mai 2009

Lundi 18 mai 2009 Par Hazel dans Vos oeuvres

Églantine.. )et l’adonis_., par Arlie Caelan Poe

C’est son « bouquet de pensées pour commencer un printemps qui tarde cependant à arriver », nous confie-t-elle. Elle aime jouer dans ses courts textes sur les pauses, la ponctuation. Sa poésie est facile, et ces fleurs qu’elle nous offre de bon cœur sentent la légèreté.

Églantine.. )et l’adonis_.

Quand tu t’absinthes je chrysanthème.
Quand tu hellébores je me mauves dans mes ancolies,
au liseron de tes traits orchidées.
Quand tu es lys mon sourire
tu me trouves si amarante.
Alors je centaurée d’un bois
J’aster aussi à tes regards et ne me bourrache plus le cœur
J’ai mimosa dans tes deux bras et
magnolia dans ton jardin
Oui et mélisse attendent toujours
jacinthe encore les gentianes.
Je fritillaire mais personne vient

par Arlie Caelan Poe.

Avis et critiques sont bienvenus.

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Mercredi 13 mai 2009 Par Novembre dans Littérature

Maïakovski – Le Nuage en pantalon

http://le-hangar.cowblog.fr/images/vladimirmaiakovskilenuageenpantalon.jpgVladimir Maïakovski, si loin de cette postérité qu’ont les Hugo, les Eluard, les Aragon, et pourtant, une telle initiative poétique, une telle révolution dans le style, l’expression et surtout la vision si originale de ces choses qu’on a mille fois vues et revues en poésie ! Il est le fondateur de ce qu’on appelle le cubo-futurisme (futurisme russe), non pas un courant, mais une attitude poétique, un rejet des traditions esthétiques en littérature. Maïakovski sait dire amour et femmes, religiosité et incrédulité, art et hypocrisie, société et individualité, en même temps. Son style est très particulier, très oral, et élévateur sans forcément aller chercher de magnifiques mots tout droit sorti d’un dictionnaire des synonymes. Et bien que ce monsieur écrivit en Russe, sa traduction française est remarquable et le style oral (pas de rimes, même en langue d’origine, et des vers déstructurés comme on les aime) passe tout à fait bien en français, et je pense dans toutes les langues. Ici, dans le nuage en pantalon, Maïakovski pousse un cri retentissant, contre la société, l’art, la religion, l’amour. En quelque sorte, ce recueil est considéré comme le manifeste du futurisme : contestation de toutes les impositions dans l’art, mais aussi donc au point de vue social, religieux ou les stéréotypes amoureux, remplacement de la nature par la ville bruyante et agressive.

Je tenais pour illustrer mes propos, à citer quelques vers.

Tout d’abord, voici dans son prologue, les tous premiers vers :
Votre pensée,
qui rêvasse sur votre cervelle ramollie,
tel un laquais obèse sur une banquette graisseuse,
je m’en vais l’agacer
d’une loque de mon coeur sanguinolent
et me repaître à vous persifler, insolent et caustique.

Maïakovski commence fort, en précisant implicitement à qui les mots de ses poèmes devront profiter. On sait, qu’à son époque, et en 1910 en particulier (Le nuage en pantalon parait en 1914), le symbolisme russe, courant alors mille fois prôné et imposant ses propres directives à la poésie comme étant celles à suivre pour faire de l’art, tend à s’essoufler et est sévèrement remis en cause par toute la nouvelle génération littéraire.

Ensuite, dans le quatrième poème :
Bébé !
N’aie donc pas peur
si mon cou de taureau
porte un monceau humide de femmes au ventre en sueur
- c’est que je traîne dans ma vie
d’énormes amours propres par millions
et un milliard de sales amortons.
Drôle de façon de déclarer sa flamme…

En somme, Maïakovski résume lui même son Nuage en pantalon : « À bas votre amour, à bas votre art, à bas votre société, à bas votre religion ».
Je vous conseille et re-conseille ce recueil que vous trouverez pour un prix ridicule dans toutes les bonnes libraires et qui est vraiment ce qu’il y a de mieux pour s’initier à cette poésie déstructurée, changeante, en un mot : futuriste.

