Parler de graffiti est toujours chose difficile, encore plus lorsque l’on prend le partie de citer un graffeur comme artiste. Afin de pouvoir m’exprimer le plus librement sans pour autant me retrouver face à des mails injurieux, je vais essayer de clarifier certains points d’histoire et de vocabulaire.
Si le principe de graffiti existe depuis l’Empire Romain (il reste notamment des traces d’inscriptions murales à Pompéi) il renait aux alentours des années 60 / 70 à Philadelphie avant de s’expatrier à New York. Etroitement lié, dans un premier temps, aux gangs qui à l’aide de « Tag » (c’est-à-dire de signature) marquent leur territoire. Il devient peu à peu une composante de la culture Hip Hop, mode d’expression moins éphémère que le rap – qui n’est pas encore enregistré – ou la danse. Le métro est alors le lieu privilégié pour le tag. Si l’amalgame est souvent fait entre graffiti et tag, il faut savoir que le tag est un « genre » de graffiti se limitant à l’écriture du surnom du graffeur. Il est la forme originelle de ce qu’est le graffiti qui au fil du temps à su se développer. Ainsi, des techniques de plus en plus diverses ont vu le jour. Les fresques ont commençaient à faire leur apparition, ainsi que les divers styles de lettrages. A noter que, les buts des graffeurs peuvent être divers ; entre prise de risque, ou simple besoin d’exposition, les causes défendues peuvent être plus politiques, ou au contraire, le tag peut être détourné à des fins publicitaires (exemple de tag « Never hide » sur le pavé des rues commerçantes faisant la promotion d’une marque de lunettes de soleil…). C’est d’ailleurs car les convictions de ces artistes sont diverses, et parfois dignes d’intérêts (comme je l’ai déjà montré avec le photographe JR que l’on peut facilement rattacher à cette mouvance d’artistes de la ville) qu’il faut s’y arrêter et ne pas considérer le travail de ces gens seulement comme une nuisance.
Avec le temps est peu à peu apparue une forme de graffiti qui va nous intéresser plus particulièrement : le pochoir (stencil en anglais).
Pourquoi cette forme nous intéresse ? Je m’en vais vous introduire à un des graffeurs les plus influents des dernières années, ayant peint dans beaucoup de grandes villes du monde à l’aide de pochoir : Banksy.
Graffeur engagé, ses travaux sont pour la plupart satirique. Dans le recueil de ses œuvres majeures Wall and Piece, il parle de ses motivations. J’ai trouvé la réflexion intéressante car pertinente et loin du cliché du vandale écervelé. Si j’ai toujours eu une certaine attirance pour ce mouvement, je sais qu’un nombre important de personnes de mon entourage ne le comprennent pas. Banksy, d’un acte de vandalisme passe à un acte de résistance. Il explique, en introduction : “People who run our cities don’t understand graffiti because they think nothing has the right to exist unless it makes a profit, which make their opinion worthless. They say graffiti frightens people and is symbolic of the decline in society, but graffiti is only dangerous in the mind of three types of people; politicians, advertising executives and graffiti writers. The people who truly deface our neighbourhoods are the companies that scrawl giant slogans across buildings and buses trying to make us feel inadequate unless we buy their stuff”. (Les gens qui dirigent nos villes ne comprennent pas la culture du graffiti car pour eux, rien n’a le droit d’exister s’il ne fait pas du profit, ce qui rend leur avis sans intérêt. Ils dissent que les graffiti terrorisent la population et est un symbole du déclin de notre société, mais le graff est dangereux seulement pour trois genres de personnes : les politiques, les promoteurs publicitaires et les graffeurs. Ceux qui défigurent vraiment nos quartiers sont les compagnies qui étalent des slogans géants sur les buildings, les bus tentant de nous faire sentir mal à l’aise pour que l’on achète leurs produits.)
Le débat peut être lancé, quel mal est le plus violent entre la publicité à outrance et la coloration de la ville ? Le livre retrace de manière chronologique les œuvres de Banksy qui ira toujours un peu plus loin, jusqu’à détourner des œuvres d’art et les afficher dans des galeries de musées. Ses actions sont là pour dénoncer en grande partie les politiques sécuritaires qui sévissent en Angleterre, notamment le CCTV (un système de surveillance par caméra installé dans toute la ville de Londres). Il va même jusqu’à écrire des messages d’indépendance dans des enclos de zoos.
Une de ses œuvres est maintenant exposée au British Museum de façon permanente dans la section antiquité. Elle représente une pierre sur laquelle est dessiné à la manière des hommes préhistorique un homme poussant un caddie.
Inscrit dans leur temps, ces œuvres, plus ou moins éphémère sont des appels à la réflexion et la résistance à la porté de tous et compréhensibles par tous, ce qui fait pour moi, de Banksy un artiste universel.
