Archive for octobre, 2009

Samedi 31 octobre 2009 Par Novembre dans Littérature

Les Faux Monnayeurs – André Gide

Lorsqu’on commence les Faux-monnayeurs, roman écrit par André Gide et publié en 1925 aux éditions de la Nouvelle Revue Française, on devient extrêmement vite soit ennuyé, soit absorbé. C’est qu’il s’agit d’être alerte, ou non, à toutes les techniques nouvelles que Gide a développé dans ce roman, et qui peuvent paraître au lecteur, un peu trop poussées. On croise plusieurs genres narratifs peu communs tels que le journal intime, ou les relations épistolaires, primordiales au sein même du roman. Mais à la relecture, on prend conscience de l’extrême minutie qu’a employé Gide dans la construction de son récit, mais aussi dans celle de ses personnages, et de son histoire en général. Ce roman mêle plusieurs intrigues à la fois : l’histoire de Bernard Profitendieu, fils « bâtard » qui va fuir sa famille, celle d’Olivier Molinier, qui poursuivra la quête de son amour impossible pour son oncle, Edouard, qui lui-même, sera en fait, le personnage central de l’histoire, mais on pourra aussi suivre les parcours de plusieurs autres personnages, plus secondaires. Il est impossible de résumer simplement l’organisation des personnages des Faux-monnayeurs tant elle est riche et complexe.
Mais si cette organisation est si riche, c’est que chaque personnage, chaque événement est un expiatoire pour Gide. Dans les Faux-monnayeurs, cet auteur, qui fut un des premiers à assumer son homosexualité en public, sa haine contre la religion protestante, fait le procès de tout ce qui a pu amenuiser sa personne, tout au long de sa vie. Ainsi, dans le roman sont décriées les pratiques de la psychanalyse, les préjugés contre l’homosexualité, la pédérastie décriée, le monde littéraire et la bourgeoisie décadente, la justice partiale et dangereuse plus encore pour les jeunes que les influences d’intellectuels névrosés, la religion protestante et son impact décalé sur la jeunesse… Gide fait dans ce qu’il considère comme son « premier roman », une sorte de confession intime, un recueil de doutes et de dégouts, une réelle satire de la société.
On peut considérer ce roman comme précurseur de la vague du Nouveau-Roman, et c’est tant pour son style novateur que pour sa vision aigüe de la société, qu’il demeure à travers les âges comme une oeuvre majeure du XXe siècle.

Vous pouvez retrouver un dossier complet sur la satire de la société dans les Faux-monnayeurs de Gide, dans les annexes.

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Jeudi 29 octobre 2009 Par Hazel dans Littérature

Les Diaboliques – Barbey d’Aurevilly

Parues en 1874, Les Diaboliques de Barbey d’Aurevilly sont le fruit de plus de 25 ans de travail. C’est un recueil de six nouvelles (dans l’ordre : Le rideau cramoisi, Le plus bel amour de Don Juan, Le bonheur dans le crime, Le dessous de cartes d’une partie de whist, A un diner d’athées, La vengeance d’une femme), qui nous racontent chacune une incroyable histoire où la femme tient le rôle de Diable, où l’amour est le fruit voire la victime de la vengeance, de l’adultère ou bien du meurtre. Toutes ces histoires diaboliques, sont racontées par un autre personnage de l’histoire (exceptée la dernière, La vengeance d’une femme), ce qui les rend encore plus enivrantes. Chaque fin, est inattendue et brusque; les femmes de ces nouvelles – contées comme à voix basse, telles des secrets – ont soif d’aimer pour le meilleur et surtout pour le pire. Le monde de la noblesse, qui règne dans ces récits est décadent, inactuel, ce qui les place dans un contexte passé de mode. Ce sont des mythes, des légendes, savamment écrit par une plume qui fait durer le suspens jusqu’à la dernière phrase tout en vous plongeant dans le magnifiquement sombre langage du romantisme noir.

