septembre 2009

Lundi 7 septembre 2009 Par Novembre dans Art pictural

Jan Saudek

La première fois que vous apercevez une œuvre de Jan Saudek, vous vous demandez si c’est une photo ou un tableau. En effet, ce photographe tchèque né en 1935, fait usage, pour la plupart de ses photos, d’un rituel technique très précis : reproduction en grand de ses clichés, coloriage à la main, puis nouvelle reproduction pour la version finale. Les photos de Saudek ne sont pas seulement des chefs d’œuvres de technique, ce sont aussi des images troublantes qui vous plongeront dans la gêne ou le dégoût, elles sont là pour choquer, pour vous provoquer, vous procurer une mixture de désir et de répugnance.

Alors bien sûr, la nudité est là, et bien souvent dans sa forme la plus dégueulasse : pleine d’aumônes sexuelles et de symboles religieux. Saudek, c’est presque du scandaleux, avec ses couleurs ternes, ses murs salis et ses saintes vierges en extase. C’est surtout une esthétique très soignée. Le book de Saudek est effroyable, deux centaines de pages à dormir les yeux ouverts, des photos qui choquent, qui vous prennent par les tripes, dont la nudité affreuse est entièrement révélée : ne le montrez pas à vos grands parents (j’ai fait cette erreur là).

Mais évidemment, provoquer une réaction, c’est un peu le but de l’Art; vous verrez que chez Saudek vous n’en manquerez pas. Pour tous ceux qui n’ont jamais vraiment été intéressés par la photographie, vous pouvez trouver chez cet artiste une alternative à la simple image, vous pourrez détourner votre regard de l’image en général, pour vous focaliser sur le symbole, mais vous pourrez aussi à l’inverse, omettre la symbolique pour vous concentrer sur le détail artistique, sur l’esthétique soignée. Mais il ne faut pas avoir peur d’être entre deux eaux : entre le tableau et la photo, le gênant et l’exaltant, le beau et l’ignoble.

Beaucoup de thèmes sociétaux sont abordés très clairement (pour une fois haha) par Saudek : l’homosexualité, le sexe, l’exhibitionnisme, le sadomasochisme, les rapports de couples, la mort et le suicide bien sur, l’adolescence sexuelle, la maternité et la paternité, mais on peut aussi voir des illustrations de la domination de l’URSS sur les pays de l’est, dont faisait partie l’actuelle République Tchèque (il faut garder en tête que Saudek avait déjà 55 ans lors de la chute du mur de Berlin). Souvenons-nous des idées conventionnelles de Staline à propos de l’art et nous comprendrons sous quel degré de désobéissance s’affirment les images de Jan Saudek.

Ne vous inquiétez pas ! On peut aussi voir de très belles images chez Saudek, beaucoup plus softs vers le début de ses recherches photographiques, pleine d’émotions et pas si choquantes que cela. Mais pour mieux vous en rendre compte, je vous invite à visiter son site officiel : www.saudek.com.

Pour ceux qui deviendraient rapidement amoureux de son art, vous pouvez acheter un de ses books que vous devriez trouver dans une bonne librairie.

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Dimanche 6 septembre 2009 Par Hazel dans Littérature

Baricco – Soie

En découvrant le mystérieux nom de Soie, livre de Alessandro Baricco paru en 1996 avec un bel idéogramme sur la couverture, on s’imagine déjà voyager dans un mystérieux pays de l’orient, entouré de contes, de grâce, et de belles histoires. Dès les premières lignes de la première page nous apprenons que le héros, Hervé Joncour, achète et vend des vers à soie. Suite à une épidémie de ces petites larves, il décide de faire un voyage au Japon afin d’acheter des œufs sains. « Et il est où, exactement, ce Japon ? » l’entend-t-on demander à son ami Baldabiou. Je crois que là, est le summum de l’intrigue de l’histoire.
Car on se rend vite compte, lors des quatre voyages qu’il va effectuer au pays du soleil levant, que Hervé et ses vers à soie nous ennuient. En créant un personnage qui retrace le mortel ennui d’une vie répétitive et indifférente au dix-neuvième siècle, Baricco donne ce même ton monotone à la totalité du livre. Ces quatre voyages au Japon sont décrits avec mot pour mot, exactement le même paragraphe, tel un refrain dans une chanson que personne ne veut écouter. Ce style de description apparait à plusieurs reprises dans le livre, pour décrire la femme dont il tombe amoureux, ou bien ses pensées. Ayant fondé en 1994 une école sur les techniques de la narration, Alessandro Baricco avec son écriture fade et plaintive nous navre: le début promettait un passage de vie ardent arraché et couché sur papier pour nous divertir pour deux heures de lecture. Mais on se retrouve au final à perdre notre temps, sans beauté, sans actions, sans suspense, sans colère ni larmes.

L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?
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Samedi 5 septembre 2009 Par Novembre dans Littérature

Ionesco – La cantatrice chauve

La cantatrice chauve, d’Eugène Ionesco, (publiée en 1952) c’est l’histoire absurde d’un couple anglais, les Smith, bien anglais et bien absurdes, qui invitent absurdement le couple Martin à venir prendre un absurde souper. C’est alors que débarque le capitaine des pompiers, aussi impromptu, ridicule et absurde soit-il, qui reconnait Mary, la bonne, comme une de ses amies, ce qui en soit est très absurde. Le climax de l’absurdité est atteint lorsqu’à la question « Et la cantatrice chauve ?”, on répond au pompier : « Elle se coiffe toujours de la même façon ! »

Bref, il est assez difficile de résumer La cantatrice chauve, ou bien d’en parler comme une histoire, car à vrai dire il ne s’y passe rien, et ça, c’est absurde. Vous l’aurez compris, l’absurde, c’est le thème de la pièce, l’absurde dans les rapports humains, dans la société contemporaine, disséquée selon Ionesco (ça reste très très fin), on nage dans une incohérence cohérente puisque volontaire, au milieu du ridicule et de l’inattendu, avec une touche d’humour tantôt lourd tantôt recherché.

