Archive for août, 2009

Vendredi 28 août 2009 Par Hazel dans Littérature

Spleen de Paris – Charles Baudelaire

Le Spleen de Paris est un recueil auquel Baudelaire consacre les dernières années de sa vie et qui sera publié intégralement deux ans après sa mort , en 1869 (NDLR).

Il faut d’abord éclaircir une chose : ces poèmes ne sont pas écrits en mode poésie comme les textes de St-John-Perse, Macé, et plusieurs autres le sont. Ce sont des sujets qui, à travers les cinquante textes, ont interpelés l’auteur par leur singularité — beauté, laideur, cynisme, étrangeté, etc. — et ont justifiés leurs places dans ce recueil, qui traite donc poétiquement ou comme les sujets d’un poème classique les thèmes retenus, mais avec une écriture prosaïque. Donc, ces textes sont un format rétréci de la nouvelle et même du roman, et on peut leur conférer le titre de poèmes pour leur densité et l’impression qu’ils laissent. Sinon, il faudrait se poser la question : comment appelle-t-on ces courts textes, qui deviendront si personnels et poétiques avec les Illuminations (recueil de 54 poèmes composés par Arthur Rimbaud entre 1872 et 1875, NDLR), si ce n’est qu’ils sont des poèmes en étant l’ancêtre des poésies en prose, voire le germe et la première racine? Baudelaire n’a-t-il pas été le premier à donner le titre de Petits Poèmes en Prose à cette même œuvre qui fut la première à oser cette forme de textes et de poésie ?

C’est toute la définition de la prose poétique qui s’éclaire à la lecture de ces textes. Oui, il y a une certaine densité, mais nous sommes loin des successeurs. Il y a, avec ces textes, une base à laquelle nous pouvons revenir : une prose plus détendue et moins poétique, mais qui rappelle que l’important est de bien choisir son sujet, puisque l’on lui confère l’étiquette de poésie d’emblée.

La préface et l’introduction, qui font ensemble 100 pages, tentent de retracer les origines premières des poèmes en prose ou de la prose poétique et, en éludant Nerval, par exemple, passe droit à côté du but. Déjà, jadis, certains romans affectionnaient un style affecté, comme À rebours (roman de Joris-Karl Huysmans paru en 1884, NDLR), mais Baudelaire fut un des premiers à casser ou former le moule pour les générations suivantes. Voilà un des intérêts indéniables de ce livre. Baudelaire était un créateur hors-pair. Et la suprême pertinence des valeurs romantiques gardent ce livre d’une actualité cuisante. En sont témoins les poèmes sur Paris, sur la société, sur l’art, sur la vie pauvre ou riche, etc, etc.

Les amateurs de prose narrative seront servis, comme avec le tome de la Pléiade contenant tous les courts textes de Kafka, mais pour la poésie, il faut aimer le Romantisme ou aller vers des formules plus métaphoriques des Fleurs du mal (recueil de poèmes de Baudelaire, publié en 1857, NDLR). C’est en quelque sorte la poésie mise à nue, sans carcan ou corset, et la prose qui danse entre prosaïsme et poésie. Baudelaire a le mérite d’avoir le premier découvert cette forme dont on ne peut maintenant se passer.

par Frédéric Marcotte.

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Lundi 24 août 2009 Par Hazel dans Art pictural

L’Art Brut

L’Art Brut est un terme inventé par le peintre français Jean Dubuffet, désignant les œuvres produites par des personnes « indemnes de culture artistique ». Dubuffet recherche ce genre d’artistes dans des hôpitaux psychiatriques ou des prisons, et regroupe leurs oeuvres dans La Collection de l’Art Brut qui est rassemblée dans un musée en Suisse, à Lausanne.

http://hazel.cowblog.fr/images/1gillmadgevisagemisterieux2.jpgMadge Gill – Visage Mystèrieux

