septembre 2009

Dimanche 20 septembre 2009 Par Hazel dans Littérature

Cohen – Le Livre de ma Mère

Le Livre de ma mère (1954), c’est le témoignage troublant d’un homme subitement redevenu ce petit garçon amoureux de sa mère, après la mort de celle-ci. Ce roman autobiographique d’Albert Cohen est sous la forme d’un récit à la première personne, à sa personne, c’est-à-dire l’auteur lui-même, qui nous conte sa merveille de mère, si dévouée et amoureuse de son fils tout comme de la loi juive, si sensible et si drôle, prête à faire n’importe quel sacrifice pour le bonheur de son enfant unique. On se plonge dans l’enfance et l’adolescence de l’auteur, riches en expériences malgré une longue période passée sous les jupons de sa mère. Cohen nous raconte aussi ses regrets, ces disputes qu’il aurait pu lui éviter, les moments où il lui en a voulu, pour si peu, et où il a été méchant avec elle. Derrière cette liaison si passionnelle, on découvre un Cohen extrêmement proche de son personnage Solal (voir Belle du Seigneur), un peu fou, plein d’amour et de passions, de générosité, et dans un rapport mère-enfant très proche de l’amour réel. D’autre part, la vision de la mort et de la vie de l’auteur ressort très largement, et elle en devient presque gênante, tant la mort qui vient tous nous prendre est présente et revient sans cesse comme un glas sonnant, à chaque fin de paragraphe. Un livre à lire, dans la lignée des grandes autobiographies.

Voilà un extrait de ce livre poignant :
Amour de ma mère. Jamais plus je n’irai, dans les nuits, frapper à sa porte pour qu’elle tienne compagnie à mes insomnies. Avec la légèreté cruelle des fils, je frapperais à deux heures ou trois heures du matin et toujours elle répondait, réveillée en sursaut, qu’elle ne dormait pas, que je ne l’avais pas réveillée. Elle se levait aussitôt et venait en peignoir, trébuchante de sommeil, me proposer son cher attirail maternel, un lait de poule ou même de la pâte d’amandes. Faire de la pâte d’amandes à trois heures du matin pour son fils, quoi de plus naturel ? Ou bien, elle proposait un bon petit café au lait bien chaud que nous boirions gentiment ensemble en causant infiniment. Elle ne trouvait rien de déraisonnable à boire du café avec moi, au pied de mon lit, à trois heures du matin, et à me raconter jusqu’à l’aube d’anciennes disputes familiales, sujet en lequel elle était experte et passionnée.

Voir aussi, du même auteur : Belle du Seigneur.

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Mardi 15 septembre 2009 Par Hazel dans Littérature

Mendoza – Une Comédie Légère

Eduardo Mendoza, né en 1943, est un écrivain espagnol, considéré comme le plus représentatif de sa génération. Son roman Une comédie légère paru en 1998 nous conte l’histoire de Carlos Prullas, auteur de comédies et homme à femmes qui est impliqué dans une affaire policière et désigné comme principal suspect de assassinat d’un homme d’affaires.

A travers ce livre, Mendoza nous emmène dans les bas-fond des quartiers sordides de Barcelone et nous confronte à une multitude de personnages mesquins et traitres. L’histoire se déroule durant l’été 1948 et le climat pesant du franquisme installé en Catalogne rend l’atmosphère tragique, en contraste avec Barcelone, cette ville des prodiges (La Ville des Prodiges, roman de Mendoza paru en 1988).

Sans grandes péripéties, ce roman policier, tarde à débuter : l’intrique ne s’installe qu’à a moitié du livre, et la fin est un peu décevante. Cependant, certaines citations nous plient de rire et cette ambiance espagnole et estivale nous laisse le sourire aux lèvres.

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Dimanche 13 septembre 2009 Par Chadagova dans Art pictural, Concepts artistiques

Le Terrorisme Poétique

Chers lecteurs, vous avez surement été victimes d’attentats, plusieurs fois. Des attentats pas comme les autres, certes, des attentats poétiques. Vous avez probablement, habitant ou visitant simplement une métropole, croisé des vers de Baudelaire tagués sur un mur, ou un portrait de Rimbaud fait au pochoir. Tel est le terrorisme poétique, s’imposer dans la vie des citoyens, leur imposer la poésie, la littérature, les sensibiliser aux mots, en direct. Je me permets de poster ici un texte de Hakim Bey, personnage assez mystérieux en outre, mais grand théoricien du terrorisme poétique