Pour les russophones, vous pouvez lire le recueil en cyrillique en cliquant ici.

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Lundi 11 mai 2009 Par Novembre dans Musique

Esbjörn Svensson Trio

http://le-hangar.cowblog.fr/images/esbjornsvenssontrio.pngAu Hangar, on aime la musique et moi, particulièrement le jazz. C’est non sans émotion que je vous présente donc le groupe que je préfère, toutes musiques confondues : Esbjörn Svensson Trio.
Ce trio suédois voit le jour en 1990, il est composé du pianiste Esbjörn Svensson, décédé récemment, du contrebassiste Dan Berglund, et du batteur et percussionniste Magnus Östrom.

Depuis sa création et jusqu’à la mort de son leader, E.S.T. s’est imposé comme le groupe révolutionnant la scène jazz européenne et mondiale, en sortant quatorze opus dont la renommée est aujourd’hui incontestée. Il est quasiment impossible de résumer E.S.T. en quelques lignes. Mais on peut retenir le plus important. La musique du trio est un mélange de diverse influences dont la pop ou même le rock, mais donc aussi le jazz principalement, ou certaines musiques latines. Le groupe utilise beaucoup d’effets (gérés grâce à des pédales en live et en studio) et sonne ainsi la nouvelle ère de la recherche du timbre, en découvrant des sonorités électroniques jusqu’ici jamais utilisées en jazz. Les mélodies sont facilement mémorisables mais font pourtant preuve d’ingéniosité et d’une grande créativité, alors que les morceaux en eux-mêmes peuvent être marqués par de longs solos très rapides et techniques qui peuvent faire penser au jeu du grand Keith Jarrett. On trouve chez E.S.T. un jeu de batterie et de percussions très marqué par la pop, le batteur, Magnus Östrom se contente souvent de jouer sur la caisse claire et la shirley, tandis que le jeu du contrebassiste forme avec le piano un duo très classique, marqué par des solos parfois joués à l’archet et créant des atmosphères d’ambiances assez étranges et qu’on n’a pas l’habitude d’entendre dans le jazz.

Mais le mieux est sans doute d’écouter pour se faire une idée !

Eighty-Eight Days In My Veins

Viaticum

A Picture Of Doris Travelling With Boris

The Well-Wisher

Ces morceaux sont tous extraits de l’album Viaticum, qui pour moi est de loin le meilleur et que vous pouvez trouver par ici moins cher qu’en magasin.

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Dimanche 10 mai 2009 Par Novembre dans Littérature

Schmitt – Ulysse from Bagdad

http://le-hangar.cowblog.fr/images/eeschmittulyssefrombagdad-copie-1.jpgUlysse from Bagdad, c’est l’histoire de Saad Saad, jeune homme irakien, qui après avoir perdu l’amour de sa vie et une partie de sa famille, décide de fuir ce pays plongé dans l’oppression américaine, pour rejoindre l’Europe et ainsi pouvoir envoyer de quoi vivre à sa famille restée en Irak. Ulysse, pour l’épopée que Saad va vivre, survivant à toutes ses aventures, sa presque initiation au terrorisme, ses naufrages en bateau clandestin, les trafiquants de drogues, la rencontre avec le monde occidental, si différent, et même, passant outre un futur amoureux possible en Sicile, pour atteindre son objectif principal : l’Angleterre. Tout au long de son périple, Saad sera accompagné par la mystérieuse présence de son père, mort, tué innocent, par un soldat américain en Irak, apparaissant comme un spectre, comme une étoile, un soutien moral, un guide pour son fils.

Éric-Emmanuel Schmitt nous livre ici une belle histoire, engagée politiquement et socialement dans la faveur des clandestins et de leur statut, mais aussi sur la présence légitime ou pas des États Unis en Irak (ou même en Afghanistan). Mais l’auteur nous décrit aussi un portrait positif de l’humain, en parsemant l’histoire de rencontres inattendues et bénéfiques, de gens biens prêts à aider sans rien recevoir, avec le seul espoir de rendre à leur échelle le monde meilleur.