Ce recueil, son plus célèbre, lui à valu de se voir accusé d’immoraliste, cependant Barbey d’Aurevilly s’est défendu en disant que c’est un roman catholique (en effet, il se considère comme romancier catholique, voir préface d’Une vieille maitresse, 1866), que «le catholicisme est la science du bien et du mal» et qu’il a tenté de montrer dans les Diaboliques «non seulement les ivresses de la passion mais ses esclavages». Pourtant, quatre jours après la parution de ce recueil, il a été retiré de la ventre pour cause d’atteinte à la morale publique.

Cette série de nouvelles devait avoir une suite, nous pouvons lire dans sa préface des Diabliques : « Voici les six premières ! Si le public y mord, et les trouve à son goût, on publiera prochainement les six autres ; car elles sont douze, comme une douzaine de pêches, — ces pécheresses ! », mais ce projet n’a pas abouti – et nous en sommes bien malheureux ! – et les six nouvelles devant faire partie du deuxième recueil n’ont jamais vu le jour.

Le style à la fois impeccable et macabre, l’imagination fantastique et effrayante de l’auteur, ont fait de ce livre un de mes préférés.

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Vendredi 16 octobre 2009 Par Raspoutine dans Vos oeuvres

Le Hangar, par Raspoutine

D’après une idée originale et pas vraiment consciente de Sonia…

Il est dans Montpellier, un lieu d’échange, de partage, un lieu d’audace, de réflexion. C’est un vieux hangar délabré qui fût progressivement aménagé par des étudiants et dont la renommée n’a cessé de croître. On y croise des peintres qui échangent des commentaires sur leurs propres toiles, des philosophes entraînés dans des débats houleux, des amoureux du verbes qui s’invectivent par de belles et tranchantes tirades. On peut y rencontrer des poètes qui déclament leurs vers de la nuit précédente avec fougue et passion et qui protestent mollement contre l’insensibilité artistique de notre époque, il y a des écrivains qui raturent et annotent leurs pages de la veille, on trouve également des passionnés du théâtre qui travaillent une mise en scène « audacieuse et novatrice » de la dernière pièce de Valère Novarina, mise en scène destinée, comme les autres, à ne jamais voir le jour. Parfois ce sont aussi des groupes de danseurs, des jongleurs, des acrobates qui répètent sereinement des chorégraphies qui ne seront jamais connues que d’eux, ce qui est l’essentiel à leurs yeux.

Ce sont tous des étudiants, de tous les domaines, qui n’ont qu’un seul point commun, leur amour de l’art, leur sensibilité artistique sans prétention, qui trouve sa réalisation la plus parfaite dans une entente simple et sincère avec de parfaits inconnus. Certains préfèrent travailler seul, créer en compagnie d’eux-mêmes mais ils viennent quand même au Hangar pour savourer cette atmosphère d’ébullition artistique. Une orgie épurée des âmes qui s’enlacent nues, sans réserve, sans méfiance, dans le seul but de découvrir, de créer de la beauté dans un lieu où elle n’aurait pas lieu d’être en temps normal.

On emmène à manger et à boire, des tartes que l’on partage, de la viande que l’on fait griller dans un vieux bidon coupé en deux, des gâteaux, des bouteilles poussiéreuses de vin et de bière qui passent entre des mains pleines de peinture, d’encre, de sueur…

Pas de chef, pas d’organisation hiérarchisée car il n’y a pas de décisions à prendre, c’est un lieu de liberté où rien n’est saugrenu, où rien ne prête à la raillerie, où les idées qui pourraient nuire au Hangar ne sont même pas envisageables, elles ne parviennent pas à se frayer un chemin jusqu’au cerveau à travers cette jungle de merveilles artistiques.

Des gens se croisent, d’autres se suivent, certains ne font que passer, les plus inspirés y passent la nuit sur de vieux matelas, à côté de braseros de fortune, au son d’une antique guitare folk qui passe de main en main.

