The Jimy Jim’s rise and fall, par A.
« Une bière sur fond d’Arctic Monkeys », voilà l’accompagnement qui a permis à A. d’écrire ce texte original aux tendances américaines. C’est son deuxième texte sur le Hangar (vous retrouverez le lien vers le premier en bas de l’article), et le jury a été séduit une fois de plus par ces mots aux couleurs tristement chaudes et estivales.
The Jimmy Jim’s rise and fall.
(Just another western road movie)
Y a comme des échos de vide dans ce bar plein de fumée. Et le vide, que dit-il ? Il raconte sans doute l’histoire de quelques putes venues trainer un soir d’Août brûlant, un whisky sec, et des clients bavards. Le comptoir, le même qu’aujourd’hui était là, il a tout vu. Le pleutre. Il n’a pas crié. Il s’est rincé l’œil. Être le comptoir d’un bordel, ça c’est du cas de conscience !
La morale brûle en même temps que la cigarette du barman. Son sourire, on dirait les portes de l’enfer qui s’ouvrent : il a les dents qui se déchaussent. Mes chaussures trouées, mes chaînes aux pieds. La strip-teaseuse montre sa poitrine, et les joyaux de la reine d’Angleterre ne m’avaient pas autant fasciné que ces tétons qui s’agitent devant mes yeux d’ivrogne.
Des cowboys rient fort ; un autre monde derrière quelques portes. Un monde aux yeux injectés de sang et où les seuls levés de soleil que l’on trouve sont dans des verres déjà plein de téquila.
Il n’y a plus de piano, l’échine brisée il a expiré il y a des années déjà. Le jukebox ronfle. Non, quelque chose cloche décidément.
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Depuis un certain temps déjà, on a goudronné les rues et on a fermé les bordels. Alors maintenant, la nuit faut arpenter les nuits pour voir des filles, et il faut faire semblant de ne pas être dérangé pour pas qu’elles fuient. C’est un jeu épuisant, c’est pas un jeu, c’est une connerie.
J’ai des lunettes noires en pleine nuit, alors bien sûr j’ai l’air dérangé, et les filles fuient. Mais, moi, j’veux pas voir le visage de ces hôtels crades où tout craque, j’aurais envie de dégueuler, et – c’est ma politique – je me l’interdis devant les dames.
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Je mets une pièce dans le jukebox. Et y a un silence. Des années qu’ils ont pas vu un Frenchie dans leur bar qui pue. Et l’dernier n’en était pas vraiment un, c’était un gars du New Jersey. Un certain Jack. Un illuminé. Ils me regardent.
La guitare, moi je danse, danse, danse. Ils me regardent. Dans ma folie je mime la guitare. Je crie, je chante, je crie, oui je crie :
« Whisky, sec ! »
J’frape dans une chaise et elle vole, et on m’applaudit pour ça.
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Les lendemains sont toujours rudes. Généralement, la belle est partie parce que c’est son travail de venir et repartir, mais quand je paye pour la nuit, j’aime rester dans des draps salis par des étreintes brèves.
Sûr que si ma mère me voyait dans cet état là elle me filerait deux ou trois baffes : histoire de connaître le son de sa main sur ma joue grasse et sale. Première bouffée d’air forcément viciée par la cigarette. Un jour, avec ma barbe de trois jours, j’lui ai dit : « j’veux être une rockstar ». Je n’ai réussi qu’à copier leur hygiène de vie. Je trempe ma tête sous le filet d’eau. A la lumière du jour cette chambre est encore pire que de nuit. Tout tangue. Je plaque mes cheveux en arrière. La glace me montre un gars : sûr que c’est pas moi. Un rail, et ça r’part. Plus rien ne bouge.
Mais j’m’en fous, ici pour dire « s’enfuir » on dit « run away ». Moi ça me suffit. I run away.
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C’est à la fin du solo qu’il a tiré. Parce que je le méritais. On fricote pas avec la femme du barman, surtout dans un pays où « the right to bear arms » est écrit blanc sur noir dans la constitution. Moi qui pensais que les cowboys n’existaient plus.
J’monte en voiture, allume une clope, démarre la voiture et quand je file dans Main Street de cette ville fantôme tout est fixe dans le rétroviseur. Il n’y a que des bouts de vie et de vide qui se débattent dans les nuages de poussière.
Autre texte de cet auteur : Sans titre.
Avis et critiques sont bienvenus.