Hakim Bey :

C’est une danse étrange et nocturne dans les guichets automatiques des banques. Des feux d’artifice tirés illégalement. L’art-paysager, des travaux de terrassement, ou des objets bizarres dans les Parcs Publics. Rentrez par effractions dans des maisons, mais au lieu de les cambrioler, laissez y des objets de terrorisme poétique. Kidnappez quelqu’un et rendez-le heureux. Prenez une personne au hasard et persuadez la qu’elle vient d’hériter d’une fortune colossale, inutile et surprenante – 1000 hectares en Antarctique, un éléphant de cirque trop vieux, un orphelinat à Bombay, ou une collection de vieux manuscrits alchimiques. Cette personne réalisera plus tard que durant un moment, elle a cru en quelque chose d’extraordinaire, et elle sera peut-être amenée à rechercher un autre mode de vie, plus intense.

Erigez des plaques commémoratives en cuivre dans les endroits (publics ou privés) où vous avez connu une révélation ou une expérience sexuelle particulièrement satisfaisante…

Go naked for a sign.

Organisez une grève dans votre école ou sur votre lieu de travail sous prétexte que vos besoins en indolence et en beauté spirituelle n’y sont pas satisfaits.

Les graffitis apportent une certaine grâce aux métros si laids et aux monuments publics si rigides – le Terrorisme Poétique peut également servir dans les endroits publiques : des poèmes gribouillés dans les toilettes des palais de justice, de petits fétiches abandonnés dans les parcs et les restaurants, des photocopies artistiques placées sous les essuie-glaces des pare-brise des voitures en stationnement, des Slogans écrits en Caractères Enormes collés sur les murs des cours de récréations ou des aires de jeux, des lettres anonymes postées au hasard ou à des destinataires sélectionnés (fraude postale), des émissions radio pirates, du ciment humide….

La réaction du public ou le choc esthétique produit par le Terrorisme Poétique devra être au moins aussi intense que le sentiment de terreur – de dégoût puissant, de stimulation sexuelle, de crainte superstitieuse, d’une découverte intuitive subite, d’une peur dadaesque – il n’est pas important que le Terrorisme Poétique soit destiné à une ou plusieurs personnes, qu’il soit « signé » ou anonyme, car s’il ne change pas la vie de quelqu’un (hormis celle de l’artiste), il échoue.

Le Terrorisme Poétique n’est qu’un acte dans un Théâtre de la Cruauté qui n’a ni scène, ni rangées, ni sièges, ni tickets, ni murs. Pour fonctionner, le Terrorisme Poétique doit absolument se séparer de toutes les structures conventionnelles de consommation d’art (galeries, publications, médias). Même les tactiques de guérillas Situationnistes comme le théâtre de rue sont peut-être actuellement trop connues et trop attendues.

Une séduction raffinée, menée non seulement dans l’optique d’une satisfaction mutuelle, mais également comme un acte conscient dans une existence délibérément belle – pourrait être l’acte ultime de Terrorisme Poétique.

Le Poète Terroriste se comporte comme un farceur de l’ombre dont le but n’est pas l’argent mais le changement.

Ne pratiquez pas le Terrorisme Poétique pour d’autres artistes, faites le pour des gens qui ne réaliseront pas (du moins durant quelques temps) que ce que vous avez fait est de l’art. Evitez les catégories artistiques identifiables, évitez la politique, ne traînez pas pour éviter de raisonner, ne soyez pas sentimentaux ; soyez sans pitié, prenez des risques, pratiquez le vandalisme uniquement sur ce qui doit être défiguré, faites quelque chose dont les enfants se souviendront toute leur vie – mais ne soyez pas spontanés à moins que la Muse du Terrorisme Poétique ne vous possède.

Déguisez-vous. Laissez un faux nom. Soyez mythique. Le meilleur Terrorisme Poétique va contre la loi, mais ne vous faites pas prendre. L’art est un crime ; le crime est un art.

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Vendredi 11 septembre 2009 Par Hazel dans Art pictural

Alfons Mucha

D’origine tchèque, Alfons Mucha (1860 – 1939) est un artiste de la Belle Époque  qui est considéré comme le maître de l’Art nouveau. Refusé à l’age de dix-huit ans à l’Académie des Beaux-Arts de Prague, il est pris sous l’aile d’un compte qui le charge de décorer les murs d’un château et qui, impressionné par le talent évident de l’artiste, lui paye des études à l’Académie des Beaux-Art de Munich. C’est après avoir fini ses études en 1890, à 30 ans, que Mucha  s’installe à Paris et commence à travailler en tant qu’illustrateur et à graver son nom sur la grande muraille de l’histoire de l’Art.


