la chanson française

8 commentaires
Vendredi 8 janvier 2010 Par A. dans Art pictural, Concepts artistiques

L’Art Urbain, Part 1 – JR, Photographe Urbain

Un appareil photo abandonné dans un métro. C’est comme ça que tout a commencé en 2001 pour JR. Alors loin de toutes connaissances en photographie, il semble toutefois que le jeune homme avait dès le début des idées larges, et surtout une idée fixe : celle d’exposer sur les murs de Paris. En grand. En très grand.

C’est ainsi que naît le projet 28 millimètres dont le nom vient de l’objectif utilisé par le photographe tout au long de cette série de portraits mettant en scène des jeunes de cité en train de faire des grimaces toutes de plus en plus ridicules. Affichées illégalement la nuit sur des façades, ce projet a pour but évident de caricaturer la peur du français moyen. Petit à petit, JR commence se construit une solide notoriété, étant notamment très proche avec le collectif indépendant Kourtrajmé qui commence lui aussi à faire parler de lui. Il commence alors à voyager, ne se limitant plus aux murs de Paris, allant afficher ses photos dans à peu près toutes les villes d’Europe. Afin de clore cette première étape, un premier livre parait quelque temps après, reprenant tous les portraits, agrémentés des témoignages des jeunes ayant posé et se voit convié au festival de la photographie à Arles.

JR, Photo braquage

JR, grimace

Jr, grimace rue

Mais déjà, JR est sur un autre projet. Visant plus grand encore, il réunie un Imam, un Rabin et un Prêtre afin de les faire poser, toujours sur le ton de la grimace et de la caricature dans un projet nommé Face 2 Face. L’objectif ? Affiché sur une large partie du mur encerclant la bande de Gaza ces photos. Afin d’agrémenter ces quelques portraits, il invite des jeunes Israéliens et Palestiniens dans des diptyques. Cette exposition rencontre un vif succès et surtout une forte médiatisation.

Jr face 2 face

Jr bande de gaza

Depuis, JR parcourt le monde. Son troisième projet nommé « Women are heroes » photographie les yeux de femmes du tiers monde. Ayant retapissé une favela de Rio de Janeiro de ces regards, mais aussi des bidonvilles Africains entre autre, il s’applique à ouvrir des centres culturels à l’intérieur de bidonvilles.

Jr brésil

Les sillons de la ville, son projet le plus récent mets en avant des personnes âgées, la plupart des expositions sur ce thème ont été faîtes en Espagne.

JR continue à afficher la nuit de moins en moins clandestinement ses œuvres mais toujours avec la volonté de toucher la plus grande partie de la population et d’apporter l’art dans la rue, et, en quelques sortes, le désacraliser. N’ayant pas quitté son objectif de 28 millimètres, ses portraits semblent toujours aussi palpable et puissant

La totalité de son travail est disponible sur son site web : JR-Art.

Autres articles sur l’art urbain :
- L’Art Urbain, Part 2 – Banksy Wall and Piece
- L’Art Urbain, Part 3 – Musique et rue : du Slam au Rap en passant par la chanson française

2 commentaires
Jeudi 3 septembre 2009 Par A. dans Vos oeuvres

The Jimy Jim’s rise and fall, par A.

« Une bière sur fond d’Arctic Monkeys », voilà l’accompagnement qui a permis à A. d’écrire ce texte original aux tendances américaines. C’est son deuxième texte sur le Hangar (vous retrouverez le lien vers le premier en bas de l’article), et le jury a été séduit une fois de plus par ces mots aux couleurs tristement chaudes et estivales.

The Jimmy Jim’s rise and fall.
(Just another western road movie)

Y a comme des échos de vide dans ce bar plein de fumée. Et le vide, que dit-il ? Il raconte sans doute l’histoire de quelques putes venues trainer un soir d’Août brûlant, un whisky sec, et des clients bavards. Le comptoir, le même qu’aujourd’hui était là, il a tout vu. Le pleutre. Il n’a pas crié. Il s’est rincé l’œil. Être le comptoir d’un bordel, ça c’est du cas de conscience !
La morale brûle en même temps que la cigarette du barman. Son sourire, on dirait les portes de l’enfer qui s’ouvrent : il a les dents qui se déchaussent. Mes chaussures trouées, mes chaînes aux pieds. La strip-teaseuse montre sa poitrine, et les joyaux de la reine d’Angleterre ne m’avaient pas autant fasciné que ces tétons qui s’agitent devant mes yeux d’ivrogne.
Des cowboys rient fort ; un autre monde derrière quelques portes. Un monde aux yeux injectés de sang et où les seuls levés de soleil que l’on trouve sont dans des verres déjà plein de téquila.
Il n’y a plus de piano, l’échine brisée il a expiré il y a des années déjà. Le jukebox ronfle. Non, quelque chose cloche décidément.