Enfant illégitime née à Londres en 1882, Madge Gill est placée à l’orphelinat à 9 ans. Après le Canada, où elle travaille dans une ferme, à 19 ans elle revient travailler à Londres où elle habite avec sa tante qui l’initie au spiritisme. En 1907, elle épouse son cousin avec qui elle aura trois fils et une fille mort-née, ce qui manque de l’emporter elle aussi : elle reste alitée plusieurs mois et perd l’usage de son oeil gauche. A la fin de sa convalescence, elle se plonge dans une oeuvre médiumnique remarquable. En 1958, à la mort de son premier fils, elle se met à boire et arrête totalement le dessin.
Ce n’est qu’après son décès en 1961, que l’on découvre l’ampleur de son travail : des centaines de dessins (dont certains de plusieurs mètres de long) sont retrouvés dans sa maison. Madge Gill se disait guidée par un esprit du nom de « Myrninerest » (transcription probable de « My Inner Rest » [Self] : Mon Moi Profond). Elle travaillait la nuit, très faiblement éclairée, rapidement, de manière quasiment hallucinée, au crayon noir ou de couleur. Sa manière consiste en un enchevêtrement vertigineux d’ornementations instinctives et proliférantes parsemé de visages féminins (que l’on a pu interpréter comme des autoportraits ou des représentations de sa fille disparue).

http://hazel.cowblog.fr/images/darger6.jpgHenry Darger – ?

Henry J. Darger. (1892 – 1973) est un écrivain et peintre américain. Sa principale œuvre, composée tout au long de sa vie solitaire, est un récit épique illustré (15 143 pages) appelé « The Story of the Vivian Girls, in What is known as the Realms of the Unreal, of the Glandeco-Angelinnian War Storm, Caused by the Child Slave Rebellion ». Il y raconte la violente guerre glandéco-angelinienne. Plus de 300 compositions (aquarelle, dessins, collages) l’accompagnent et le complètent, donnant naissance à une œuvre graphique unique et originale.
Son œuvre raconte les aventures des royaumes Abbieannia et Glandelia qui se font la guerre. Ses personnages sont des jeunes filles souvent nues et pourvues d’organes génitaux masculins. Elles sont souvent éviscérées, étranglées ou pendues.Certains passages descriptifs de son livre sont très crus. Ses capacités de dessinateur étant limitées, Darger s’inspire et copie les comics américains qu’il découpe, et fait agrandir et démultiplier. Après ça, il les décalque pour former des compositions souvent très complexes qu’il colorie ensuite. Il manie les contrastes, sachant rehausser des palettes de tons fades, à certains endroits, par des couleurs éclatantes, des rouges sang ou des jaunes vifs.
http://hazel.cowblog.fr/images/CarloZinellisanstitre19041968.jpgCarlo Zinelli – Sans titre

Carlo Zinelli (1916 – 1974) était un artiste-peintre italien. Il élabora son œuvre, riche de quelques 2000 peintures, les 15 dernières années de sa vie, interné en hôpital psychiatrique pour schizophrénie.
Ses peintures sont immédiatement reconnaissables, avec leurs silhouettes humaines ou animales percées de trous ou d’étoiles se détachant sur un fond uni. Elles font inévitablement penser aux dessins d’enfants par leur apparente naïveté, les perspectives et les détails. Les spécialistes en psychiatrie ne manquent pas d’y relever nombre d’éléments qu’ils estiment propres à la schizophrénie. Mais il est également intéressant de noter la parenté des peintures de Carlo avec les dessins préhistoriques. Elles peuvent même aller parfois jusqu’à l’abstraction et on peut aussi les voir comme une tentative audacieuse de retranscrire un langage « musical » sur le plan pictural.
http://hazel.cowblog.fr/images/thumbnailNx600AugustinLesage19501182962800.jpgAugustin Lesage – ?

Les tableaux d’Augustin Lesage lui furent dictés par une voix spirituelle qui lui dit « un jour tu seras peintre ». Un an après cette apparition, Augustin prend des cours de spiritisme, et la voix lui revient. Il l’écoute et commande une petite toile, mais en reçois une de trois mètres sur trois. Toujours guidé par sa voix, il ne se décourage pas par la taille et comment sa première œuvre monumentale qu’il peindra pendant deux ans.
Ses tableaux son caractérisés par un symétrie parfaite tant au niveau des formes que des couleurs. À partir de 1913, Augustin interrompt son travail à la mine pour se consacrer à des activités de guérisseur. Des dizaines de malades affirment avoir été guéris par lui. Il est ensuite mobilisé pour la guerre entre 1914 et 1916, où il continue à dessiner des cartes postales. Dès son retour, il reprend la peinture qui ne la quittera désormais plus jusqu’à sa mort.

http://hazel.cowblog.fr/images/AdolfWolfliGeneralviewoftheislandNeveranger1911.jpgAdolf – Wölfli

