Cohen – Le Livre de ma Mère
Le Livre de ma mère (1954), c’est le témoignage troublant d’un homme subitement redevenu ce petit garçon amoureux de sa mère, après la mort de celle-ci. Ce roman autobiographique d’Albert Cohen est sous la forme d’un récit à la première personne, à sa personne, c’est-à-dire l’auteur lui-même, qui nous conte sa merveille de mère, si dévouée et amoureuse de son fils tout comme de la loi juive, si sensible et si drôle, prête à faire n’importe quel sacrifice pour le bonheur de son enfant unique. On se plonge dans l’enfance et l’adolescence de l’auteur, riches en expériences malgré une longue période passée sous les jupons de sa mère. Cohen nous raconte aussi ses regrets, ces disputes qu’il aurait pu lui éviter, les moments où il lui en a voulu, pour si peu, et où il a été méchant avec elle. Derrière cette liaison si passionnelle, on découvre un Cohen extrêmement proche de son personnage Solal (voir Belle du Seigneur), un peu fou, plein d’amour et de passions, de générosité, et dans un rapport mère-enfant très proche de l’amour réel. D’autre part, la vision de la mort et de la vie de l’auteur ressort très largement, et elle en devient presque gênante, tant la mort qui vient tous nous prendre est présente et revient sans cesse comme un glas sonnant, à chaque fin de paragraphe. Un livre à lire, dans la lignée des grandes autobiographies.
Voilà un extrait de ce livre poignant :
Amour de ma mère. Jamais plus je n’irai, dans les nuits, frapper à sa porte pour qu’elle tienne compagnie à mes insomnies. Avec la légèreté cruelle des fils, je frapperais à deux heures ou trois heures du matin et toujours elle répondait, réveillée en sursaut, qu’elle ne dormait pas, que je ne l’avais pas réveillée. Elle se levait aussitôt et venait en peignoir, trébuchante de sommeil, me proposer son cher attirail maternel, un lait de poule ou même de la pâte d’amandes. Faire de la pâte d’amandes à trois heures du matin pour son fils, quoi de plus naturel ? Ou bien, elle proposait un bon petit café au lait bien chaud que nous boirions gentiment ensemble en causant infiniment. Elle ne trouvait rien de déraisonnable à boire du café avec moi, au pied de mon lit, à trois heures du matin, et à me raconter jusqu’à l’aube d’anciennes disputes familiales, sujet en lequel elle était experte et passionnée.
Voir aussi, du même auteur : Belle du Seigneur.
L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?
Exprimez-vous !

Eduardo Mendoza, né en 1943, est un écrivain espagnol, considéré comme le plus représentatif de sa génération. Son roman Une comédie légère paru en 1998 nous conte l’histoire de Carlos Prullas, auteur de comédies et homme à femmes qui est impliqué dans une affaire policière et désigné comme principal suspect de assassinat d’un homme d’affaires.






Louis-Ferdinand Destouches, dit Céline, publie Voyage au bout de la nuit en 1932. Ce livre raconte l’histoire de Ferdinand Bardamu, fortement inspiré par l’auteur lui-même, un jeune homme étudiant en médecine, qui participe à « l’abattoir international » qu’est la guerre 1914-18. Céline lui-même ayant vécu cette guerre exprime à travers son livre tout son dégoût pour le conflit, pour le genre humain conquérant. Du point de vue de l’engagement, Voyage au bout de la nuit est une merveille. Bardamu est un lâche, pour lui, la guerre n’a pas lieu d’être, elle est le fruit de l’absurdité de l’homme, du monde, et pour lui, et c’est d’ailleurs une idée que Céline affirme résolument : pour résister à cette folie, il faut être un lâche. Alors nous voilà face à un personnage débordant de lâcheté, affirmée, revendiquée, puisqu’il va même jusqu’à se faire interner, et qui pourtant nous devient extrêmement vite attachant. On se met dans la peau de Bardamu, qui extirpe toutes nos idées patriotiques stéréotypées sur le courage. Une œuvre antipatriotique donc mais pas seulement, car le périple de Bardamu est long et sinueux, ainsi son passage en Afrique dénonce le colonialisme, son voyage aux Etats-Unis dresse une critique affolante de la société capitaliste et de son fordisme. En plus de ces idées fortement engagées s’ajoute la dimension politique du personnage de Bardamu, qui refuse fermement toute autorité. Un tantinet anar’ le Bardamu.