//

Depuis un certain temps déjà, on a goudronné les rues et on a fermé les bordels. Alors maintenant, la nuit faut arpenter les nuits pour voir des filles, et il faut faire semblant de ne pas être dérangé pour pas qu’elles fuient. C’est un jeu épuisant, c’est pas un jeu, c’est une connerie.
J’ai des lunettes noires en pleine nuit, alors bien sûr j’ai l’air dérangé, et les filles fuient. Mais, moi, j’veux pas voir le visage de ces hôtels crades où tout craque, j’aurais envie de dégueuler, et – c’est ma politique – je me l’interdis devant les dames.

//

Je mets une pièce dans le jukebox. Et y a un silence. Des années qu’ils ont pas vu un Frenchie dans leur bar qui pue. Et l’dernier n’en était pas vraiment un, c’était un gars du New Jersey. Un certain Jack. Un illuminé. Ils me regardent.
La guitare, moi je danse, danse, danse. Ils me regardent. Dans ma folie je mime la guitare. Je crie, je chante, je crie, oui je crie :

« Whisky, sec ! »

J’frape dans une chaise et elle vole, et on m’applaudit pour ça.

//

Les lendemains sont toujours rudes. Généralement, la belle est partie parce que c’est son travail de venir et repartir, mais quand je paye pour la nuit, j’aime rester dans des draps salis par des étreintes brèves.
Sûr que si ma mère me voyait dans cet état là elle me filerait deux ou trois baffes : histoire de connaître le son de sa main sur ma joue grasse et sale. Première bouffée d’air forcément viciée par la cigarette. Un jour, avec ma barbe de trois jours, j’lui ai dit : « j’veux être une rockstar ». Je n’ai réussi qu’à copier leur hygiène de vie. Je trempe ma tête sous le filet d’eau. A la lumière du jour cette chambre est encore pire que de nuit. Tout tangue. Je plaque mes cheveux en arrière. La glace me montre un gars : sûr que c’est pas moi. Un rail, et ça r’part. Plus rien ne bouge.

Mais j’m’en fous, ici pour dire « s’enfuir » on dit « run away ». Moi ça me suffit. I run away.

//

C’est à la fin du solo qu’il a tiré. Parce que je le méritais. On fricote pas avec la femme du barman, surtout dans un pays où « the right to bear arms » est écrit blanc sur noir dans la constitution. Moi qui pensais que les cowboys n’existaient plus.

J’monte en voiture, allume une clope, démarre la voiture et quand je file dans Main Street de cette ville fantôme tout est fixe dans le rétroviseur. Il n’y a que des bouts de vie et de vide qui se débattent dans les nuages de poussière.

Autre texte de cet auteur : Sans titre.

Avis et critiques sont bienvenus.

2 commentaires
Dimanche 3 mai 2009 Par A. dans Vos oeuvres

Sans titre, par A.

A. comme Alexis, poète, philosophe à ses heures, écrivain, photographe et fin mélomane nous propose ce poème en prose riche en jeux de mots, de sonorités, de sens, toute l’expression d’une virtuosité à la Mozart, facile appropriation du texte, A. dévoile ses talents de poètes pour notre plus grand plaisir…Que penserez-vous de la folie libertine teintée de fin du monde qu’il nous offre ?

I. Folie

Libido libertine louvoyant les limites lubriques de la littérature ludique. Liqueur libre dans larynx ivre. Lueur lyrique entre lignes, laideur maligne. Lymphatique, l’intelligence lâchera sa rime : au loin l’idée s’animera. Lasso lent : l’assaut plus long. Lourd litre d’huile sans lipides et lances liquides longeant le ciel vide. Brûlures, luxures et larges débats métalliques : simple flics de l’idée et de l’envie. L’ivoire large louant les mérite de l’ivraie. Violons violents et l’acouphène en enclise.

II. Apocalypse

Accolés aux litanies maladives des lions qu’ils sont, elle est lui, lui en elle ; rien : il l’est sans elle. Ailes de l’ange léchant ses hanches. Lisant, de fait, les préceptes qui nous lient à la vie — Ainsi nul l’ignore : la loi du plus faible est celle que l’on arbore. L’animal qui l’habite tremble blanc dans son pelage noir. L’orange éclair de l’orage sombre, simple lanterne ; triste retour à la terre.

Autre texte de cet auteur : The Jimmy Jim’s rise and fall


Avis et critiques sont bienvenus.

3 commentaires
12