Adolf Wölfli (1864 – 1930) est un artiste suisse. Son père alcoolique devient malfaiteur et finit en prison, puis retourne dans son pays natal où il meurt en abandonnant sa famille. Adolf Wölfli prétend, dans sa biographie imaginaire, que ses parents eurent sept fils dont il était le cadet.
En 1872, la famille installée à Bern meurt de faim. En octobre, après que tout ait été vendu, la famille arrive dans sa commune d’origine. L’assemblée communale, place Adolf et sa mère chez un paysan, ils seront séparés en janvier 1873, et sa mère mourra. Adolf vit de ferme en ferme.
Après plusieurs tentatives de viol sur de très jeunes filles, il est emprisonné en 1890, puis, après une dernière récidive, il est déclaré irresponsable et interné en 1895 à l’asile d’aliénés de la Waldau, près de Bern où il demeure jusqu’à sa mort. En 1899, il commence à dessiner, écrire et composer de la musique. Pendant trente ans, Adolf Wölfli accumule 1 300 dessins, 44 cahiers où sont exposées ses nombreuses théories scientifiques et religieuses, au travers de longues anaphases où les mots sont déformés ou créés, l’orthographe transformée, les voyelles et les consonnes doublées ou triplées pour accentuer le rythme des phrases et sa biographie imaginaire de 25 000 pages, « La Légende de Saint Adolf », dans laquelle il affirme une connaissance nouvelle, quasi encyclopédique.

Collection de l’Art Brut
Lausanne, Suisse.
www.artbrut.ch/

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Dimanche 23 août 2009 Par Novembre dans Vos oeuvres

Faites de la musique par Mémé Nénette

Et voilà, le grand retour du Hangar est sonné avec ce texte de Mémé Nénette qui a convaincu le jury ! Nous vous rappelons que vous pouvez nous envoyer vos textes, comme Mémé Nénette, afin de les voir publier sur le Hangar; pour avoir plus d’informations rendez vous sur Comment publier dans le Hangar ?. N’oubliez pas que vous pouvez aussi nous envoyer vos critiques de livres ainsi que vos chroniques s’étendant sur tous types d’arts. Si vous souhaitez nous contacter afin de nous envoyer un texte ou pour nous poser une question, rendez-vous sur le formulaire de contact.

Faites de la musique

L’avantage des anniversaires, c’est que l’on peut picoler sans compter les verres. On a le droit. C’est le seul jour de l’année où je peux l’avouer. J’ai terminé la bouteille de Suze, mais je ne me sentais pas assez saoule, alors, j’ai entamé la bouteille de Calvados. Elle va en faire une tête, Marinette, mon aide-ménagère, quand elle verra ça! Je vais avoir droit à la grande morale. « A votre âge, c’est pas raisonnable, et puis avec vos problèmes de hanches… » A chaque fois, j’ai envie de lui répondre que je ne bois pas avec mes hanches, mais j’aurais droit à d’interminables remontrances. Elle est tellement tarte, qu’elle ne soupçonnerait même pas que je me fous de sa gueule. Elle m’expliquerai par A+B, le lien lointain de cause à effet de ma bouteille de Suze, aux hanches qui s’usent.

En tout cas, c’est vrai que j’étais bien éméchée! Je ne me souviens même pas m’être couchée. Et comme à chaque anniversaire, toute seule, j’ai parlé, je me suis raconté mon passé. J’ai mis un vieux disque de Joe Dassin, mais ça m’a fait pleurer, alors je l’ai rangé. La chanson: Les petits Pains au Chocolat, me fait pleurer. Cette chanson passait à la radio quand j’ai appris la mort d’Henri. Henri, c’est celui avec qui j’aurais dû passer ma vie….

Après la guerre, j’ai épousé Marcel. J’avais vingt-trois ans, il fallait se dépêcher. Henri était dans la Résistance, il ne revenait pas, tout le monde disait qu’il était mort. Il est revenu, j’étais engagée. Il a épousé Coralie, la voisine d’en face. Lui et moi, on se voyait par la fenêtre, on se souriait. Depuis tout jeunes, on s’aimait…

Enfin! C’est loin tout ça! J’ai donc arrêté d’écouter Les petits Pains au Chocolat et j’ai mis un disque de Barbara: Il pleut sur Nantes. J’ai le sens de la mise en scène, tout de même. On ne pleure pas sur Les petits Pains au Chocolat, mais sur du Barbara, on a le droit.

Par Mémé Nénette.

Avis et critiques sont bienvenus.

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