Quelques œuvres :
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Site web : Banksy.
Autres articles sur l’art urbain :
- L’Art Urbain, Part 1 – JR, Photographe Urbain
- L’Art Urbain, Part 3 – Musique et rue : du Slam au Rap en passant par la chanson française


Je ne sais trop que penser de l’utilisation de l’espace public (surtout quand il n’est pas vraiment public, comme les graff sur des maisons), parce que c’est un peu comme si on nous imposait en permanence une musique de fond (déjà que j’ai du mal avec les jeunes qui écoutent leur musique sans écouteurs dans le bus…). Toutefois, c’est la même chose pour la pub et là ça ne choque personne…
Cette réflexion mise à part, j’aime beaucoup le travail de Bansky. La connotation militante lui donne plus de légitimité à s’afficher, et le détournement de tableau est génial.
@Lady Dylan – J’ai plutôt tendance à penser, en ce qui me concerne, qu’il vaut mieux, quitte à avoir une nuisance visuelle (car on peut considérer je pense la publicité comme une nuisance) qu’elle soit le fruit d’une réflexion artistique ayant pour but de modifier le lieux de manière plus intelligente qu’il ne l’était initialement. Je ne fais toutefois pas l’apologie des Tags sans réellement d’intérêts qui couvrent les murs des maisons et autre. Je pense qu’il faut faire la part des choses entre acte gratuit et réfléchi, c’est pour cette simple raison que j’ai décidé de présenter Banksy qui selon moi apporte une vision différente que celle que l’on a habituellement d’un taggeur.
Mais je comprends aussi que l’on puisse être complétement réfractaire à cet art =)
@A. – Hello. Pour moi, je pense qu’il faut absolument faire la différence entre l’art Urbain et le tag commun. C’est comme si on disait qu’une illustration du genre, celles qu’on trouvait dans les Belles Histoires quand on était petit, était à classer dans l’art et devait répondre aux mêmes exigences de l’art. Le graffiti de blaze est absurde, autant aux states il peut illustrer une certaine suprématie d’une gang sur un territoire, autant en France, ça consiste surtout à marquer « Zermi » ou « Colosse » ou encore « Zburdik » sur une façade de Carrefour®.
Je suis allée voir le site de Banksy, j’aime beaucoup, surtout les oeuvres faites en extérieur. Merci de me l’avoir fait découvrir !
Bonjour,
Banksy est justement le sujet de mon port du jour. Si vous voulez creuser sur cet artiste complexe.
Bonne continuation
Bonjour Alexis, et merci pour cet article passionnant sur Banksy. Je connaissais déjà cet artiste, mais ton article m’a permis de plus le découvrir. Je suis aussi passée sur son site; ses œuvres sont vraiment engagées pour la plupart. Pour ma part, je préfère ses travaux Inside, car vu qu’il a plus de temps pour travailler sur chacune d’elle le message est plus subtilement transmis, et la qualité des finitions est incontestablement meilleure. D’un autre coté je respecte plus ses travaux en extérieur, car il prend un risque plus ou moins élevé à chaque œuvre réalisée.
Tu remarqueras que je parle de Banksy en disant « artiste » et « œuvre »; c’est te montrer à quel point je partage ton point de vue sur l’art urbain. Il est vrai qu’en France, peu d’artistes graffeurs existent, nous avons surtout droit aux éternels « SMB » et « ALRS » sur les bâtiments abandonnés; et parmi les rares artistes graffeurs qui existent, (Mis Van, Miss Tic…) je crois que leurs œuvres sont plus des démonstrations de leurs talents en matière de graffiti que des actes revendicateurs. Mais enfin, je trouve aussi que voir un camion décoré d’une belle fresque multicolore dans la rue c’est très agréable, tout ça pour dire que même s’il ne s’agit pas d’un acte de « rébellion » le graff, le vrai, peut être très reposant pour les yeux.
@Hazel : moi aussi je considère le travail de Banksy comme une oeuvre artistique, sans doute parce qu’elle présente (selon mes critères) une dimension esthétique qui me séduit…
Par ailleurs, je pense à ce que fait Ernest Pignon-Ernest – j’imagine que vous connaissez cet artiste – qui me semble, lui aussi, très engagé, même si ses réalisations paraissent moins « violentes ». Diriez-vous qu’il est , lui aussi, un graffeur ?
@Danalyia – Comme je l’ai dit, le graff ne se circonscrit pas seulement à la peinture à la bombe. Le stencil est un exemple d’autre forme. Et le collage d’affiche fait partie de ces techniques. C’est ce que fait JR même si au lieu de dessiner les affiches, ce sont des photos. Ernest Pignon-Ernest est donc bien entendu un graffeur à part entière.