A mon goût, La cantatrice chauve n’apparaît pas comme un chef d’œuvre, mais reste intéressante dans son innovation; en soi, le thème de l’absurde est largement respecté puisque même la pièce n’a pas lieu d’être, c’est une anti-pièce, et c’est pourtant l’une des œuvres théâtrales françaises les plus représentées. Pour rester autour du thème de l’absurde, je vous conseillerais plus volontiers En attendant Godot, de Samuel Beckett, dont vous pouvez retrouver la critique ici.

Autres livres de cet auteur : Le roi se Meurt

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Jeudi 3 septembre 2009 Par A. dans Vos oeuvres

The Jimy Jim’s rise and fall, par A.

« Une bière sur fond d’Arctic Monkeys », voilà l’accompagnement qui a permis à A. d’écrire ce texte original aux tendances américaines. C’est son deuxième texte sur le Hangar (vous retrouverez le lien vers le premier en bas de l’article), et le jury a été séduit une fois de plus par ces mots aux couleurs tristement chaudes et estivales.

The Jimmy Jim’s rise and fall.
(Just another western road movie)

Y a comme des échos de vide dans ce bar plein de fumée. Et le vide, que dit-il ? Il raconte sans doute l’histoire de quelques putes venues trainer un soir d’Août brûlant, un whisky sec, et des clients bavards. Le comptoir, le même qu’aujourd’hui était là, il a tout vu. Le pleutre. Il n’a pas crié. Il s’est rincé l’œil. Être le comptoir d’un bordel, ça c’est du cas de conscience !
La morale brûle en même temps que la cigarette du barman. Son sourire, on dirait les portes de l’enfer qui s’ouvrent : il a les dents qui se déchaussent. Mes chaussures trouées, mes chaînes aux pieds. La strip-teaseuse montre sa poitrine, et les joyaux de la reine d’Angleterre ne m’avaient pas autant fasciné que ces tétons qui s’agitent devant mes yeux d’ivrogne.
Des cowboys rient fort ; un autre monde derrière quelques portes. Un monde aux yeux injectés de sang et où les seuls levés de soleil que l’on trouve sont dans des verres déjà plein de téquila.
Il n’y a plus de piano, l’échine brisée il a expiré il y a des années déjà. Le jukebox ronfle. Non, quelque chose cloche décidément.

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Depuis un certain temps déjà, on a goudronné les rues et on a fermé les bordels. Alors maintenant, la nuit faut arpenter les nuits pour voir des filles, et il faut faire semblant de ne pas être dérangé pour pas qu’elles fuient. C’est un jeu épuisant, c’est pas un jeu, c’est une connerie.
J’ai des lunettes noires en pleine nuit, alors bien sûr j’ai l’air dérangé, et les filles fuient. Mais, moi, j’veux pas voir le visage de ces hôtels crades où tout craque, j’aurais envie de dégueuler, et – c’est ma politique – je me l’interdis devant les dames.

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Je mets une pièce dans le jukebox. Et y a un silence. Des années qu’ils ont pas vu un Frenchie dans leur bar qui pue. Et l’dernier n’en était pas vraiment un, c’était un gars du New Jersey. Un certain Jack. Un illuminé. Ils me regardent.
La guitare, moi je danse, danse, danse. Ils me regardent. Dans ma folie je mime la guitare. Je crie, je chante, je crie, oui je crie :

« Whisky, sec ! »

J’frape dans une chaise et elle vole, et on m’applaudit pour ça.

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Les lendemains sont toujours rudes. Généralement, la belle est partie parce que c’est son travail de venir et repartir, mais quand je paye pour la nuit, j’aime rester dans des draps salis par des étreintes brèves.
Sûr que si ma mère me voyait dans cet état là elle me filerait deux ou trois baffes : histoire de connaître le son de sa main sur ma joue grasse et sale. Première bouffée d’air forcément viciée par la cigarette. Un jour, avec ma barbe de trois jours, j’lui ai dit : « j’veux être une rockstar ». Je n’ai réussi qu’à copier leur hygiène de vie. Je trempe ma tête sous le filet d’eau. A la lumière du jour cette chambre est encore pire que de nuit. Tout tangue. Je plaque mes cheveux en arrière. La glace me montre un gars : sûr que c’est pas moi. Un rail, et ça r’part. Plus rien ne bouge.

Mais j’m’en fous, ici pour dire « s’enfuir » on dit « run away ». Moi ça me suffit. I run away.

//

C’est à la fin du solo qu’il a tiré. Parce que je le méritais. On fricote pas avec la femme du barman, surtout dans un pays où « the right to bear arms » est écrit blanc sur noir dans la constitution. Moi qui pensais que les cowboys n’existaient plus.

J’monte en voiture, allume une clope, démarre la voiture et quand je file dans Main Street de cette ville fantôme tout est fixe dans le rétroviseur. Il n’y a que des bouts de vie et de vide qui se débattent dans les nuages de poussière.

Autre texte de cet auteur : Sans titre.

Avis et critiques sont bienvenus.

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