Alfons Mucha – Affiche publicitaire pour le papier à cigarettes Job

La majorité de ses œuvres ce sont des affiches de théâtre (qu’il réalise pour Sarah Bernhardt, grande comédienne française, ce qui assure sa réputation) ou publicitaires (notamment pour le papier à cigarettes Job, mais aussi pour le champagne Moët, Nestlé…), mais il peint également des tableaux, dont une série connue intitulée L’épopée des Slaves, comportant 20 tableaux de 6m sur 8 représentant des scènes religieuses mystiques qu’il mit 18 ans à réaliser. Alfons Mucha, à travers ces tableaux, exprime son fort attachement à ses origines et met son talent au service de sa dévotion à la gloire des peuples slaves.

Alfons Mucha – L’apothéose des Slaves
(dernier tableau de la série L’Epopée des Slaves)

Il reçoit en 1900 la médaille d’argent pour le décor du pavillon de la Bosnie-Herzegovine pour l’Exposition Universelle. Il s’occupe aussi de l’illustration de livres, de la création de bijoux et de meubles et objets d’art ainsi que de billets de banque. Il est également engagé pour la cause religieuse, il crée notamment un vitrail (en 1931 pour une cathédrale de Prague) et illustre Notre Père.

Alfons Mucha, cet artiste au talent multiforme à marqué l’histoire de l’Art avec l’originalité, la diversité et l’engagement de ses œuvres.

Alfons Mucha – The Emerald

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Mardi 8 septembre 2009 Par Novembre dans Littérature

Céline – Voyage au bout de la nuit

Louis-Ferdinand Destouches, dit Céline, publie Voyage au bout de la nuit en 1932. Ce livre raconte l’histoire de Ferdinand Bardamu, fortement inspiré par l’auteur lui-même, un jeune homme étudiant en médecine, qui participe à « l’abattoir international » qu’est la guerre 1914-18. Céline lui-même ayant vécu cette guerre exprime à travers son livre tout son dégoût pour le conflit, pour le genre humain conquérant. Du point de vue de l’engagement, Voyage au bout de la nuit est une merveille. Bardamu est un lâche, pour lui, la guerre n’a pas lieu d’être, elle est le fruit de l’absurdité de l’homme, du monde, et pour lui, et c’est d’ailleurs une idée que Céline affirme résolument : pour résister à cette folie, il faut être un lâche. Alors nous voilà face à un personnage débordant de lâcheté, affirmée, revendiquée, puisqu’il va même jusqu’à se faire interner, et qui pourtant nous devient extrêmement vite attachant. On se met dans la peau de Bardamu, qui extirpe toutes nos idées patriotiques stéréotypées sur le courage. Une œuvre antipatriotique donc mais pas seulement, car le périple de Bardamu est long et sinueux, ainsi son passage en Afrique dénonce le colonialisme, son voyage aux Etats-Unis dresse une critique affolante de la société capitaliste et de son fordisme. En plus de ces idées fortement engagées s’ajoute la dimension politique du personnage de Bardamu, qui refuse fermement toute autorité. Un tantinet anar’ le Bardamu.
De par son contenu, Voyage au bout de la nuit est une œuvre extraordinaire, résolument engagée, et extrêmement bien ficelée, mais le style de Céline contribue à l’explosion monumentale que vous procurera la lecture d’un tel ouvrage. Un style qui fit scandale à l’époque, bourré d’argot et d’impolitesses, de sentiments dégoutants exposés crus comme des tripes sur une table de boucherie. Le récit est violent, plein de force, de cris, de langage parlé, et populaire. Mais il peut aussi extrêmement drôle et Céline se sert bien de son humour, de son ironie pour renforcer encore une fois la dimension critique de cet ouvrage écrit à la première personne.
C’est très difficile de s’attaquer à Voyage au bout de la nuit, beaucoup de gens ne l’ont pas terminé, l’ont laissé inachevé, tout simplement par mésentente avec le style de Céline, plus rarement par dégoût du personnage, mais laissez vous plonger, franchissez le cap des cinquante premières pages qui brusqueront vos mœurs littéraires et l’auteur vous entraînera dans les profondeurs abyssales de la nuit.

Voyage au bout de la nuit a obtenu le prix Renaudot de 1932.

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