En journée le lieu est presque toujours désert, seul on se sent oppressé entre les immenses murs de tôles grises, sous le toit dévoré par la rouille qui semble aussi mince que du papier et qui menace de d’effondrer à la moindre brise.

Un peu partout traînent des projets inachevés qui reprendront vie et couleurs au coucher du soleil, des feuilles qui gisent, se retournent, se contorsionnent dans la poussière à chaque courant d’air, des décors de théâtre, des costumes qui reposent sur des étagères en attendant avec impatience leur prochaine utilisation, des conclusions de débats avortés faute de temps griffonnées sur des murs à l’aide d’un charbon, tout ce qui semble désuet et abandonné la journée et qui le soir renaît pour faire vibrer les murs du Hangar par la course effrénée d’idées nouvelles et d’ambitions merveilleuses qui jaillissent sans fin de cette communauté.

Avis et critiques sont les bienvenus.

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Lundi 12 octobre 2009 Par Hazel dans Littérature

La Métamorphose – Franz Kafka

Kafka écrit la Métamorphose en 1912, à l’age de 29 ans, alors qu’il n’est que fonctionnaire à Prague. Cette nouvelle est l’une des plus célèbres de l’auteur mais aussi l’une des plus énigmatiques. En effet, l’histoire qui nous est contée est celle de Gregor Samsa, un vendeur qui, un jour se réveille transformé en un horrible insecte géant. Dès lors il est rejeté par sa famille, qui le cloitre dans sa chambre et où il est condamné à mourir. Ce récit court, glauque, voire violent, est un des plus mystérieux de Franz Kafka. Y sont reflétées ses relations avec son père, et plus généralement l’angoisse de l’existence humaine à travers l’absurdité de l’histoire.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire le nom de « métamorphose » ne vient pas de la transformation de Gregor en insecte mais plus de la métamorphose de la famille face à ce malheur irréversible (c’est Gregor qui, avec son argent, aidait la famille à vivre) qui les met dans une impasse de laquelle ils sortent tout à la fin de la nouvelle.

Ce récit, bref mais acerbe se lit malgré tout d’un  trait. Nous sommes saisi avec Gregor dans sa propre impasse et nous n’en sortons, soulagés, qu’à la fin. Le livre, s’il ne peut être qualifié d’agréable, est tout de même saisissant, marquant. A lire.

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Jeudi 8 octobre 2009 Par Novembre dans Littérature

Aurélien – Louis Aragon

Aurélien, c’est l’histoire d’un jeune homme parisien, rentier, brisé par la première guerre, qui ne lui laisse qu’une absence d’identité, une absence de rêves, une absence de vie. Passant ses journées routinières à errer dans le Paris de l’entre deux guerres, Aurélien est mêlé au monde intellectuel flamboyant des années 20, et Aragon nous recompose alors ces années folles, entre Picasso, les dadaïstes, Cocteau et compagnie. Malgré cette activité immobile, Aurélien est poussé malgré lui, à l’amour, qu’il va éprouver pour Bérénice. Mais cet amour est impossible, jeune provinciale, il est plus amoureux de ses apparences, de ses « deux visages » dont il ne connait que la forme et pas le fond. Bérénice, quant à elle, voit dans cet amour impossible, l’apogée de son goût de l’absolu. Mais chemin faisant, elle doit retourner dans sa province, et lui, reste à Paris, amorphe, et plonge dans sa vie de rentier, pauvre en mouvement et riche en habitudes désuettes. Bérénice et Aurélien finiront par se retrouver, dix huit ans plus tard, et ne verront en leur ancien amour le fruit de leurs lubies de jeunesse.

Aragon dresse dans ce roman, quatrième du cycle du monde réel, le portrait d’un amour ambigu, à la fois profond et superficiel, mal dirigé, timide, improbable, tout en transmettant l’émotion que peut donner l’espoir, le rêve, la croyance en quelque chose qu’on croit alors plus que réel : absolu. Pour moi, un des plus géniaux romans d’amour.

Autres livres de cet auteur sur le Hangar : Les cloches de Bâle

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