Cependant, malgré l’engagement de l’histoire et une certaine présence poétique dans le texte, on ne peut s’empêcher de remarquer certains vides dans le déroulement du scénario, des enchaînements peut-être trop simplistes. Le style est largement acceptable, sans pour autant être intéressant.

Mais pour avoir traité un sujet d’actualité, en engageant ses propres idées, pour avoir créé des personnages intéressants et subtils comme on les aimait dans ses précédents romans, pour avoir ponctué l’histoire d’événements drôles ou inattendus (attention cependant, le parcours suivi reste commun à celui de beaucoup de clandestins), Ulysse from Bagdad mérite un avis favorable.

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Samedi 9 mai 2009 Par Hazel dans Littérature

Cohen – Belle du Seigneur

Belle du Seigneur est le plus fou des romans d’amour, car il nous retrace l’histoire déchirante, pathétique, fervente, impossible et burlesque d’un amour passionné entre Ariane d’Auble, fille issue de la vieille noblesse de Genève qui s’ennuie profondément avec son époux, et Solal des Solal, fils de juif, riche, beau, extravagant, malicieux et adorateur de femmes. C’est en plus de mille pages qu’Albert Cohen nous présente ce personnage aliéné par l’amour et le pouvoir, se déchirer entre deux amours, celui pour son peuple et celui pour la belle Ariane.

Ce livre est le troisième tome d’une tétralogie, bien qu’il puisse être lu à part. Le premier est Solal (1930) qui raconte l’enfance et la jeunesse de Solal, le second est Mangeclous (1938) qui décrit les périples de la folle famille juive de Solal, et le quatrième est Les Valeureux, un autre tome sur la famille Solal et devant être, à la base, publié dans Belle du Seigneur.

Belle du Seigneur, paru en 1968, nous conte la déchéance d’un couple transi par la Beauté que se doivent de préserver les amants. Mais ce livre, qui a reçu le Grand Prix du roman de l’Académie et les louanges des plus grands auteurs, n’est pas seulement l’histoire d’un amour entre deux êtres, c’est aussi l’histoire d’amour entre un écrivain et la langue française, celle aussi et enfin, de tout un peuple, le peuple Juif.

Voilà un petit extrait pour vous mettre l’eau à la bouche :
- Elle m’aime, je l’aime, vous l’aimez, tout le monde s’aime. Que de sucre ! Et quand vous serez mariée, Jacques vous sourira même en se rasant. Et moi je ne veux pas qu’on m’aime. Mon cœur ton cœur son cœur. Ma gondole ton luth son écharpe nos sentiments vos vapeurs leurs passions. Je te chéris tu m’affadis il me fait souffrir vous êtes odieux. Allez-vous-en à vos rêveries. Pas difficile, oui à vos rêveries, de comprendre votre genre de tempérament. Allez, allez, coccinelle ! J’en ai assez de vous voir. Vous rêvez d’une existence héroïque et révoltée et russe, et en réalité elle est ravie d’être la jeune fille du Maussane, et elle trouve que je suis impoli et d’où sors-je et cætera. Allez rêver. Vous si fière, offensez-vous donc au lieu de me regarder avec ces yeux d’hypnotisée. J’imagine que dans votre journal intime il doit y avoir des histoires de ce genre : « les pensées se pressent autour de moi comme le troupeau vers le berger versant le sel savoureux sur la pierre. » Je vous connais. Et je sais le reste. Ce qui ne peut se dire. Ce que vous faites la nuit. Rougissez donc !
Il s’éloigna puis revint, plus mince et si ravisseur violent noir menaçant.
- En réalité, c’est une déclaration d’amour. Va-t’en. Je t’aime. Et tu m’aimes aussi, par le Dieu vivant !

Du même auteur : Le Livre de ma mère

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